ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Kiko Loureiro : libre et mis à jour


Kiko Loureiro a sorti son premier disque (la démo Reaching Horizons avec Angra) il y a maintenant vingt-huit ans. Autant dire que le guitariste qui approche la cinquantaine et officie désormais chez Megadeth est en train de basculer du côté des vétérans de la scène. Mais qu’on ne croie pas que Kiko n’est plus dans le coup, il fait partie de ces musiciens désireux de faire évoluer leur jeu et de vivre avec leur temps, sans pour autant renier qui ils sont et leurs influences premières.

C’est là l’objet de son nouvel album solo Open Source au concept artistique des plus ambitieux. Car non content d’avoir modernisé son riffing et sorti ce disque en toute indépendance, Kiko s’est directement inspiré de l’univers des logiciels libres pour faire vivre les chansons en mettant à disposition les pistes et différents éléments les constituant. Ce que l’on écoute sur Open Source n’est qu’une première version qui pourra être « améliorée » par d’autres guitaristes, producteurs, mixeurs, etc.

Dans l’entretien qui suit, Kiko nous explique toute sa démarche avec Open Source, partageant sa vision de l’ère numérique à laquelle nous vivons et de sa place dans celle-ci. Naturellement, le guitariste revient également avec nous, en partie, sur ses cinq années passées dans Megadeth, dont le nouvel album n’attend plus que l’occasion d’être enfin enregistré.

« Les meilleures versions des morceaux ne sont pas sur cet album, ce sont juste les versions des morceaux que j’ai été capable de faire. Je crois que si je partage ouvertement les idées, si je mets à disposition tous les éléments et toutes les pistes, quelqu’un d’autre fera un meilleur morceau. »

Radio Metal : Tu viens de sortir ton nouvel album solo Open Source, que tu as commencé à composer l’année dernière et enregistré en septembre 2019. Cependant, tu as aussi planché sur un nouvel album de Mgadeth l’an dernier. Comment as-tu trouvé le temps et l’inspiration de travailler sur un album solo en parallèle ?

Kiko Loureiro (guitare) : C’est un long processus. Quand tu es d’humeur à composer, tu rentres dans un état d’esprit créatif, et quand tu es en train de tourner, tu es en mode tournée, tu penses au prochain concert, au voyage, etc. Certaines personnes arrivent à composer en tournée, elles trouvent des idées à l’hôtel, par exemple. Quand nous avons travaillé sur l’album de Megadeth l’an dernier – nous ne l’avons pas encore enregistré, mais nous l’avons composé –; c’était bien, car nous explorions nos idées, mais évidemment, Megadeth est différent parce que je n’écris pas cent pour cent de l’album. Je participe et j’aide, mais la plupart des chansons viennent de Dave [Mustaine]. C’est une approche différente. Megadeth a un concept et un style très définis, ce qui est bien parce que comme ça, je peux garder dans une boîte séparée toutes les autres idées que j’ai et qui sont différentes de ce qui pourrait être utilisé par Megadeth, et ensuite je travaille dessus. C’est ainsi que j’ai fait Open Source. Je ne l’ai pas fait en même temps, et ce n’est pas un processus rapide. J’ai commencé à composer les idées principales d’Open Source fin 2018. Ensuite, je suis parti en tournée et j’ai eu d’autres idées quand je suis revenu chez moi. Après ça, nous avons travaillé sur le nouvel album de Megadeth, et puis j’ai eu un peu de temps pour moi parce que Dave a été soigné pour son cancer durant la seconde moitié de 2019. Les tournées ont été annulées, donc c’était le moment parfait pour me concentrer sur les idées que j’avais sur mon ordinateur, leur donner plus de temps et finir ce travail. Il fallait que j’aille au bout de ce projet, j’avais trop d’idées disparates dans les tiroirs !

Open Source n’est pas qu’un album solo de plus, c’est un projet assez spécial. D’abord, tu l’as financé via une campagne Indiegogo et tu l’as sorti en indépendant. C’était un choix délibéré, car tu as expliqué que c’était pour être libre de faire la musique que tu voulais faire. As-tu connu beaucoup de mauvaises expériences par le passé où tu n’as pas eu cette liberté ?

Je ne peux pas me plaindre parce que le style que j’ai toujours joué n’a jamais été un style dicté par le succès sur les ondes et ce genre de choses. Je ne sais pas exactement ce que ça ferait d’être un artiste parmi les plus gros vendeurs du monde de la pop, qui est bien plus contrôlé. Mais quand tu as autour de toi d’autres gens, qui investissent du temps, de l’argent et du travail, ils sont toujours autour de toi et tu dois composer quelque chose qui va marcher. C’est plus une idée conceptuelle que pratique. Si personne ne prend de risque avec toi, il n’y a pas de risque parce que tu es le seul à prendre le risque. Si ma chanson est nulle ou si j’ai envie de faire une chanson d’une heure, c’est mon problème, personne ne dira quoi que ce soit. Je n’en ai jamais vraiment souffert, c’est plus un truc mental. Si tu écris une chanson et que tu as différents labels et différentes personnes autour de toi, il y a des attentes. Si tu n’as personne, tu fais ce que tu veux. Il n’y a aucune attente en dehors des tiennes, car personne ne prend de risque financier ou n’investit de son temps. De plus, je voulais être libre de faire tout ce que je voulais avec les morceaux. Pour Open Source, j’avais l’idée de mettre à disposition les pistes, les arrangements et les éléments séparés, afin que les gens puissent récupérer les morceaux comme ils veulent. Si tu veux récupérer la batterie, enregistrer un nouveau riff et créer un meilleur morceau, fais-toi plaisir ! J’en serai heureux et je vais probablement partager ton travail sur mes réseaux. Le jour de la sortie, le 10 juillet, je vais mettre tout l’album sur YouTube. Si tu as des gens qui s’attendent à se faire de l’argent avec tes morceaux, ils vont sans doute s’en plaindre. Or ainsi, je suis complètement libre, je peux offrir les morceaux, je peux fabriquer des milliers de CD et les donner, je peux faire tout ce que je veux. C’est l’idée.

La seconde chose qui rend cet album très spécial, c’est ce dont tu viens de parler, ce concept d’open source emprunté au monde informatique. Dans le monde des logiciels libres, ceux-ci sont disponibles gratuitement pour être redistribués et modifiés. Tu as donc transposé ce concept à cette musique. Comment as-tu eu l’idée de cette approche artistique innovante ?

Rien qu’en observant ce qui se passe dans le monde. Wikipédia en est le meilleur exemple. Je ne sais pas quand ça a été créé, probablement il y a vingt ans, mais on a là une encyclopédie qui n’a pas été éditée par une société britannique ou française, c’est tout le monde qui raconte l’histoire. Tu peux y aller et changer l’histoire, c’est le pouvoir de la collaboration. Aujourd’hui, tout le monde est connecté. J’ai conscience que plein de gens dans le monde n’ont toujours pas accès à l’internet, mais ça arrivera. Internet apporte des choses extraordinaires, comme la démocratisation du savoir : on peut aller sur YouTube et apprendre plein de choses gratuitement. Les entreprises grossissent et deviennent plus riches grâce aux gens qui utilisent internet ; plus tu l’utilises, plus elles font de chiffre d’affaires, plus ils investissent dans la technologie, meilleure elle devient. YouTube, Facebook, Amazon ou Uber ont besoin de la collaboration des gens pour devenir de meilleures entreprises. Aujourd’hui, un Indonésien peut apprendre à danser le ballet avec le New York City Ballet. Internet apporte la démocratie. Il y a plein de bonnes choses avec internet, mais les gens peuvent également devenir accros ou être déprimés, ils sont très anxieux parce que leur corps n’est pas comme celui d’instagrammeurs, parce qu’ils ne jouent pas aussi bien de la guitare que quelqu’un d’autre, parce qu’ils n’ont pas autant de likes que leurs amis, etc. Il y a aussi plein de problèmes. Le titre de l’album et les noms des morceaux sont tous, d’une manière ou d’une autre, liés à ça.

Mais le concept, c’est : Pourquoi la musique devrait-elle être aussi statique ? Prenons les logiciels, par exemple : on reçoit chaque jour une notification sur notre MacBook disant qu’il y a une nouvelle version qui est légèrement mieux. C’est pareil avec les jeux vidéo, il y a une version 2.0 ou 3.0. Tout s’améliore, mais les chansons restent figées dans le temps. On est très traditionnels, ce qui est bien. Si je veux changer la chanson de quelqu’un d’autre, disons que j’ai envie de faire ma propre version de « Let It Be », je ne peux pas. Je dois d’abord faire la demande auprès de l’éditeur, mais les maisons de disques et d’édition sont des entités très traditionnelles, tout le système de droits d’auteur est très traditionnel. C’est complètement normal, c’est juste que c’est un peu plus compliqué de s’y frayer un chemin. C’est ce que j’ai observé : on voit les logiciels, les jeux et d’autres technologies qui s’améliorent constamment, mais comment améliorer les choses si on ne laisse pas les gens mettre la main dessus et essayer d’autres choses ? Je suis capable de faire ce que j’ai fait, mais si j’utilisais cent cerveaux, évidemment, on obtiendrait quelque chose de bien meilleur ou différent.

« J’essaye de sonner moderne et de faire des choses de manière moderne, mais les mélodies et les références qui me viennent en tête sont encore très vieilles. »

Ce n’est pas une mentalité de rockstar : les meilleures versions des morceaux ne sont pas sur cet album, ce sont juste les versions des morceaux que j’ai été capable de faire. Je crois que si je partage ouvertement les idées, si je mets à disposition tous les éléments et toutes les pistes, quelqu’un d’autre fera un meilleur morceau. C’est ce qu’on voit sur internet. Quelqu’un va apprendre à jouer le morceau et fera mieux que moi. Je dois m’y préparer, même si c’est dur de penser que quelqu’un d’autre puisse prendre ton idée et l’améliorer. J’ai très hâte de voir ce que les gens vont faire pour améliorer les chansons. C’est la puissance de la collaboration : créer quelque chose d’encore plus grand parce que plus de gens travaillent dessus. L’idée est de donner les outils, les chansons, les tablatures, les pistes et les éléments séparément, pour que les gens puissent créer des versions différentes et meilleures.

Tu sembles avoir beaucoup réfléchi au monde digital et, même si ce sont des instrumentaux, on retrouve cette réflexion dans les morceaux eux-mêmes, en particulier le premier single que tu as sorti « EDM (e-Dependant mind) »…

C’est une observation de ce qui se passe et la manière dont on se laisse absorber. Je fais toutes ces interviews sur mon téléphone… Je suis père maintenant et je vois que l’on est complètement dépendants de nos téléphones, et on oublie parfois ce qui se passe dans la vraie vie. Les enfants ont bien conscience de ça et ils nous envoient des signaux quand on n’est pas présents. C’est très clair, ils viennent directement nous voir et disent : « Lâche ton téléphone ! » Ou bien ils feront quelque chose pour attirer notre attention vers eux, car ça les dérange qu’on soit en train de faire autre chose sur notre téléphone. Mais on peut aussi leur donner un iPad et ils deviendront complètement accros à ça aussi, à regarder des vidéos à longueur de journée. En observant ceci, tu réalises que tu n’as pas envie de devenir comme ça, tu veux trouver un équilibre. C’est de ça que parle le clip que j’ai fait pour « EDM (e-Dependant Mind) », et du fait qu’on puisse être totalement dépendant de ça, c’est une drogue. C’est ce dont je parle sans utiliser de mot : la musique est très hypnotique, avec des répétitions, etc. Je le fais bien comprendre dans le clip.

Les adultes ne se comportent pas comme des enfants, ils dépriment, simplement. Ils ont l’impression de ne pas être à la hauteur parce qu’ils n’arrivent pas à faire aussi bien que tout ce qu’on trouve sur internet, ils ne peuvent pas être aussi bons que le meilleur sportif ou le meilleur musicien, ou les gens n’aiment par leurs posts, alors ça les déprime. C’est très dangereux, d’une certaine façon, et c’est de ça que la chanson parle. D’autres chansons évoquent ces sujets : « Liquid Times », par exemple, est inspiré du livre de Zygmunt Bauman et de notre incapacité à nous connecter, les choses sont liquides, impalpables, comme la famille ou les relations. On ne voit que de petits extraits vidéo, de petits textes de gens qui publient de belles phrases… Je suis un grand fan de Mateus Asato, le guitariste brésilien, il est invité sur l’album et il est extraordinaire. Il fait partie de la nouvelle génération, il a un million de followers et il poste des extraits de ses chansons, genre trente secondes. Ce sont que des petits trucs rapides, sans aller en profondeur. C’est un bon exemple. Tout l’album est plus ou moins lié à ça, aux bonnes choses d’internet, comme la puissance de la communauté et de la collaboration, mais aussi à notre époque liquide, la peur de manquer quelque chose et la déprime que peut causer internet.

Open Source est très moderne, non seulement avec ce concept d’open source, mais aussi dans son contenu musical. On dirait presque une mise à jour de Kiko Loureiro… Deviens-tu au fil du temps une meilleure version de toi-même ?

Je pense que c’est ce que nous devons faire en tant qu’êtres humains. Je crois que la seule manière de devenir heureux et d’être satisfait de soi-même, c’est de ressentir qu’on s’améliore dans un domaine, dans son boulot, en tant que personne, en tant que membre d’une famille, en tant que mari, en tant que petit ami, etc. Ça fait du bien de s’améliorer. Musicalement parlant, qui est Kiko en 2020 ? Sur le plan de la composition et du son, ce sont les influences et les expériences que je vis maintenant, ce que j’aime maintenant, ainsi que les choses essentielles qui font partie de moi et que je n’ai pas envie d’abandonner. Je ne peux pas être quelqu’un d’autre, comme un jeune de vingt ans en 2020. J’ai quarante-huit ans et j’ai mon background et mon histoire. J’essaye de sonner moderne et faire des choses de manière moderne, mais les mélodies et les références qui me viennent en tête sont encore très vieilles. C’est toujours Jeff Beck, Led Zeppelin, Joe Satriani ou Steve Vai – tous les guitaristes des années 80 avec lesquels j’ai grandi – que j’entends et dans lesquels je me reconnais. C’est marrant parce que dans les commentaires sur internet, certaines personnes me comparent à de nouveaux musiciens et j’aime ces nouveaux musiciens, mais c’est impossible que j’aie été influencé par eux, car je suis trop vieux pour ça. Les influences viennent vraiment du passé.

« Je vois que les jeunes règnent sur le monde […]. Je réfléchis à ma manière de vivre dans ce monde et de me connecter, de façon à ce que je puisse encore m’impliquer et prendre part à ce qu’il se passe, sans me dire : ‘Je suis trop vieux, je n’ai pas envie de comprendre ou de faire partie de ça.’ Je veux en faire partie ! »

Tu as toujours été un musicien polyvalent, puisant dans le speed metal autant que dans tes racines brésiliennes, le classique ou le jazz, mais tu enrichis constamment ton jeu. Comment as-tu fait évoluer ton style au fil des années ?

Evoluer, c’est plus que simplement s’entraîner à la guitare, c’est plus une question d’observer ce qui se passe et d’absorber ce qui te parle vraiment. Être un artiste et faire de la musique, c’est un peu être le créateur de bonnes choses qui te parlent. Si j’écoute de la musique classique et qu’il y a quelque chose que j’aime, j’essaye de l’apprendre et de jouer quelque chose de semblable. Pareil pour un guitariste, un guitariste classique ou folk, un pianiste, n’importe quelle source d’art, ou même l’idée de l’open source. Tu relies ensuite tout ça et tu deviens davantage pluriel. Tu réfléchis sur toi-même, puis tu combines tout ça pour en faire quelque chose qui te correspond. C’est un exercice qu’il faut faire au quotidien et ensuite, avec un peu de chance, on s’améliore à l’art de combiner les influences, sans copier personne. Une fois qu’on réussit à faire ça, on devient un peu plus soi-même.

Tu as dit que tu restais inspiré par de vieux artistes et groupes, malgré tout, quels sont les groupes, guitaristes ou artistes modernes qui t’ont le plus inspiré ces dernières années ?

Je n’écoute pas tellement de musique, mais quand j’en écoute, j’écoute beaucoup de musique classique, peut-être des groupes de metal traditionnel et quand j’ai le temps, je cherche aussi à découvrir ce que les nouveaux artistes font, juste pour entendre de bons groupes. C’est plus une question de découverte que d’être très attaché. Tigran Hamasyan est un gars que j’aime beaucoup. C’est un pianiste de jazz américain, je l’ai découvert il y a deux ans et il a vraiment un truc à lui. Puis il y a Pedro Martins, un nouveau guitariste brésilien que j’ai découvert il y a un an. Tout ça, ce n’est pas du metal. Dans le metal, je ne dis pas ça parce que je fais une interview avec toi, mais Gojira est un groupe que j’ai commencé à aimer il y a seulement quelques années. Je sais qu’ils ont une longue histoire et je me souviens d’avoir entendu parler d’eux avant, mais pour je ne sais quelle raison, je ne m’étais pas bien intéressé à eux, peut-être que je trouvais ça trop heavy, mais je trouve maintenant que leurs albums sont extraordinaires. Tesseract est un super groupe de metal aussi, nous avons tourné avec eux. Je vois beaucoup de similitudes avec Angra, même si c’est très différent. Si Angra s’était formé en 2010, je pense que ça aurait plus sonné comme Tesseract.

Pour ce qui est des guitaristes, j’aime beaucoup Plini – c’est un jeune gars –, Animals As Leaders, Periphery et Misha Manssoor, ce sont tous des gars extraordinaires. Dernièrement, j’ai écouté un petit peu plus des BO de films – c’est quelque chose que je n’écoutais jamais avant –, peut-être parce que quand on vit à Los Angeles, on fait connaissance avec des gens qui travaillent dans l’industrie du cinéma, donc on établit un lien avec ça. Je suis un grand fan du compositeur argentin Gustavo Santaolalla, il vit à Los Angeles et a fait la BO de The Last Of Us. J’écoute différents types de musique, je dirais. Avec Megadeth, nous avons fait des tournées et joué dans des festivals, donc nous avons la chance d’apprendre à connaître les gars et de regarder leurs concerts. C’est toujours très inspirant. Nous avons pu faire connaissance avec des groupes comme Amon Amarth, Arch Enemy, Tesseract, Meshuggah – même si ce n’est pas un jeune groupe –, nous jouons avec eux et écoutons leurs chansons, ça nous influence toujours d’une manière ou d’une autre.

Cet album est donc très moderne dans sa forme, dans son contenu, dans son concept, dans la manière dont il a été financé et dont il a été sorti… Est-ce important pour toi de vivre avec ton temps ?

C’est une très bonne question. C’est probablement lié à mon âge et à la vitesse à laquelle les choses changent. Je vois que les jeunes règnent sur le monde, la puissance d’un gars de San Francisco qui conçoit des algorithmes pour des moteurs de recherche… Ces gens contrôlent le monde et je ne parle pas que des propriétaires de ces entreprises ou des PDG, comme Mark Zuckerberg. Quand j’avais vingt ans, le monde était très différent, les grands patrons et les gens qui dirigeaient le monde étaient plus vieux. Ça reste le cas en politique, c’est surtout de vieux hommes blancs, mais dans le monde des affaires, c’est dingue et ça change très rapidement. J’observe qui est aux commandes, et ce sont des gens plus jeunes que moi. Donc je me demande : « Qu’est-ce qu’il se passe ? » Je réfléchis à ma manière de vivre dans ce monde et de me connecter, de façon à ce que je puisse encore m’impliquer et prendre part à ce qu’il se passe, sans me dire : « Je suis trop vieux, je n’ai pas envie de comprendre ou de faire partie de ça. » Je veux en faire partie ! Une façon de le faire, c’est de sortir l’album sur YouTube, parler aux gens, se connecter musicalement, etc. J’essaye de faire des deux manières – la manière traditionnelle et la manière moderne. Le fait de travailler avec Megadeth aide beaucoup aussi. Megadeth fait les choses à la manière traditionnelle et a beaucoup de succès, ça marche encore très bien, avec les tournées, les maisons d’édition, les grandes maisons de disques, les vidéos, etc.

« La combinaison de l’organique et du virtuel est la clé. C’est comme ça qu’on vit maintenant, on est des êtres organiques vivants et on est constamment sur nos téléphones. »

De plus en plus de musiciens dans le rock aujourd’hui se détournent des ordinateurs et du numérique pour de nouveau enregistrer sur bande et sur du matériel analogique. Qu’en est-il de toi ? Que penses-tu de cette mode du rétro et du vintage dans le rock ?

Nous n’avons rien enregistré en analogique, mais les guitares et les amplis, c’est très vintage : des lampes, jouer fort, les guitares n’ont pas changé en dix-sept ans… Les instruments ont un petit peu changé, mais ce n’est pas du tout un truc moderne. Rien que le fait de jouer du rock avec une guitare, c’est vintage. J’ai un Rhodes ici, j’adore en jouer, ça sonne un peu bizarre. C’est une combinaison : tu joues du Rhodes, de la guitare électrique ou acoustique, puis tu mélanges ça avec un son sophistiqué ou un son de synthé très moderne. Il y a un peu de guitare acoustique dans l’album, et jouer de la guitare classique avec des cordes en nylon, ce n’est même pas vintage, c’est vieux ! Nous n’avons pas utilisé de matériel vintage pour enregistrer l’album, mais nous avons utilisé certains instruments, nous avons un peu d’orgue Hammond sur cet album, ce qui est super vintage. La clé, c’est de mélanger les trucs vintage avec un son et des instruments modernes pour créer quelque chose de très moderne. On ne peut pas oublier la puissance des instruments et du matériel vintage, parce qu’ils ont une âme, ils ont un feeling différent. La combinaison de l’organique et du virtuel est la clé. C’est comme ça qu’on vit maintenant, on est des êtres organiques vivants et on est constamment sur nos téléphones.

Dans la programmation informatique, il y a quelque chose de très analytique, mais de nombreux programmeurs te diront qu’ils y voient une forme d’art, même de la beauté dans certains algorithmes, et tout comme la musique, la programmation est une forme de langage. A cet égard, vois-tu des parallèles entre la programmation informatique et la composition musicale ?

Très sympa comme question. Je ne suis pas un programmeur, donc je ne saurais me comparer à eux, mais la musique, c’est des maths. Les séries harmoniques, les notes, la grille sur laquelle on doit jouer, etc., tout le truc est lié aux maths. Il faut beaucoup réfléchir et faire de maths pour créer de l’art. Je comprends pourquoi ils voient ça comme une forme d’art, parce qu’il faut être créatif pour trouver des solutions. Je crois en effet qu’ils voient ça comme un langage et une forme de communication. Mais je ne pratique pas, donc je ne peux pas comparer le sentiment de jouer de la musique et l’art traditionnel de la musique avec l’écriture de code informatique et me dire que c’est également de l’art. On peut définir le langage comme de l’art. Si tu as plusieurs manières de montrer la même chose, tu fais un choix et ensuite, tu fais intervenir tes sentiments, c’est une manière de s’exprimer, et quand on s’exprime, on fait de l’art. C’est une question difficile, il faudrait que j’y réfléchisse plus amplement !

Il y a deux invités sur cet album, le plus notable étant Marty Friedman sur le morceau « Imminent Threat ». Un ancien guitariste de Megadeth qui joue avec un guitariste actuel de Megadeth, c’est très symbolique…

Exactement. Je suis un grand fan de Marty Firedman depuis le tout début. J’écoutais ses albums solos, comme Dragon’s Kiss, ou ceux de Cacophony, et ensuite je l’ai vu en concert en 1991 avec Megadeth. En 2015, j’ai rejoint le groupe, nous avons fait un album, nous avons commencé à tourner et j’ai dû apprendre tous ses solos. Je me suis lié à lui à travers la musique. Ensuite, j’ai commencé à être comparé à lui. La plupart du temps, quand on lit mon nom quelque part, on retrouve celui de Marty Friedman dans le même paragraphe [rires]. Pour moi, la musique n’est pas une compétition ; la compétition est toujours avec soi-même, afin de devenir une meilleure personne et un meilleur musicien, et trouver sa propre personnalité. Je crois que le message là-dedans est qu’il y a une véritable amitié et communauté parmi les guitaristes, et que la musique n’est pas une compétition. Evidemment, il a fait un magnifique solo en plusieurs couches de guitare, il a beaucoup travaillé et a mis beaucoup de passion pour collaborer sur l’album du gars qui joue à sa place dans le camp Megadeth. Ça en dit long. Au final, si les gens nous comparent et disent que Kiko n’est pas aussi bon que Marty ou vice versa, je m’en fiche, et probablement que lui aussi s’en fiche, et c’était la meilleure manière de le montrer.

As-tu eu l’occasion de lui parler de vos expériences respectives dans Megadeth ou d’obtenir de sa part des infos sur certaines de ses chansons que tu joues désormais ?

Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois. Nous nous sommes rencontrés quand je suis allé au Japon avec Megadeth, nous avons déjeuné et pris un café ensemble et nous avons parlé quelques heures. Pour être honnête, nous n’avons pas du tout parlé de Megadeth – ou probablement juste pour savoir comment ça se passait. Nous avons parlé de musique, de nos points de vue, etc. C’est un mec très intelligent qui a beaucoup à dire sur la musique. Si je me pose avec un gars comme Marty Friedman, je suis beaucoup plus curieux de comprendre son point de vue sur la musique et ce qu’il fait que pour les histoires ou ragots au sujet de Megadeth. C’est un niveau différent : je ne suis pas là en tant que fan pour découvrir de petites choses, je suis là pour parler de musique. Les deux mois où nous nous sommes rencontrés, nous avons beaucoup parlé de musique. La seule chose que j’ai faite une fois était de lui envoyer une vidéo YouTube de moi en train de jouer « Tornado Of Souls », son solo de Megadeth le plus célèbre. Mais il sait… Je joue les notes très proches de l’original mais ça ne sonne pas comme l’original, simplement parce que je ne peux pas imiter quelqu’un d’autre. Je ne me suis jamais entraîné pour être un imitateur. Je n’ai jamais demandé à Marty, mais il pense probablement que la prestation est meilleure si je joue les bonnes notes mais en interprétant le solo complètement différemment que si j’imitais le solo original. C’est sa vision de la musique, il joue très différemment de tous les autres guitaristes. Il a toujours cherché son propre style.

« Je ne pensais pas quotidiennement à Andre Matos, mais il était toujours là quelque part. […] Il était présent dans ma jeunesse. C’est un sentiment étrange de me dire que ma jeunesse ne va pas revenir, car quelqu’un qui était très important pour moi à cette époque est maintenant mort. »

Sur cet album solo, tu es accompagné des membres d’Angra, Felipe Andreoli et Bruno Valverde, à la section rythmique. Au-delà de leurs compétences musicales évidentes, était-ce une manière pour toi de maintenir un lien avec Angra ?

Nous maintenons constamment le lien, donc je n’ai même pas eu à y penser. Bruno jouait avec moi avant qu’il ne rejoigne Angra. C’était en fait moi qui ai dit que Bruno serait parfait pour Angra. Et je ne peux tout simplement pas penser à un autre bassiste que Felipe, car il me connaît très bien. Faire un album solo, c’est beaucoup de travail, il y a beaucoup de choses à penser. Quand on pense à la basse, Felipe est le gars qui est capable de tout jouer rapidement, je n’ai pas besoin de lui expliquer mille fois ce que je veux, parce qu’il me connaît, il a joué toutes les chansons de ma carrière solo. Il facilite grandement les choses, ce qui est agréable, à un niveau personnel, musical et pratique. Bruno c’est pareil, il est super. Avec Bruno – Felipe aussi, mais surtout Bruno parce qu’il joue la batterie – nous faisons beaucoup référence aux rythmes brésiliens, donc c’est plus facile de communiquer. Nous mentionnons un groove ou un artiste brésilien et ensuite ça devient une chanson de metal ou un instrumental plus heavy. Les idées et les influences viennent de grooves brésiliens. J’ai joué avec Mike Terrana, c’était amusant aussi parce que je lui apprenais le groove et lui montrais comment je l’imaginais, il y avait cette une étape supplémentaire pour lui montrer le groove d’origine. Même avec Virgil Donati, je lui envoyais des extraits de la source d’inspiration, du groove d’origine et de musique traditionnelle, afin qu’il puisse saisir l’idée, mais ça sonne toujours différent, ça sonne fusion.

En parlant d’Angra, il y a un an, on a appris le décès d’Andre Matos. Tu avais spontanément réalisé une longue et émouvante vidéo à ce moment-là. Même si tu ne lui avais pas parlé depuis très longtemps, il était évident qu’il était toujours profondément dans ton cœur. On dirait que ces vingt ans à ne pas vous parler étaient devenus un gros poids pour toi…

Oui, mais c’est quand tu es dans une telle situation que tu te rends compte de ce genre de chose. C’est principalement un reflet de ce qui s’est passé. Je ne pensais pas quotidiennement à Andre Matos, mais il était toujours là quelque part. A chaque fois que j’écoutais une de mes chansons des années 90, c’était sa voix ; sur internet, je suis toujours à côté d’Andre sur toutes les photos prises quand j’étais plus jeune. Il était présent dans ma jeunesse. C’est un sentiment étrange de me dire que ma jeunesse ne va pas revenir, car quelqu’un qui était très important pour moi à cette époque est maintenant mort. Mes parents sont encore en vie et je n’avais jamais vécu la mort de quelqu’un de très proche. C’était bizarre, j’ai beaucoup pensé à la situation et à la manière dont ça s’est passé : pourquoi ne nous sommes-nous pas parlé pendant aussi longtemps et pourquoi était-il réticent à me parler ? Au final, je me suis dit que c’est lui qui a souffert de ne pas m’avoir parlé durant les vingt dernières années. Quand on change les membres d’un groupe, on ne peut pas constamment parler de revenir dans le passé, autrement les nouveaux membres se sentiraient trahis ou diminués. C’est comme si tu avais une nouvelle petite amie tout en continuant à sortir avec ton ex-petite amie, dans ce cas, tu aurais un problème avec ta nouvelle petite amie. C’est ce qui s’est passé durant toutes ces années et à chaque fois que nous avons essayé de rentrer en contact avec lui, il n’était jamais ouvert. C’était une autre raison expliquant les préoccupations et la tristesse que j’ai ressenties ce jour-là.

CComme je l’ai mentionné au début, tu as travaillé sur le nouvel album de Megadeth, qui sera ton second. Où ça en est ?

L’année dernière, nous avons fait une session et nous avons composé toutes les chansons. Puis nous avons eu la nouvelle du cancer de Dave, donc nous avons dû arrêter, mais les chansons – les compositions, les riffs, etc. – étaient plus ou moins terminées. Dave a été soigné pour son cancer la moitié de l’année, mais il a quand même écouté les idées et changé de petites choses. Voilà où nous en sommes aujourd’hui. Evidemment, nous avons fait une tournée, qui a été un grand succès à bien des égards, mais surtout parce que Dave était de retour sur scène, au même niveau qu’avant. C’était super parce que nous ne savions pas s’il allait pouvoir chanter. Nous avons fait une tournée qui a été très positive en janvier et février, nous avons notamment joué au Zénith en France. Après ça, l’idée était de faire une pause après la tournée et de commencer à enregistrer l’album à Nashville, mais le coronavirus est arrivé et les choses se sont compliquées. Je sais que Dave est en train de travailler sur de petites choses, comme des paroles et des mélodies pour le chant, il finalise petit à petit les chansons. D’une certaine façon, c’est bien de faire cette pause à cause des soins de Dave et du Covid-19, car nous pouvons revenir sur les chansons, les écouter de nombreuses fois, et ajuster de petites choses.

Est-ce que Dave est complètement guéri de son cancer ?

Oui. Enfin, tu sais comment ça se passe avec le cancer, il faut constamment faire des visites de contrôle, mais il est totalement guéri. C’est pourquoi nous avons pu partir en tournée. Tourner, c’est très exigeant, on voyage dans différents endroits, on joue trois ou quatre concerts par semaine, etc. C’était une tournée très positive car il était guéri et a pu chanter et voyager.

As-tu pu mettre plus de toi-même dans ce prochain album ?

Je pense, oui. La collaboration avec le groupe était un petit peu différente de la dernière fois parce qu’à l’époque, j’apprenais à connaître les gars. Cette fois, après quelques années et tournées, je les connais assez bien, donc c’est plus détendu, je comprends mieux l’ensemble et c’est plus facile. Mais c’est très dur de savoir comment les gens le percevront. Nous ne savons pas encore à quoi ressemblera le résultat final, mais les fans perçoivent parfois les choses différemment de nous, ils s’imaginent des choses. Parfois on lit des commentaires, et on se dit : « Ce n’est pas vraiment comme ça… » Ou parfois on se dit : « C’est sympa la façon dont les gens entendent ça, c’est intéressant ! » et on prend même des notes. Peut-être que les gens auront l’impression que je montre vraiment certaines choses dans cet album, ou peut-être pas. Mais cette fois, nous étions vraiment présents en tant que groupe, à répéter et jouer les chansons, avec les idées de tout le monde.

« Quand tu as voyagé dans des conditions difficiles toute ta vie et joué dans des endroits mal adaptés aux concerts metal, et que tout d’un coup, tu te retrouves dans Megadeth, à jouer dans de gros festivals, tu as tout le confort et tout fonctionne… Il n’y a pas de défi ! [Rires] »

Ce sera aussi le premier album avec le batteur Dirk Verbeuren, qui est clairement le batteur le plus technique que Megadeth ait jamais connu. Est-ce que ses compétences ont impacté le live et le studio ?

Oui, parce que quand tu as un gars qui est très bon sur son instrument, c’est très inspirant. Disons que tu as une idée, le gars est capable de la jouer tout de suite ou de te donner quatre opinions différentes. Quand tu enregistres une démo, il joue tout de suite l’idée. C’est très inspirant d’être entouré de grands musiciens, qui ont un bon savoir, un vocabulaire riche et de la créativité à revendre. Dirk a aussi des idées sympas à la guitare. Il écoute le genre de musique que personne n’écoute dans le groupe, genre de la musique hyper heavy, du death metal, du grindcore, etc. C’est intéressant et même marrant, d’une certaine façon, parce qu’il est vegan, toujours en train de sourire, toujours sympa, et il écoute la musique la plus sombre et la plus extrême qui soit [rires]. Il n’y a que ça dans sa playlist. C’est bien d’en écouter de temps en temps, mais je ne sais pas comment il fait pour écouter ça tout le temps ! [Rires]. C’est cool parce qu’il apporte ses idées, il apporte cet autre aspect et vocabulaire.

Est-ce que ça faisait longtemps que tu cherchais à rejoindre un tel groupe ? Est-ce pour cette raison que tu as déménagé à Los Angeles au départ, pour voir si tu pouvais tomber sur ce genre d’opportunité de carrière ?

Ma réponse serait non. J’ai eu l’idée d’aller là-bas parce que j’y allais tous les ans pour le NAMM et aussi parce que j’ai un cousin qui y vit. Je me suis dit que ce serait bien d’y rester pendant un an, donc j’ai demandé un visa. J’ai beaucoup tourné et voyagé dans ma vie, mais je n’avais jamais vécu dans un autre pays. J’ai pensé que Los Angeles serait un endroit intéressant pour y vivre. Habituellement, j’y restais quinze jours ou un mois, alors pourquoi pas une année ? Et j’ai rencontré des gens là-bas. D’une certaine façon c’était pour ma carrière, pour découvrir un autre endroit, être dans la capitale ou la Mecque de l’industrie du divertissement et voir ce qui se passerait. Je n’essayais pas de trouver un job dans un gros groupe, je regardais juste les opportunités qu’il y avait dans une ville où l’industrie musicale est très importante, mais je n’avais pas de but précis, pour être honnête. Nous ne faisions rien avec Angra, je faisais mes trucs solo, donc je me suis dit que ce serait une chose intéressante à faire pendant un temps, mais au final, ça fait huit ans que je suis à Los Angeles [petits rires]. Puis Megadeth est arrivé, mais ça faisait déjà deux ans que j’y vivais.

C’était le premier groupe de cette stature pour lequel tu as essayé d’auditionner ou bien il y en a eu d’autres par le passé ?

D’autres gens m’ont contacté mais ça n’a abouti à rien. En fait, Megadeth n’était pas vraiment une audition. Je n’ai jamais participé à ça, donc je ne sais pas exactement comment ça marche, mais à Los Angeles, il y a ce concept d’audition : tu vas dans un studio et tu ne sais même pas pour quel artiste c’est, ils font juste des essais avec toi et voient si tu es capable de jouer certains styles. Si tu réussis ça, tu vas à une autre audition et alors tu découvres pour qui tu as auditionné. Ça peut être Katy Perry, Bruno Mars, etc. Ça arrive constamment à Los Angeles, de gros artistes qui cherchent des musiciens. Ce n’était pas mon cas, j’ai reçu un appel de Dave Mustane et David Ellefson me demandant de rejoindre le groupe. Ça avait plus l’air d’une audition quand j’ai rencontré Dave à un moment donné. Je n’ai pas du tout joué de guitare quand je l’ai rencontré, c’était plus une conversation sur sa manière de travailler, il voulait me connaître en tant que personne, mais je n’étais pas dans une pièce avec tous les guitaristes à essayer de gagner la bataille, pour ainsi dire.

Ça fait maintenant cinq ans que tu joues dans Megadeth. Quels ont été les plus gros défis auxquels tu as été confronté depuis que tu as rejoint le groupe ?

Je dirais que les défis ne sont pas à l’intérieur du groupe. Pour être honnête, le plus gros défi que j’ai connu, c’était au début d’Angra, quand nous jouions dans des villes très reculées au Brésil. Quand tu as voyagé dans des conditions difficiles toute ta vie et joué dans des endroits mal adaptés aux concerts metal, et que tout d’un coup, tu te retrouves dans Megadeth, à jouer dans de gros festivals, tu as tout le confort et tout fonctionne… Il n’y a pas de défi ! [Rires] Le défi est différent : il s’agit de jouer les chansons comme il faut, de gagner le respect des fans de Megadeth et de leur plaire… Il faut que les fans me trouvent cool pour le groupe, parce que Megadeth a une grande histoire. Comment puis-je intégrer un groupe qui a déjà un concept ? Comment puis-je être moi-même et aussi être intégré au monde de Megadeth pour les fans ? Comment puis-je être à la fois moi-même et un mec de Megadeth ? C’est un défi. Donc il s’agit plus de bien observer, parler aux gars du groupe, lire les commentaires des fans et me trouver moi-même, en étant à la fois moi-même et un mec de Megadeth. Le défi quand il s’agit de jouer les chansons est qu’il faut jouer des chansons qui sont un petit peu différentes, mais c’est un style que je joue depuis longtemps, donc c’était juste une adaptation. Ça aurait été difficile si j’avais dû jouer du flamenco ou un style différent. J’ai aussi des enfants et c’est un gros défi d’être en tournée quand on a des enfants.

Interview réalisée par téléphone le 17 juillet 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Emilie Bardalou.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Ville Juurikkala (1), Ifusha Kalina (3, 5, 6, 7) & Nicolas Gricourt (2).

Site officiel de Kiko Loureiro : www.kikoloureiro.com

Acheter l’album Open Source.



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Slipknot @ Lyon
    Slider
  • 1/3