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Live Report   

Killing Joke hypnotise le Transbordeur


Killing Joke fait aujourd’hui partie des valeurs sûres. Il suffit de voir la qualité de ne serait-ce que ses sept derniers albums – qui a vu le Joke partir dans une direction nettement plus metallique – pour s’en convaincre. Incluant, bien entendu, le dernier en date, MMXII, qui présente la bande son du prochain tournant supposé de l’humanité. Un groupe à l’esthétique des plus uniques en son genre. Encore faut-il y être sensible, c’est certain. Mais pour ceux qui le sont, ils savent bien que l’extase est au bout du couloir en franchissant les portes du Transbordeur en ce 19 avril 2012.

Avant cela, il va falloir patienter un minimum car deux combos méconnus sont également à l’affiche pour ouvrir cette soirée. Nous n’avons malheureusement pas eu la chance qu’auront les Anglais cet automne d’avoir deux groupes de haut standing, The Cult et The Mission, aux côtés de Killing Joke (croisons les doigts pour que cette affiche traverse la Manche), même si ces mises en bouche ont honorablement joué leur rôle.

Artistes : Killing JokeThe Icarus LineThe Crying Spell
Date : 19 avril 2012
Lieu : Lyon
Salle : Le Transbordeur

Entrée en matière façon gothique new-wave.

The Crying Spell, qui avait déjà accompagné la bande à Coleman sur sa tournée nord-américaine de 2011, débarque de Seattle pour ouvrir cette soirée. Il y a assurément quelque chose d’un autre temps dans ce que propose cette formation. Notamment le look et la gestuelle très new-wave du chanteur Len Hotrum et du guitariste Eric Snyder. Mais aussi dans la musique à cheval entre The Cure et, surtout, The Sisters Of Mercy. Le groupe va d’ailleurs au bout de sa démarche en proposant une reprise d’un des tubes gothiques par excellence : le « How Soon Is Now ? » de The Smith, plus généralement connu pour être le générique de la série Charmed dans sa version interprétée par Love Spit Love. Rien d’original dans ce choix, bien évidement (Paradise Lost, entre autres, se l’était déjà approprié), ni même dans l’interprétation, pourtant la force du titre se suffit à elle-même pour y prendre plaisir.

The Crying Spell fait passer un bon moment aux amateurs du genre. Moins aux autres, certainement majoritaires, qui restent de marbre. Ce qui vaudra un flop au frontman lorsqu’il entreprendra de descendre face aux premiers rangs serrer des mains : il recevra un accueil poli d’un public ne comprenant pas vraiment la démarche d’un groupe pour lequel il n’était, de toute évidence, pas venu.

Joe Cardamone déchaîné et charismatique.

Changement de terrain musical avec The Icarus Line. Même si l’ambiance feutrée reste de rigueur : le chanteur rachitique lancera un « Laissez ces lumières basses, mecs ! » désabusé après la seconde chanson. Un sacré personnage que ce Joe Cardamone ! Serait-il le fils caché de Mick Jagger et Iggy Pop ? Il en a, en tout cas, toute la gestuelle : il quitte sa veste pour dévoiler son maigre torse et s’adonne à des contorsions et grimaces en tout genre. Une vraie énergie qui lui donne une allure de possédé, voire, ne mâchons pas nos mots, de vrai camé aux psychotropes. Ce qui, il faut l’avouer, colle à merveille avec la musique proposée. Un rock psychédélique comme venu tout droit des années 70 et de l’ambiance dévergondée du mythique Woodstock. Psychédélique mais assurément conduit par la guitare. C’est hard et les têtes bougent, démontrant que le public, au départ dubitatif, s’est finalement laissé emporté et passe un très bon moment.

Ce grand malade de Jaz Coleman.

Les lumières s’assombrissent et soudainement raisonnent les voix tortueuses du « Masked Ball » issu de la bande originale d’Eyes Wide Shut. Mystère et angoisse, tels sont les sentiments soulevés par cette introduction en forme de messe sordide. A ce titre, c’est en toute cohérence que sera enchaîné « Requiem », premier titre de cette prestation. Et il est clair qu’il y a quelque chose de cérémonieux dans l’attente dans laquelle sont plongés les spectateurs à cet instant, peu avant que n’arrivent, toujours dans la pénombre, les musiciens, suivis quelques instants plus tard du ténébreux Jaz Coleman. Une démarche lente, tel un tueur mentalement atteint, entrant dans un domicile juste avant de perpétrer un massacre. Le massacre, ce soir, c’est celui de notre société folle et déshumanisée que dénonce Coleman depuis des années et en particulier sur son nouvel opus intitulé MMXII.

Folie et inhumanité. Deux termes sur lesquels repose la prestation de Killing Joke. La folie lugubre d’un Coleman au faciès terrifiant, les yeux et la bouche légèrement détourés de noir. A longueur de temps, il prend un malin plaisir à gratifier son audience de grimaces d’homme dérangé. Dérangé comme ses pas saccadés et sa gestuelle imprévisible. Inhumain par la froideur que dégage la musique et la prestation du groupe : les musiciens sont statiques et désinvoltes, notamment le guitariste Geordie Walker flegmatique par essence. Une impression renforcée par leurs visages noyés dans l’ombre. Les lumières ont, en effet, revêtu tout du long de la prestation un aspect crépusculaire des plus appropriés. Seul le visage de Coleman était de temps à autres frontalement éclairé pour prêter un rendu encore plus dramatique à ses expressions faciales.

Un Geordie Walker flegmatique.

Un jeu de scène donc très limité mais Killing Joke fait partie de ces groupes qui tiennent une scène avant tout par leur seule présence et, surtout, leur répertoire. Il y a d’ailleurs quelque chose d’assurément hypnotique dans la musique de Killing Joke. Le groupe est passé maître dans l’art d’envoyer des riffs courts mais répétés à l’envi. A ce titre, la fin d’un « Rapture » se traduit en un jouissif sommet d’intensité.

Le public quant à lui est en transe. Il y a bien les premiers rangs qui se lancent dans des slams et autres pogos mais la majorité fait davantage preuve d’introspection. Une sorte de communion tribale, pour ainsi dire. En réalité, rien ne ressemble à un concert de Killing Joke. Une expérience à part dont il ne faut pas vraiment attendre les mêmes « codes » et ressentir les mêmes émotions que lors d’un concert traditionnel.

Coleman en transe comme son public.

« Trop court ! » s’exclament nombre de représentants du public. Mais n’est-il pas préférable de ressortir en ayant encore un peu faim plutôt qu’en étant ballonné ? La conséquence, en revanche, c’est une setlist faisant de nombreuses impasses. Comment pourrait-il en être autrement, même avec quelques titres supplémentaires ? Plus de trente ans de carrière. Quinze albums. Ça ne se résume pas en une soirée. Killing Joke fait d’ailleurs le grand écart en portant essentiellement ses choix sur la période 80/82 d’un côté et 2012 de l’autre. Certainement histoire d’honorer le line-up d’origine présent ce soir et dont Coleman est si fier. Force est de constater, qui plus est, que ces titres, dont la mise au monde est si éloignée dans le temps, s’enchaîne admirablement, comme si le temps n’avait aucun effet sur la musique de Killing Joke. Malgré tout le groupe n’en a pas oublié pour autant quelques tubes issus des albums intermédiaires : l’irrésistible « The Great Cull », un « Asteroid » chanté en chœur par l’audience ou le final des rappels sur « Pandemonium » qui a de quoi rendre fou n’importe quel fan de la période plus industrielle du Joke.

Espérons en tout cas que les prédictions de fin du monde pour 2012 se trompent pour que nous puissions, dans les années qui arrivent, continuer à vivre de tels moments.

Setlist de Killing Joke :

Requiem
Sun Goes Down
Rapture
Fema Camp
Pole Shift
Chop Chop
Change
Primobile
Asteroid
The Great Cull
Corporate Elect
The Wait
Psyche

Rappels :

Wardance
Pandemonium

Photos : Nicolas « Spaceman » Gricourt

Voir également :

Galerie photos de Killing Joke.



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