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Chronique   

Killer Be Killed – Killer Be Killed


A la fois trois artistes accomplis et trois artistes en vogue dans le metal. C’était gagné d’avance pour Killer Be Killed. On se rend bien compte que les trois meneurs, Max Cavalera (Soulfly), Troy Sanders (Mastodon) et Greg Puciato (Dillinger Escape Plan), n’ont pas dû beaucoup se fatiguer pour assembler ce premier opus. Un album où les trois ont surtout laissé couler leur fibre naturelle. Après tout, là était le but et l’intérêt premier du projet : marier trois personnalités artistiques et vocales affirmées distinctes. Aucun n’est trahi par le contenu musical partagé et aucun ne prend le dessus sur les autres, chacun se donnant la réplique ou s’accompagnant sur chaque titre. A commencer par ce qui lie véritablement les trois leaders : leur sens de l’intensité musicale. Puis l’on reconnaît instantanément la patte de Cavalera qui use de sa voix rauque inimitable et de ses riffs simples mais ravageurs, rapprochant ce projet de ce que l’on connait déjà de lui dans Soulfy. Mais Killer Be Killed hérite également de l’épaisseur et des attraits mélodiques des derniers Mastodon, en particulier, évidemment, dans les passages investis par Sanders. Et si Cavalera et Sanders s’équilibrent l’un et l’autre en se cantonnant chacun à un registre – agressif pour le premier, mélodique pour le second -, Puciato, lui, fait le grand écart. Ce dernier n’étant pas le compositeur principal de Dillinger Escape Plan, c’est peut-être le groupe des trois dont on ressent le moins l’influence, quoi que son irrépressible et impulsive nervosité et son sens musical caractéristique y renvoient automatiquement.

Des projets réunissant des voix, le metal en a connu. Mais Killer Be Killed a ce petit truc en plus : les chanteurs sont aussi compositeurs et musiciens, l’ensemble se tenant de lui-même avec l’ajout de l’ex-Mars Volta Dave Ellitch à la batterie. Plus qu’une collaboration vocale, il s’agit là d’une collaboration artistique globale, ce qui fait certainement toute la différence et explique que les compositions sont tout sauf juste des prétextes à l’expérience. Certes, Killer Be Killed offre au final peu de surprises et délivre dans les grandes largeurs le résultat attendu de l’équation, si ce n’est pas aussi brutal (pourtant ce blast dément sur « Snakes Of Jehova », par exemple…) que certains l’auraient peut-être espéré, vu le pedigree des larrons. Les chansons ont juste ce qu’il faut de variations entre vélocité et lourdeur, agressivité et mélodie et quelques brins d’expérimentations (l’ambiance de « Twelve Labors » où Ellitch et la basse de Sanders – qui se fait bien remarquée sur l’opus – font des merveilles ou l’atmosphère étonnante de « Forbidden Fire »). Son parti pris non tranché pourrait le faire parfois passer pour un album « formaté » ou transigeant, mais c’est au contraire ce qui fait sa force : contrasté, efficace, punchy et accrocheur (l’ouverture « Wings Of Feather And Wax » est un véritable tube qui reste ancré en tête), il a tout pour séduire et faire passer un très bon moment.

Etre parvenu à imbriquer les trois sensibilités qui le composent – sans oublier Ellitch qui, avec aisance, sert avant tout le propos –, en évitant un effet trop patchwork (même si certaines interventions de Cavalera arrivent un peu comme un cheveu sur la soupe, là où les deux autres se passent le relai plus naturellement), est une performance en soi. Mais on devine facilement que Killer Be Killed a encore de la réserve et les capacités de surprendre à l’avenir (si avenir il y a). Sans doute que pour ce premier album, le challenge était d’abord de se trouver un terrain commun.

Ecouter les titres « Wings Of Feather And Wax » et « Face Down » :

Album Killer Be Killed, sortie le 12 mai 2014 chez Nuclear Blast.



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