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Chronique   

Korn – The Nothing


2019 voit les mastodontes américains s’activer. Après Slipknot, Korn s’est aussi attelé à proposer de la nouvelle musique. Korn aujourd’hui aurait presque le syndrome du « tout le monde reconnaît la carrière mais personne ne l’écoute ». Si on met de côté le second degré douteux, il faut reconnaître que lorsque Korn a cherché à innover via les idées de Jonathan Davis (qui a assouvi sa soif de créativité avec son projet solo), il n’a pas remporté tous les suffrages. Paradoxalement, lorsque Korn a cherché de nouveau à puiser dans ce qui a fait ses beaux jours, il n’a pas non plus provoqué un entrain considérable. À moins d’être profondément attaché à Korn, The Nothing ne bénéficie plus de la même impatience autour de sa sortie que certains albums passés, comme si Korn souffrait d’un jugement devenu automatique chez les auditeurs : le terrible « passable », conséquence d’une certaine lassitude et d’une excitation absente que la récente discographie du groupe n’était plus en mesure de fournir, et ce malgré l’effervescence qui a entouré le retour du guitariste Brian « Head » Welch il y a maintenant six ans. Et pourtant…

The Nothing a une signification particulière. Il a presque le statut d’album introspectif, évoquant selon Jonathan Davis l’espace entre la lumière et les ténèbres et leur équilibre constant (d’après le film L’Histoire Sans Fin de Wolfang Petersen sorti en 1984, reprenant le roman de du même nom de Michael Ende (1979) dans lequel le Néant vient s’emparer du monde). Il a surtout une vocation thérapeutique, un processus permettant au frontman de surmonter le décès de sa femme, survenu en août 2018. The Nothing a été récemment présenté par le batteur Ray Luzier comme un album qui devrait « rendre les fans fous », en raison de sa « puissance » et de la performance de Jonathan Davis. Pourtant les ingrédients sont les mêmes pour The Nothing que pour The Serenity Of Suffering (2016) avec le retour du producteur Nick Raskulinecz (Foo Fighters, Deftones, Stone Sour…) aux manettes. De quoi nuancer les propos de Ray car Korn ne dépaysera personne : il y a toujours ce son de guitare massif, les lignes de basse claquantes et un jeu de batterie hybride, entre groove et percussions. Les premières secondes de l’introduction « The End Begins » et sa cornemuse font penser que Jonathan Davis ne s’est pas bridé, toujours bouleversé par les événements. Néanmoins, le quatuor murmure, cornemuse, cris et pleurs volontairement pathétiques fait toujours son effet et a le mérite de rendre l’auditeur rapidement disponible pour le premier riff dissonant de « Cold ». Ce dernier rend hommage à ce qui a construit la renommée de Korn, à savoir un sens du groove hors pair et une ambiance empreinte de malaise. Le growl proposé, particulièrement guttural, est presque inhabituel et contraste efficacement avec un refrain mélodique qui finit rapidement par s’ancrer dans les méninges. Korn est encore capable de ciseler des hits. « Cold » a en outre le mérite de présenter les ingrédients principaux de The Nothing, qui s’articule principalement autour du duo Jonathan Davis-Ray Luzier, proposant une pléthore de rythmiques à l’efficacité redoutable. « You’ll Never Find Me » est un voyage dans le temps : du Korn à l’ancienne et, osons le dire, convaincant. C’est peut-être l’atout principal de The Nothing : même les compositions les plus convenues bénéficient d’un refrain de haute facture, malgré une formule monolithique (« The Darkness Is Revealing » et ses relents de Slipknot). La rythmique pop, légère et entraînante, du refrain d’« Idiosyncracy » en est le plus bel exemple, créant une dynamique insolite avec la lourdeur et le sentiment de souffrance dégagés par le pré-refrain.

Il faut attendre « Finally Free » pour voir Korn altérer très légèrement sa formule, avec des couplets nuancés, dont les arrangements flirtent avec le trip-hop et qui voit Jonathan Davis emprunter un timbre éraillé plus aigu qu’à l’accoutumée, ainsi qu’un pont à l’ambiance étrange (héritage des expérimentations solo du chanteur ?), vite rattrapé par un nouveau passage grave et massif. « Can You Hear Me » arrive à émuler les atmosphères indus sombres développées par Nine Inch Nails que Korn s’approprie facilement. Et si « This Loss », et son chant souvent très rythmique, en clair comme en growl, parvient à se démarquer, c’est surtout grâce à un pont lumineux, tapissé de voix soufflées, et à l’envolée mélodique exaltée à laquelle s’adonne Jonathan Davis. En réalité, c’est surtout lorsqu’il abuse de certaines ficelles que Korn s’essouffle, comme lors de phrasés surjoués de Jonathan Davis, à l’instar de la voix aiguë soi-disant dérangée qu’il emprunte sur « The Ringmaster ». Le titre montre un Korn moins percutant sur ses mélodies et se reposant essentiellement sur sa section rythmique toujours impeccable (encore merci Ray Luzier). Celle-ci est aussi à l’honneur sur « Gravity Of Discomfort » assistée de samples électro. Korn en revient à un rythme de croisière et là est la grande tare de The Nothing : sa redondance sur la durée qui recrée inévitablement un sentiment de lassitude. Les quelques éléments d’audace n’aèrent pas suffisamment la répétition des gimmicks extrêmement familiers du groupe. The Nothing en arrive, sur la fin, à tuer lui-même ce qu’il dégageait d’exaltant en le proposant à outrance. La conclusion de l’opus, « Surrender To Failure », vient néanmoins rappeler avec émotion le contexte puissant qui dirige l’entièreté de l’album : une lutte permanente et vaine pour sauvegarder un être cher.

Il serait injuste de ne pas accorder à The Nothing l’attention qu’il mérite, ne serait-ce que pour sa charge émotionnelle. Oui, il accuse des longueurs, et non, il ne rendra pas les « fans de Korn fous ». Il excelle par endroits, plaît à d’autres et ne souffre réellement que de sa longueur. Peut-être est-ce justement ce manque d’attente qui joue, mais The Nothing laisse finalement l’impression d’un Korn sachant encore se montrer pertinent et convaincant.

Chanson « Can You Hear Me » :

Vidéo visualizer de la nouvelle chanson « Cold » :

Clip vidéo de la chanson « You’ll Never Find Me » :

Album The Nothing, sortie le 13 septembre 2019 via Roadrunner Records. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • Travis Bickle dit :

    Bonjour,

    Votre chronique respire, un peu, la mauvaise foi il me semble. Vous reprochez à Korn de faire du Korn mais êtes emballés lorsque Slipknot fait du Slipknot.
    Certes la structure des morceaux est sensiblement identique d’un album à l’autre, ce qui est également vrai pour Slipknot.

    Difficile pour un groupe de changer de style. Korn l’a déjà fait.

    Au final, The Nothing est bon album qui, comme celui de Slipknot, ne restera pas dans les annales.

    [Reply]

    Spaceman

    Ce n’est pas exactement ce qui est reproché dans la chronique. Tout le second paragraphe explique que ça fonctionne sur une partie du disque :

    « le quatuor murmure, cornemuse, cris et pleurs volontairement pathétiques fait toujours son effet » / « du Korn à l’ancienne et, osons le dire, convaincant », pour ne citer que ça.

    Et comme pour l’album de Slipknot, le chroniqueur loue les prises de risques/petites nouveautés. Et comme pour l’album de Slipknot, le côté « à l’ancienne » a ses limites (« Comme si le riffing assisté de son lit de percussions ne touchait plus, vestige d’une époque révolue » / « la réussite de l’opus est surtout lorsque le groupe sort de sa zone de confort » tiré de la chronique de Slipknot).

    Donc non, ce qui est surtout reproché par l’auteur c’est une redondance sur la longueur dont l’album de Slipknot souffrait peut-être un peu moins, y compris en mettant ces albums en perspective avec leurs prédécesseurs immédiats.

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