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Interview   

KK’s Priest : prêche et absolution


Dix ans de silence qui se brisent aujourd’hui. Après avoir quitté Judas Priest en 2011 – on l’apprend maintenant – de façon plus ou moins houleuse à la veille de la tournée Epitaph – censée acter la fin du groupe –, le guitariste KK Downing avait nourri en secret l’espoir de retrouver le groupe auquel il a donné indéfectiblement quarante ans de sa vie. Des espoirs systématiquement douchés par ses anciens collègues, certainement heureux avec le jeune Richie Faulkner, et malgré le retrait de son ex-binôme de guitare Glenn Tipton pour cause de maladie de Parkinson.

KK Downing a dû se rendre à l’évidence : le Judas Priest qu’il a connu n’est plus, mais l’appel du heavy metal était toujours là. Ainsi est né KK’s Priest, groupe dans la prolongation directe de sa carrière, accompagné de l’ex-Judas Priest Tim « Ripper » Owens – et même du batteur Les Binks pendant un temps. Avec ce premier album, Sermons Of The Sinner, KK’s Downing se sent investi d’une mission : à la fois se faire pardonner pour ses dix ans d’absence et faire perdurer le heavy traditionnel pour passer le témoin et donner envie à la jeune génération d’emmener cette musique vers l’avenir, une fois tous les dinosaures disparus. Nous parlons de tout ceci – les circonstances de son départ de Judas Priest, ses espoirs, KK’s Priest et le heavy metal – avec le guitariste ci-après.

« Pour le bien du groupe, pour le nom et pour les fans, on doit tous faire – ou en tout cas, c’est ce que je croyais – la bonne chose, c’est-à-dire se serrer la main et reprendre là où on s’était arrêtés. Mais ces gars m’ont complètement fermé la porte et ont refusé que je revienne. »

Radio Metal : KK’s Priest est ton premier projet musical depuis ton départ de Judas Priest en 2011. Très simplement, quelle a été ta vie ces dix dernières années ?

KK Downing (guitare) : C’était assez mitigé. J’ai été pas mal occupé. J’ai toujours fait quelque chose, que ce soit composer, produire, conseiller de jeunes groupes, j’ai fait deux concerts, ce qui était amusant… Evidemment, j’ai été invité sur des enregistrements de certains artistes, comme Geoff Tate et d’autres gens comme ça. Je me suis tenu occupé. Je suppose qu’après une vie à tourner autour du globe à toute vitesse, c’était bien de descendre un peu du manège et de faire le point, mais je me suis remis en selle, j’ai hâte de repartir et avec un peu de chance, nous pourrons faire quelques concerts bientôt.

Avant d’aller plus loin sur KK’s Priest, revenons en arrière pour comprendre d’où tu viens avec ce nouveau groupe. Les fans sont encore un peu perplexes à propos de ton départ de Judas Priest. Maintenant que de l’eau a coulé sous les ponts, quel est ton sentiment sur cet épisode et comment analyses-tu ce qui s’est passé en 2011 ?

Tout ça était un peu étrange. J’ai passé toute ma vie dans Judas Priest et j’étais très dévoué et fidèle à ce groupe. C’était tout pour moi, mais évidemment, c’est un sport d’équipe, donc il faut vivre et travailler avec les autres personnes et les prendre en considération, et les gens font ce qu’ils font. Il se passe au fil du temps des choses qui ne leur plaisent pas toujours, mais je l’ai accepté comme faisant partie de ce qui arrive dans l’industrie musicale. Quand Rob [Halford] est parti pour un long moment et qu’ensuite Glenn [Tipton] est lui-même parti faire deux albums avec d’autres musiciens, pour moi, la priorité a toujours été Judas Priest et je n’arrivais pas vraiment à comprendre pourquoi la priorité n’était pas tout le temps donnée au vaisseau amiral, qui était vraiment le plus important dans la vie de tous. Mais en 2010, les choses semblaient empirer. Je n’appréciais pas les concerts, nous n’étions pas bien en place, j’étais mal à l’aise, des gens buvaient, etc. En 2010, Rob a fait une tournée mondiale pour promouvoir deux albums studio qu’il avait sortis sur une période de douze mois. Donc quand la tournée finale est arrivée – nous avions tous prévu de nous retirer, de mettre fin au groupe –, je n’ai pas pu me résoudre à la faire, parce que j’avais l’impression que je n’allais pas l’apprécier et que si je finissais ma carrière avec une dernière tournée, je voulais pouvoir l’apprécier. Donc j’ai dit non. C’est ce qui s’est passé. De toute façon, nous allions tous arrêter le groupe [petits rires]. A ma connaissance, je me retirais d’une tournée d’adieu. Je ne savais pas qu’ils allaient continuer. C’était censé être la fin. Je ne sais pas s’ils ont tout de suite décidé qu’ils allaient continuer ou si c’était à la moitié de la tournée. Si j’avais su ça, évidemment, ça se serait probablement passé autrement, car la seule chose que je ne terminais pas dans toute l’histoire et l’héritage de Judas Priest sur plus de quarante ans était une tournée d’adieu.

Mais plus tard, en avril 2011, j’ai changé d’avis là-dessus. J’ai parlé à Ian [Hill] par intermittence pendant environ une semaine, en disant : « Je pense qu’il faut que je fasse la tournée. » Car un ami à moi m’a dit : « KK, il faut que tu fasses la tournée, tu étais là au début, tu dois la finir ! C’est la tournée d’adieu, tu dois être là pour les fans. » Je me suis dit qu’il avait raison. Donc j’en ai parlé à Ian. Le management a fait part du communiqué de presse, ils allaient annoncer au monde que j’avais pris ma retraite. Donc le jour même où j’ai reçu ça, j’ai appelé Ian, en lui disant : « Ian, peux-tu m’envoyer la setlist ? J’aimerais voir de quoi elle a l’air. » Il me l’a envoyée et je l’ai rappelé pour lui dire : « Elle est bien. Je pensais qu’elle serait horrible et que je n’allais pas l’aimer. » Donc ils devaient savoir que j’étais en train de changer d’avis, Ian a dû leur dire – Ian est le responsable de l’entreprise. Mais le lendemain, le management a rendu public le communiqué de presse disant que je prenais ma retraite pour m’occuper de mon terrain de golf.

C’est là que je leur ai envoyé une seconde lettre, le même jour où ils ont publié de communiqué de presse, car j’étais furieux. J’étais en colère parce que j’étais en train de me préparer à faire la tournée. J’ai dit à Glenn et Jayne [Andrews, manageur du groupe]… Car Glenn et Jayne ont formé une relation particulière à partir 1985, et j’ai dit que je les détestais tous les deux d’avoir créé un régime qui avait affecté le groupe ; ça a affecté les prises de décision et ça a rajouté une voix dans le groupe, celle de Jayne, dans ces prises de décision. C’était énervant et j’avais toléré ça trop longtemps. J’ai dit : « Ignorez tout ce qui j’ai écrit dans ma première lettre il y a trois mois. Ça, c’est la vraie raison pour laquelle j’ai décidé de partir », c’était à cause d’eux. De toute évidence, ils n’ont pas apprécié et n’apprécient toujours pas, alors que j’avais raison. C’était un peu ce que dans l’industrie ils appellent le syndrome de John et Yoko. Donc j’ai envoyé la seconde lettre et c’était terminé. Et je peux seulement supposer qu’ils avaient rencontré Richie [Faulkner], qu’ils s’étaient éclatés, qu’ils avaient été au pub ensemble, et qu’ils s’entendaient bien, et qu’ils voulaient continuer avec lui.

« Ça a été très rafraîchissant de pouvoir enregistrer et faire ce que je veux, jouer autant de solos que je veux sans avoir quelqu’un qui me critique moi ou mes idées. »

Comme tu l’as dit, ça faisait plus de quarante ans que tu officiais dans ce groupe. Comment peut-on ne pas réussir à résoudre ce genre de problème quand on est collègues depuis si longtemps et qu’on a vécu autant de choses ensemble ?

Oui, ça n’a aucun sens, parce qu’on vit et on travaille ensemble, très souvent on passe plus de temps ensemble qu’avec notre famille, notre épouse, notre petite amie et nos enfants. C’est une relation de travail et parfois elle implose, parfois elle explose. Ça peut arriver à beaucoup de groupes. C’est comme Rob : nous étions contents de retrouver Rob dans le groupe, mais lorsqu’il est parti, c’était devenu vraiment moche. Il faut accepter que les gens fassent ce qu’ils font. Pour le bien du groupe, pour le nom et pour les fans, on doit tous faire – ou en tout cas, c’est ce que je croyais – la bonne chose, c’est à dire se serrer la main et reprendre là où on s’était arrêtés. Mais ces gars m’ont complètement fermé la porte et ont refusé que je revienne. Ils ont préféré dire au monde que j’avais pris ma retraite. Si c’est vrai, il n’y a aucune raison pour ne pas me permettre de sortir de ma retraite et de revenir dans le groupe, mais évidemment, ce n’est pas la véritable situation. Il y a autre chose là-derrière. Ils ont de la rancune. Il est possible que ce soit une histoire d’argent. J’envisage toutes les possibilités quand je ne comprends pas quelque chose et que personne ne me donne une bonne explication. Il n’y avait pas vraiment conflit. Je parlais toujours au management, ils m’aidaient avec d’autres trucs, tout semblait aller. Ils me payaient mon dû, mais ne me donnaient pas de relevé. Puis tout s’est arrêté. Tout ce que je peux dire, c’est qu’on dirait qu’ils voulaient garder l’argent auquel, je crois, j’avais droit. Voilà où nous en sommes. C’est dans les mains des avocats qu’ils ont désignés, pas moi. On verra comment ça se résout, mais pour l’instant, me voilà. Je suis content, j’ai un super groupe, j’aime beaucoup l’album et la musique, j’aime tout là-dedans. C’est une nouvelle aventure, un nouveau souffle. Ça a été très rafraîchissant de pouvoir enregistrer et faire ce que je veux, jouer autant de solos que je veux sans avoir quelqu’un qui me critique moi ou mes idées. C’est bien de ne pas avoir à me concerter avec d’autres gens. Donc tout va bien !

Quand tu es revenu à la scène en août 2019 pour jouer avec Ross The Boss au Bloodstock et ensuite en novembre à Wolverhampton, au Royaume-Uni, avec ton propre groupe, ça faisait dix ans que tu n’avais pas joué live. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ?

Parce que je m’attendais toujours à ce que la porte s’ouvre à un moment donné. Je me suis toujours dit qu’il y aurait une occasion de revenir, parce que je trouvais que j’avais été très fidèle et dévoué, ainsi qu’une partie intégrante du groupe, donc je devais légitimement revenir dans le groupe. Evidemment, environ quatre ou cinq ans après être parti, j’ai entendu que Glenn avait annoncé souffrir de la maladie de Parkinson. Donc je savais qu’à un moment donné, il ne pourrait pas continuer, car de toute façon il est plus vieux que moi – Glenn a soixante-quatorze ans cette année, je crois. Je me suis dit qu’arriverait un moment où Glenn ne pourrait pas continuer, ou que quelque chose d’autre pourrait arriver, qu’ils pourraient suggérer d’avoir trois guitaristes comme Iron Maiden, qui sait ? Ça aurait été cool. Mais de toute évidence, rien de tout ça ne s’est produit. Il est clair qu’ils m’en veulent. Des choses se sont passées en 2011, j’ai commencé à voir des trucs dans la presse, comme par exemple Ian disant que KK ne manquait à aucun fan, que Richie était rafraîchissant et avait apporté une nouvelle énergie au groupe. Ce n’était pas bon pour moi de lire ça, ce n’était pas juste de dire des choses pareilles. Mais je suis resté silencieux. Je l’ai mentionné, mais ce n’était pas juste de leur part.

Comment était-ce de retrouver la scène ? Ne te sentais-tu pas un peu rouillé, pour ainsi dire ?

C’était assez facile. Le temps semblait être passé très vite. J’ai fait ça pendant si longtemps à un niveau professionnel que c’était plus ou moins la même chose, ça ne faisait aucune différence. Comme je l’ai dit, je suis resté occupé à faire pas mal de choses, mais je pense clairement être prêt maintenant à repartir en tournée. Je pense que ce sera très bien pour moi. C’est bon de pouvoir rencontrer des gens et leur reparler, comme toi, et les gens dans l’industrie et recroiser de vieux amis. Ce sera super d’aller aux festivals et de rencontrer tous les groupes avec qui nous sommes tous devenus des frères de la route. On est des frères de la route, c’est notre métier, on vit sur la route. On compose, enregistre, tourne, compose, enregistre, tourne… On a fait ça toute notre vie. C’est donc spécial quand on se retrouve en coulisse lors de festivals ou de concerts.

« Il y a maintenant dans le groupe des gars que je n’ai jamais rencontrés et qui jouent mes chansons et mes solos, et ils gagnent de l’argent avec ce que j’ai créé. Donc s’ils peuvent être un prêtre, je peux être un prêtre. »

Ton nouveau groupe s’appelle KK’s Priest et tu as choisi l’ancien chanteur de Judas Priest Tim « Ripper » Owens, et même l’ancien batteur Les Binks faisait initialement partie de la formation avant de devoir renoncer suite à une blessure au poignet. Il y a donc une continuité évidente entre ton histoire avec Judas Priest et KK’s Priest. A quel point est-ce devenu important pour toi de récupérer ton héritage aujourd’hui ?

En premier lieu, je me suis posé pour écrire l’album. J’étais seul et j’ai aimé faire ça. Tout est arrivé très vite et naturellement. J’ai mon propre style, j’ai mon propre son, je produis d’une certaine façon, j’entends les choses comme j’ai envie de les entendre. Je me suis vraiment contenté de faire ça. Je me suis d’abord dit que je voulais créer un album que j’aimais et que selon moi les fans aimeraient, et j’espère qu’ils aimeront l’album. C’est le seul critère important que j’avais en tête. Mais absolument, il y a dans cet album des éléments qui sont naturellement synonymes de tout ce que j’ai fait jusqu’à présent. J’aurais clairement pu entendre ces chansons sur des albums des années 70, 80 et peut-être 90, mais c’est ce que je fais. J’en suis fier. Tout l’album est aussi plein d’émotions, de sentiments, de messages et de célébration de tout ce qui est metal. Je ne peux tout simplement pas tout couper, tout laisser dans le passé pour que ça soit de l’histoire ancienne, renaître et recommencer de zéro avec un nouveau nom, un nouveau son de guitare, un nouveau style d’écriture. Ce serait très dur pour moi de faire ça parce que je ne sais pas comment ça sonnerait ou à quoi ça ressemblerait. J’ai soixante-dix ans cette année, c’est même trop tard pour que j’essaye de faire ça. Je ne peux pas faire autrement que travailler avec les ingrédients qui, je crois, fonctionneront et que j’ai naturellement en moi. Je suis fier de mon héritage et de mon histoire, et je suis content d’emmener avec moi dans le présent ces ingrédients naturels et de les pousser en avant vers le futur avec de nouveaux éléments. C’est très important.

C’est pareil avec le nom. Le nom était problématique : « D’accord, il faut nommer le groupe. Comment on va l’appeler ? » Je ne voulais pas l’appeler les Flying Tornados ou quelque chose qui n’a aucun lien avec moi, qui je suis et mon histoire. J’avais du mal à laisser tout ça tomber. Ensuite, je me suis dit que j’avais été un « prêtre » depuis 1968, toute ma vie j’ai été un prêtre dans Judas Priest. Il y a maintenant dans le groupe des gars que je n’ai jamais rencontrés et qui jouent mes chansons et mes solos, et ils gagnent de l’argent avec ce que j’ai créé. Donc s’ils peuvent être un prêtre, je peux être un prêtre. Donc nous voilà avec KK’s Priest. Evidemment, Tim est un prêtre. Les Binks était un prêtre. Malheureusement, Les n’a pas pu nous suivre dans cette aventure à cause d’une blessure, mais il sera sur scène avec nous en tant qu’invité spécial. Donc c’est plutôt cool, plutôt que de faire quelque chose de complètement neuf ou de pas identifiable. J’aime m’embarquer dans cette aventure et y emmener mon histoire. Soit dit en passant, leurs avocats ont envoyé des lettres de menaces pour essayer de m’arrêter [rires], mais pour le moment, il ne s’est rien passé.

David Ellefson a fait partie du concert de Wolverhampton. Etait-il censé prendre part à KK’s Priest initialement ?

Non. David venait au Royaume-Uni et je suis l’ambassadeur d’une très bonne salle, une grande salle en Angleterre qui s’appelle KK’s Steel Mill. C’est super parce que Michael Schenker y vient bientôt, Thunder y joue deux concerts dont le premier est complet, Skid Row y est venu, Cheap Trick… C’est une super salle ici, mais David Ellefson y venait avec son groupe et il a dit : « KK, c’est ta salle, peux-tu venir sur scène jouer deux ou trois chansons ? » J’ai dit : « D’accord David, je vais le faire. » Donc je l’ai fait, mais ça a pris de l’ampleur, Les Binks est arrivé, Ripper est arrivé, donc nous avons fait un concert d’une demi-heure. Mais David était dans Megadeth et ils étaient sur le point de partir en tournée avec Five Finger Death Punch et ensuite faire leur propre tournée en tête d’affiche avec Lamb Of God. David était toujours dans Megadeth, donc je ne voulais pas créer de rupture ou quelque problème que ce soit. Ça n’a jamais été une option. Le groupe a été créé quand David était toujours très fermement et solidement dans Megadeth.

Tu avais déjà fait les albums Jugulator et Demolition avec Tim ; des albums que les fans ont vus comme s’éloignant du style de Judas Priest et qui ont eu une réception mitigée à l’époque. Mais comment vois-tu ces albums aujourd’hui et la situation où en était le groupe à ce moment-là ?

J’adore. C’était une période très spéciale dans l’histoire de Judas Priest. Ripper est arrivé et a pu sauver le groupe et nous permettre de continuer, parce que Rob avait quitté le groupe pendant douze ou treize ans, Glenn s’était mis à faire deux albums solos avec d’autres gars – qui nous manquent d’ailleurs, Cozy [Powell] et John Entwistle, deux grands musiciens, mais Glenn a fait ça et nous n’avions plus de groupe, il n’y avait que Ian et moi. Mais Ripper est arrivé et nous a aidés à entretenir le groupe, le nom et l’héritage. Je lui suis très reconnaissant pour ça. Tout le monde était reconnaissant envers Ripper pour être arrivé et avoir fait ça. En conséquence, ce que nous avons fait était plaisant. Nous avons fait deux albums et plein de concerts. Donc maintenant, cette période de l’histoire a gagné un nouveau souffle et KK’sPriest jouera des chansons des années Ripper dans Judas Priest, et nous pouvons jouer certaines chansons très spéciales que j’ai envie de jouer et qu’avec Judas Priest nous n’avons jamais pu jouer parce que personne ne voulait les jouer. Le futur s’annonce génial et nous avons vraiment hâte de partir en tournée et de faire de super concerts dans le monde entier.

« Plein de gens ont été victimes de désinformation comme quoi je m’étais retiré du groupe pour m’occuper de mon terrain de golf, et je peux comprendre les fans qui m’en veulent, car dans ce cas de figure, je ne les méritais pas. Donc peut-être que je suis de retour pour présenter mes sermons et l’histoire avec une explication. »

Tu as déclaré que « toute [ta] vie, les gens ont toujours voulu un album que [tu as] fait dans le passé ». Je suis sûr que c’est aussi ce que les gens attendaient de toi avec KK’s Priest. N’est-ce pas frustrant quand tu veux avancer ou l’acceptes-tu ?

Oui, je l’accepte, parce que le truc, c’est que Sermons Of The Sinner est un album dans un style purement metal classique, donc on va y retrouver des connotations et il sera synonyme de choses du passé, car on peut facilement dire que les années 70 et 80 sont de grandes décennies pour le metal classique, on les connaît et les adore. Mais avec un peu de chance, il y a aussi de nouvelles choses là-dedans, du nouveau contenu, de nouveaux sujets abordés. Je trouve que j’ai beaucoup de chance que l’album se soit fait si rapidement et si naturellement. Comme tu dis, il est lié à tout ce que les gens attendent probablement de moi, et ça me plaît.

J’aime qui nous étions dans Judas Priest, parce que nous avons créé… Par exemple, sur le même album, on pouvait entendre « Ram It Down » et « Blood Red Skies », ou on peut entendre des chansons comme « Love Zone » et ce genre de chose. C’est aussi différent de ce que Judas Priest pouvait faire avec des chansosn comme « Victim Of Changes » et « Beyond The Realms Of Death ». Mais on a aussi « Living After Midnight » et « Heading Out To The Highway », « Breaking The Law », et il y a tout un tas de rock et de metal au milieu de tout ça. Donc avec Judas Priest, nous avons toujours été fiers de tout le temps repousser les limites du rock et du metal. Nous n’avions jamais peur de faire ça et de prendre des risques. On a des chansons comme « Turbo Lover », ou d’autres plus sérieuses et profondes. Il y a cet énorme éventail d’idées et de chansons qu’on peut faire. C’est comme Sermons Of The Sinner, on peut écouter « Return Of The Sentinel » ou « Hail For The Priest », ou on peut écouter des chansons comme « Brothers Of The Road » et « Raise Your Fist » et il y aura aussi ce genre de différence. Certains morceaux, c’est du genre : « Ouais, on envoie la sauce. On va faire un concert ce soir ! Eclatons-nous ! » Et d’autres chansons seront plus sérieuses et pour le plaisir d’écoute, avec quelques paysages sonores futuristes. Il y a donc un bon échantillon représentatif sur l’album comme on pourrait s’y attendre, j’imagine, de la part de n’importe quel album du Priest.

Une chose qui participait à la grandeur de Judas Priest, c’était le duo que tu formais avec Glenn. N’était-ce pas intimidant pour A.J. – et peut-être pour toi aussi – d’essayer de se hisser à la hauteur de ce duo légendaire ?

Glenn et moi avons fait beaucoup de choses, et nous avons fait beaucoup de choses bien, mais durant les dernières années, Glenn voulait prendre plus de solos. J’aime mieux ce que j’ai avec KK’s Priest parce que c’est plus un groupe, c’est du cinquante-cinquante, ce n’est pas tout centré sur moi et nous faisons beaucoup plus de choses à la guitare aujourd’hui, des trucs que j’aime créer, des harmonies, des trucs inhabituels comme des tappings harmonisés, car j’aime mélanger les gammes classiques, entre le phrygien, le mineur harmonique, le mineur mélodique, des tons complets, des demi-tons, des accords diminués… J’aime créer toutes ces parties de guitare, ce qui est un peu le langage que parlent les musiciens. A.J. et moi, nous pouvons faire ça. Je pense que nous pouvons accoucher d’un sacré paquet de trucs cool sur cet album et sur les albums à venir.

L’album s’intitule Sermons Of The Sinner, une référence évidente à la chanson de Judas Priest « Sinner » sur Sin After Sin. Te considères-tu comme un pécheur ?

Tout le truc concernant Sermons Of The Sinner est très ambigu, mais pour moi, toutes les significations sont là dans ma tête. Est-ce moi sous la cape ou pas ? Est-ce moi dans le passé ou alors dans le futur ? Est-ce un démon du passé ou du futur ? Ou est-ce une combinaison de tout ça ? Ça reste à déterminer. Je trouve que c’est très intéressant et j’aime ça. Les gens peuvent me voir dans le rôle du pécheur, c’est assez important, et j’ai dû mal à imaginer quelqu’un d’autre jouer cette chanson comme s’il était moi. Donc ce sont les sermons du pécheur, et le pécheur, c’est moi, à cet égard. Plein de gens ont été victimes de désinformation comme quoi je m’étais retiré du groupe pour m’occuper de mon terrain de golf, et je peux comprendre les fans qui m’en veulent, car dans ce cas de figure, je ne les méritais pas. C’est de la désinformation, mais peut-être qu’ils me voient comme étant le pécheur de Judas Priest. Donc peut-être que je suis de retour pour présenter mes sermons et l’histoire avec une explication, avec tous les autres sentiments et émotions, et tout le reste. Il y a une certaine profondeur dans l’ensemble de l’album, mais à la fois, il est divertissant, et tout tourne autour des chansons et de la musique.

« Le nom Judas Priest, pour moi, était un conflit. Ma vie était un conflit quand j’étais adolescent. C’était un conflit d’oppression ; les professeurs à l’école, mes parents, tout semblait aller contre moi. C’était un conflit entre le bien et le mal. »

Il y a plein de textes là-dedans que j’aime. Par exemple, j’aime « Sacerdote Y Diablo » – « Le Diable Et Le Prêtre » – le diable est vraiment stupide, mais il a fait un pacte avec le prêtre et on ne peut jamais faire confiance à un prêtre. Regardons les choses en face, on sait de quoi le diable est capable. J’aime toute cette histoire. J’ai hâte que tout le monde entende la chanson. Evidemment, « Return Of The Sentinel » est très importante pour moi. Encore une fois, j’ai parlé de ramener une partie de mon héritage et de mon passé dans le présent et dans le futur. Malheureusement, la sentinelle échoue dans son combat et est tuée, mais peut-être qu’à l’avenir, on verra les fils de la sentinelle. Je révèle des secrets, mais tout ce que j’ai envie de créer, c’est de la musique pour vous et tous les fans. Je suis vraiment excité à l’idée de créer plus de musique après cet album, très bientôt. J’ai déjà commencé à plancher sur le prochain album en février. J’ai hâte d’avoir plus de temps pour avancer dessus. Je pense que ça va arriver assez vite et ce serait super de sortir un autre album l’année prochaine. Sortir deux albums en l’espace d’un an serait fantastique.

Il y a évidemment une forte connotation religieuse dans ce titre, tout comme dans les noms KK’s Priest et Judas Priest. As-tu l’impression qu’il y a une dimension religieuse dans le heavy metal ?

Quand j’étais un jeune garçon, j’avais probablement dix-sept ans, j’ai vu le van passer devant l’arrêt de bus et c’était marqué Judas Priest dessus. Le metal n’avait pas encore été inventé, tout comme le heavy rock et le rock. Tout ce qu’il y avait, c’était le blues et le blues progressif, mais j’ai vu ça et puis j’ai entendu un peu de heavy metal chez les Kinks, les Animals, clairement chez Jimi Hendrix, un petit peu chez d’autres groupes, et je savais qu’il y avait un style de musique pour des gens comme moi, pour les gamins blancs de la classe ouvrière, il y avait une musique qui n’existait pas encore. Je me suis donc mis en tête de créer cette musique. J’ai essayé très fort et ça a été beaucoup de boulot pendant plus de dix ans. Je n’avais pas d’argent, mais j’ai continué à travailler dessus. Au final, cette musique a été créée, elle est née. Tout ceci était très excitant, mais le nom Judas Priest, pour moi, était un conflit. Ma vie était un conflit quand j’étais adolescent. C’était un conflit d’oppression ; les professeurs à l’école, mes parents, tout semblait aller contre moi. C’était un conflit entre le bien et le mal. Je sais que le mal existe, mais le bien existe aussi. J’ai vu Judas Priest et ça a été très important pour moi et c’est resté en moi. Ayant été un innovateur et un créateur, et ayant fait partie depuis le début de cette aventure et de cette évolution qu’on connaît aujourd’hui du heavy metal… Il est clair que tous les aspects de cette idée de bien et de mal, des prêtres et tout ce qu’il y a autour sont très intrigants et sont devenus synonymes de heavy metal, tout comme la Flying V est devenue synonyme de heavy metal. Il y a donc le prêtre, la Flying V, la musique et les histoires. Mais ça nous reste en tête, car une grande partie du mal pourrait venir du bien, mais est-ce que le bien pourrait venir du mal ? Et je dis ça parce qu’évidemment, il y a probablement des centaines de religions, si ce n’est des milliers, dans le monde, et du bon peut en ressortir mais aussi du mal.

Bref, au bout du compte, tout était question de créer et proposer de la musique à des gens qui n’avaient pas de musique pour eux, c’est-à-dire les gamins blancs de la classe ouvrière, comme moi à l’époque. Il y avait presque… Ce n’était pas de la jalousie, mais un grand respect pour le blues. Le blues a été créé par des opprimés, des artistes blues noirs dans le delta du Mississippi et à d’autres endroits, et cette musique les a aidés avec l’oppression quotidienne. C’était bon pour eux et ça nous a aidés au début et un tas de super musiciens ont beaucoup emprunté au vieux blues – Eric Clapton avec Cream, Led Zeppelin, Free, tous les groupes de blues progressifs se sont inspirés de ce blues, parce qu’ils essayaient de créer une musique qui serait spécifique aux opprimés blancs, aux gens comme moi. On pourrait écrire un livre sur le sujet de cette évolution de la musique, ainsi que comment et pourquoi on en est arrivés là. On avait la musique classique, on avait le jazz, on avait même le rock n’ roll, Elvis et Bill Haley, et un tas d’autres genres de musique, mais on n’avait pas cette musique. Si je regarde toute la musique que tu as derrière toi, une grande partie vient des années 60, 70, 80 et 90. C’est une petite fenêtre de temps dans l’histoire humaine où toute cette musique a été créée, et c’est un phénomène. C’est un miracle et c’est fantastique. Il faut le chérir, être content et continuer.

« On est des dinosaures qui errent dans les plaines et on perd presque quotidiennement de nombreux amis. […] J’ai aujourd’hui l’impression d’être une espèce en danger [rires]. »

C’est comme Sermons Of The Sinner, les sermons des chansons… Comme l’histoire dans la chanson « Sermons Of The Sinner » le raconte, les sermons peuvent aider à se relever, car tous les gens qui ont créé toute la musique que je peux voir derrière toi – et la mienne est par là-bas [rires] – ne seront pas là éternellement. On est des dinosaures qui errent dans les plaines et on perd presque quotidiennement de nombreux amis. Rien qu’en quelques jours, on a perdu trois personnes de grande valeur qui avaient un certain âge. On n’a pas envie que toute cette musique ne soit plus qu’une page dans des livres d’histoire dans cinquante ans, parce que moi et tous les autres, tous les musiciens avec qui je me suis lié d’amitié durant les cinquante dernières années, nous ne serons plus là, donc il faut inspirer les jeunes et les vieux musiciens à recréer les choses et les faire perdurer. Le fait qu’un certain style de metal classique a été créé à la fin des années 60, et dans les années 70 et 80, ne veut pas dire qu’il est démodé et qu’il faut le laisser là, car les gens n’ont pas laissé la musique classique au dix-neuvième, dix-huitième voire dix-septième siècle. C’est encore là avec nous, et ça restera à jamais ; tout comme notre musique doit rester, pas juste sous forme de CD ou de vinyle ou à la radio, il faut des groupes capables de la créer et la jouer, et poursuivre l’héritage.

Ressens-tu une forme d’urgence, personnellement, en voyant tous ces pairs disparaître ?

Oui. J’ai l’impression d’en être à un stade… Enfin, évidemment, le réchauffement climatique est un sujet polémique tout comme d’autres, mais j’ai aujourd’hui l’impression d’être une espèce en danger [rires]. Je vis toujours ma vie, j’attends qu’un nouvel album de Scorpions, de Saxon, d’Accept ou d’UFO sorte, donc il faut que j’écoute d’autres choses et que des gens me mettent dans la bonne direction pour découvrir de nouveaux groupes qui jouent de la musique que j’aime. J’ai entendu le nouvel album de Blaze Bayley, il est bon, je peux le suggérer si ça intéresse des gens d’y jeter une oreille. Il y a encore des artistes qui font des choses, mais il faut… Bon, le Covid-19 n’a pas aidé. C’est un problème. Donc j’espère que lorsque ce virus disparaîtra, on pourra relancer les concerts et avancer. Pour ce qui est de ma relation à la mort, quand tu atteins mon âge – j’ai soixante-dix ans cette année – tu commences à y penser. Malheureusement, j’ai perdu ma sœur il y a quelques semaines et elle avait à peine un an de plus que moi, et c’est arrivé très brusquement. Il faut donc commencer à penser à ces choses. J’arrive à un âge qu’on appelle la « zone », c’est-à-dire que si ce n’est pas toi, ça peut être d’autres gens, ça peut être des êtres chers, des amis ou des connaissances. Donc oui, il y a aujourd’hui une forme, pas tellement d’urgence, mais de conscience qu’on retrouve dans Sermons Of The Sinner. Le message est que même s’il n’y a qu’un membre originel dans un groupe, parce que tous les autres membres sont décédés ou que quelque chose leur est arrivé, écoutons et apprécions ce qu’on peut tant qu’on peut.

Maintenant que tu es de retour avec plus ou moins ta version du Priest, penses-tu qu’il y aura une compétition entre Judas Priest et KK’s Priest ? Et penses-tu que ça pourrait avoir un effet positif, en te poussant à livrer le meilleur de toi-même ?

La compétition, c’est toujours positif. C’est sûr qu’une telle compétition positive existe. La raison pour laquelle Glenn et moi étions très prolifiques, c’est parce qu’il y avait une bonne et saine compétition entre nous, nous permettant de continuer à avancer et à produire avec un haut niveau d’exigence. Mais ça ne m’intéresse pas de faire la course ou la compétition avec ces gars. Je me contenterai juste de faire ce que je fais normalement, mais ils peuvent s’attendre à ce que je fasse quelque chose qui est synonyme de tout ce que j’ai fait et produit jusqu’à présent. Ce sera donc ce que ce sera, mais pour moi, évidemment, d’après ce que je vois aujourd’hui, ça ressemble à ce que Rob a fait avec le groupe Halford – car autrement Scott [Travis] était dans Fight ; quand Rob a quitté Judas Priest, il a pris Scott avec lui. Donc vraiment, le Judas Priest que je connais – « Breaking The Law », « Living After Midnight », « You’ve Got Another Thing Coming », « Victim Of Changes », « Sinner » – avec Glenn et moi, et Rob, Ian et Scott semble être mort. De toute évidence, les gars ont beaucoup de succès aujourd’hui et je leur souhaite le meilleur. J’aimerais juste dire que je suis très reconnaissant et que je respecte mes anciens collègues. Nous avons créé et fait beaucoup de choses, c’était unique et c’était merveilleux, et ce sera gravé dans la pierre et dans les livres d’histoire. Je suis donc très reconnaissant d’avoir eu cette opportunité et d’avoir autant accompli au fil de nombreuses années. Mais mon plus grand remerciement va à tous les fans et médias pour avoir été un grand soutien. Sans ce soutien, nous n’aurions jamais pu accomplir ce que nous avons accompli.

C’est tout pour moi. Je te remercie d’avoir pris le temps de nous parler !

Merci Nicolas. Je n’avais pas prévu d’aller autant dans les détails sur le plan émotionnel, mais c’est l’histoire et la vérité. Et parfois, la façon dont ça sort naturellement est la seule manière de l’exprimer. Embrasse tous les fans en France, et nous espérons venir et vous voir très bientôt !

Interview réalisée par téléphone le 4 août 2021 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de KK’s Priest : www.kkspriest.com

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  • Bravo mon Niko tu lui as fait un peu lâche prise Pas facile de réussir à faire sortir de sa zone de confort un vieille anglais avec son éducation très anglo saxon qui connait les journalistes depuis plus de 50 ans!Par contre son nouveau groupe pas conquis Mais le personnage mérite le respect.Une deuxième interview a chaud 30 mn après et il se lâchait complètement!!on peux rêver!!Sacre tour de force quand même

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  • Bon courage à KK pour la poursuite de sa carrière avec son nouveau groupe ; j’ai toutefois des réserves sur les quelques extraits de Sermons of the sinner : le son et la structure des morceaux m’ont paru très datés et pas très originaux !
    Je suis impatient d’entendre l’album dans sa totalité pour connaître la tonalité générale et savoir si KK a fait le bon choix…

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    Torion

    Pour moi un bon judas a l’ancienne de screaming a painkiller par contre un peu déçu par les solos du grand kk !

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