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Interview   

Killswitch Engage : une nouvelle aventure pour un nouveau Jesse Leach


Dans l’interview publiée quelques instants plus tôt, le guitariste Adam Dutkiewicz évoquait à quel point tout semblait nouveau aux yeux de Jesse Leach lors de son retour au sein de Killswitch Engage. Nous nous sommes entretenus avec le chanteur afin qu’il partage avec nous sa perception de son retour.

Et nous avons effectivement affaire à une personne pleine d’enthousiasme, non seulement par rapport à cette nouvelle expérience, mais aussi par rapport à sa nouvelle vie de musicien. Un enthousiasme qui fait d’autant plus plaisir à constater compte tenu des difficultés que l’homme a vécu et des doutes qu’il avait quant à ses capacités à reprendre le rôle de chanteur au sein du groupe. En conséquence, il parle de cela très ouvertement et de manière poignante. Des difficultés qu’il a pu surmonter et qui lui ont permis d’acquérir une certaine sagesse qu’il souhaite partager. Sagesse par rapport au chant, à l’activité de musicien, à la notion de liberté décomplexée que doit représenter la musique. Pas étonnant d’ailleurs qu’il cite Devin Townsend comme un exemple d’état d’esprit.

Ainsi, que vous soyez fan du groupe, passionné de musique ou simplement curieux, nous vous recommandons fortement la lecture de cette interview.

« Je ne suis pas une rock star. […] Je suis un musicien qui travaille. Cette attitude, c’est ce qui me permet d’écrire comme j’écris, d’agir comme j’agis. C’est important, tu vois ? Il y a suffisamment de connards dans la musique. »

Radio Metal : Lorsque tu as quitté le groupe, tu as déclaré que tu en avais « fini avec la musique, point ». Qu’est-ce qui t’a poussé à revenir à cette vie ? Qu’est-ce qui t’a redonné espoir ?

Jesse Leach (chant) : Je ne sais pas si c’était de l’espoir… Je pense que c’était simplement une nécessité. J’avais besoin de musique dans ma vie. J’ai essayé d’arrêter pendant quelques mois. Je traversais une dépression et les choses n’ont fait qu’empirer. Puis un ami m’a contacté et m’a demandé de rejoindre le groupe Seemless. Il m’a envoyé un CD, je l’ai écouté et je me suis dit que ce serait marrant de faire du rock’n’roll, quelque chose de complètement différent. Il n’y avait aucune pression, c’était du genre : « Viens, on jouera dans des bars et on va se marrer ». Sachant que je sortais tout juste d’une situation difficile, c’était un super projet. C’est devenu une thérapie, ça m’a beaucoup aidé. J’ai écrit sur mes problèmes et sur ma dépression, et j’ai commencé à chanter du blues. Je suis tombé amoureux de ce style.

En dehors de tout ça, peux-tu nous faire un petit topo sur ce que tu as fait entre ton départ de Killswitch Engage et ton retour ?

Tout à fait. Il y a eu Seemless et un groupe, The Empire Shall Fall, dans lequel je joue toujours. Évidemment, il y a eu Times Of Grace l’an dernier, on a sorti un disque. Et entre ces différents projets, j’ai fait des tonnes de petits boulots d’ouvrier, j’ai lutté, souffert, j’ai eu des problèmes relationnels, j’ai connu la rédemption… Des choses qu’on vit tous. Je pense que ça m’a façonné et aidé à devenir la personne que je suis aujourd’hui. Je suis enfin bien dans ma peau et j’ai confiance en moi, mais je ne pense pas que je serais ce que je suis aujourd’hui si je n’avais pas traversé toutes ces épreuves. Avoir des boulots normaux m’a aussi permis de rester en contact avec les gens. Quand on me qualifie de rock star, je suis mort de rire : c’est la blague la plus drôle du monde, parce que je suis tout sauf une rock star. Je suis un musicien qui travaille. Cette attitude, c’est ce qui me permet d’écrire comme j’écris, d’agir comme j’agis. C’est important, tu vois ? Il y a suffisamment de connards dans la musique.

Continues-tu à jouer dans Seemless aujourd’hui ?

Non, Seemless est terminé depuis quelque chose comme six ans.

Quel regard portes-tu sur l’évolution de Killswitch Engage ces dix dernières années, d’un point de vue extérieur ?

En surface, ils ont eu beaucoup de succès. C’est fou, le succès qu’ils ont eu. Je dirais qu’ils se sont tournés vers un style de musique plus mélodique, ils sont presque devenus un groupe de ballades. Ils ont introduit des éléments plus R’n’B, ce que je trouve très bien, parce qu’ils ont fait quelque chose de différent de tous les autres groupes. J’ai toujours été fier de mes amis. Mais je sais qu’ils ont traversé des épreuves ces dernières années, qui ont conduit à la séparation entre Howard [Jones] et le groupe. Dans tous les cas, je suis très fier de ce qu’ils ont accompli. C’est assez incroyable.

« Ils me l’ont demandé quelques mois avant l’annonce de la séparation, et j’ai dit : ‘Je ne sais pas si je peux chanter ses chansons. Je ne crois pas que je pourrais les chanter tout en étant authentique et en restant moi-même’. « 

As-tu remarqué des changements dans le processus de travail, entre hier et aujourd’hui ?

C’est à des années-lumière, c’est très différent. Le groupe en lui-même est une machine bien huilée. Toutes les pièces fonctionnent parfaitement, ça ne demande pas beaucoup d’effort. Pour réintégrer le groupe, je n’ai eu qu’à me pointer, trouver ma place et me lancer. Il n’y a eu aucune hésitation, aucun malaise. Ils m’ont très bien accueilli et beaucoup encouragé. Ça ne m’a demandé aucun effort de revenir. Et l’autre jour, littéralement sans que je m’en aperçoive, je me suis dit : « Ça fait un an que tu es revenu ». Je n’y pense même pas, c’est un processus naturel. En termes d’amitié et de relation, nous sommes devenus très proches. C’est très différent d’il y a dix ans. Tout va bien, maintenant. Tout est facile.

Ton retour dans le groupe a été annoncé très rapidement après le départ d’Howard. En fait, tu n’as pas du tout hésité à dire oui ?

Si ! Ils me l’ont demandé quelques mois avant l’annonce de la séparation, et j’ai dit : « Je ne sais pas si je peux chanter ses chansons. Je ne crois pas que je pourrais les chanter tout en étant authentique et en restant moi-même ». C’est comme ça que ça s’est passé : ils m’ont contacté, et moi j’ai continué à vivre ma vie et à bosser. Ensuite, j’ai lu l’annonce disant qu’ils étaient passés aux actes. Ils ne se contentaient plus d’en parler, ils s’étaient vraiment séparés. Je me souviens que j’étais au boulot, derrière un bar, à empiler des verres, avec les clients qui hurlaient. J’ai lu l’annonce, passé ma vie en revue, et je me suis dit : « Il faut que j’essaie ». C’est là que j’ai appelé Adam pour lui proposer une tournée Alive Or Just Breathing. Il m’a répondu qu’ils étaient très occupés avec les auditions. OK, mec, pas de souci. Le lendemain, j’ai appelé le manager et je lui ai dit : « Tu pourrais me mettre sur la liste des auditions ? Je veux passer l’épreuve ». J’ai dit aux gars que j’allais me préparer et venir auditionner. Pendant une semaine et demi, je me suis bourré le crâne avec les chansons et j’ai commencé à en tomber amoureux. « Arms Of Sorrow » est la première à m’avoir vraiment touché. J’ai commencé à m’identifier aux chansons, à les ressentir et à être impliqué émotionnellement. Je suis devenu fan. C’est là que j’ai su que j’avais suffisamment confiance, que je pouvais le faire. Je suis allé à l’audition dans cet état d’esprit. L’audition était très sympa, il y avait l’énergie, on a ri et passé un bon moment. Le lendemain, j’ai eu un coup de fil du management, me demandant de rejoindre le groupe. C’était super.

Ce n’était donc pas quelque chose que tu attendais ? Du genre : « Si Howard quitte un jour le groupe, peut-être que… »

Au fond de moi, je crois que je me disais : « Cool, ça fera plus de temps pour Times Of Grace à l’avenir ». Si je pensais quelque chose, c’était ça. Mais l’idée ne m’avait pas effleuré. Quand ils me l’ont demandé la première fois, j’ai pu écouter les démos du nouvel album, seulement la musique. Ça ne m’a plus quitté, parce que j’ai trouvé cette musique géniale. Si je pouvais apprendre les chansons d’Howard et les faire sur scène, puis bosser sur le nouvel album, je pouvais revenir avec cette musique-là. C’était un bonus qui m’a poussé à y aller. Je voulais chanter sur cet album quand je l’ai entendu, je savais que ça allait être cool.

« J’ai commencé à m’identifier aux chansons, à les ressentir et à être impliqué émotionnellement. Je suis devenu fan. C’est là que j’ai su que j’avais suffisamment confiance, que je pouvais le faire. Je suis allé à l’audition dans cet état d’esprit. »

Lorsqu’un nouveau musicien rejoint un groupe, il doit gagner l’approbation des fans. Même si tu faisais autrefois partie du groupe, as-tu pris ton retour comme un défi ?

Oui, tout à fait. Heureusement, les fans de Killswitch adorent le groupe. Encore une fois, la raison pour laquelle je ne voulais pas rejoindre le groupe, c’est que je voulais être authentique. Je crois que je le suis suffisamment pour prouver que le groupe compte pour moi. Ça a sans doute aidé, parce que je n’ai eu que des retours positifs de la part des fans. Je suis sûr qu’il y a des gens sur Internet qui ne supportent pas l’idée que je sois de retour dans le groupe et qui me comparent à Howard, comme ils le font depuis huit ou neuf ans. Ça m’énerve sérieusement, c’est un manque de respect envers nous deux. C’est n’importe quoi, je n’y prête même plus attention. Je fais de la musique parce que j’aime ça, c’est pour les bonnes raisons. Si ça dérange certaines personnes, ce n’est pas mon problème. On ne peut pas faire plaisir à tout le monde.

Pour cet album, Adam t’a apparemment donné des conseils vocaux. T’a-t-il fait chanter des choses dont tu ne te pensais pas capable ?

Ce qu’il y a de cool avec Adam, c’est qu’il me connaît suffisamment pour savoir de quoi je suis capable. Pour ce qui est de m’aider ou de me donner des idées, c’était surtout en termes de placement de la voix : « Pourquoi tu n’essaierais pas cette note-là au lieu de celle-ci ? » Il a juste modifié de petites choses. C’est son boulot, il est producteur et c’est un génie dans ce domaine. Et nous sommes de très bons amis, donc il n’y a aucune histoire d’ego là-dedans. Je me suis battu pour conserver quelques trucs tels quels et il a respecté mes choix. D’autres fois, il réarrangeait tout un refrain avec des notes différentes, et quand il me montrait le résultat, je trouvais ça génial. Pour nous, ce qui importe, ce sont les chansons et l’album, pas l’ego. Donc oui, il m’a beaucoup aidé. Surtout quand j’ai souffert du syndrome de la page blanche. Le délai pour l’album approchait, la tournée aussi, et j’avais encore quelques chansons à écrire. J’étais très en retard, j’avais du mal avec plusieurs choses. Il m’a beaucoup aidé pour ces dernières chansons. Elles comptent parmi les meilleures de l’album, je trouve.

Ton chant clair sur cet album est très inspiré. Ton expérience avec Seemless et The Empire Shall Fall t’ont-elles aidé à développer ta voix ?

Oui. L’apogée, c’était Times Of Grace. J’ai utilisé ma voix mélodique et bluesy avec Seemless et fait des choses plus abstraites avec The Empire Shall Fall. Mais tourner avec Times Of Grace m’a permis de réaliser, pour commencer, que j’avais beaucoup à apprendre. Je dois encore évoluer en tant que chanteur. Et ensuite, j’ai pris conscience de ce que je pouvais faire, et ça m’a donné confiance. Mais il faut que je m’entraîne mieux, c’est un fait. Grâce à la tournée avec Killswitch, j’ai l’impression de m’améliorer. J’espère continuer dans cette voie.

À ce propos, tu as eu des problèmes avec ta voix en tournée il y a dix ans. Tu te cassais la voix avec quelques concerts et tu luttais tout le reste de la tournée. As-tu appris à contrôler ce problème ?

Oui, et heureusement. C’est principalement une question d’entretien de la voix : il faut la connaître, savoir en prendre soin, savoir ce qu’il ne faut pas faire – parler fort quand on n’est pas sur scène, aller au bar et descendre quelques verres, être bourré et déshydraté… Ce sont des choses que je faisais avant. Il faut apprendre à entretenir sa voix, utiliser des techniques particulières pour ne pas se casser les cordes vocales. C’est un mélange de plein de choses. J’ai beaucoup appris au fil des années, et aujourd’hui, j’ai confiance en mes capacités.

C’est donc le conseil que tu donnerais à de jeunes chanteurs qui rencontreraient les mêmes problèmes ?

Oui : entretenez votre voix. Ce n’est pas grave de boire un verre de temps en temps, mais il faut équilibrez ça avec de l’eau. Maîtrisez vos techniques, échauffez-vous. Et ne soyez pas trop fiers ou trop effrayés pour demander de l’aide. Demandez les conseils de professeurs et d’autres musiciens. Je suis allé demander à des gens que j’ai rencontré sur la route et que j’admire : « Et toi, comment tu fais ? » L’ancien moi se serait dit : « Naaan, je fais du punk rock, je maîtrise ! Pas de souci, je n’ai besoin de l’aide de personne ! » Regarde où ça m’a conduit… Donc, apprenez votre instrument, apprenez à en prendre soin.

« Monter sur scène, c’était… Tous les poils de mes bras se sont mis au garde-à-vous, tu vois ? Le public était dingue. C’est l’un des meilleurs moments de ma vie. »

Le 22 avril 2012, tu as donné ton premier concert avec le groupe depuis 2002. Comment c’était ? Étais-tu particulièrement nerveux avant ce concert ?

Ouais ! (rires) Oui, ce concert a vraiment joué avec mes nerfs – mais dans le bon sens. C’était simplement de l’excitation et de la nervosité. Monter sur scène, c’était… Tous les poils de mes bras se sont mis au garde-à-vous, tu vois ? Le public était dingue. C’est l’un des meilleurs moments de ma vie. Heureusement, à partir de là, c’est devenu plus facile pour moi. Ma nervosité était plus due à l’excitation qu’à l’idée que j’allais tout foirer. Pour ce premier concert, je me souviens avoir étudié à fond les paroles de certaines chansons d’Howard. J’avais un petit bout de papier sur le moniteur pour me rappeler ce que j’avais peur d’oublier. En théorie, je m’en sortais bien, mais devant un public, ce n’est plus pareil. J’avais donc l’aide de mon petit morceau de papier. Je me disais qu’il valait mieux éviter que le nouveau pourrisse les chansons de l’ancien chanteur !

Adam est un musicien cinglé sur scène ! N’est-ce pas un peu désarmant de faire des concerts avec lui ?

C’était le cas dans Times Of Grace, même s’il s’est calmé pour ce projet. Mais je savais dans quoi je m’embarquais. Je pense qu’il s’est calmé aussi pour Killswitch. Sur nos dernières tournées, il n’a pas autant pété les plombs que d’habitude. En même temps, je pense que ça a fait de moi un meilleur artiste sur scène, parce que je prends davantage les choses à la légère. Il me fait rire. C’est un excellent mélange d’intensité et d’implication dans ce que je dis d’une part, et de moments de rire et de fun d’autre part. Il m’a aidé à voir les choses à la légère, et j’apprécie ça. Il m’a permis d’évoluer en tant qu’artiste. On a le droit de faire de l’humour dans le metal, vraiment. Si vous prenez la vie trop au sérieux, vous allez finir malheureux, et c’est naze. Ceux qui ne comprennent pas ça ne viennent pas à nos concerts ! C’est devenu partie intégrante de la représentation. Quand je ne sens pas ses bêtises, je le dis au micro. Il fait un truc idiot, et au lieu de penser : « Quel con… Allez, on continue », je dis : « Bien joué, connard ! » Je pointe ses bêtises du doigt et ça devient drôle. Je pense que le public sent que nous sommes amis et que c’est pour rire. C’est super, ça fait partie d’un concert de Killswitch.

Je connais pas mal de gens qui ne serait pas d’accord sur le fait qu’on ait le droit de faire de l’humour dans le metal. Pour beaucoup, le metal se doit d’être très sérieux !

Regarde le metal dans son ensemble. Prends un type comme Devin Townsend ! Whaouh ! Ce mec fait ce qu’il veut. C’est l’essence même de ce à quoi on doit aspirer en tant que communauté. Le metal n’est pas défini par des règles. Je croyais qu’on faisait ça pour aller à l’encontre des règles ! Qui a le droit de nous dire ce qu’on peut faire ou pas ? Si vous aimez ce qu’on fait, super ; sinon, allez à un concert de Slayer et soyez aussi sérieux que vous voulez. C’est la beauté de la musique : la liberté. On ne suit pas les règles, et personne ne devrait le faire. Je trouve ça idiot.

Tu es évidemment très occupé avec Killswitch Engage pour l’instant, mais quel est l’avenir pour Times Of Grace ?

On adore ce projet. On veut au moins sortir des disques, mais on va être très occupés dans les quelques années à venir. Adam et moi ne l’oublions pas, c’est quelque chose qu’on voudrait refaire : sortir un EP, donner quelques concerts ici et là… Je ne sais pas encore, mais notre cœur y est.

C’est tout pour moi. Un dernier mot à ajouter ?

Seulement de la gratitude. Merci pour votre soutien envers le groupe et pour avoir bien accueilli mon retour. Ou pas, d’ailleurs, ça n’a pas d’importance ! Merci de soutenir ce que nous faisons. C’est bon d’être de retour.

Interview réalisée par téléphone en février 2013
Retranscription et traduction : Saff’

Site internet officiel de Killswitch Engage : www.killswitchengage.com

Album Disarm The Descent, sortie le 2 avril 2013 chez Roadrunner Records



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