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Chronique   

Kirk Windstein – Dream In Motion


Depuis son départ de Down en 2013, Kirk Windstein a rénové son projet phare Crowbar, proposant depuis trois opus constants, fidèles à sa philosophie musicale. Inéluctablement, les envies de réaliser un projet solo se sont manifestées il y a deux ans déjà et prennent désormais forme avec Dream In Motion, premier effort entièrement personnel du frontman. Ce dernier voulait éviter le cliché de réaliser un album acoustique, tout en démontrant une autre facette de son jeu et de sa sensibilité. Dream In Motion se détache effectivement de la veine heavy de Crowbar en privilégiant des atmosphères plus franchement mélancoliques, évidemment sans renier les racines de La Nouvelle-Orléans indissociables du jeu de Windstein. Dream In Motion est prêt à affronter les réactions les plus conservatrices : il se présente comme une nécessité par son créateur.

L’album a été presque entièrement réalisé par ses soins, Windstein étant une nouvelle fois assisté de son collaborateur avec Crowbar depuis 2014, Duane Simoneaux, en charge des parties de batteries et des effets de production. Tout le reste, chant, guitare, basse, appartient à Kirk. Dream In Motion coche effectivement la case de l’« album intime », dont le titre même renvoie à une vie d’artiste aussi intense qu’appréciée. Dream In Motion peut ainsi intégrer des compositions qui ne sauraient figurer dans la discographie de Crowbar, ou en tout cas pas dans de telles proportions. « Hollow Dying Man » prend les airs d’une complainte sinistre, guidée par lamentations de Kirk et une mélodie de guitare au son brut, presque décharnée. Dream In Motion privilégie cette approche épurée, les instruments de Windstein profitent de très peu d’ornements. La pseudo-ballade « Once Again » et son atmosphère vaporeuse laissent bien deviner quelques effets en filigrane des guitares clean, qui ne prennent jamais le pas sur la colonne vertébrale doom rock de l’opus. La lenteur et la mélancolie d’« Enemy In Disguise » peuvent servir à illustrer la tonalité générale de Dream In Motion, avec un investissement vocal nuancé, d’une douceur parfois insoupçonnée, comme si le musicien s’attelait à marquer un contraste entre son interprétation et sa célèbre stature imposante.

Pour autant, les habitués de Crowbar ne seront pas totalement dépaysés. Kirk Windstein est, en effet, loin d’avoir tout chamboulé. L’exercice auquel il s’adonne renvoie inévitablement aux titres les plus mélodiques et planants de son groupe, tels que « Odd Fellows Rest », « Amaranthine », voire « Planets Collide ». D’autant que Dream In Motion contient également des élans plus rugueux, à l’instar du single « Dream In Motion », beaucoup plus proche des habitudes de Kirk, avec une guitare hargneuse aux tons aisément identifiables et ses bends appuyés devenus, avec le temps, de véritables évocations du bayou. Au sein de l’opus, « Toxic » opère le seul autre rapprochement avec l’œuvre heavy dominante de Kirk, porté par son refrain grandiloquent à la morosité rare. On comprend ainsi la volonté de Kirk de ne pas s’essayer à l’exercice de l’album acoustique : certaines émotions doivent s’exprimer avec force et conviction. Dream In Motion dissémine en outre quelques instants – relatifs et éphémères – de légèreté, à l’instar de la mélodie, presque réconfortante, de l’instrumentale « The Healing ». Certes, la « légèreté selon Windstein » est un concept à lui seul, mais derrière l’omniprésence de tons mélancoliques se cache une forme d’optimisme. Il y a tout de même une monotonie qui s’installe dans le temps – sentiment renforcé par la langueur du désespéré « Necropolis » et du plus tamisé « The Ulgly Truth » –, qui n’occultera en rien le plaisir de côtoyer un frontman définitivement plus ouvert. Quitte à livrer une reprise d’ Aqualung » de Jethro Tull extrêmement fidèle, laissant entrevoir un pan de la culture musicale élargie de son interprète.

Kirk Windstein a bien conscience des risques liés à l’accueil de Dream In Motion et la possibilité de rebuter ceux qui le réduisent à l’un des pères du sludge, à un chantre du riff gras et de la voix rauque. Il s’en contrefiche, Dream In Motion est le résultat d’une démarche très simple : il voulait exprimer quelque chose de différent, une autre part de lui-même, il l’a fait. L’opus vit par l’interprétation du frontman et la puissance de son atmosphère, bien davantage que par la singularité de ses compositions. Dream In Motion joue alors le rôle de constat : Kirk Windstein est plus qu’il n’y paraît, sa silhouette trapue, son épaisse barbe et sa mine parfois renfrognée cachent un cœur de velours, ici révélé au grand jour.

Chanson « Dream In Motion » :

Album Dream In Motion, sortie le 24 janvier 2020 via eOne Music. Disponible à l’achat ici



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