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Metalanalyse   

Killswitch Engage : parier sur le passé pour construire l’avenir


L’histoire de ce nouvel opus de Killswitch Engage, le sixième en une petite quinzaine d’années, est singulière. En effet, peu de groupes perdent leur chanteur originel au bout de trois ans d’existence, construisent leur renommée internationale pendant dix ans avec un autre, et repartent enfin avec le premier pour continuer l’aventure !

C’est pourtant ce qui est arrivé à la bande de l’explosif guitariste Adam Dutkiewicz. Et dire que le groupe est attendu au tournant avec ce Disarm The Descent est un doux euphémisme. Pourtant les fans de la première heure ont une vague idée de ce à quoi ils seront à nouveau confrontés avec Jesse Leach, puisqu’il était présent sur les deux premiers albums du groupe, l’éponyme et surtout Alive And Just Breathing, une pierre angulaire de la carrière de KSE par son apport au mouvement Metalcore au tournant du XXIe siècle. Et les raisons de ce départ, et de ce retour, jouent un rôle prédominant, à la fois dans l’évolution du groupe, et dans l’aspect vocal de ce nouvel album. Car même si le groupe a compté deux chanteurs dans son histoire, la patte vocale de Jesse Leach et d’Howard Jones, qui alternent tous deux un chant Hardcore et mélodique à leur manière, est l’un des éléments importants de la marque de fabrique Killswitch Engage.

Comme nous l’a récemment confié Adam Dutkiewicz, le principal problème de Jesse Leach lors de son départ du groupe en 2002, était plutôt d’ordre physique : « La principale raison de son départ, c’est qu’il avait de gros problèmes pour chanter. Il a eu beaucoup de soucis avec sa gorge. » Jesse Leach, lui, dans une interview qu’il nous a également accordée, mettait plus en avant ses problèmes psychologiques, mais il semble que de ces deux côtés, beaucoup de choses soient réglées. Du point de vue vocal en tout cas, Jesse Leach a dû repasser par l’étape des auditions et il a passé ce test haut la main au milieu de dizaines d’autres prétendants. L’auditeur n’est donc pas surpris d’entendre un chant techniquement très au point sur ce nouvel opus, élement qui prend encore plus d’importance vu la grande place accordée sur cet album au chant mélodique. Cette prédominance vient en contrepoids d’un instrumental très musclé, tant au niveau du jeu de batterie que des riffs saignants et ultra-rapides. La double pédale fonctionne à plein régime et les breaks casseurs de nuques sont toujours la recette favorite de Killswitch Engage pour fidéliser son auditorat.

Une fois la curiosité passée vis-à-vis du retour de Jesse Leach au chant, les fans du groupe retrouveront facilement ce qui leur fait aimer ces Américains : des couplets durs avec une voix saturée – différente il est vrai de celle d’Howard Jones – et des refrains mélodiques parfois aidés par différents effets de voix et doublages. Le single « In Due Time », les refrains de « The Hell In Me » ou « The Turning Point », tout cela tombe dans le registre habituel, efficace et bien rôdé de Killswtich Engage. A l’image d’un Hatebreed, par exemple, l’auditeur ne sera que peu surpris de ce qu’il entend, mis à part peut-être ce chant très propre et clair de Leach, qui vient en décalage du chant d’Howard Jones et son grain légèrement Heavy sur les parties mélodiques.

La continuité musicale du groupe sur Disarm The Descent s’explique par le fait qu’une grande partie des titres de l’album ont été écrits alors que le groupe tournait toujours avec Howard Jones, ce qui, au final, assure une sorte de transition en douceur. La tentation est toujours grande de comparer les deux chanteurs, surtout quand ils se succèdent de cette manière, mais selon Jesse Leach, c’est une grave erreur: « Je suis sûr qu’il y a des gens sur Internet qui ne supportent pas l’idée que je sois de retour dans le groupe et qui me comparent à Howard, comme ils le font depuis huit ou neuf ans. Ça m’énerve sérieusement, c’est un manque de respect envers nous deux. » Soit. Mais étant donné que le reste du contenu musical offert par les musiciens de Killswitch Engage est dans la constance, le retour au chant de Leach s’impose comme la différence notable de l’album et ressort forcément.

La production très soignée de l’album réalisée par Adam Dutkiewicz lui-même reste identique tout au long de l’album, ce qui donne à l’opus une cohérence certaine mais n’aide pas l’auditeur à distinguer facilement les différents titres. Il portera par conséquent une attention toute particulière aux titres qui sortent plus facilement du lot, tels que le tempo lent d’« Always » et son chant proche de l’univers de Corey Taylor dans Stone Sour, ou le plus violent « Time Will Not Remain ».

La réaction du public lors des concerts à venir quand Killswitch Engage jouera ses nouveaux titres sera difficilement analysable : en effet, le potentiel mauvais accueil de ces titres viendra-t-il d’un retour de Leach boudé par les fans ou du parti-pris très mélodique du chant de cet album ? L’inquiétude ne sera sûrement pourtant que brève car les rythmes très rapides de Disarm The Descent et la folie scénique d’Adam Dutkiewicz devraient venir bien vite à la rescousse pour dissiper les nuages. Et faire cesser les comparaisons : car Jesse Leach est de retour, il est l’avenir de Killswitch Engage de la volonté même de ses membres, et cela ne souffre désormais d’aucune discussion.

Album Disarm The Descent, sortie le 2 avril 2013 chez Roadrunner Records



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