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Live Report   

Kiss : pour le meilleur et pour le pire


Kiss propose de dire adieu à l’année 2020 par un concert retransmis en direct de l’hôtel Atlantis de Dubaï (« the biggest & baddest concert event and pyrotechnics show of the year », si l’on en croit le site kiss2020goodbye).

Rendez-vous est pris à 18h00 en France, 21h00 là-bas. Ce qui laisse trois heures avant que 2021 ne pointe son nez sur l’Emirat. Un concert de trois heures ? Kiss nous laissera-t-il célébrer la nouvelle année dans l’intimité de notre canapé après un concert calibré autour des deux heures ? La vérité est ailleurs, vous la trouverez dans les lignes suivantes tout comme la réponse à LA question, la seule vraiment intéressante finalement : quel goût a le Baiser en « livestream » ?

Artistes : KISS
Date : 31 décembre 2020
Salle : Hôtel Atlantis
Ville : Dubaï

Quelques minutes avant 18h00, l’écran affiche un décompte des minutes puis des secondes restantes. Attention, cinq, quatre, trois, deux, un… « You want the best ? You’ve got the best… » En fait, non, on a un premier spot qui fait la promotion du concert. Assez court, bien fait, avec toute la mesure typique de Kiss, il a sa place en introduction. Allez, « You want the best ? You’ve got the best… » Toujours pas. Quelques images en noir et blanc nous font visiter Dubaï. Pourquoi pas après tout. L’idée de présenter le cadre du concert n’est pas bête. « You want the best ? You’ve got the best, the hardest band in the world » ? Pas encore. On voit les membres de Kiss partir de Los Angeles, s’installer confortablement dans la classe haut de gamme de leur avion, arriver à Dubaï. Et nous voilà partis dans une heure d’un documentaire assez indigeste où Paul et Gene feront la promotion de Dubaï, sa qualité de vie, l’hospitalité de ses hôtes. Paul indiquera même avoir prévu un prochain voyage avec sa famille. Pire, dans sa liste des choses à faire, il avait « venir à Dubaï » et « voyager sur Emirates ». Un tel placement de produits est vraiment lourd et sans faire de géo-écolo-politique à deux balles, cette description idéale de Dubaï laisse perplexe.

Il y a aussi des explications sur les moyens techniques mis en œuvre pour la mise en place de ce concert. La scène en plein air est installée sur la plage et même la piscine de l’hôtel sera utilisée. Intéressant jusqu’à un certain point car voir des gens câbler des salles informatiques a quand même un intérêt limité. Côté moyens, on a aussi une vision des mesures drastiques mises en place pour éviter toute propagation du virus, la priorité absolue étant de protéger les membres du groupe, puisque si l’un d’eux venait à manquer, le concert ne pourrait pas se tenir. Equipes secourues, tests quotidiens, port du masque, gestes barrières, tout est mis en place. On nous montre même le collage des autocollants au sol indiquant le respect des distances. Là aussi, malaise. Déjà parce qu’on est là pour se détendre, pas pour qu’on nous rappelle la situation tendue que l’on vit au quotidien. Malaise parce que cela ressemble quand même aussi à une promotion de l’American Hospital. Rien ni pour ni contre cet établissement. Juste que le groupe devrait arrêter de palabrer et envoyer le son. On est là pour ça, non ?

Au fait, ce documentaire est coupé d’encarts publicitaires. Pour l’American Hospital. Pour le Festival du shopping de Dubaï. Dans une période où on pourrait se poser la question du consumérisme à outrance ? Le résultat de tout cela ? Le spectateur décroche. Des images d’archives piochées dans l’histoire du groupe permettent de se raccrocher sur la fin. On a aussi droit aux propos de quelques fans présents sur place. Doc McGhee, le manager du groupe, nous expliquera par ailleurs que Dubaï était en fait le seul endroit au monde permettant de réaliser un tel concert qui au départ n’était pas prévu pour le réveillon. S’il le dit.

18h56, sans transition aucune, sans tambour ni trompette, on passe à « Detroit Rock City » et au groupe sur scène. Bizarre ce démarrage sans l’introduction habituelle, sans prévenir. Du coup, le spectateur peut être perdu. Le concert a-t-il démarré ? Est-ce un nouvel encart, la suite du documentaire ? Le concert a effectivement démarré comme le confirme « Shout It Loud » qui suit. Dès ce début, on peut constater les moyens mis en place. Scène gigantesque, pyrotechnie. Les prises de vue en hauteur permettent de bien se rendre compte. Kiss ne joue pas devant un parterre totalement vide. On devine des spectateurs, sans que la caméra les montre pour autant. Paul parle à l’assistance. « How are you doing ? Hello Dubaï ! Hello Planet Earth ! » Rien que ça ! Il rappelle combien 2020 a pu être éprouvante pour tout le monde et propose donc de lui dire au revoir.

« Deuce » du premier album nous fait agréablement voyager dans le passé tout comme les images d’archives qui passent sur l’écran géant installé en fond de scène. « Awesome ! » s’exclame Paul. Et de continuer à tisser le contact avec l’audience. « Si vous êtes sur place, c’est cool, si vous êtes chez vous, je m’adresse aussi à vous, c’est votre show, faites ce que vous voulez », dit-il en substance avant de lancer « Say Yeah ». Cette intervention capte l’attention, ne laissant pas les téléspectateurs seuls, isolés, dans leur canapé. La captation est très agréable avec une alternance de différentes vues. Evidemment, devant son écran de télévision, le fan ne peut que deviner la démesure de Kiss sans la vivre à cent pour cent.

« I Love It Loud », « Heaven’s On Fire » et « Tears Are Falling » s’enchaînent sans interruptions avant que « War Machine » ne nous fasse apprécier toute la démesure pyrotechnique dont les Américains sont capables. C’est impressionnant ! Certains pourront même croire que la température vient d’augmenter dans leur propre salon ! D’ailleurs Gene avec sa traditionnelle flamme ressemble finalement à une flammèche face à tant de feu ! Paul rebondit : « Now it’s getting hot ! Can you feel it at home ? » Toujours le contact avec le téléspectateur. « Lick It Up », sorti en 1983 alors que certains d’entre nous n’étaient pas nés, comme le rappelle le chanteur, est lui aussi accompagné de magnifiques effets visuels. Une nappe de rayons bleus envahit l’espace de la piscine, entre la scène et le bâtiment de l’hôtel. Vraiment beau. Sur scène Thomas et Paul jouent un peu entre eux. Le titre termine sur une orgie de rayons lasers !

« C’mon clap your hands ! Let me see your hands ! » lance Paul. Comme il y a une poignée de spectateurs sur place, ces invitations ne tombent pas totalement à plat. « Quelle belle façon de dire au revoir à cette année que l’on veut oublier », continue-t-il. Et de faire la promotion du vaccin en disant qu’il faudra tous se mettre en ligne pour se faire vacciner et qu’en attendant, on peut appeler le Dr Love ! Quel sens de l’à-propos pour introduire « Calling Dr Love » !

« 100.000 Years » permet à Eric de lancer un solo de batterie. Avec les caméras, on profite du batteur qui s’amuse. Gardant ses pieds en activité, il prend le temps d’essuyer ses bras avec une serviette. S’arrête. Pointe les spectateurs au travers d’une caméra. Reprend. S’arrête à nouveau pour repointer les spectateurs. Il plie enfin la serviette, reprend ses baguettes et continue son solo. La batterie s’élève, les effets visuels nous font voir trois Eric, et le batteur s’adresse à tout le monde, chez nous, sur la planète Terre, nous demandant si on se sent bien, si on ressent le rock’n’roll. Le morceau s’achève dans une orgie de flammes pour ce qui est un gros passage du concert. A ce stade, les Américains arrivent plutôt bien à emmener le téléspectateur avec eux dans leur prestation. Ils appréhendent bien le côté « audience à domicile ». La preuve lorsque Paul introduit « Psycho Circus ». Il demande à l’assistance si celle-ci se sent comme un animal. Et de rugir si tel est le cas. Le New-Yorkais donne lui-même l’exemple et précise qu’on peut aussi rugir à la maison. Paul jettera même des médiators à une « caméra-public ».

On a droit à quelques figures classiques d’un concert de Kiss : Gene en monstre vert pour « God Of Thunder » ou Thomas qui se sert de sa guitare comme une espèce d’arme pour tirer sur les panneaux installés au plafond. Et même Paul qui soigne sa mégalo en demandant au public de crier son nom pour qu’il aille au plus près de celui-ci. Le chanteur, qui précise qu’il s’agit d’un honneur d’être ici à Dubaï, s’accroche à une tyrolienne qui l’emmène sur une plateforme au milieu de la piscine pour « Love Gun », accompagné d’un déluge d’effets visuels. Paul demande ensuite s’il peut rester sur cette plateforme le temps encore d’un titre. Il plaisante, indiquant qu’il peut revenir sur la scène principale à la nage. Le guitariste introduit le morceau suivant comme le plus gros tube de Kiss. « I Was Made For Lovin You » ultra rock claque dans Dubaï ! Les effets visuels sur la piscine sont magiques, féeriques, les vues en hauteur permettent d’y plonger avec délice.

« Black Diamond », excellent, nous amène vers la pause rappel dans une énorme débauche de flammes et une orgie de feux d’artifice. Arrêtons-nous pour parler musique. Nous avons beaucoup parlé effets visuels, flammes, communication. Qu’en est-il du cœur du propos ? « Black Diamond », « Cold Gin » ou « I Was Made For Lovin You », pour prendre ces titres en exemple, répondent à cette question : une exécution vraiment très agréable pour des morceaux imparables. Même si les Américains ont une ossature de morceaux standards pour leurs concerts, ils apportent une ou deux variations. « Say Yeah » ou « Strutter » pendant les rappels, morceau qui serait improvisé selon les dires de Paul.

Puis arrive un moment, disons, inutile pour rester modéré dans les propos. Un représentant du Guinness Book monte sur scène car Kiss a l’intention de battre des records ce soir. Ils en battront deux : la plus haute projection de flamme à un concert et le plus grand nombre de projections de flammes lancées simultanément. Super, non ? Peu d’intérêt si ce n’est pour flatter la mégalomanie de Kiss. Cela fait bien redescendre sur terre ! D’autant qu’un troisième record est visé : le montant des ventes en pay-per-view.

La fin explose en une overdose de feux d’artifice. Cela pétarade partout. On se demande qui pourrait rivaliser avec une telle débauche. Débauche qui va quand même un peu loin. Tout est une question de dosage. Et là, il y a clairement surdose.

Sur le fond, il y aura eu du très bon – des passages assez forts pendant le concert – et du très indigeste – le documentaire, les records à établir, l’overdose de moyens finale. En termes de concert à la mode coronavirus, en direct, sans un public conséquent, Kiss aura réussi à proposer une prestation qui capte. Paul est un indéniable meneur de troupe et le groupe a une belle collection de standards. Sinon, ne cherchez plus ni pétards ni feux d’artifice : Kiss a consommé tout le stock mondial en une soirée !

Dernier point : Kiss a semble-t-il adapté un ou deux mots des paroles sur « 100.000 Years » et « God Of Thunder » pour être compatible avec les lois de l’Emirat. Lesquelles lois ont aussi empêché le Démon de cracher son sang (*). D’un coup, l’esprit rock’n’roll et le côté rebelle associé sont moins perceptibles, mais évitons les débats trop polémiques ! A chacun sa vision du monde, de la censure, de la liberté, des endroits cool du monde.

Setlist KISS :

Detroit Rock City
Shout It Out Loud
Deuce
Say Yeah
I Love It Loud
Heaven’s On Fire
Tears Are Falling
War Machine
Lick It Up
Calling Dr. Love
100,000 Years
Cold Gin
God Of Thunder
Psycho Circus
Parasite
Love Gun
I Was Made For Lovin’ You
Black Diamond

Rappels:

Beth
Strutter
Do You Love Me
Rock And Roll All Nite

Photos : Ross Halfin.



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  • Très bon reportage ! Très objectif..
    Svp… Il m’a fallut un moment.. Qui est Thomas?…. Ah oui ! Tommy !.. Un peu de sérieux les gars 😉

    [Reply]

    Spaceman

    Tommy est le diminutif de Thomas, son vrai prénom… 🙂

  • Chouette chronique. Surtout les parenthèses, très bien placées, sur tous les à-côtés très clairement discutables 😀

    C’est franchement hallucinant à ce point, quand même…

    [Reply]

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