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Live Report   

Kreator & Morbid Angel : deux bonnes couches de death entre deux tranches de thrash croustillantes


On a parfois tendance à se plaindre que les meilleurs concerts ne passent jamais par la province. Cependant, l’une des plus grosses tournées européennes de cette fin d’année, pour tout amateur de gros son, n’a pas manqué de marquer de sa puissance les quatre coins de la France.

Prenons un peu la mesure de la chose : l’un des plus grands groupes de thrash allemand, Kreator, associé, en tête d’affiche, à Morbid Angel, l’une des légendes du death floridien. L’un venant défendre sur scène l’un des meilleurs albums de thrash de l’année, l’autre arrivant avec derrière lui l’un des disques les plus controversés, qui a fait couler le plus d’encre l’an passé. Mais aussi, chacun venant accompagné d’un challenger dans sa catégorie musicale. D’un côté, Nile, l’une des valeurs les plus sûres du death parmi les combos apparus ces quinze dernières années. De l’autre, de jeunes loups qui font du thrash à l’ancienne – donc, efficace – Fueled By Fire.

Après s’être enfin échappé des transports en commun lyonnais, on arrive au Transbordeur peu après l’ouverture des portes. Il faut dire qu’on n’a pas l’habitude de se pointer à un concert aussi tôt, à 18h15 tapantes. Mais laissons-nous guider par les décibels, le tout premier groupe de la soirée occupe déjà le devant de la scène, pour le plaisir des plus ponctuels ou des plus curieux.

Artistes : KreatorMorbid AngelNileFueled By Fire
Date : 12 novembre 2012
Salle : Transbordeur
Ville : Villeurbanne

Fueled By Fire est une machine à remonter au bon vieux temps du thrash 80’s, du Kill ‘Em All de Metallica, des premiers Slayer, Accept et j’en passe. Pour le dire autrement : ces jeunes Californiens font du thrash comme on l’aime, comme quand il ressemble à du thrash californien des années 80 en jeans, baskets et cheveux longs. Plus encore, on pourrait pousser jusqu’à dire que FBF a repris une recette qui aurait à peine franchi l’an 1985. On peut encore pousser l’analyse jusqu’à apprécier que le bassiste joue aux doigts et pas au médiator (que saint Cliff Burton veille sur lui). Et pourquoi pas se permettre aussi un parallèle avec certains frontmen de thrash comme Chuck Billy (Testament) et Tom Araya (Slayer) en raison des évidentes origines métisses ou latino-américaines de certains des membres ? Bref, un vrai condensé.

Dès le premier coup d’œil sur la scène, on voit, à l’installation du matériel, obéissant à des impératifs logistiques, se profiler l’escalade de la soirée : la batterie de la première partie à même les planches, celle de Morbid Angel sur une estrade de quelques dizaines de centimètres de haut, et, bien sûr, celle de Kreator sur un promontoire encore plus élevé. Les gars de FBF, eux, tout en bas de l’affiche, ont dû excentrer leur drum-kit puisque celle de Nile était déjà postée au milieu. Autant dire une position marginale en plus de subalterne qui ne fait que représenter la place des groupes d’ouverture de concert… On sait d’ailleurs à quel point le public se montre réticent (c’est idiot mais c’est comme ça) à afficher son appréciation des premières parties. C’est « plus cool » de prendre un air sceptique en les jaugeant sans bouger, qu’on aime ou non. Quelques chevelus devant les barrières tenteront bien un p’tit pogo mais à cinq, on se sent vite un peu bête et on s’arrête.

Pourtant, le groupe avait certainement quelques fans, au vu des cris d’appréciation quand on leur balançait les titres des morceaux et ils sont sans doute repartis avec quelques fans de plus. Aujourd’hui, le metalleux est un peu conservateur et aime ce qui a l’odeur du passé. Et ces représentants d’un revival thrash 80’s est fait pour plaire à tous les porteurs de vestes en jean patchées. Comme on est arrivé un peu tard, on n’aura vu que la moitié de leur set. Deux derniers morceaux et puis s’en vont, pas forcément les meilleures chansons qu’ils ont pu nous balancer mais ils ont tout le temps de nous en pondre d’autres plus tard pour boucler leur setlist : « Eye Of The Demon » et « Thrash Is Back ». Tout un programme encore ici. Ils retournent tout de même en coulisses avec leur lot d’applaudissement sincères et amplement mérités.

Karl Sanders, seigneur du Nile

On l’a dit dès le premier paragraphe : cette tournée était quasiment incontournable en cette fin d’année. Preuve en est : à l’entracte, pendant qu’on range sur scène le matos du premier groupe, on se retourne et qui voit-on en particulier dans le public ? Des membres de Benighted (bon, OK, ils sont un peu à la maison ici) et Franky Costanza de Dagoba qui, même si on le soupçonne d’être aussi un peu là pour affaires, est donc monté de Marseille pour voir ce concert.

On n’attend plus que l’arrivée de Nile. Avec son death si particulier, aux thématiques puisant dans la mythologie égyptienne voire orientale, ceux qui vont les découvrir en live ce soir doivent se demander s’ils vont charrier avec eux quelque odeur de catacombes. Quand le quatuor mené par le guitariste Karl Sanders débarque sur scène, les décibels aussi et jamais tout au long de cette soirée on n’aura eu plus besoin de protections auditives tant le groupe venait de franchir plusieurs paliers d’un coup en matière de volume. Ouais, c’est du metal, on joue fort, mais là, le groupe est desservi par cette stratégie. La richesse de ses compositions est couverte par un vrombissement permanent et c’est quasiment au rythme des coups de cymbales qu’on tente de suivre la progression des morceaux. De plus, Nile sera la seule formation de la soirée à subir au moins un coup de larsen à chaque morceau.

Mais cela ne nuit pas en soi à la prestation des musiciens. D’entrée, le blond Chris Lollis à la basse démarre en hélicoptère, porté par sa longue chevelure (ça ne durera tout de même pas tout le long du set et il n’y aura finalement plus grand chose à regarder de ce côté de la scène). Le plus intéressant a regardé fut sans nul doute Karl Sanders, un sourire constamment affiché sur sa bonne bouille, avec ses micro-poses de guitar-hero, son instrument calé entre ses cuisses, et qui font de lui le membre à l’air le plus sympathique de cette bande. On imagine parfaitement cet individu jovial, « dans la vraie vie », comme ce collègue de bureau rondouillard qui fait marrer tout le monde à la machine à café avec des blagues salaces. Du côté de George Kollias, les batteurs n’ayant pas choisi ce soir de se faire spécialement remarquer (ouf, aucun de ces traditionnels solos inutiles neuf fois sur dix !), si ce n’est par leur jeu impeccable à tous, il est peut-être le plus démonstratif. Entendez : quelques petits croisés-décroisés pour mettre un peu de sel et c’est tout.

Dallas, prochainement dans « La Momie 2, le retour »

Quant à l’ambiance, pour les adorateurs du style égyptomaniaque du groupe, il y a bien le frontman Dallas Toler-Wade qui pourra peut-être vous rappeler l’acteur Arnold Vosloo du film La Momie (1999). Mais ça s’arrête à ça et à l’ânkh porté par Sanders. Pour les effets, on se focalisera surtout sur cet écho très réussi sur les voix à l’annonce des morceaux qui pouvaient nous donner l’impression que les mots venaient du fond d’un tombeau de la Vallée des Rois et aussi sur ces moments noyés dans des lumières rouges, comme si les imprécations hurlées par le groupe parvenaient à ouvrir les portes du royaume d’Osiris.

Finalement, même si de plus féroces headbanging, quelques air-guitaristes bien expansifs et des acclamations à chaque titre de morceaux font leur apparition dans une foule déjà nettement plus dense, la popularité de Nile ne s’avère pas encore à la hauteur de celle des groupes qui vont suivre. Mais on aura au moins eu le plaisir de voir naître vers la fin de leur set le premier vrai mosh-pit bien sérieux de la soirée. Et quoiqu’on soit heureux que Nile soit venu jusqu’à nous, on se dit aussi – un peu comme pour Fueled By Fire – qu’on préférera les voir quand ils seront moins dans l’ombre de telle têtes d’affiche.

Setlist de Nile :

Sacrifice Unto Sebek
Defiling The Gates Of Ishtar
Kafir!
Hittite Dung Incantation
Enduring The Eternal Molestation Of Flame
Sarcophagus
Ithyphallic
The Supreme Humanism Of Megalomania
Black Seeds Of Vengeance

La batterie de Tim Yeung (Morbid Angel) posée sur l’autel de la folie.

Depuis l’an dernier et la sortie de l’album Illud Divinum Insanus, on se demande à chaque fois ce qu’on va trouver en concert face à Morbid Angel. Les « fans » qui y vont, s’y rendent-ils pour acclamer le groupe qu’ils ont toujours connu ou pour lapider celui qu’ils n’ont pas voulu reconnaître ? Il faut dire que, de loin, le batteur Pete Sandoval lui-même a désavoué cette œuvre à laquelle il n’a pas participé et ses « trucs de DJ ».

A priori, ce soir, à Lyon, le public n’est pas tout acquis aux Floridiens, n’étant pas tout en haut de l’affiche. Et pourtant… Trey Azagthtoth apparaît sur le côté de la scène, accrochant sa guitare à son corps d’éternel adolescent et les cris de joie fusent déjà ! Non, Morbid Angel n’a pas perdu de son aura. En tout cas, ça ne se voit pas immédiatement.

David Vincent (Morbid Angel), un sourire à vous bouffer la gueule.

David Vincent peut ainsi apparaître toutes dents dehors, un grand sourire carnassier prêt à nous bouffer la gueule. Et c’est pour ça qu’on cherche à se placer aussi près de la scène, dans les tous premiers rangs : pour que la bonne gueule de David Vincent nous saute à la tronche et que son regard nous transperce le crâne. Car c’est peu dire qu’il a une bonne tête vu à une telle distance : avec ses rouflaquettes, ses cheveux noir corbeau tirés en arrière, sa combinaison de cuir… Il n’y a vraiment que les clous et les lignes agressives de sa basse qui ne permettent pas de l’imaginer dans la peau d’un rockeur échappé des années 50…

C’est donc en première ligne qu’on a fait le choix de se prendre le démarrage de ce concert en pleine poire mais, avouons-le de suite, on n’y est pas resté longtemps. En à peine deux titres, le mosh-pit était déjà habité par une fureur encore jamais vue ce soir. C’est sûr, c’est vraiment maintenant que ça devient sérieux. On se retrouve ainsi propulsé, irrémédiablement, par le mouvement de la foule jusqu’à une zone plus excentrée pour le reste du show.

Un Destructhor (Morbid Angel) des plus effacés.

Morbid, depuis un peu plus d’un an, en fait, depuis le début de la promo de son dernier opus, démarre tous ses shows par un titre qui ne pourrait mieux indiquer qu’il reste toujours fidèle à ces racines les plus profondes : « Immortal Rites », premier titre du tout premier album, Altars Of Madness. Et il continue dans cette démarche généalogique : « Fall From Grace » de l’album B, puis « Rapture » et « Pain Divine » qui nous viennent tout deux du disque C… Enfin un nouveau virage vers la lettre A avec « Maze Of Torment ». Bref, une playlist zéro prise de risque pour le moment.

Et le feu prend bien, les slams ne cessent jamais. Vincent a aussi un don pour galvaniser la foule, en quelques gestes ou regards. Un regard qu’il porte jusqu’au fond de la salle, comme pour dire : « Je joue pour tout le monde ce soir, même pour toi, là-bas, au dernier rang ». Ce n’est pas juste un spectateur à la fois qu’il regarde ainsi dans les yeux mais tout le public. Le frontman incite aussi la horde de fans de death à chanter et celle-ci, spontanément, entre chaque morceau crie « Morbid ! Morbid ! ». Pas compliqué de savoir d’où vient la chanson du même nom sur le dernier album du groupe ; pas d’une sorte d’acte d’auto-glorification, simplement une reprise de l’hymne scandé par ses fans. Alors pourquoi ceux-ci n’acceptent pas mieux ces titres issus d’Illud Divinum ?

Missile « Death Metal » paré au lancement

Arrive le moment où il faut défendre un peu son dernier bébé et, là, comme on s’y attendait un peu, la température redescend. Elle ne chute pas vertigineusement mais c’est sensible : soit le public n’a pas encore intégré les titres les plus récents du combo, soit il boude carrément tout ce qui pourrait venir de ce disque « pas assez death ». Et pourtant, ce sont loin d’être les morceaux les plus polémiques qui nous viennent. A commencer par « Existo Vulgoré », premier morceau dévoilé avant la sortie d’Illud : il avait reçu à l’époque un excellent accueil de la plupart des fans et maintenant, on se fait presque regarder de travers à l’apprécier et à hurler les paroles en concert.

« Nevermore » suivra mais son effet restera le même que le précédent. Ça ne plombera pas la soirée mais il y a comme un instant de flottement dans le public. En tout cas, ce sera tout ce que le groupe jouera de son dernier album. Pas question de pousser l’audience à se prendre dans la tête des morceaux comme « Radikult » ou « Destructos Vs. The Earth » – toujours cette playlist zéro (ou presque) prise de risque – même si on crève d’envie de voir l’impact que ça pourrait avoir en live. « Manque de cojones » me dit mon collègue Spaceman. « Quand tu as l’audace de faire un album comme celui-là, et avec le discours revendicateur qui l’accompagnait, tu dois l’assumer jusqu’au bout ». J’entends l’argument mais faut-il aborder le live de la même manière que la réalisation studio ? Sur disque, là où on grave sa création, l’acte peut être égoïste car le véritable artiste ne doit pas exprimer autre chose que ce qui le concerne profondément. « Je » s’exprime. Et tant pis si le public ne veut pas l’entendre. En live, la démarche n’est pas la même : elle est moins artistique que dialectique. C’est un échange, un dialogue et il faut être à l’écoute de son interlocuteur. Le public paie pour Morbid Angel et il veut tout Morbid Angel, ou au moins le plus gros morceau, celui qu’il connaît depuis plus de vingt ans. Néanmoins, il est vrai aussi que Vincent avait dit à propos d’IDI : « Un jour, ils comprendront » ; mais pour cela, il faudrait commencer la leçon. C’est à ça que sert aussi la dialectique.

Avec Azagthoth, le death devient érotique.

Enfin, disons que ce n’était qu’un intermède. Le spectacle continue d’une manière qui fera forcément l’unanimité : avec encore deux titres d’Altars et surtout le très attendu « Chapel Of Ghouls ». Ze titre incontournable de toutes les setlists de Morbid. Et c’est là qu’on est le plus gâté, surtout par Trey Azagthoth. Même si ce dernier est d’une discrétion absolue et constamment caché derrière ses cheveux, à part pour l’ultra-charismatique David Vincent, on n’a d’yeux que pour ce guitariste. La comparaison paraîtra probablement audacieuse pour certains mais le parallèle se fera tout particulièrement sentir sur le solo d’Azagthoth au milieu de la « Chapel » : il est tel un Jimmy Page du death. Et sur ce « tube » du groupe, il est comme Zoso faisant littéralement jouir sous ses doigts sa guitare pendant « Whole Lotta Love ». Sauf que, death metal oblige, la façon de faire hurler de plaisir son instrument est ici plus morbide et s’apparenterait plus à de la strangulation érotique. Pendant ce passage, Azagthoth est seul avec le public (les autres membres lui laissent toute la place), un public qui se prend la tête à deux mains, stupéfié par ce qu’il arrive à faire sortir de cette manière de son Astro-X. Fin de l’orgasme. La foule l’acclame. La suite du concert ne peut qu’être parfaite.

Vous pouvez voir grâce à la setlist ci-dessous que la suite du concert des Floridiens sera toujours aussi zéro prise de risque qu’au début mais 100% efficace, à même de déclencher encore gros mosh-pits qui s’étendront parfois du centre-gauche au bord droit de la salle et slams en série. On continue d’explorer la disco du groupe – groupe qui a d’ailleurs assez de classe (contrairement à d’autres qu’on ne citera pas) pour jouer au moins un titre qui n’avait pas, à l’origine, été enregistré par David Vincent : « Bil Ur Sag ». Classe aussi en dédiant « God Of Emptiness » à nos régionaux Benighted, présents ce soir, avec qui le groupe partage de très bons souvenirs de tournée. Enfin, ils nous achèvent avec « World Of Shit ». Ça sent la sueur. On vient de se prendre de plein fouet un concert de tête d’affiche. La soirée se serait arrêtée là, on en aurait eu largement pour le prix de notre billet et on se serait demandé comment, de toute manière, offrir une meilleure conclusion à cette soirée.

Setlist de Morbid Angel :

Immortal Rites
Fall From Grace
Rapture
Pain Divine
Maze Of Torment
Existo Vulgoré
Nevermore
Lord Of All Fevers And Plague
Chapel of Ghouls
Dawn Of The Angry
Where The Slime Live
Bil Ur Sag
God Of Emptiness
World Of Shit (The Promised Land)

Il a pas d’la gueule mon décor 3D ?

Eh bien, justement, cette conclusion aurait été bien trop hâtive ! On pouvait déjà le deviner rien qu’au nombre de T-shirts à l’effigie du groupe et aux réactions des plus bruyantes dans le public à chaque évocation de son nom par les formations passées avant lui : les ambassadeurs du thrash allemand monteront sur le pont dans un Transbo conquis d’avance. Le thrash étant par ailleurs le genre metallique le plus populaire et s’étant le mieux conservé au cours de ces trois dernières décennies, ados et cheveux gris se côtoient en rangs serrés dans une foule particulièremet large et épaisse.

En amont de cette tournée, Kreator nous avait anoncé un « spectacle 3D ». Autrement dit : il y en aura derrière, sur les côtés et devant. Et déjà devant nous, pendant l’entracte, on dresse un rideau blanc et des oriflammes sur chaque côté de la scène représentant des portions de l’artwork du dernier album.

L’effet rideau qui cache le groupe avant la déflagration sonore, on connaît. Ca procure sa petite dose de sensations et ça devrait surtout blasté les neurones de ceux qui viennent se faire déflorer les oreilles en live. De plus, le vidéo-projecteur installé dans les gradins ne laisse guère de place au mystère. Mais laissons-nous prendre comme le reste de l’audience quand les lumières s’effacent, en même temps que le « Personal Jesus » façon Johnny Cash est accueilli par les clameurs et que les applaudissements éclatent. Le spectacle commence avec Kreator qui nous ouvre sa boîte à souvenirs. On se sent comme en famille, assis autour du vieil album photos, à regarder, projetée sur la toile géante, l’histoire en images de la formation d’outre-Rhin. Des images de concerts, des vieilles photos promo, quelques tranches de vie… Mais surtout des albums. Chaque pochette est accueillie avec des cris de joie qui résonne comme de bons vieux souvenirs : depuis ceux qui ont découvert Kreator avec Pleasure To Kill, suivis par les générations successives qui ont pris leur baffe sur Extreme Agression, Coma Of Souls, Violent Revolution ou Hordes Of Chaos.

Kreator : quelques lumières superbes mais qui ne servent pas le groupe.

« Mars Mantra » berce maintenant le public. Le rideau va pouvoir tomber. Et bien sûr, il ne manque pas d’atterrir sur le micro… L’incident aurait pu être plus bête, plus cocasse, gachant l’entrée en scène. Mais c’est vite oublié. D’entrée de jeu, Kreator attaque fort. Et, a contrario de Morbid Angel, le groupe peut envoyer directement dans la face de ses fans des extraits de son dernier album avec « Phantom Antichrist » et « From Flood Into Fire », l’effet est sans appel : c’est du thrash grande cuvée et les paroles sont déjà sur les lèvres de tout ceux qui s’agitent déjà comme les hordes du chaos qu’ils sont.

On peut aussi, enfin, admirer ce décor 3D. Plus inhabituel que réellement impressionnant, ce n’est finalement qu’un backdrop géant aux couleurs de leur nouvel album : on en a à gauche, à droite, derrière, sur le grand promontoir, sur les marches d’escaliers. Le plus remarquable sont ces figures en relief avec des LED à la place des yeux. Ce décor bénéficiera quand même de très bons éclairaiges comme des faisceaux tournoyant sur la grande figure centrale de l’artwork qui lui insufflent une vie supplémentaire. Par contre, ces lumières ne sont pas vraiment là pour servir les musiciens. Eclairés en permanence dans le dos, on a droit à un spectacle d’ombres chinoises. Seuls les gens au tout premier rang ont dû voir leurs visages. Et si on exagérait un peu, on pourrait dire que le groupe aurait pu faire son show sans jouer, avec des bandes en playback, on ne s’en serait pas aperçu. Mais c’est juste pour vous faire comprendre que si on était venu voir le groupe, on ne l’aura pas beaucoup vu.

Par conséquent, on se rend compte très vite que le spectacle est ailleurs. Comme on peut dire de tel homme que ce qu’on préfère chez lui, c’est sa femme, ce qu’on préfère chez Kreator, c’est son public. Public de Kreator, tu as été l’une de mes plus grandes claques de cette soirée. Dès le départ, et plus encore à partir de « Enemy Of God », tu m’as filé une banane de compèt’ et tu m’as fait rire de joie à te voir aussi heureux. J’avais trouvé le public excité sur Morbid Angel mais le voilà dopé au pot germain. Un mosh-pit immense qui occupait bien la moitié de la salle, au sol. Que Mille Petrozza commande un circle-pit ou un brave-heart, il l’obtient.

Mais il est peut-être dommage, sur ce dernier point, que les commandes du leader de la bande manque un peu de fraîcheur. Ainsi quand, avant « Violent Agression », il nous explique que chaque fois qu’il vient en France, il sent toujours cette « agressivité », comme s’il s’agissait de sa spécialité locale préférée, on se demande un peu de quoi il parle exactement et ça sent un peu le plat réchauffé dans toutes les contrées où il peut balancer avec cette punch-line. De même quand il réclame le plus gros moshpit jamais vu qui s’étendrait des derniers aux premiers rangs avant « Coma Of Souls » et « Ein,zwei, drei, vier, c’est parti »… Ca ressemble un peu à la même réplique qu’on entend sur le DVD bonus live qui allait avec Phantom Antichrist.

Mille Petrozza (Kreator) : « Vous pouvez me voir ?! »

Mais ce ne sont encore que des détails qui peuvent mettre la puce à l’oreille du gars qui vient faire son live report derrière mais dont le public, enragé, l’esprit ailleurs ne doit avoir cure. Il a du metal de première qualité pour se défouler, parfaitement exécuté, qualité allemande. Mais on le sent un peu fatigué aussi, le public, à la longue. Ceux qui sont arrivés à l’ouverture des portes, soit à 18h, ont, par conséquent, sauté un repas, et un sandwich (peut-être) et des bières ne sont pas les meilleurs pourvoyeurs de vos besoins énergétiques. Et à force de pogoter, slammer, courir, une petite mollesse envahit la fosse, les jambes ne suivent plus. Ce n’est plus en restant au rez-de-chaussé qu’on apprécie le mieux le spectacle des fans encore en mouvement. On prend un peu de hauteur dans les gradins pour profiter de ses derniers sursauts de vitalité… Eh, oui, le diamètre des circle-pits est bien moindre. Pendant les rappels, Mille Petrozza aura un peu plus de mal à déchainer les foules sous le drapeau de « Flag of Hate » mais pour la fin, le dernier morceau, « Tormentor », les Hordes du Chaos vont se soulever une dernière fois et donner tout ce qu’elles ont dans le ventre et dans les pattes.

Merci Kreator pour ton public. Merci public : dans ta sauvagerie, tu te montres le plus simple, sous ton meilleur jour et tu repars heureux. Épuisé, vidé, mais heureux car tu étais venu pour ça et tu l’as eu.

Setlist de Kreator (source setlist.fm) :

Personal Jesus
Mars Mantra
Phantom Antichrist
From Flood Into Fire
Enemy Of God
Phobia
Hordes Of Chaos
Civilization Collapse
Voices Of The Dead
Extreme Aggression
People Of The Lie
Death To The World
Coma of Souls / Endless Pain
Pleasure To Kill

Rappels :

The Patriarch
Violent Revolution
United In Hate
Betrayer
Flag of Hate
Tormentor
Until Our Paths Cross Again

Photos : Nicolas « Spaceman » Gricourt

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Galerie photos de Kreator
Galerie photos de Morbid Angel
Galerie photos de Nile



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