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Live Report   

KMFDM : près de trente ans de tubes industriels et pas une ride


KMFDM avec en ouverture le groupe français Tamtrum : l’affiche de ce jeudi 3 novembre, au Ninkasi Kao de Lyon, s’annonçait pleine de promesses. Car KMFDM, en tant que très grand nom de la scène industrielle, a l’habitude du live et tout au long du concert ce professionnalisme sera palpable à chaque seconde. Et même une panne d’ordinateur, qui aura eu pour conséquence la suppression du pourtant immanquable « WWIII » de la setlist, ne changera rien au constat précédent !

Quant à Tamtrum, leur show (chaud) du Hellfest 2010 avait reçu un accueil favorable de la part du public et nous attendions ainsi avec impatience de revoir le groupe fouler les planches lyonnaises sur une scène plus importante que le Lyon’s Hall, la salle intimiste aujourd’hui disparue qui l’avait accueilli le 29 octobre 2010 lors de son dernier passage.

Avant de nous intéresser à ces deux groupes, revenons sur Army Of The Universe qui était la première formation à se produire sur scène.

Artistes : KMFDMTamtrumArmy Of The Universe
Date : 3 novembre 2011
Lieu : Lyon
Salle : Ninkasi Kao

La boîte de nuit indus selon Army Of The Universe.

Une fois la prestation d’Army Of The Universe terminée, le Doc, qui débarquait tout juste dans la salle, demande : « C’était comment le premier groupe ? » et notre Virginie de lui répondre avec le sens de la formule qu’on lui connaît : « C’était de la musique pour baiser ! ».

Et la vilaine n’a pas tort ! Il y a bien quelque chose de sexuel dans la performance de ce trio milanais. Une sexualité à la fois sensuelle et dépravée. On imagine aisément les musiciens se produire dans une boîte de nuit sombre et glauque – d’ailleurs, le jeu de lumières en aurait facilement offert l’illusion si le public n’était pas resté aussi épars et stoïque. Une boîte de nuit aux murs cradingues et où des individus dévergondés y dansent en se roulant des pelles à tout va et en baisant dans les coins sombres du dance-floor.

(Accent italien) « Hmmm, viens toucher mon corps, ma belle… »

La musique de ce théâtre se concrétise par des beats et sons EBM dansants soutenant une guitare froide et déversant des riffs simples et directs. Musicalement, on est parfois proche de Nine Inch Nails et Marilyn Manson, particulièrement le chant de Lord K qui synthétise les deux formations.

Lord K, un chanteur qui, par ailleurs, participe fortement à la composante sexuelle de la prestation. Jean moulant et torse nu, il dévoile un corps svelte et musclé tel une divinité latine. Un corps qu’il contorsionne mettant en valeur les traits de son anatomie ou qu’il laisse traîner à quatre pattes de manière suggestive. Aucun doute que la gente féministe et les représentants gays présents ce soir ont bien profité du spectacle. Preuve en est l’enthousiasme de notre Virginie qui, en fin de prestation, réclame déjà les photos de votre serviteur…

Le mystérieux Davil.

Mais ne passons pas sous silence les prestations des deux autres compères sous prétexte qu’un apollon libidineux met en avant ses atouts. Davil fait preuve d’une attitude plutôt élégante, souvent le pied sur les retours, au plus proche du public ou plutôt du vide qui se dresse à la place des premiers rangs. Un guitariste jouant parfois d’un certain mystère, caché sous des cheveux blonds ou sous une expression neutre du visage. Albert Vorne, à l’origine producteur de techno/trance, habillé d’une casquette et de lunettes façon road-trip, est, quand à lui, le plus expressif derrière ses claviers. Des claviers qu’il quittera d’ailleurs pour en enfiler un autre en bandoulière de manière à rejoindre ses acolytes sur le devant de la scène.

Fort logiquement, la prestation est basée sur le premier album du groupe, intitulé Mother Ignorance et sorti cette année, ce qui n’a pas empêché Albert Vorne d’y intégrer l’un de ses tubes trance, « Ravens Over My Rave ». A noter également la présence de la reprise du « Army Of Me » de Björk (après The Old Dead Tree, Chimaira, Klone et bien d’autres, à croire que l’Islandaise n’a fait qu’un tube), toujours très efficace.

Contrairement aux apparences, Tamtrum n’aura pas été un rayon de soleil…

Venons-en maintenant au cas Tamtrum. Un vrai cas à la base mais surtout sur ce concert ! Benoît Sixteen, le frontman du groupe, est absent ce soir, donc la dure mission d’assurer le chant incombe à C.N.X., le claviériste de Tamtrum, qui évolue également en tant que chanteur au sein de Nemesys. Ne jetons pas la pierre à C.N.X. qui a fait ce qu’il a pu dans cette atmosphère globale particulière où l’on sentait le groupe un peu perdu. A cause du manque de Benoît ? Certes mais pas que. Malheureusement, le combo est uniquement parvenu à faire bouger l’audience de KMFDM sur ses chansons les plus rapides sans susciter une adhésion complète d’un public un peu surpris par la tournure des événements.

L’homme qui maintien le beat.

Il faut dire que le jeu de scène de Tamtrum repose avant tout sur une exubérance, une excentricité et un culte de la dépravation qui peut étonner. Sylvicious n’hésitant par exemple pas à faire boire de la bière à son chanteur en ratant sa bouche ou à sauter sur lui lorsque ce dernier est à même le sol. Un peu comme un gamin qui ferait une blague à un copain dans la cour de récréation. Et c’est vrai qu’en ce jeudi 3 novembre, la scène du Ninkasi était un grand jardin d’enfant pendant le concert du groupe d’electro dark originaire d’Aix-en-Provence. Le fait que Sylvicious rampe sur les planches en mimant une sodomie passive effectuée par son chanteur participant probablement au rendu immature de l’ensemble…

Sylvicious peut-être un peu trop alcoolisé…

Ce dernier suscita donc un léger sourire de la part de ceux qui étaient restés assister à ce spectacle mais Tamtrum aura finalement fait une prestation en mode automatique en s’étant un peu trop détaché de ce pour quoi il avait fait le déplacement : la musique. Ce qui fera dire d’ailleurs la phrase culte suivante à Sylvicious : « Putain c’est vrai qu’on est à chier ce soir… mais franchement vous aussi ! ». Ce dernier déclarant même sur la fin du set que ce concert était « le chant du cygne » et que c’était « sûrement le dernier set de Tamtrum que [nous avions] vu ! ».

Bref, une prestation en demi-teinte, et sûrement trop alcoolisée, qui aura quand même vu le public bouger ses fesses sur deux ou trois chansons de ce groupe qu’on espère encore voir sur les planches…

Sascha Konietzko, le génie derrière KMFDM.

Le gros morceau de la soirée était bien sûr KMFDM. C’est un Ninkasi sans étage qui accueillait Sascha Konietzko, l’âme de KMFDM, et sa troupe. Placé derrière ses machines au centre de la scène, le chanteur/compositeur muni de ses traditionnelles lunettes de soleil n’est pourtant pas la cible de tous les regards… en tout cas des hommes. Il faut dire que, sur sa gauche, sa femme Lucia Cifarelli arbore une tenue collée-serrée mettant en avant ses formes généreuses qui, forcément, attirent automatiquement les yeux d’une partie du public.

Car si le show de Tamtrum était décadent au possible et manquait de professionnalisme, KMFDM a, pour sa part, su mettre en avant une prestation alliant rébellion (dans le message proposé) et sensualité sans pour autant tomber dans le piège du « vouloir trop en faire ». A ce titre, le jeu de scène de Lucia est impressionnant car elle parvient avec son magnétisme à subjuguer l’audience par ses danses érotiques, allant même jusqu’au contact charnel de certains membres du premier rang (il faut lui dire qu’elle arrête car ça nous fait des choses ! C’est ce qu’elle veut ? Ah ben mince alors…) et, surtout, par une voix se situant tantôt dans un registre crié, tantôt calme voire trip-hop.

Lucia Cifarelli donne des bouffées de chaleur aux premiers rangs.

On le sentait déjà dans le discours de Sascha, KMFDM est une grande famille, un collectif, qui pense avant tout musique. Cela se ressent totalement sur scène où la cohésion est totale. Le batteur Andy Selway martèle ses fûts avec une énergie considérable, le rythme effréné de la boîte à rythme sur album ne laissant pas la place à la finesse mais bien plutôt à l’endurance. Côté guitares, Jules et Steve sont tous deux appliqués et concentrés. Notons également, au cours du set, l’apparition sur les planches de William Wilson (Legion Within) qui, avec ses yeux plein de folie, a un côté psychopathe presque dérangeant. D’autant plus lorsque, lui aussi, s’abaisse pour venir au contact des premiers rangs.

William Wilson a le regard qui tue.

En tout cas ces différentes personnalités et attitudes ne gênent en rien la cohésion du groupe évoquée plus haut. Une force collective qui n’a pas été édulcorée par un souci technique important puisqu’un ordinateur s’est arrêté au début du deuxième morceau, « Amnesia », que le groupe a dû recommencer. Une coupure d’ordinateur sur un concert d’indus entraînant automatiquement l’arrêt d’une partie de la musique ! Et c’est donc avec un sourire plein de sincérité et de malice que Lucia a expliqué à l’audience que le combo allait refaire le morceau dans son intégralité, et même plutôt deux fois qu’une car « elle-même adorait cette chanson » !

Chez KMFDM, c’est aussi le riff qui tue.

Cette prestation franchement réussie de KMFDM fut avant tout l’occasion de passer en revue la carrière de ce groupe militant qui, depuis sa création en 1984, a une flopée de tubes à proposer. Comment ne pas se battre avec ses propres cervicales sur des titres aussi percutants que « Bait & Switch », « Tohuvabohu », « Looking For Strange », « Hau Ruck » mais surtout ce tube imparable qu’est « A Drug Against War » où la foule a vraiment commencé à bouger ? Impossible ! Mais ne passons pas outre les « Rebels In Control » ou « Krank » tirés de WTF ?!, la dernière pépite du combo allemand.

Sans écrans géants et avec un jeu de lumières quasiment absent – sans vouloir faire de jeux de mots, le gros point noir de la prestation – KMFDM est donc parvenu à conquérir l’audience sans artifices mais seulement avec son charisme, ses tubes et la variété de sa prestation scénique. Toutefois, il est certain que le groupe aurait gagné à proposer encore plus d’éléments visuels et de lumière pour embellir son show. Mais nous chipotons sans doute car, avec ou sans éléments du décor, KMFDM aura proposé un concert dont la note se trouve entre 16 et 20.

Qui s’y frotte s’y pique !

Live report Army Of The Universe et photos : Spaceman
Live reports Tamtrum et KMFDM : Doc



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