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Chronique   

Kiko Loureiro – Open Source


Si Kiko Loureiro, l’ancienne force créative d’Angra, s’épanouit aujourd’hui au sein de la baleine Megadeth, il poursuit également en parallèle sa carrière solo. Sounds Of Innocence (2012) lui permettait de faire étalage de toute sa technique et de sa créativité guitare en main. Huit ans plus tard, fort du succès retentissant de Dystopia (2016), Kiko s’est donné le temps d’écrire un nouvel opus qui étanche sa soif de prouesses guitaristiques. L’artiste a intitulé son dernier effort Open Source, référence explicite aux programmes dont le code source est disponible gratuitement en vue d’être repris et amélioré par une communauté. Il est le fruit d’une réflexion sur les vertus du partage et de la connectivité à l’heure où les échanges sont aussi nombreux que fugaces. Open Source est d’ailleurs le résultat d’une campagne de crowfunding pliée en cinq heures. Preuve de la popularité du musicien. Kiko veut vivre correctement avec son temps.

Le guitariste s’est chargé de produire Open Source, mixé par Adam Getgood (Periphery) et masterisé par Ermin Hamidović. Il s’est entouré de vieilles connaissances avec la présence de la section rythmique d’Angra, Bruno Valverde à la batterie et le bassiste Felipe Andreoli. L’originalité d’Open Source réside dans sa démarche : à l’instar de ce qui se pratique en informatique, Kiko met à disposition tous les secrets de composition et les outils utilisés pour que d’autres s’approprient sa musique et la fassent évoluer. En somme, l’interprétation de Kiko Loureiro n’attend que d’être remaniée, remixée et modifiée au gré des envies d’autres producteurs et musiciens. Une démarche qui sied parfaitement à un album instrumental. Sur ce plan, Kiko a radicalement transformé et actualisé ses sonorités depuis Sounds Of Innocence. Si l’on excepte la ballade langoureuse et plus traditionnelle « Dreamlike », en résulte un album aux sonorités très contemporaines et aux rythmiques complexes qui rappellent parfois Animals As Leaders, inévitablement. Les arpèges classiques qui ouvrent « Overflow » sont très vites rattrapés par un riffing aux nombreuses articulations propices aux phrasés de leads qui font office de véritable voix. Le travail sur la batterie reprend lui aussi nombre de gimmicks que l’on retrouve sur les productions dites « modernes » actuelles, à l’instar de l’omniprésence de cymbales empilées. Kiko se plaît à multiplier les effets à l’image du delay et de la reverb sur les accords d’« EDM (e-Dependant Mind) » vite rejoints par des guitares sous-accordées. La formule est bien connue : les mélodies contrastent avec le son froid et brutal du riffing haché (à la manière d’Animals As Leaders, encore une fois, et littéralement de tout autre groupe rattaché au mouvement djent). La spécificité du titre est amenée par la culture classique du guitariste, prêt à calquer des phrasés hérités d’une culture musicale classique, jazz et sud-américaine tout au long de l’album.

Au-delà de la débauche technique propre à toute entreprise du genre, Open Source parvient tout de même à dépasser par endroits le stade de la simple admiration et à provoquer l’émotion. « Imminent Threat » réunit Kiko avec l’ancien guitariste de Megadeth Marty Friedman pour une déferlante de leads et de phrasés chirurgicaux. Kiko a parfaitement saisi ce qui fait l’intérêt d’une production instrumentale qui ne mise pas sur l’immersion : un effort constant pour captiver l’attention. Les quelques sonorités de claviers s’intègrent toutes à l’univers pseudo-futuriste (« Black Ice », « In Motion ») et certaines plages brillent par leurs accroches, à l’instar de la tension des rythmiques qui soutiennent le lead de « Liquid Times » réalisé avec le guitariste Mateus Asato et inspiré par le livre de Zygmunt Bauman, L’amour liquide : De la fragilité des liens entre les hommes. Là où Open Source marque réellement des points cependant, c’est lorsqu’il devient un être hybride dévoilant explicitement toutes les influences du guitariste. « Sertão » nous gratifie d’un pont axé sur le piano et les percussions tandis que « Running With The Bulls » se repose sur des samples de claps, « Vital Signs » dévoile un groove basse-batterie aux allures de World Music, l’accalmie de « Black Ice » est un renvoi supplémentaire à la culture classique de Kiko, éclatante sur « Du Monde ». Open Source retranscrit fidèlement la personnalité de Loureiro, au-delà de son concept et de sa modernité manifeste.

Open Source ravira les amateurs d’un guitariste qui mérite toute sa renommée. Kiko Loureiro bénéficie d’une production digne de ce nom et s’amuse sur un spectre très large, capable de faire cohabiter des sonorités a priori antithétiques, avec ce sens mélodique qui lui est propre servant de fil rouge. Il obéit cependant à la norme correspondant aux œuvres instrumentales de technicien : si pour une partie de l’audience les démonstrations et l’éloquence instrumentale laissent de marbre, Open Source ne sera pas davantage qu’un ajout (très) qualitatif à un catalogue déjà bien fourni. Après tout, ce qui compte est la transformation qu’en fera le public…

Album en écoute intégrale :

Album Open Source, sorti le 10 juillet 2020 en indépendant. Disponible à l’achat ici



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