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Chronique   

Korn – Requiem


Frappé de plein fouet par la pandémie, comme beaucoup de groupes, Korn a dû s’arrêter net. Il s’est retrouvé pour la première fois à ne pas avoir d’obligations scéniques pendant toute une année. Tragique lorsqu’on aurait pu profiter des compositions de The Nothing (2019) en live, l’un des meilleurs opus de Korn depuis un certain temps. Pas d’obligation studio non plus : le groupe n’était plus sous contrat avec une maison de disques. Les vétérans de Bakersfield étaient libres comme l’air. Ce qui fait de Requiem un album unique dans la discographie du groupe : le premier à être réalisé sans pression liée à l’emploi du temps ; sans pression, même, de faire quoi que ce soit. Requiem est la respiration de Korn dans une carrière qui ne le permet plus.

La quatorzième réalisation de Korn s’est présentée via le premier single « Start The Healing », qui a bénéficié d’un clip vidéo réalisé par Tim Saccenti (Flying Lotus, Depeche Mode) assisté de l’artiste Anthony Ciannamea. Korn présente une esthétique néo-sci-fi qui met à l’honneur les tensions entre l’industriel et l’organique. Un parallèle évident avec la musique proposée qui oscille entre un riffing à l’aridité propre à l’indus et l’interprétation fluide de Jonathan Davis. Un choix de single ô combien pertinent tant il présente Korn sous ses meilleurs aspects : une lourdeur dans le groove impitoyable et cette capacité à en sortir pour accrocher l’oreille via un refrain mémorable. « Start The Healing » semble indiquer que Korn a su profiter d’un répit forcé. Le riffing syncopé de « Forgotten » qui ouvre l’opus n’a rien d’inédit, il nous met face au son ample et massif d’une production largement analogique et remplit parfaitement sa fonction qui est de nous faire côtoyer d’emblée l’arsenal de Korn. Des variations multiples des mêmes grooves sous-accordés, des arrangements mélodiques qui oscillent toujours entre le lumineux et le malsain et la versatilité d’un frontman qui mêle fragilité et brutalité d’une manière unique. À noter que si Reginald « Fieldy » Arvizu a dû se retirer du groupe pour une durée indéterminée – le temps qu’il faudra pour régler ses problèmes personnels –, ce sont ses lignes de basse qui sont utilisées sur l’album. « Let The Dark Do The Rest » explore davantage les affects de Korn pour les élans mélodiques en revenant à un registre typique de la fin des années 90 et du début des années 2000, avec ces accords de guitare labellisés « nu-metal MTV ». Korn se permet d’ailleurs quelques plages plus contemplatives et délaisse un temps ses études rythmiques caractéristiques.

C’est justement cette dynamique entre des mélodies au développement long et la sévérité de certaines structures qui permet à Requiem de se distinguer. Rien que Korn n’a déjà démontré auparavant. Simplement une exécution chirurgicale et une inspiration presque omniprésente. « Lost In The Grandeur » est l’exemple de la complexité de la cosmogonie Korn : la beauté et la laideur ne sont jamais catégoriques. Peu importe la méthode utilisée, Korn parvient toujours à atteindre une sorte de mélancolie, à l’instar des arrangements dissonants de « Disconnect » qui laissent place à un refrain presque langoureux hérité du grunge sombre d’Alice In Chains. « Hopeless And Beaten » accentue cet aspect, quitte à s’aventurer dans les clichés pour la première fois de l’album. Reste que Korn a eu le nez creux en choisissant de ne conserver que neuf morceaux sur l’opus, le plus court de sa discographie avec « seulement » trente-deux minutes de musique et un seul titre dépassant tout juste les quatre minutes. Les effets néfastes de sa formule systématique se ressentent moins, c’est l’addiction des refrains qui reste au terme de l’écoute, à l’image d’un « Penance To Sorrow » ou du mauvais augure « Worst Is On Its Way » qui met à l’honneur le chant scat propre à Jonathan Davis.

Requiem se parcourt d’une traite et livre littéralement tout ce qui caractérise Korn aujourd’hui, lorgnant un Untouchables (2002) pour l’équilibre de ses composantes, entre lourdeur et travail mélodique. Certes la retenue concernant les élans expérimentaux pourra décevoir ceux qui apprécient davantage le Korn alchimiste, quitte à parfois mélanger les fioles de manière maladroite. Quoi qu’il en soit, la répétition des motifs et des structures de Requiem ne constitue pas un défaut. Elle devient même une nécessité tant elle répond à un besoin impérieux de ne vouloir que ça. Requiem marque le retour d’un Korn à l’ancienne qui, paradoxalement, a réussi cette fois à conserver une forme de fraicheur et a gagné en subtilité. Un rappel que la gloire et le succès ne sont pas uniquement des constructions marketing.

La chanson « Forgotten » en écoute :

Clip vidéo de la chanson « Start The Healing » :

Album Requiem, sortie le 4 février 2022 via Loma Vista Recordings. Disponible à l’achat ici



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