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Interview   

Kirk Windstein : « Nous sommes ce que nous sommes »


Il y a quelques heures, Metal Sucks publiait un billet « 15 choses que vous ne saviez pas à propos de Kirk Windstein », rédigé par Kirk lui-même. Nous allons vous en apprendre une 16ème. Car, à force de l’interviewer (à différents instants de la journée, par souci d’exhaustivité scientifique), de l’étudier et après une série de calculs à en faire pâlir Tryphon Tournesol, nous en sommes arrivés à la conclusion suivante : Kirk Windstein se trouve en permanence dans un état de réveil. Quelle que soit l’heure, il semble sortir du lit et bâille sans cesse (vidéo à l’appui).

Vous l’aurez compris, Kirk ne chasse jamais son naturel. Pas étonnant, donc, de le voir assumer pleinement le rendu on ne peut plus brut du dernier live de Down. « Ce n’aurait pas été très correct de le retoucher » insiste-t-il. Être à ce point rigoureux dans la spontanéité, au point de ne pas envisager une seule seconde de retravailler ne serait-ce que légèrement le rendu médiocre du chant de Phil Anselmo témoigne d’un respect absolu pour l’honnêteté. Jamais une phrase telle que « nous sommes ce que nous sommes » n’aura eu autant de poids. C’est d’ailleurs avec cette même liberté de parole qu’il nous parle de son rapport à l’alcool et de sa récente sobriété.

Kirk assume aussi sans gêne aucune d’avoir exploité le potentiel commercial de Down car, je cite, « il faut bien payer les factures » et par conséquent, il mit Crowbar en stand-by le temps d’y arriver. Une absence qui a alimenté un mythe, expliquant l’effervescence autour de la sortie de l’excellent dernier opus Sever The Wicked Hand. Un cap a été franchi et le guitariste nous annonce un avenir dense pour ses trois formations Down, Crowbar et Kingdom Of Sorrow.


« J’aime le bon hip hop mais beaucoup de ces trucs modernes sont vraiment nuls, donc j’ai du mal à accrocher. Tu sais, j’aime tout, à part cette saleté de musique de boîte de nuit pour ados, complètement stéréotypée, qui n’a vraiment pas sa place dans le monde de la musique. « 

Radio Metal : La dernière fois que nous t’avons interviewé, en Avril 2008, tu avais déjà cinq chansons de prêtes pour Crowbar. Comment se fait-il qu’il t’ait fallu encore trois ans pour écrire sept nouvelles chansons et sortir l’album ?

Kirk Windstein (Guitare/chant) : J’étais tout bonnement occupé, en fait. Ma priorité, c’était Down et la tournée qu’on faisait ensemble. C’est quelque chose qui prend beaucoup de temps ; et des cinq chansons qui étaient prêtes en 2008, j’en ai probablement jeté deux à la poubelle, je les ai réécrites. C’est juste une question de timing, tu sais. J’ai été tellement occupé avec Down, partout dans le monde, pendant quatre ans et demi… Lorsque je trouve du temps pour Crowbar, que je suis vraiment dans le monde de Crowbar, je peux réfléchir très vite. Je suis heureux que cela soit terminé, que l’album soit sorti et que cela se soit bien passé. Maintenant tout va bien. Je suis content d’avoir fait ce disque, j’en suis très fier.

L’an dernier Crowbar a fait de nombreux concerts, la majorité d’entre eux en Europe. As-tu eu l’impression que vous avez manqué à la foule ? Je sais que nombre de vos fans étaient très satisfaits de votre prestation au Hellfest

Oui, le Hellfest était génial. Et effectivement, il semble bien que ce soit le cas. Il semblerait que les fans s’intéressent à Crowbar plus que jamais, ce qui est vraiment super. Cela a été très agréable. L’album a été très bien accueilli par le public et les critiques sont super.

Exactement six ans séparent Sever The Wicked Hand de son prédécesseur et les deux albums sont sortis le même jour, le 8 Février. Est-ce une coïncidence ?

Oui, en effet, c’est une coïncidence (rires).

Six ans, c’est long, mais qu’est-ce qui t’a motivé pour faire revivre Crowbar à ce moment précis ?

Cela a, en partie, quelque chose à voir avec l’intérêt que les gens portent pour Crowbar. Comme tu le sais, nous avons fait la première partie de Sepultura en avril 2010, puis nous avons fait le Hellfest pendant l’été. Nous avons fait vingt-quatre concerts à la suite, joué à des festivals en plein air et fait la tête d’affiche dans des clubs. Avec tout cet intérêt, on s’est dit « Wow ! » et on a décidé de faire un album et de voir ce qui allait se passer. Nous avons eu un retour extraordinairement positif, donc on peut dire que ça a été un très bon moment.

As-tu ressenti une pression de la part des autres membres du groupe, étaient-ils motivés pour revenir sur scène et sortir un nouvel opus ?

Oui, ils étaient très motivés, mais en même temps ils comprenaient que j’étais très occupé avec Down et Kingdom Of Sorrow. Je leur ai demandé d’être patients, tu vois et cela a été… (gros bâillement) Excuse-moi, désolé. Je viens de passer deux très longues journées pendant lesquelles je n’ai rien fait d’autre que du business… Ça peut être fatigant parfois, mais tout va bien. Enfin bref, les gars ont compris ce qui se passait et je leur ai juste demandé d’être patients, je leur ai dit que cela allait valoir la peine d’attendre… Ils ont été impressionnés quand je leur ai montré ce que j’avais préparé et on a travaillé les chansons ensemble. Ils ont trouvé que c’était génial, donc je pense que tout le monde était satisfait. Cela ne leur a pas posé de problème d’attendre un peu avant de sortir Sever the Wicked Hand parce que l’album a en fin de compte eu un très bon accueil et parce que nous en sommes très fiers. Ça en valait la peine.

Steve Gibb a quitté le groupe en 2009. Quelle est la raison de son départ ?  Est-ce parce qu’il en avait marre d’attendre que le groupe se remette au travail ?

Non. Steve vit à Miami. Ça lui fait un très long trajet, dix-sept ou dix-huit heures en voiture ou un long vol. Cela a marché pendant longtemps mais Steve s’est de plus en plus intéressé au sport, à la muscu, il est même devenu un coach certifié. Il a ouvert sa propre salle de sport, a commencé son business. On se parle très souvent, tu sais, nous sommes de très bons amis et il est également très ami avec tous les membres du groupe. Mais il a une femme, deux enfants, une maison, et maintenant qu’il a son propre business, cela n’était plus possible pour lui de continuer à jouer avec le groupe, même si on aurait tous voulu que cela continue.

Tu as à maintes reprises exprimé ta fierté d’entendre de jeunes groupes vous citer comme leur principale influence. Est-ce important pour toi de voir ton travail respecté et estimé par la nouvelle génération de musiciens ?

C’est devenu important pour moi parce que, en fait, je n’y ai jamais pensé en fondant le groupe ou quand le groupe a commencé à marcher. Pour les premiers… (il bâille à nouveau) Excuse-moi encore… Pour les premiers albums, je n’ai jamais vraiment réfléchi aux personnes qui pourraient être influencées par nous. Mais il y a quelques années tout ces groupes ont commencé à parler de Crowbar en expliquant à quel point ils aimaient le groupe. C’est à ce moment là que c’est devenu important et que j’ai vraiment réalisé. Je me suis dit : « Wow ! ». Je n’en ai pas besoin pour mon ego, cela me rend simplement fier et cela me fait réaliser que, même si on n’est pas non plus des bêtes commercialement parlant et que je ne deviens pas super riche grâce à notre musique, cela vaut la peine de le faire parce qu’on influence très clairement des groupes et qu’on apporte de la joie aux personnes qui nous écoutent. Et c’est ce qui compte tu vois, c’est ce que les gens qui aiment la musique veulent vraiment faire.

Existe-t-il un groupe qui mentionne Crowbar comme influence et dont tu détestes vraiment la musique ?

Il y a très peu de groupes dont je peux dire que je hais leur musique. J’essaie de voir quelque chose de bon dans tout. Il y a des musiques qui ne sont pas mon type mais on ne peut pas plaire à tout le monde. Rien n’est créé pour plaire à tout le monde. Il y a certains types de musique que je n’apprécie vraiment pas. Je n’aime pas la techno par exemple. J’aime le bon hip hop mais beaucoup de ces trucs modernes sont vraiment nuls, donc j’ai du mal à accrocher. Tu sais, j’aime tout, à part cette saleté de musique de boîte de nuit pour ados, complètement stéréotypée qui n’a vraiment pas sa place dans le monde de la musique. C’est probablement le seul type de musique que je n’aime pas.

Je t’entends bâiller depuis tout à l’heure, pourquoi es-tu si fatigué ?

Je me lève tous les jours avant l’aube. Récemment, c’est parce que j’ai eu tellement de travail. Je pars pour une tournée au Royaume-Uni demain et j’ai reçu tous les jours une tonne d’e-mails, j’ai donné des interviews tous les jours… Je suis donc très occupé. Tu sais, je me sens très bien. Je viens tout juste de rentrer, j’ai fait des interviews et des commissions toute la journée. Ma vie, en ce moment, consiste à sortir, faire les courses et m’entraîner, ce genre de choses. Je suis assis dans la voiture toute la journée. Je viens tout juste de m’asseoir sur le sofa chez moi, c’est peut-être pour ça que je baille. Je devrais probablement juste rester debout en fait (rires). Tant que je bouge ça ira.

Trop d’interviews aujourd’hui ?

Non, mais ça va en fait ! J’en ai encore deux et celle-ci est la septième.

« Je pense sincèrement que si je n’avais que Crowbar et que je sortais un album tous les ans, le résultat ne serait pas aussi bon qu’il ne l’est en réalité.[…] On ne peut pas fixer une limite de temps à la créativité sinon on n’obtient pas le meilleur résultat. Evidemment, Axl Rose qui prend 9 ou 10 ans pour sortir Chinese Democracy, je veux dire, c’est absurde, ridicule, surtout qu’il ne faisait vraiment rien d’autre. »

OK. Est-ce que tu penses que la longue pause du groupe pendant ces dernières années a aidé à renforcer son statut de légende en créant un besoin au sein du public ? C’est un phénomène que l’on voit souvent, lorsque le groupe s’éloigne de la scène suffisamment longtemps, il devient parfois culte…

Je crois oui. Je pense que cela nous a fait du bien de prendre du recul. Je ne l’ai pas fait intentionnellement mais quand j’y pense, je crois que c’était une bonne chose de ne pas sortir d’album et de laisser les gens en parler. J’ai fait des interviews avec des types qui m’ont dit : « j’adore le nouvel album, j’adore la groupe et je ne vous ai découverts qu’il y a deux ou trois ans seulement. ». Je me dis « Wow ! », c’est fou d’une certaine manière, mais c’est aussi très bien. Si tu arrives à avoir de nouveaux fans tous les jours, tu as alors accompli quelque chose d’important. Je crois que prendre du recul, se concentrer sur Down et sortir quelques albums de Kingdom [Of Sorrow] entre temps permet à Crowbar et à son mythe de se développer. Beaucoup de gens en ont parlé et beaucoup avaient hâte d’écouter l’album, donc je pense que c’est une bonne chose.

Penses-tu que ce soit un bon rythme pour un groupe ? Est-ce que tous les artistes devraient attendre trois, quatre, cinq ou six ans pour sortir un nouvel album ?

Non, je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Je n’avais pas le choix, pas le temps. J’étais tellement occupé avec Down, mon groupe principal. Et quand je ne l’étais pas, j’étais tellement fatigué que je voulais uniquement être loin de tout ça, faire une pause chez moi. Je ne conseillerais pas à d’autres groupes de faire ça.

Est-ce que tu penses qu’il y a une sorte de « bon rythme » artistiquement ou commercialement parlant ? Comme une bonne structure ou un bon tempo pour partir en tournée, sortir des albums, etc. ?

Je pense que cela marche différemment pour chaque groupe. Par exemple, si on prend Metallica : ils sont bien évidemment énormes et, pour eux, cela marche bien de prendre de longues pauses. Pour d’autres groupes, il vaut mieux sortir un album tous les ans, tu vois. Je crois vraiment que ça dépend du groupe. Avec Crowbar, on a tenu ce genre de rythme pendant très longtemps, puis ça s’est arrêté quand Down a commencé en 2002. Mais c’était OK, ça ne posait de problème à personne compte tenu du succès qu’a eu Down. Aujourd’hui, je souhaiterais développer et tenir un bon rythme avec mes trois groupes. Je veux faire du Crowbar, du Down et du Kingdom Of Sorrow constamment. Pas me tuer à la tâche, m’exténuer ou me rendre dingue avec ça mais juste de continuer de faire les trois à un bon rythme.

Tu dis que c’était une bonne idée d’attendre. Penses-tu que si tu n’avais que Crowbar, tu sortirais plus d’albums et qu’ils seraient moins bons ?

Je pense sincèrement que si je n’avais que Crowbar et que je sortais un album tous les ans, (j’aurais donc produit environ quinze disques jusqu’à maintenant), le résultat ne serait pas aussi bon qu’il ne l’est en réalité. Je crois que ça sonne un peu bateau de dire que c’est de l’art et que l’art, ça prend du temps, mais c’est très vrai. On ne peut pas fixer une limite de temps à la créativité sinon on n’obtient pas le meilleur résultat. Évidemment, Axl Rose qui prend neuf ou dix ans pour sortir Chinese Democracy, je veux dire, c’est absurde, ridicule, surtout qu’il ne faisait vraiment rien d’autre. Mais en général, je pense que si un groupe ne le sent pas, il ne faut pas qu’il se force. Avec Down, on a pris du recul parce qu’on en sentait tous le besoin. Il faut être dans le bon esprit et avoir le bon feeling. Musicalement, émotionnellement, mentalement, il faut que toutes les bonnes conditions soient réunies pour produire la meilleure musique dont on soit capable. Il ne faut pas se forcer et se dire : « Bon, on va faire un album, on va commencer à écrire maintenant et dans deux mois on entrera en studio. » Je ne crois pas que cela donnerait un bon produit.

« Je suis en train de réapprendre à vivre sans alcool ou drogue. J’apprends à vivre ma vie sans boire tous les jours, même s’il ne s’agit pas de se saouler, mais juste de boire pour se détendre le soir. Et j’apprends également à ne pas prendre de drogues légères ou quoi que ce soit. Et j’apprécie la vie ! »

Apparemment, beaucoup de chansons de Sever The Wicked Hand détaillent les divers aspects de ta sobriété. Est-ce que cela t’a aidé dans ta démarche ?

Absolument, c’est ma thérapie. Je ne suis pas vraiment de thérapie ou ce genre de choses, mais écrire et jouer de la musique sont devenus ma thérapie. Je pense que c’est une bonne chose. Ça l’a été pour moi, j’en suis sûr.

Est-ce que ça n’a pas été un peu difficile de rester sobre en tant que musicien metal ? On trouve de l’alcool partout dans cet environnement et je suis certain que beaucoup de fans veulent te payer un verre…

Oui, en effet ils veulent souvent me payer un verre, ce n’est pas facile. Ça peut être difficile de rester sobre. Je ne suis sobre que depuis six (ou neuf) mois, tu sais. Mais pour moi… (il hésite) J’ai déjà… Bon, si on peut présenter ça comme ça, je me suis déjà jeté dans la gueule du loup. J’ai déjà fait neuf concerts sur trente en étant complètement sobre avec Crowbar. Ce sont trente concerts dans des salles servant de l’alcool, et les fans, complètement saouls, essaient toujours de te payer des bières. Je l’ai fait aussi, tu sais. C’est difficile. En réalité, la meilleure façon de le faire est simplement de marcher de ton hôtel ou de ton bus jusqu’à la scène, d’entrer sur scène, de jouer et de repartir. Ce serait la meilleure façon de rester hors de danger pour ainsi dire. Mais j’ai été capable de me jeter dans la gueule du loup, d’accepter de jouer le jeu et d’y faire face. Et c’est parfois dur. Mais c’est ce que j’ai besoin de faire : il fallait que je sorte de ça et que je change ma vie. C’était mon but. Est-ce que je vais boire de nouveau ? Je ne sais pas. Je ne bois pas en ce moment et j’ai appris à apprécier de jouer en restant sobre. Je le sais au fond de moi, peu importe ce qui arrive. Même si je me remets à boire dans les années à venir, même si je bois à nouveau de la bière après un concert, je saurai dorénavant que l’on joue mieux, que l’on chante mieux, qu’on apprécie plus le concert si on le fait avec l’esprit clair.

Est-ce que tu penses qu’être sobre dans la scène metal et dans la vie en général est quelque chose d’accepté ? N’y a-t-il pas des remarques, des moqueries dans ton environnement parce que « tu ne bois QUE du coca ou du jus d’orange » ?

S’ils veulent rire, ils peuvent, mais il faut aussi qu’ils réalisent que je vais avoir quarante-six ans en avril. J’ai commencé à boire dès que j’ai eu l’âge légal à la Nouvelle Orléans. Je sais que c’est différent en Europe et que l’on peut boire de l’alcool encore plus tôt. J’ai bu tous les weekends depuis mes dix-huit ans. (NDLR : il se met à compter) Ça fait dix-huit… Vingt-huit… Trente-huit… Ça fait vingt-huit ans que je bois ! Je n’en ai pas marre mais j’ai appris la leçon. Donc si les autres veulent rire parce que je bois un Diet Coke, eh bien qu’ils le fassent. Ils n’ont pas fait l’expérience du côté obscur de l’abus de drogues et d’alcool comme je l’ai fait. Ils n’ont pas perdu des amis à cause de cela. Et si des personnes de mon âge ont aussi vu tout ça et trouvent ça toujours aussi drôle, alors ils sont simplement stupides. Chacun doit vivre cela tout seul. Je ne suggérerais pas à un jeune de vingt ans d’arrêter de boire tout de suite. Il faut expérimenter, il faut vivre avec et, avec un peu de chance, il n’en ressortira rien de mauvais. Je m’amuse beaucoup mais, en même temps, quand le mauvais l’emporte sur le bon – un point que j’ai atteint il y a un moment déjà – il est temps d’arrêter.

Peut-être que le danger, c’est que les personnes extérieures ne réalisent pas que, lorsqu’on arrête l’alcool, on ne peut pas se permettre de boire un seul verre. Pour les autres, « juste un verre ! », ce n’est rien…

Je ne sais pas. En tout cas, j’ai beaucoup d’amis qui ont réussi à arrêter de boire de l’alcool et c’est là que tu te rends compte que la vie a beaucoup plus à offrir que de se bourrer la gueule ou de se droguer. C’est ce que je suis en train de faire. Je suis en train de réapprendre à vivre sans alcool ou drogue. J’apprends à vivre ma vie sans boire tous les jours, même s’il ne s’agit pas de se saouler mais seulement de boire pour se détendre le soir. Et j’apprends également à ne pas prendre de drogues légères ou quoi que ce soit. Et j’apprécie la vie !

Tu l’apprécies donc plus depuis que tu es sobre ?

Absolument ! Avant, j’appréciais certains aspects de ma vie mais la majeure partie du temps, je n’étais pas heureux. Et c’est à ce moment là que c’est devenu un problème. Ce n’est pas devenu un problème d’un coup, je ne suis pas devenu alcoolique du jour au lendemain. Ça a pris vingt-cinq ans. En jouant de la musique, en étant dans les bars chaque nuit. C’en est arrivé à un point où je me suis dit : « Tu sais quoi ? Ce n’est plus drôle du tout ». Tu sais, maintenant, je vais dans des bars et je bois des bières sans alcool. Elles ont le goût de bière, ça y ressemble, mais elles ne contiennent pas d’alcool. Et je peux boire ça et être avec mes amis pendant qu’eux boivent de la vraie bière. Ensuite je les regarde se saouler et je me dis : « Doux Jésus ! Je ne peux pas croire que j’ai été dans cet état des milliers de fois ! ». Je ne veux plus être comme ça.

Est-ce que tu penses que les jeunes ne savent plus s’amuser sans boire ?

Oui, mais, tu sais, c’était aussi comme ça quand j’étais jeune. Je crois qu’il faut apprendre. Tout le monde vénère les fêtes et, oui, c’est marrant : merde, je l’aurais pas fait si ça ne l’était pas ! (rires) mais il y a des gens qui peuvent faire ça toute leur vie et beaucoup d’autres qui en meurent ; je ne veux pas être une de ces personnes. J’ai vécu le côté négatif de la chose, je connais les effets que ça peut avoir. Je l’ai vécu, j’ai vu mes amis le vivre et c’est pas beau à voir. Donc je dis aux jeunes : vous devez vivre et apprendre. Je ne prêche pas, je ne veux pas dire aux jeunes de ne pas boire… Je dirais juste : ne conduisez pas après avoir bu et ne goûtez pas aux drogues dures parce que c’est le genre de choses qui peuvent vous tuer ou tuer quelqu’un d’autre sur le coup.

« Down a été l’élément principal pendant des années, c’était ma vie, parce que pour être honnête, c’est un groupe bien plus gros. Pour vivre de la musique, je devais me tourner vers le plus gros groupe pour pouvoir gagner plus d’argent, payer mes factures et survivre en tant que musicien. »

Il a été annoncé il y a quelques temps déjà que la discographie de Crowbar allait être ressortie sous le label Phil Anselmo’s Housecore Records avec un nouvel album live en prime. Pour quand sont-ils prévus ? Cela aurait été une bonne idée de faire coïncider leur sortie avec celle du nouvel album…

Je crois qu’on a à peu près terminé. L’album live a été enregistré il y a un certain temps mais je crois qu’on ajoutera deux inédits à cet album. Nous essaierons probablement de faire ça en rentrant de la tournée au Royaume-Uni. On essaiera de faire ces nouvelles chansons en février et de sortir l’album en été. La discographie ressortira ensuite petit à petit.

Peut-on s’attendre à des bonus avec la nouvelle sortie de ces anciens albums ?

Pas sur ceux-ci, non. Mais sur le live que nous préparons, il y aura quelques chansons inédites. On veut les ressortir parce qu’ils sont encore difficiles à trouver et qu’ils ont été ressortis illégalement par beaucoup de maisons de disques partout dans le monde, pendant très longtemps. L’objectif de cette réédition est qu’elle sorte à travers Phil. On aura la certitude d’être payés correctement et de ne pas se faire avoir. Ce sera une bonne chose.

La dernière fois que nous t’avons interviewé, tu as déclaré que Down était ton vrai business, ta carrière et que le reste, y compris Crowbar, était juste pour le fun. Pourquoi Crowbar ne serait pas ta carrière aujourd’hui ? Ce groupe était ta carrière bien avant Down.

Maintenant ça l’est, c’est une partie de ma carrière. Crowbar, Kingdom Of Sorrow et bien sûr Down sont maintenant tous les trois mon business et ma carrière. Down a été l’élément principal pendant des années, c’était ma vie parce que, pour être honnête, c’est un groupe bien plus gros. Pour vivre de la musique, je devais me tourner vers le plus gros groupe pour pouvoir gagner plus d’argent, payer mes factures et survivre en tant que musicien.

Est-ce que la popularité de Down, d’une certaine façon, t’a imposé de t’investir plus au sein du groupe ?

Plus maintenant, non. Maintenant je m’investis beaucoup dans Crowbar mais en même temps, nous écrivons pour Down et je parle à Jamie tous les jours au sujet de Kingdom Of Sorrow. Je vais donc m’impliquer de la même manière dans les trois groupes.

En 2009, Phil Anselmo a annoncé que Down allait sortir un EP. Cet EP n’est cependant jamais sorti. Pourquoi ?

C’est juste parce que le timing n’était pas bon. On a assez de chansons pour deux ou trois EP, tu sais… On en a donc discuté, on va commencer à refaire des concerts en février et on espère que les fans pourront voir cet EP bientôt.

« Nous aurions pu faire comme tout le monde et retoucher, il aurait rechanté, on aurait re-mixé ou quelque chose comme ça. Mais pour quoi faire ? De nos jours, tu n’as pas besoin de talent, tu n’as pas besoin de savoir chanter ou de jouer d’un instrument parce que tu peux tout arranger électroniquement. Mais nous sommes un groupe old-school, et ce n’était vraiment pas une option. « 

L’an dernier, Down a sorti un album live nommé Diary Of A Mad Band. Sur cet album live, Phil ne chante pas toujours juste. Mais vous n’êtes pas le genre de gars qui retournent en studio pour ré-enregistrer certaines parties d’albums live, je pense…

Non, c’est le principe, c’est un vrai album live. Dans 99% des lives qu’on entend, les artistes retournent en studio et arrangent la voix ou le solo de guitare. On ne trouvait pas ça correct de retravailler ça en studio. C’est exactement ce qu’on est. Down est un groupe rock’n’roll brut, ce n’est pas la perfection. On n’est pas Dream Theater. Ce n’est pas ce qu’on cherche à faire. C’est simplement ce que c’est !

Donc tu n’es pas trop frustré par le fait que le chant ne soit pas terrible sur ce live ?

Non, pas du tout. Ce live est ce qu’il est. Comme je l’ai dit, nous aurions pu faire comme tout le monde et retoucher, il aurait rechanté, on aurait remixé ou quelque chose comme ça. Mais pour quoi faire ? De nos jours, tu n’as pas besoin de talent, tu n’as pas besoin de savoir chanter ou de jouer d’un instrument parce que tu peux tout arranger électroniquement. Mais nous sommes un groupe old school et ce n’était vraiment pas une option.

Un grand fan de Phil Anselmo m’a un jour dit avoir vu Down en 2008 : Phil était sobre et avait très bien chanté. Mais pour lui, ça n’était pas Phil Anselmo. Phil Anselmo doit être saoul, fou et chanter de manière brute. Es-tu d’accord avec ça ?

Non, pas du tout. Il y a eu un moment dans sa vie, où il était comme ça mais il ne l’est plus. Je vois ce que cette personne a voulu dire mais, en même temps, ce qui compte, c’est qu’il chante vraiment bien maintenant. Il n’est pas complètement sobre non plus d’ailleurs. Il aime fumer son herbe, boire quelques bières, mais bon, il est sobre quand il est sur scène et il est meilleur que jamais en ce moment. Il chante tellement mieux maintenant. Le live que nous venons de sortir a été enregistré en 2006, c’était seulement six ou sept mois après son opération du dos et il n’était pas encore complètement en forme. Lorsqu’on a revu ce concert de 2006, on s’est dit : « Il va vraiment mieux maintenant ».

Je crois que ce qu’il voulait dire, c’est que lorsqu’il a vu le groupe ce jour là, il a eu l’impression que Phil était trop calme et il préfère les concerts comme Diary Of A Mad Band dans lesquels Phil est complètement dingue et peu importe s’il chante correctement ou pas.

Oui, je vois ce qu’il veut dire parce que c’est aussi ce que je pense vis-à-vis de certains groupes. Mais c’est comme ça, je suis donc très fier de tout ce que nous avons fait et j’aime penser que tous mes groupes continuent de progresser en tant que groupes live mais aussi en tant que compositeurs et musiciens. Pour moi, rien n’est jamais figé. Ce n’est pas forcément irrégulier mais ce n’est jamais figé. C’est toujours un travail en cours.

Au fait, quand sort le nouvel album de Down ?

Je ne sais pas. On a déjà quelques choses prêtes à enregistrer, on en a discuté et on va probablement commencer à enregistrer début février ou dans ces eaux-là. Cela sortira quand cela sortira puisqu’on n’a pas véritablement de date butoir ou d’emploi du temps précis.

Combien de chansons avez-vous ?

On a une liste de treize ou quatorze chansons. On doit les arranger, les comparer, et décider lesquelles sont les meilleures. On a tellement de très bonnes chansons que nous n’avons même pas touchées et qui traînent depuis des années… On cherche juste le bon moment pour les utiliser. Avec Down, c’est très facile parce qu’on est cinq gars à écrire. Donc, écrire de nouvelles chansons n’est vraiment pas difficile.


Interview réalisée par phoner par Spaceman et Metal’O Phil en janvier 2011.
Traduction : Izzy’ et Sandra

Myspace Crowbar : www.myspace.com/crowbar
Myspace Down : www.myspace.com/downnola
Myspace Kingdom Of Sorrow : www.myspace.com/kingdomofsorrow



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