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Chronique   

Kreator – Hate Über Alles


Le succès de Gods Of Violence (2017), qui a atteint le haut des charts allemands – une première pour le groupe –, prouvait que Kreator avait conservé tout ce qui faisait son cachet en s’adaptant aux productions contemporaines. Le groupe allemand n’a jamais vraiment levé le pied depuis Endless Pain (1985), jusqu’à devenir l’une des légendes de la scène thrash actuelle. Hate Über Alles n’est autre que leur quinzième effort, le premier avec Frédéric Leclercq (ex-Dragonforce, Sinsaenum) en tant que bassiste. Force est de constater que Kreator n’est plus près de changer. Il s’agit même par moments d’accélérer, comme si la musique s’éprouvait non seulement intellectuellement mais physiquement. Surtout, Hate Über Alles se nourrit d’un contexte contemporain qui favorise une expression enragée. La musique de Kreator fait tout simplement écho à cette communication du XXIe siècle qu’il juge « bruyante et agressive ».

L’introduction cinématographique « Sergio Corbucci Is Dead » faite d’arpèges de guitare acoustique et de chœurs ne doit pas induire en erreur : Kreator lâche très vite les chevaux dès les premières secondes de l’hymne « Hate Über Alles » qui présente ce thrash qui voue un culte à la technicité et à la vélocité. L’album place les guitares au premier plan, suivi du timbre aigu et impérissable de Mille Petrozza. Les refrains fédérateurs servent de balises pour guider l’agressivité de l’auditeur, libre de s’exprimer lors des soli endiablés. La recette Kreator dans ce qu’elle propose de plus efficace en somme. « Killer Of Jesus » n’entend pas vraiment s’en écarter, à tel point que le riffing semble être une suite directe de « Hate Über Alles ». À nouveau, Kreator déroule et ne prend que quelques inspirations lors des refrains pour que tout ne ressemble pas qu’à une déferlante de riffs s’enchaînant sans répit. « Killer Of Jesus » va jusqu’à proposer une sorte de mid-tempo en guise de pont : un nouveau prétexte pour faire scander les spectateurs les plus zélés avant d’en revenir à des démonstrations de lead-guitar à l’odeur de cuir trempé. Le riffing pesant de « Crush The Tyrants » fait presque office de respiration et permet d’amener de la variété dans la dynamique de l’opus. Kreator recherche avant tout à composer un thrash qui reste facile à appréhender et réfute cette connotation technique parfois péjorative. « Crush The Tyrants » a d’ailleurs des airs de NWOBHM qui rappellent que la longévité et le succès de Kreator sont avant tout dus à son songwriting. « Become Immortal » démontre davantage cet héritage du heavy des eighties, Kreator n’hésitant pas à proposer des rythmiques plus « sautillantes » et un pont digne du savoir-faire allemand en matière de power metal à coups de « oooh » en chœur grandiloquent, de quoi dévier du credo de la vitesse à tout prix.

On regretterait presque que la basse n’ait pas plus d’importance dans la production, ce qui aurait permis d’apprécier davantage le travail de Frédéric Leclercq au sein du groupe. Ce dernier avait convaincu le groupe lors de sa première prestation live en 2019 au Santiago Gets Louder. Si sa performance en tant que musicien n’est pas si explicite, son apport est particulièrement décelable sur « Dying Planet » qu’il a coécrit. « Dying Planet » présente un Kreator plus ambitieux, qui multiplie les arrangements chaotiques et évolue au sein d’une structure alambiquée. Le groupe conserve les fondations de son thrash en lorgnant des sonorités death et black via des dissonances. « Dying Planet » devient l’exemple d’un Kreator plus sophistiqué. Hate Über Alles présente d’ailleurs quelques méthodes inédites pour la formation, à l’instar de « Midnight Sun » qui est la première utilisation d’une voix féminine dans la carrière du groupe et qui réussit à ne pas sombrer dans le cliché, en mettant une nouvelle fois en avant les affinités de Petrozza pour les musiques gothiques. Affinité que l’on retrouve dans le refrain de « Conquer And Destroy » et son lead mélodique à la Iron Maiden lorsque celui-ci est repris en chant clair après le solo, ou par touches dans « Pride Comes Before The Fall ». « Strongest Of The Strong » embrasse quant à lui l’aspect le plus « grand public » de Kreator où les arrangements de lead se veulent volontairement racoleurs pour impliquer l’auditeur lors du refrain, avec un fumet de Testament des premières heures.

Hate Über Alles prolonge l’impression que laissait Gods Of Violence. Kreator est l’exemple même d’un groupe à la longévité louable qui a su rester pertinent, malgré – ou grâce à – quelques changements d’orientation musicale ponctuels (Renewal en 1992 ou Endorama en 1999) qui ont, in fine, contribué à enrichir le groupe plus qu’ils ne l’ont dénaturé. Il y a toujours un amour inaliénable pour le thrash athlétique mais qui ne souffre pas d’une approche monolithique. Kreator a saisi l’absurdité de se perdre dans une prestation qui n’aurait de valeur que par son intransigeance. Il redouble d’efforts pour proposer des accroches (« Demonic Future » en est l’exemple parfait) et prouver sa capacité à rassembler. Hate Über Alles conserve ainsi la hargne que le thrash veut transmettre tout en ayant de quoi convaincre le plus grand monde sans le heurter au premier abord.

Clip vidéo de la chanson « Midnight Sun » :

Clip vidéo de la chanson « Strongest Of The Strong » :

Clip vidéo de la chanson « Hate Über Alles » :

Album Hate Über Alles, sortie le 3 juin 2022 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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