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Chronique   

Killer Be Killed – Relunctant Hero


Killer Be Killed est l’exemple parfait du « supergroupe » qui fonctionne. Killer Be Killed aurait pu n’être qu’un agrégat de curriculum impressionnants : Max Cavalera (Soulfly, Cavalera Conspiracy), Troy Sanders (Mastodon), Greg Puciato (The Dillinger Escape Plan) et désormais Ben Koller (Converge) qui a remplacé Dave Elitch (The Mars Volta). Pourtant son premier album paru en 2014 démontrait cette capacité à digérer les influences de chacun et à proposer une musique qui respectait leurs sensibilités. Reluctant Hero est donc une surprise plus que bienvenue, Killer Be Killed n’ayant que peu communiqué quant à la réalisation d’un second opus ces six dernières années. Un laps de temps qui s’explique facilement par l’emploi du temps gargantuesque des musiciens. Pourtant Reluctant Hero vient s’imposer dans le calendrier de sorties, avec confiance et autorité. En six ans, Killer Be Killed n’a rien perdu de son équilibre.

Seule l’arrivée de Ben Koller derrière les fûts a altéré la formule initiale. En réalité, le batteur de Converge s’est déjà produit avec le groupe plusieurs fois. Il est un remplacement naturel qui respecte l’identité de Killer Be Killed sans forcer et accentue même sa facette la plus directe. Reluctant Hero ne rechigne pas à livrer toute une série d’uppercuts, fort d’une production en béton armé œuvre de Josh Wilbur (Lamb Of God, Gojira, Megadeth). L’ouverture « Deconstructing Self-Destruction » présente la synergie évidente entre les trois chanteurs, que ce soit l’agressivité crue de Cavalera, l’exubérance mélodique de Troy Sanders ou le talent d’équilibriste de Greg Puciato qui fait le lien entre ses deux partenaires. Reluctant Hero est résolument brutal par endroits, à l’instar de la minute délurée d’« Animus » qui voit Puciato et Cavalera s’égosiller en arrière-plan de la voix cryptique de Troy Sanders, pendant que Koller réalise une performance fracassante. « Filthy Vagabond » présente lui aussi les extrêmes que peut atteindre Killer Be Killed, à la frontière du hardcore et du punk. Il y a ce culte du riff sans fioriture qui transparaît dans chaque composition, plus proche des formations de Max Cavalera que de Mastodon ou The Dillinger Escape Plan, si ce n’est pour la technicité de certains plans de batterie. La conclusion de « The Great Purge » puise dans le hardcore classique, un véritable terrain de jeu pour la frappe de Ben Koller.

Ce ne sont pourtant pas les excès de violence qui font l’intérêt de Killer Be Killed. C’est la manière avec laquelle ils se conjuguent à une qualité d’écriture digne du statut des musiciens. Il y a toujours une recherche de la progression adéquate pour délivrer un refrain accrocheur ou une ligne de chant mémorable. « Dream Gone Bad » se laisse emporter par ces élans mélodiques qui profitent grandement de l’expérience de Sanders au sein de Mastodon. L’irruption d’un Cavalera enragé offre un contraste du plus bel effet. Une sorte de jeu de « good cop-bad cop » qui fait tout le sel de Killer Be Killed sans se transformer en sempiternel cliché voix clean/growl. Parfois Killer Be Killed embrasse pleinement des articulations mélodiques dignes du heavy old school à l’image de certains phrasés de guitare de « Left Of Center ». Il n’hésite pas non plus à se reposer sur des atmosphères : « Inner Calm From Outer Storms » est une progression portée par les roulements de Ben Koller et l’alternance entre les déclamations de Sanders et les murmures de Puciato. Cavalera se charge d’enterrer le tout avec la subtilité qu’on lui connaît. « From A Crowded Found » met à l’honneur ces élans progressifs, soutenu lui aussi par les articulations presque tribales de Ben Koller et les modulations vocales de Sanders et Puciato. Parfois les morceaux mélangent les approches, à l’instar des surprenants moments de plénitudes insérés dans « The Great Purge » ou du pont pseudo-atmosphérique qui brise soudainement la fougue de « Dead Limbs ». Killer Be Killed est capable de manger à tous les râteliers sans imiter les formations de ses musiciens ou sombrer dans le générique. Une alchimie improbable et indéniable, fonctionnant même sur des titres tout en nuances et un brin schizophréniques tels que « Reluctant Hero ».

Si son premier effort était consacré à la recherche d’une entente prolifique, Reluctant Hero entérine un fait : les quatre larrons sont faits pour jouer ensemble. Cavalera enchante (ou fait sourire) par sa capacité de faire irruption brutalement, là où Troy Sanders et Greg Puciato multiplient les accroches. Killer Be Killed émerge en tant que véritable groupe, trop éloigné des expériences de ses membres pour souffrir d’une pâle comparaison et suffisamment proche pour hériter de leurs qualités. Le mystère d’une association qui carbure.

Clip vidéo de la chanson « Dream Gone Bad » :

Chanson « Deconstructing Self-Destruction » :

Album Relunctant Hero, sortie le 20 novembre 2020 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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