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Chronique   

Klone – Le Grand Voyage


Klone a eu l’audace d’assumer un changement d’orientation musicale. Depuis Here Comes The Sun (2015) et les projets acoustiques qui ont suivi, le groupe a décidé d’embrasser une approche plus sensible de la musique, délaissant en grande partie la distorsion, et compensant la perte de puissance brute du metal par l’intensité des mélodies, de l’émotion véhiculée. D’une certaine façon Klone cible davantage son public, ce qui se traduit par une signature sur le label de rock progressif Kscope (Steven Wilson, Anathema, Porcupine Tree, Tesseract…) afin de sortir Le Grand Voyage. C’est un pas en avant considérable, l’affirmation d’une identité plus rock désormais actée. Le Grand Voyage a pour fonction de développer et d’approfondir l’univers musical ébauché par Here Comes The Sun, avec comme changement notable Morgan Berthet (Kadinja, Myrath) qui remplace Florent Marcadet (Carpenter Brut, Hacride, Step In Fluid) à la batterie. Avec son parti pris musical, Klone a énormément gagné : Le Grand Voyage demande du temps pour être appréhendé et n’ayez crainte, il le rendra au centuple.

Le Grand Voyage illustre parfaitement la tessiture du son de Klone aujourd’hui : une place prépondérante accordée à la réverbération, que ce soit sur les notes de guitares ou le son de caisse claire. Klone cherche ainsi à envoûter et à ciseler une impression de grandeur, une immensité qui enveloppe l’auditeur et le fait se sentir à la fois minuscule et présent, acteur d’une chose qui parfois le dépasse. Un album presque existentialiste en somme. « Yonder » témoigne de ce goût pour le « lointain » de Klone, plus de sept minutes d’une lente progression vers une destination abstraite. Les Poitevins prennent le temps de développer leur propos, choisissant avec soin et délicatesse leurs arrangements, que ce soit les arpèges de guitare succincts, les subtiles notes de piano, ou l’utilisation de cordes et de chœurs. Klone fait à nouveau côtoyer une forme de violence avec l’élégance de sa musique à l’aide d’un riff plombé, l’un des rares moments de distorsion de l’album. La réussite tient à ce que cette soi-disant violence ne crée pas une dichotomie dans la composition : elle est subordonnée au propos et ne crée aucune césure dans la progression. Dans l’ensemble, Le Grand Voyage réussit à maintenir son fil conducteur et ainsi donner corps à sa thématique. « Breach » est comme en apesanteur, empreint d’une interprétation tout en légèreté, notamment cette ligne de basse mélodique presque guillerette, et prend pleinement vie lors du refrain scandé par Yann Ligner, irréprochable sur l’opus. « Breach » perpétue le sentiment d’étendue amorcé par « Yonder » en conservant ce rapport entre quiétude et envolées mélodiques. Klone lorgne du côté de la mélancolie, émotion accentuée par l’enchaînement d’accords du refrain de « Sealed » – morceau qui fera penser aux ambiances oniriques d’Alcest, époque Les Voyages De L’Âme (2012) –, les lignes vocales de « Keystone » ou l’introduction de « Hidden Passenger » que n’aurait pas reniée Opeth.

Il faut du temps pour s’abandonner à Le Grand Voyage. L’homogénéité des compositions et la proximité de certaines mélodies ou gimmicks empêchent en premier lieu de s’y retrouver pleinement, jusqu’à créer une forme de monotonie. En réalité, Le Grand Voyage n’est pas qu’un parti pris : il incarne vraiment l’essence d’une expérience de rock progressif. Il faut une multitude d’écoutes pour saisir les nuances qui existent et ornent ce fil conducteur robuste. Ce sont ces notes mutées sur « Hidden Passenger » qui préludent à l’envolée du morceau, l’explosion de cordes en guise de conclusion de « Keystone », les breaks de batterie – d’une dextérité déconcertante – couplés au saxophone sur « Indelible » ou encore les enchevêtrements de mélodies au faîte de « Silver Gate » qui enrichissent le périple. Tout n’est pas évident au premier abord, pourtant tout finit par se dévoiler à un moment ou un autre. Bien sûr, certaines étapes sont plus rudes que d’autres et plus immédiates, à l’instar de « The Great Oblivion » qui renoue en partie avec l’époque Black Days (2010) et son jeu de guitare lourd tout en tension. Quoi qu’il en soit, Klone nous permet toujours de garder le cap et d’être attentifs.

Le Grand Voyage est brillant – comme ce soleil pris entre deux cyclones qu’il illustre sur sa pochette –, surtout parce qu’il découle d’une certitude quant à l’orientation musicale de son auteur. Au jeu de la catégorisation, Klone devient transversal, désireux de solliciter davantage l’auditeur et de rechercher son implication, quitte à le bousculer ou à le laisser circonspect dans les premiers temps. Une fois la garde baissée, le constat s’entérine progressivement : Le Grand Voyage est raffiné, beau, émouvant sans jouer sur les clichés, puissant sans s’adonner à la brutalité.

Chanson « Hidden Passenger » :

Clip vidéo de la nouvelle chanson « Yonder » :

Album Le Grand Voyage, sortie le 20 septembre 2019 via Kscope. Disponible à l’achat ici



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