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Live Report   

Killing Joke n’est pas mort


Killing Joke Paris 2016Killing Joke, c’est un pilier absolu. Plus de trois décennies, presque quatre, qu’ils traversent les modes et les époques avec toujours la même énergie, la même créativité, et une identité à la fois mouvante et tellement personnelle. Avoir inspiré, et influencé des groupes comme Metallica, Nirvana, Nine Inch Nails, et on en passe, peu de groupes peuvent s’en vanter. Killing Joke ne s’en vante d’ailleurs pas, tant ses membres ont su rester humbles.

En cette soirée du 9 novembre 2016, la salle de l’Élysée Montmartre flambant neuve (sans jeu de mot !) accueille les légendes de l’indus anglais pour un concert qui promet d’être mémorable. Dans la file d’attente se croisent les habitués, qui suivent le groupe depuis des années, voire des décennies, et qui se connaissent bien, les petits nouveaux dont c’est la première fois, et les curieux qui ne seront certainement pas déçus du voyage !

Artistes : Killing JokeDeath Valley High
Date : 9 novembre 2016
Salle : Elysée Montmartre
Ville : Paris [75]

En ouverture de cette soirée, on retrouve les californiens de Death Valley High. Le groupe n’est pas d’une renommée exceptionnelle en France, et le public ne semble pas très au fait de leurs compositions. Pourtant, leur prestation scénique est largement à la hauteur de leur talent d’écriture. Le chanteur de la formation (et guitariste/claviériste à ses heures) Reyka Osburn déploie une énergie communicative, entre bonds de cabri et descente dans la fosse, qui ne tarde pas à embarquer une bonne partie de l’assistance dans le vaisseau Death Valley High.

Musicalement, pour les non-initiés, on retrouve des teintes de goth/indus/électro, mêlées à des influences clairement metal, on citera notamment les Deftones, qui sautent aux oreilles dès la première écoute (pas étonnant si le groupe a récemment fait équipe avec Ulrich Wild, connu pour avoir collaboré aux premiers albums de la bande de Sacramento). Visuellement, on se rapproche plus de groupes de visual kei, avec une esthétique relativement travaillée pour une formation de cette envergure, que ce soit pour leurs pochettes d’albums ou leurs clips vidéo, mais également sur scène, le maquillage étant de la partie ! Tout au cours de leur set d’environ une demi-heure, les américains ne manqueront pas de rappeler leur amertume, en ce lendemain d’élection présidentielle, avec un mélange de « Fuck Trump » (nous ne traduirons pas !) et de remerciements au public pour leur avoir fait oublier ce contexte.

Killing Joke

Vers 19h50, le groupe quitte la scène, et l’habillage de Killing Joke prend alors place. Aux alentours de 20h30, une introduction suffisamment longue pour faire durer le suspense précède l’entrée en scène des anglais, accompagnés d’une clameur générale, puis c’est « The Hum » qui assume la lourde tâche d’ouvrir les festivités. Petit point sur le line-up pour ceux qui n’auraient pas vu tous les épisodes, hormis Jaz Coleman et Geordie Walker qui sont restés au sein de la formation tout au long de ses trente-sept années d’existence, le batteur Big Paul a repris les baguettes en 2008, le bassiste Youth a réintégré la formation la même année, suite au décès de Paul Raven, et le quatuor accueille désormais en live un dénommé Reza Uhdin aux claviers depuis 2005. C’est donc l’intégralité des membres fondateurs qui sont sur scène ce soir-là.

Et comme Killing Joke ne fait jamais les choses à moitié, c’est l’immense « Love Like Blood » qui prend la suite, pour ne pas laisser retomber l’enthousiasme. On peut s’étonner de voir un si grand succès en début de set, mais visiblement, ce n’était pas pour déplaire aux fans, surtout quand la suite du concert n’en est pas moins animée. Dès le troisième titre, en l’occurrence le fameux « Eighties », la fosse s’anime, les mosh pits font leur apparition dans le centre, tandis que les côtés de la salle ont plutôt pris des airs de dancefloor. Ce sont ensuite des titres plus récents qui débarquent, avec « Autonomous Zone » et « New Cold War » tous deux issus de Pylon, le dernier opus en date. De manière générale, la setlist de la soirée fait la part belle aux chansons légendaires du groupe, et donc un peu plus anciennes, avec plus de la moitié qui datent des années 80, mais le combo réussit à prouver qu’ils n’étaient pas pour autant vieillissants, et encore moins usés.

Killing Joke

Si Killing Joke est connu pour deux choses, en dehors de son ouverture d’esprit musicale, c’est bien pour son engagement politico-social, et pour son intérêt pour les thèmes spirituels, ésotériques, voire parfois occultes. Sachant cela, on ne sera donc pas étonnés de trouver, posés sur l’ampli de Youth, deux bougies et un bâtonnet d’encens, décor un peu incongru pour une scène de ce style, on l’accorde. Du côté vie politique, le contexte actuel, entre la toute récente victoire de Donald Trump aux États-Unis et Brexit en Europe, a donné du grain à moudre au groupe anglais, s’il en était besoin. Tout au long du concert, se succèdent donc les apostrophes courtes mais efficaces (« Fuck America » en tout début de set) ; les questions rhétoriques au public pour avoir son ressenti sur le résultat inattendu de l’élection présidentielle outre-Atlantique, public qui n’a pas attendu la fin de la question pour répondre à l’unisson d’un majeur fièrement levé ; ou encore un simple mais puissant « Je suis Européen » en guise d’introduction à « European Super State ».

La réputation de Killing Joke en tant que groupe à voir absolument sur scène n’est plus à faire, et ils nous l’auront encore prouvé ce mercredi soir. A l’instar de leurs titres d’il y a trente ans, Killing Joke n’est ni démodé, ni usé, pas même abîmé par le temps, au vu de l’énergie que déploient ses membres sur scène. La réponse du public est amplement au niveau, on peut aller jusqu’à parler de communion, ce qui s’accorde avec l’ambiance spirituelle du show. Les membres ont tous leur aura sur scène, mais incontestablement, Jaz Coleman est un personnage à part. Enigmatique, charismatique, il est définitivement très différent sur scène de ce qu’il est à la ville, mais lorsqu’il ouvre son cœur en fin de set, après « The Death And Resurrection Show », pour embrasser fictivement la foule, on voit bien que c’est l’homme qui s’exprime, et pas le personnage, et son émotion est palpable.

Killing Joke

Après une heure et quart de set, les cinq membres quittent la scène, mais il ne faudra pas longtemps aux fans pour les faire revenir pour un rappel de trois titres, clôturé en beauté par un « Pandemonium » impérial. Ceux qui venaient pour le grand show à l’américaine avec les écrans de projection et la superproduction ont dû se tromper d’adresse, ici, c’est une production épurée qui entoure les musiciens. Bien que plutôt desservis par la configuration de la salle, qui résonne énormément et ne fait pas forcément honneur au son des anglais, ils ont livré une performance scénique magistrale. Les musiciens n’ont plus grand-chose à prouver en ce qui concerne leur talent, mais la mention spéciale de la soirée revient sans hésiter à Jaz Coleman, dont la voix ne faiblit pas, là où d’autres à son âge ont déjà rendu le microphone.

Il est à peine 22 heures quand la salle se vide de ses occupants d’un soir, qui repartent visiblement conquis, s’ils ne l’étaient pas déjà en entrant. Une chose est sûre : Killing Joke n’est pas mort.

Setlist :

The Hum
Love Like Blood
Eighties
Autonomous Zone
New Cold War
Exorcism
Requiem
Change
Turn To Red
European Super State
I Am The Virus
Complications
Empire Song
Unspeakable
The Wait
Pssyche
The Death And Resurrection Show

Rappels :
The Beautiful Dead
Wardance
Pandemonium



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