ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Live Report   

King’s X : crise de Pinnick au Ninkasi Kao


Voilà une soirée très intéressante. Deux groupes différents : l’un est un quintette français, l’autre un trio texan, l’un est plutôt jeune, l’autre a de la bouteille, l’un fait une musique complexe indubitablement ancrée dans son époque, l’autre des chansons aux saveurs intemporelles et essentiellement axées sur les mélodies. Autant dire que les univers sont radicalement différents, pourtant une chose rapproche ces deux formations : le talent. Rien que pour ceci, l’affiche de ce samedi soir attise la curiosité. Le public est d’ailleurs au rendez-vous. Un public, à l’image de l’affiche, hétéroclite mais rassemblé pour passer un bon moment. Comme quoi les clivages n’ont pas leur place dans ce monde qu’est celui de la musique. Alors arrêtons les affiches 100% thrash/death, 100% progressives ou 100% hardcore et varions les plaisirs ! Les deux shows de ce soir prouvent que, dans ces circonstances, on est forcément tous gagnants.

Artistes : King’s XKlone
Lieu : Lyon (France)
Salle : Ninkasi
Date : 23 avril 2011

Klone, c’est la petite bête qui monte, qui monte, qui monte… et pour cause ! Car voilà un groupe qui, depuis ses débuts avec le déjà très bon Duplicate, a su se construire une personnalité unique avec une musique toujours très inspirée. J’en veux pour preuve l’excellent dernier album, Black Days, qui a permit à son géniteur d’avoir enfin les regards braqués sur lui, malgré, pourtant, un passé discographique tout aussi excellent. Espérons que l’ascension continuera car on sent que Klone a encore beaucoup choses à dire et à montrer. Nul doute que l’on tient là un des futurs grands de la scène hexagonale. D’ailleurs certains ne s’y sont pas trompés et sont venus ce soir au Ninkasi Kao autant, si ce n’est plus, pour « l’expérience » Klone que le show des texans de King’s X.

L’expérience Klone

Car oui Klone, avec sa musique tantôt torturée, tantôt atmosphérique et tantôt accrocheuse, est aussi une expérience. Et c’est une prouesse que d’être capable de parler en ces termes pour un groupe qui joue dans des conditions de première partie : une moitié de profondeur de scène, des lumières pas toujours très « lumineuses ». Remarquez, l’ambiance entre ombre et lumières, où on ne distingue pas toujours les visages, contribue à l’imaginaire généré par la musique, même s’il n’est pas certain que ce fut calculé. Comme quoi le combo s’accommode de toutes circonstances et les tournent à son avantage pour donner vie à sa musique. C’est sans aucun doute la marque des grands, ceux qui se suffisent à leur talent pour faire passer l’émotion sans avoir nécessairement recours aux artifices. A cet égard on pense immédiatement à un groupe comme Tool.

D’ailleurs le parallèle ne s’arrête pas là. Dans le public un homme s’écrit « mais c’est le chanteur Tool ? » sans que votre serviteur ne puisse vraiment savoir si cette réflexion se voulait sarcastique, flatteuse ou purement innocente. Car oui, autant dans la musique que dans le chant de Yann, l’ombre de la bande à James Maynard Keenan plane. A vrai dire ce sentiment est surtout imputable à une majorité de titres issus de Black Days, plus progressifs, interprétés ce soir. A vrai dire ce ne sont pas moins de cinq titres de ce dernier, seulement deux du précédent All Seeing Eye et… rien d’autre.

Avec Klone, Tool n’est pas loin

Voilà donc le seul point noir au tableau pour les plus anciens amateurs du groupe, qui attendaient d’autres titres, mais compréhensible vu le succès plus important de ce dernier album. Ce qui est un défaut pour certains est probablement une qualité pour d’autres. Difficile de satisfaire un public en totalité avec un temps de jeu finalement assez court et en devant convaincre une audience aussi éclectique que ce soir. Mais sans doute que certains auraient aimés retrouver un ‘Freezing’ ou les brûlots du remarquable EP High Blood Pressure tel que ‘Nothing’s The Same’. Mais ne boudons pas notre plaisir, les meilleurs moments de la dernière offrande sont là : « Rain Bird », « Rite Of Passage » ou l’énergique « The Spell Is Cast ».

En parlant d’énergie justement, force est de constater que le groupe est à l’aise sur scène. Yann joue parfaitement son rôle de frontman et maîtrise son espace. Guillaume, sous son bonnet, fait preuve d’une gestuelle plus personnelle mais tout aussi charismatique. Mention toute particulière pour Jean-Étienne à la basse, tantôt élégant, tantôt explosif et nerveux, se rapprochant parfois des gestuelles d’un groupe comme Dillinger Escape Plan. Seul Florant reste relativement studieux dernière son kit ou Mika qui contraste par son calme avec son compère quatre cordiste à sa gauche.

Klone a du talent

Klone est un groupe à voir et à revoir. Il est clair qu’ils ont encore un bel avenir devant eux et un beau potentiel entre les mains – même si le niveau est déjà très élevé, en même temps ils ne sont pas à leur coup d’essai. Une telle formation avec de grands moyens pourraient offrir de très grands moments. Attendons de voir ce que l’avenir leur offrira car, malgré tout, il est clair que Klone joue sur un terrain musical très riche et élaboré mais pas toujours très accessible et direct. Les prestations de Klone sont en effet à double tranchant : elles peuvent autant émerveiller que laisser de marbre celui qui n’entre pas dans leur univers.

Setlist de Klone :

Rite Of passage
Promises
Rain Bird
Empire Of Shame
Immaculate Desire
Interlude
The Spell Is Cast
Give Up The Rest

King’s X à Lyon, voilà un évènement aussi inattendu qu’immanquable pour le fan du groupe. Les Texans n’ont en effet que très rarement (jamais ?), à ce jour, joué dans la capitale des Gaules. Alors, forcément, le public trépigne dans les starting-blocs et exulte lorsque le trio entre en scène. Le premier à se montrer est Doug Pinnick : élégant avec sa chemise et son chapeau noirs – la grande classe ! – puis suit Jerry Gaskill qui prend place derrière son kit de batterie et enfin Ty Tabor, au look plus passe-partout que son compère de droite. Chacun enfourche ses instruments et c’est parti.

King’s X ou l’élégance même

Le son qui se déverse sur le Kao est excellent. La basse distordue et caractéristique de Doug est très présente, à l’instar de Doug lui-même. L’afro-américain illumine le public par sa prestance, sa joie infectieuse et son irrésistible charisme. Jerry Gaskill de son côté fait preuve d’une incroyable efficacité, comparable à un Charlie Watts, en beaucoup plus rock’n roll. Sa frappe se montre particulièrement visuelle. Il martèle chaque note avec détermination et des gestes amples qui participent, malgré sa position en retrait, au spectacle. La conviction dont il fait preuve attire l’attention et nul ne se lasse de le fixer tout en restant ébahi. Ty Tabor, quant à lui, est beaucoup plus discret. Doté d’un jeu de guitare assez simple lors des couplets/refrains, il tranche pourtant radicalement venu le moment des soli où il bascule dans une belle technique.

King’s X en action

Malgré tout, le public n’est pas venu se prendre une leçon démonstrative, mais bien pour entendre des chansons. En effet, le propre de King’s X est de proposer des titres très largement axés sur les mélodies, le groove et baignant en permanence dans des harmonies vocales à trois voix. Les compositions interprétées font mouches à tous les coups et les refrains sont repris en chœurs par la masse des spectateurs devant la scène. Un phénomène immédiat, dès l’ouverture du concert, avec le percutant et bien nommé « Groove Machine ». Touché par un tel enthousiasme du public, l’émotion est palpable dans les yeux des musiciens. Dès ce premier titre, Doug l’a compris et l’affirme : « cette soirée sera très bonne pour tout le monde ! ».

30 ans de carrière

King’s X, c’est près de 30 ans de carrière et 15 albums (si l’on se fie au nom de son dernier album) à son actif. Autant dire que le choix est là et le groupe n’hésite pas à piocher dans la totalité de sa discographie. Il est d’ailleurs étonnant de voir un public aussi réceptif tout du long du show et ce pour tous les titres interprétés. Mais comment ne pas succomber à l’efficacité d’un morceau comme « Alright » et ne pas reprendre en écho avec le chanteur des grands « Alright » ou les vocalises sur le refrain de « Pillow ». Etonnante aussi l’énergie déployée par ces musiciens, comme s’ils étaient dotés d’une jeunesse éternelle. Doug, soixante ans au compteur, a cette voix soul et chaude.

Un grain qui chauffe comme le son d’un bon vieil ampli à lampe ! Il fait par ailleurs preuve d’une incroyable énergie en parcourant la scène et en allant à la rencontre du public par-dessus les retours. Vers la fin du set il n’hésitera d’ailleurs pas à dévoiler son torse ouvrant sa chemise, toujours avec une grande classe. Et puis ce jeu de basse, simple mais très présent, à la fois groovy et tout en harmonie avec la guitare. Et quand il enfourche sa basse douze cordes, une spécialité de la maison, c’est un vrai bonheur de retrouver ce son si caractéristique.

Lumière !

Tout ceci mis en œuvre, en toutes circonstances, au service de la mélodie. Souvent très inspiré par les Beatles, une influence que n’a jamais caché Ty Tabor, mais avec un son plus grave et un feeling très rock ‘n roll qui ne manque pas de subtilité. Des touches presque progressives apparaissent même parfois, surtout lors des moments plus atmosphériques.

King’s X qui était porté sur la religion à ses débuts, a réalisé un concert en forme de communion avec son public. Il est juste dommage que les compositions ne se démarquent parfois pas assez entre elles, se traduisant dans un léger manque de relief.

Mais une chose semble certaine : les nombreux fans étaient aux anges. Une bonne raison, espérons-le, pour les voir revenir !

Messieurs : maintenant il faut revenir

Setlist de King’s X :

Groove Machine
The Train
What Is This
Complain
Black Flag
Alright
In The New Age
Pillow
Pray
Dogman
Go Tell Somebody
Summerland
We Were Born to Be Loved

Rappels :
Goldilox
Over My Head
Visions

Report de Klone : Spaceman
Report de King’s X : Claude et Spaceman
Photos : Spaceman



Laisser un commentaire

  • je suis bien d’accord
    le public métal a beaucoup évolué en ce qui concerne son appréhension aux différentes « branches » de notre style musical adoré…

    même si je le comprend je ne suis pas toujours d’accord avec lui, et lorsque je vais voir un concert pour la découverte, je suis bien content de pouvoir apprécier un certain brassage des genres
    en revanche, quand je vais voir un groupe que je connais pour aller chercher un ressenti bien précis, je ne souhaite pas le troubler par une sensation différente

    mais je ne pense pas que ce soit la même raison qui fait que les métalleux se borne à un seul genre de nos jours, et ne parviennent pas à s’éclater sur quelque chose de complètement différent. ça ce n’est que ma façon à moi de le vivre^^

    [Reply]

  • une affiche éclectique c’est bien mais pas toujours pour le groupe qui joue
    regardez comme Within Temptation s’est fait huer lorsqu’il a joué entre Gojira et Metallica à Arras, ou encore la lapidation d’Avenged Sevenfold (qui reste heavy tout de même) en 1ère partie sur la tournée d’Iron Maiden. il faut être très ouvert pour apprécier ce genre de diversité pendant une soirée et le fait est que le public métal préfère rester dans une ambiance homogène sur une soirée, même si chez lui ou en festival il aime varier les saveurs
    c’est un peu paradoxale, mais je comprend vu que je suis un peu comme ça: si je veux planer à une soirée, je vais éviter de regarder le groupe de thrash qui passe avant le groupe d’atmo^^ et inversement si je veux me défouler

    [Reply]

    Anarchy X s’est très justement exprimé sur ce point jeudi dernier. Il y a environ vingt ans, ça n’aurait dérangé personne de voir Slayer en première partie d’AC/DC. Aujourd’hui il y a beaucoup trop de segmentations dans cette soi-disant communauté Métal, qui ne prend même plus la peine d’écouter à juste titre la musique. C’est presque déplorable quand on y réfléchit bien, car du coup une telle affiche nous rend davantage sceptique quant à la réaction du public que sur le rendu de la prestation des artistes.

  • Arrow
    Arrow
    In Flames @ Lyon
    Slider
  • 1/3