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Metalanalyse   

Klone prend son envol


L’illustration ci-contre qui fait office de pochette au nouvel opus de Klone, intitulé The Dreamer’s Hideaway, est plutôt bien trouvée. Un homme porté de manière irréelle à bout de bras par un goéland, animal voguant dans le ciel, en surplomb et à travers les océans et symbolisant, de fait, on ne peut mieux la liberté. A l’instar de cet homme, Klone – qui en est à son quatrième album au compteur, sans compter un EP – n’a jamais autant donné l’impression de prendre son envol.

Un envol ainsi synonyme de liberté. Une notion à laquelle Klone, et plus particulièrement son guitariste Guillaume Bernard, semble particulièrement attaché. Pour preuve le collectif – et aujourd’hui label – Klonosphere monté par ce dernier et qui regroupe parmi les plus grands espoirs de la scène hexagonale (Trepalium et Hacride en tête, en plus de Klone). Un collectif permettant aux musiciens un contrôle maximum de leurs groupes, leur musique, leur promotion et en limitant la dépendance envers des intermédiaires pas toujours fiables ou concernés. Rien d’étonnant donc à ce que ce souhait de liberté se retrouve en premier lieu dans les créations de Klone. Groupe à la musique indéfinissable. « Progressif » est probablement le qualificatif descriptif qui s’y accorde le mieux. Dans le même temps, chercher à s’encapsuler dans un genre est sans doute la dernière des préoccupations du quintette qui n’hésite pas, justement, à traverser les genres. Ce qui fait assurément sa richesse aujourd’hui.

Et de richesse Klone a déjà fait preuve par le passé. Notamment sur leur deuxième album All Seeying Eye où le groupe se voyait jongler entre différents registres. A ce titre, aux yeux de certains, ceci en faisait peut-être un album décousu et difficile à suivre, ce malgré une personnalité déjà affirmée depuis leur premier album. Tout comme, en comparaison, Black Days pouvait pêcher par un excès d’homogénéité.

La maturité et l’expérience acquise sur la conception des précédentes œuvres ont clairement laissé leur empreinte sur les compositions de The Dreamer’s Hideaway. Un album tout à la fois riche et équilibré. D’expérience, il est tout autant question lorsqu’il s’agît d’évoquer la production de l’album puisque celle-ci a été élaborée avec la volonté de combler les regrets générés par celle de Black Days. Force est de constater que Klone est parvenu à ses fins avec une production puissante et dense qui conserve à la fois le naturel des instruments et du jeu. Par rapport aux quatre titres qu’il nous avait été possible d’écouter en juillet dernier, il est clair que l’album s’est étoffé de nouvelles subtilités grâce au soin apporté au mixage des arrangements.

Un envol également synonyme de voyage. Le ton est donné dès l’amorce de l’album : le premier titre « Rocket Smoke » qui donne indéniablement un sentiment de décollage, de propulsion, en scotchant l’auditeur. Premier titre qui dévoile le nouvel accordage en La adopté par le groupe sur quelques compositions (le titre éponyme et « Rising » en plus de celui-ci). Une démarche issue d’une prise de recul vis-à-vis des œuvres précédentes, comme nous le confiait Guillaume, et qui assurément contribue à la variété des paysages offerts par ce Dreamer’s Hideaway. Mais cette volonté de variation ne s’arrête pas à un simple accordage. Le titre éponyme en est l’exemple le plus flagrant. Scindé en deux, celui-ci se caractérise, d’un côté, par une première partie dominée par des guitares sludge qui fleurent bon les sombres marais de Louisiane et, de l’autre, par une seconde partie lumineuse largement emportée par la ligne de basse groovy et élégante de Jean-Étienne Maillard, proche de ce que propose Pete Trewavas (Marillion) au sein de Transatlantic. Les arrangements, évoqués plus haut, y sont également pour beaucoup dans « l’éveil des sens » de l’auditeur, avec de nombreux détails qu’il est possible de découvrir au fil des écoutes, que ce soit des arrangements de guitares, des effets synthétiques ou l’apport incontestable du saxophone de Matthieu Metzger qui se fond parfaitement dans l’ensemble (le solo à la fin de « The Dreamer’s Hideaway » fera des émules parmi les amateurs de l’instrument, sans conteste).

L’album étant particulièrement dense et riche, Klone semble avoir prévu une « pause » à mi-parcours, sous la forme d’un titre ambiant intitulé « Stratum ». Celui-ci permet à l’attention de l’auditeur de lâcher prise pendant les deux minutes qu’il dure. Car il est clair que cet album pourra, dans les premiers temps, paraître à certains difficile à digérer d’une traite. Les écoutes successives aidant à prendre ses marques et mieux définir les pourtant nombreux points d’accroche. Ce « Stratum » peut donc paraître comme un détail anodin mais apparaît comme une des évidences montrant que rien n’a été laissé au hasard dans l’album.

Un des éléments qui nous avait marqué à l’écoute des quatre premiers titres en juillet dernier était le chant de Yann Ligner. L’écoute de l’album complet révèle d’autant plus le travail de ce dernier. Seront assurément ravis ceux qui déploraient l’absence de son registre plus « arraché » sur Black Days. Car dans cette optique de varier les dynamiques et les approches, Ligner n’a pas hésité à saturer, à des endroits ciblés, ses cordes vocales. C’est le cas sur « Rocket Smoke » ou plus largement sur le « dangereux » « Rising ». Sur celui-ci on se surprend d’ailleurs, pendant quelques secondes, à jurer entendre Joe Duplantier vociférer (qui, rappelons-le avait été invité à pousser la chansonnette sur un titre de All Seeing Eye). Preuve supplémentaire que l’album éveille les sens et construit un terrain propice à l’imagination. Ceux qui voyaient dans la performance de Yann Ligner sur Black Days une influence trop marquée du chanteur de Tool, James Maynard Keenan, risquent à coup sûr de réviser leur jugement.

Notons – car comment le passer sous silence ? – la contribution chaleureuse de Doug Pinnick, chanteur bassiste de Kings X (groupe avec lequel Klone a partagé l’affiche), qui se fond dans la musique de Klone sur ‘A Finger Snaps’, tout en agrémentant l’ensemble d’une nouvelle texture – une de plus !

Alors, envol synonyme de liberté, envol synonyme de voyage. Mais serait-ce, à plus forte raison, l’album qui va permettre à la carrière de Klone de décoller et prendre son envol ? Comme il a été dit plus haut, rien ne semble avoir été laissé au hasard et Klone donne le sentiment d’avoir réalisé exactement ce qu’il souhaitait réaliser, de la manière dont il souhaitait le réaliser. Mais comme il a également été dit, la densité de la musique – même si les titres ne sont pas forcément longs – en fait également un album exigeant avec son auditeur. Un auditeur qui devra aimer – ou tout du moins accepter – dans un premier temps, de se laisser désorienter. Toujours est-il qu’avec l’effort fourni sur cet album, si celui-ci ne permet pas à Klone de passer un cap décisif, probablement que le groupe ne le fera jamais – à moins de revoir totalement son approche et donc, peut-être, se trahir. Car The Dreamer’s Hideaway résonne indéniablement comme un aboutissement.

The Dreamer’s Hideaway, sortie le 5 octobre 2012 via Klonosphere/Season Of Mist.



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  • Mr Claude dit :

    Encore une perle!

    Je me replonge dans la disco de Klone, l’album acoustique est excellent. Beaucoup de titres d' »Here Comes The Sun » dans lequel je n’arrivais pas à rentrer et qui se révèle très bon, grâce pour moi à cette porte d’entrée acoustique.
    Et que dire du Dreamer’s Hideway? Spaceman a tout a fait raison, c’est un « album riche et équilibré »
    Je le mets au même niveau que « From Mars To Sirius » avec des titres imparables tels que Rocket Smoke, Into The Void…

    Cocorico !

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  • Le voyage est effectivement plus marqué dans cette livraison que sur « black days ». Du tout bon.

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  • Merci à l’auteur pour sa chronique que, personnellement, je trouve très objective (par exemple, la comparaison entre un « All Seeing Eye » en effet très varié et un « Black Days » nettement plus homogène, en décrivant les réactions variées face à ces disques sans forcément tendre vers l’un ou l’autre camp). Ca me donne vraiment envie d’écouter attentivement ce nouveau cru, ayant adoré « All Seeing Eye », sa basse, son saxo’, sa variété.

    Amon.

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