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Interview   

Kvelertak : les accords de la discorde


Kvelertak est certainement l’un des groupes de rock les plus singuliers de son époque, proposant un méli-mélo improbable de styles musicaux que pourtant les Norvégiens marient à la perfection. Kvelertak a l’énergie du punk, le sens mélodique du classic rock, la noirceur du black metal, la hargne du thrash et la sophistication du prog, en étant à la fois fun et très sérieux. Si de prime abord on aurait tendance à comprendre le titre du nouvel album, Splid, ou « discorde » en français, dans un contexte politico-social et à l’échelle du monde, on comprend vite qu’il résume à lui seul ce qu’est Kvelertak, soit un groupe dominé par les tensions. Musicales, d’abord. Humaines, ensuite, comme s’en amuse Ivar Nikolaisen, le nouveau chanteur du groupe, en nous décrivant sa découverte d’un groupe où tout le monde se crie dessus. Mais toutes les tensions ne sont pas forcément négatives, comme le démontrent l’esprit de camaraderie et la créativité qui règnent au sein de Kvelertak.

Splid, c’est aussi et surtout un nouveau chapitre qui s’ouvre pour Kvelertak : nouveau chanteur donc, nouveau batteur, nouveau label… Et force est de constater que, si on avait pu craindre le départ du frontman Erlend Hjelvik, le sextet en ressort finalement plus fort, ouvrant ses perspectives techniques et artistiques. Pour marquer le coup, nous nous sommes longuement entretenus avec Ivar Nikolaisen et le guitariste Vidar Landa. L’occasion pour le premier de faire les présentations et pour le second de revenir, par exemple, sur l’expérience de tournée avec Metallica lors du cycle précédent, parmi tant d’autres sujets abordés.

« Tous les six mois tout le monde veut quitter le groupe [rires], mais nous ne le quittons jamais. La dernière semaine de chaque tournée, tout le monde veut arrêter, parce que nous voulons juste rentrer chez nous ! [Rires] »

Kvelertak revient avec Splid, votre premier album avec le nouveau chanteur Ivar Nikolaisen. Dans son message d’annonce de son départ, votre précédent chanteur, Erlend Hjelvik, a dit qu’à mesure « que vous vous êtes développés personnellement et professionnellement, [vos] objectifs, besoins et motivations individuels ont changé, [vous] menant dans des directions différentes ». Peux-tu expliquer ce qu’il voulait dire ?

Vidar Landa (guitare) : Je ne sais pas ce qu’il voulait dire ! Je pense que c’est principalement lié à nos ambitions et au temps que nous passons dans le groupe. Ça fait longtemps que nous faisons ça et nous changeons au fil des années. Donc j’imagine que c’est plutôt lié à ça, car il n’y a pas tellement eu de changements musicaux, à ce que je sache. Donc peut-être que c’est plus une question de direction personnelle. Je crois simplement que ses priorités ont changé et qu’il voulait faire d’autres choses. Ça ne pose absolument aucun problème. C’est son choix. En fait, il a pris sa décision de quitter le groupe début 2018, pendant que nous étions encore en tournée, mais il avait du mal à se décider, donc nous n’étions pas certains. Mais tu sais, c’est comme nous tous : tous les six mois tout le monde veut quitter le groupe [rires], mais nous ne le quittons jamais. La dernière semaine de chaque tournée, tout le monde veut arrêter, parce que nous voulons juste rentrer chez nous ! [Rires] C’est comme ça : nous travaillons et passons beaucoup de temps là-dessus, c’est intense parfois. C’est comme ça d’être dans un groupe, ce sont des montagnes russes. Mais nous avons su avec certitude qu’il quittait le groupe deux ou trois mois avant que nous l’ayons annoncé. Nous avions commencé à travailler sur de nouvelles musiques et nous réfléchissions à un futur sans lui au chant, et avec qui nous devrions continuer et comment nous devrions continuer.

Il a qualifié d’« intense et difficile » le fait de développer le succès d’un groupe. Qu’est-ce que ça implique de faire carrière avec un groupe comme Kvelertak ? Quel genre de compromis ça nécessite de votre part ?

Nous faisons tout en tant que groupe. Nous étions amis avant de fonder le groupe et maintenant c’est notre métier. Nous devons travailler ensemble sur des trucs créatifs et en studio, mais nous devons aussi passer du temps ensemble dans le bus en tournée. Lors des enregistrements, nous vivons souvent ensemble, parce que nous sommes dans le studio. Ça laisse des séquelles. Nous sommes loin de chez nous, nous sommes souvent sur la route, et je suppose que c’est ça le plus gros sacrifice. A la fois, c’est ce que nous adorons avec le groupe. Parfois, c’est une relation d’amour-haine. Nous n’imaginerions pas faire autre chose que ça, mais, en dehors de notre force créative que nous mettons à profit, tout ce qui est pratique, comme le côté social, le fait de vivre ensemble et d’être toujours entouré de gens, c’est presque un art en soi [petits rires].

Le changement de chanteur est intervenu pendant que le groupe était en pleine ascension. N’avez-vous pas eu peur que ça ralentisse ou brise votre élan ?

Non, pas vraiment. Tout d’abord, nous ne pensons jamais en ces termes, et en fait, je ne crois pas que avions l’impression d’avoir atteint un sommet ou quoi que ce soit à ce moment-là. Nous étions juste surexcités à l’idée de travailler sur un nouvel album. Avec la musique et tout, nous trouvions vraiment que nous avions plus à donner, et trouver un chanteur qui avait le même type de passion pour la musique et pour ce que nous faisions était, selon nous, ce dont nous avions besoin. En y repensant, je pense que c’était bien pour le groupe de secouer un peu les choses. Plus que tout, je pense ça nous a aidés et ça a aidé le groupe. Je pense que nous étions rentrés dans une sorte de routine, à suivre les mêmes schémas : enregistrer, partir en tournée, et faire les mêmes choses encore et encore, passant d’un truc que nous faisions pour nous amuser à une carrière. Après quelques années, ça devient ton boulot, et quand quelqu’un part, c’est l’occasion de vraiment réfléchir à ce qu’on veut faire et quelle importance ça a pour nous. Je pense que c’était un signal d’alarme, ça nous a fait réaliser à quel point ce groupe est important pour nous.

Ivar, tu es donc sur le point de sortir ton tout premier album avec Kvelertak. Comment tu te sens par rapport à ça ? As-tu une quelconque appréhension ?

Ivar Nikolaisen (chant) : Ouais… J’ai fait une chanson sur leur premier album – j’ai chanté sur « Blodtørst » sur cet album. Donc je savais ce que j’allais faire. Je savais exactement comment ça allait sonner. Mais malgré tout, évidemment, j’étais un petit peu nerveux à tous les niveaux, parce ce groupe est bien plus gros que ce dont j’ai l’habitude. Je n’ai été que dans des petits groupes. Et là, j’ai l’impression que si ça ne fonctionne pas, c’est de ma faute ! Si on court à la catastrophe, c’est de ma faute ! Personnellement, je m’en fiche un peu, parce que j’ai l’habitude d’avoir un boulot normal. J’ai toujours fait ça. Mais eux, ça fait plus de dix ans qu’ils sont dans ce groupe, et ils ne savent même plus ce que c’est de travailler ! Ils ne savent plus travailler normalement ! Donc si je détruis le groupe, je pense qu’ils me tueront… Mais pas de pression ! Pas le moins du monde ! [Rires] Non, sérieusement, ça fait presque deux ans maintenant que je suis dans le groupe, et jusqu’ici ça s’est vraiment très bien passé.

Comme tu l’as dit, tu n’es pas totalement nouveau dans le monde de Kvelertak. Pouvez-vous nous en dire plus sur à la fois sur ton histoire en tant qu’artiste et sur votre histoire commune ?

Vidar : En fait, il est quelques années plus vieux, et quand j’étais adolescent, il était dans plein de groupes vraiment cool, dont certains qui avaient pas mal de succès en Norvège dans les scènes rock et punk rock. Nous avons même tourné et ouvert pour son groupe quand nous avons commencé…

« Je ne me suis jamais vu comme un chanteur. Je n’ai jamais appris à chanter correctement […]. Je ne me sens pas comme un musicien. J’ai juste une attitude de punk rockeur. »

Ivar : Oui, ça devait être il y a presque dix ans, je jouais dans un groupe qui s’appelait Silver. Nous avons fait cinq concerts avec eux Norvège. Ce n’était pas du tout un gros groupe, mais c’était quand même plus gros que Kvelertak. Puis, l’année suivante, nous nous sommes séparés. C’était peut-être en 2009 ou 2010. Tommy [« Manboy » Akerholdt], le guitariste, a commencé à jouer de la batterie dans Turbonegro, et Peter [Larsson], le bassiste, a commencé à jouer dans un autre groupe qui s’appelait Oslo Ess, et maintenant il est dans Gluecifer. Moi, je me suis retrouvé sans rien, donc j’ai déménagé dans la forêt et j’y suis resté pendant plusieurs années. Ensuite, j’ai commencé à jouer dans un autre groupe, qui s’appelait The Good, The Bad And The Zugly, qui est un groupe de punk rock. Nous avons ouvert pour Kvelertak en 2014, je crois. Je suis toujours dans ce groupe, mais nous ne jouons pas beaucoup. Puis ils m’ont appelé il y a deux ans…

Vidar : Il vivait dans les bois en dehors d’Oslo, mais au fil des années, nous nous croisions dans des festivals, nous avions des amis en commun, si nous étions dans la même ville, il nous rejoignait sur scène, etc. Donc nous entretenions une relation depuis 2008. La première fois qu’Erlend a mentionné qu’il songeait à arrêter, nous nous sommes dit : « D’accord, on n’a qu’à appeler Ivar » [petits rires]. Quand est venu le moment où Erlend a véritablement arrêté le groupe, nous nous sommes dit : « Oh merde ! Et si Ivar n’était pas intéressé ? » Car alors, nous ne savions pas quoi faire [petits rires]. Nous pensions vraiment que le groupe pouvait être meilleur s’il nous rejoignait, mais s’il ne voulait pas, nous ne savions pas trop où chercher un chanteur, un gars qui pouvait crier et apporter un plus. Donc nous étions très contents quand il a accepté d’intégrer le groupe.

Ivar : Je ne sais pas si j’ai tout de suite dit oui, j’étais genre : « Peut-être… » Il a fallu que j’y réfléchisse, parce que la vie change complètement. Il faut voyager. A la base, je n’aime pas trop voyager, mais quand il s’agit de voyager avec un groupe, j’adore ! [Rires] Quand je ne suis pas en train de voyager avec le groupe, je reste toujours chez moi ! Tout d’abord, c’était genre : « Wow ! Ils me veulent dans le groupe ! Même si je décline, c’est bon à entendre ! » Kvelertak est l’un des plus gros groupes de rock en Norvège, et peut-être le meilleur groupe de rock. J’ai toujours trouvé que c’était le meilleur groupe. Ils proposent toujours de super concerts ; ce sont de super musiciens, des mecs sympas. C’était tellement cool qu’ils m’aient demandé.

Vidar, comment décrirais-tu la nouvelle dynamique du groupe et la présence scénique d’Ivar ? Penses-tu qu’il ait apporté une nouvelle vitalité à Kvelertak ?

Vidar : Oui, absolument. Il a une attitude plus punk rock sur scène et aussi dans ses prestations vocales. Il a toujours été moteur, et c’est un frontman très créatif et intelligent. Je trouve qu’en l’ayant dans le groupe, nous revenons peut-être à ce que nous étions au début quand nous commencions. Tout le groupe était un peu plus punk à l’époque, Erlend faisait toujours des slams dans le public. Le reste d’entre nous avons continué à faire ça, à rivaliser avec l’énergie du public, et Ivar est plus en phase avec nous en ce sens. Mais nous avons aussi ressenti le besoin de passer à la vitesse supérieure. Comme je l’ai dit, nous avons tourné et ouvert pour son groupe avant. C’était pas exactement des héros, mais c’était des gens que nous admirions ; nous étions fans d’Ivar. Surtout les concerts et la façon dont il se comportait sur scène, ça nous a beaucoup inspirés pour nos propres concerts, de même que son chant. Donc le fait qu’il nous ait rejoints sur le premier album et qu’il ait fait du chant en tant qu’invité, c’était quelque chose pour nous à l’époque ! Donc quand il a accepté de faire partie du groupe, en voyant toute l’énergie qu’il avait sur scène, il fallait que nous soyons encore meilleurs qu’avant. On a l’impression d’être un nouveau groupe.

Ivar, quel est ton état d’esprit quand tu montes sur scène ?

Ivar : Tout d’abord, il ne faut pas être soi-même. C’est la première chose : je ne suis pas moi-même, ce n’est pas moi. J’essaye d’être quelqu’un que je ne suis pas. Enfin, non, ce n’est pas la vérité. Je pense que j’ai deux personnalités : l’une qui s’exprime sur scène, l’autre hors scène. Quand je suis sur scène, j’ai l’impression qu’il y a un démon… Je ne sais pas… Je ne me dis pas : « Je vais essayer d’être quelque chose que je ne suis pas d’habitude », mais ça vient tout seul.

Vidar : C’est étrange à voir. Ivar a aussi chanté « Blodtørst » en tant qu’invité en live. Nous nous rencontrions lors de festivals, et quand il était là, nous lui demandions toujours : « Ça te dit de chanter avec nous ce soir ? » Et il était toujours là : « Non, je n’ai pas envie ! Je vais tout foirer ! » [Rires] Et puis nous ne le voyions pas de la journée, il restait assis dans son coin, et tout d’un coup, il débarquait sur scène – sans même nous prévenir ! Et quand il montait sur scène, c’était un vrai feu d’artifice, genre : « C’était quoi ce truc ?! »

Ivar : Quand je faisais ça avec vous, j’étais toujours bourré, car j’étais hyper stressé ! [Rires] C’était toujours une catastrophe, je ne savais jamais où chanter et tout. Mais malgré tout, ils disaient : « Oh, putain, c’est fantastique ! Tu as fait du super boulot ! » A chaque fois ! Avec Kvelertak, même si c’est super professionnel, ça a aussi toujours été la fête quand ils jouaient en concert. Ça n’a pas d’importance si tu merdes un peu sur scène, car il faut que ce soit la fête quand on joue.

« Les chansons qui parlent du monde qui part en couille ne se démoderont jamais ! [Rires] »

Au final, comment s’est passé le tout premier concert de ce nouveau Kvelertak ?

Vidar : Je crois que nous avons eu quatre jours pour apprendre toutes les chansons avec Ivar avant d’aller jouer sur un festival durant l’été 2018, mais c’était marrant !

Ivar : J’étais tellement stressé ! Mais quand même tout s’est très bien passé avec ce concert. Enfin, je ne me suis pas souvenu de toutes les paroles et ce genre de chose, mais l’atmosphère durant tout le concert était presque électrique ! Personne ne savait qui allait être le nouveau chanteur, donc les gens étaient excités. Ils avaient acheté des billets pour le festival juste parce qu’ils voulaient voir qui était le chanteur. C’était une toute petite ville et tout le monde en parlait. Personne ne savait qui allait débarquer sur scène ! Ce festival en Norvège, c’est presque chez moi, ce n’est qu’à vingt minutes environ en voiture d’où je viens, donc je connaissais plein de gens là-bas. Certains étaient des amis d’école, et ils étaient là : « C’est quoi ce bordel ?! C’est Ivar, mon ancien voisin ! » [Rires] Je pense qu’ils étaient surpris, mais je pense aussi que plein de gens s’y attendaient. Donc c’était une journée très spéciale pour moi.

Vidar : Cet été-là, nous n’avons joué que des concerts en Norvège et les retours de nos fans et de la presse musicale ici étaient très positifs, tout le monde était très content de voir Ivar de retour sur scène, et nous étions confiants que ça allait bien fonctionner. Puis nous avons un peu tourné et nous passons toujours beaucoup de temps à faire les albums, donc… La seule chose qui était un peu pénible, c’était que nous voulions vraiment sortir de nouvelles musiques pour que les gens puissent entendre à quel point ça sonnait bien avec lui au chant, mais nous y sommes enfin maintenant, ce qui fait vraiment du bien !

Vous avez tourné pendant presque un an ensemble avant d’enregistrer le nouvel album. Pensez-vous que ce temps était nécessaire pour apprendre à mieux vous connaître et pour que toi, Ivar, tu puisses pleinement rentrer dans l’état d’esprit de Kvelertak avant d’aller en studio ?

Ivar : Oui. Je suis content que nous ayons pris un peu de temps avant de nous mettre sur l’album, mais ce n’était pas planifié. D’abord, nous voulions enregistrer en avril ; c’était ce qui était prévu. Mais avec Kvelertak, tout prend plus de temps que prévu. Nous avions vraiment besoin de ces six mois supplémentaires. Puis, durant tout un été, nous avons joué dans environ vingt-cinq festivals, et je pense que ça nous a rapprochés.

Vidar : Il y avait aussi plein de choses qui étaient calées. Surtout la tournée avec Mastodon qui est venue assez vite, et nous voulions vraiment la faire. Nous trouvions que c’était aussi une bonne façon de présenter Ivar à notre public. Donc oui, au final, je pense que c’était une bonne chose que nous ayons pu tourner avant d’aller en studio, mais pendant tout ce temps, en parallèle, nous travaillions en répétition sur de nouvelles chanson, comme nous le faisons toujours. Surtout, maintenant que nous partons en tournée en tête d’affiche, chose que nous n’avons pas faite depuis un moment, c’est bien d’avoir ces concerts dans les jambes et qu’Ivar se sente à l’aise dans son rôle sur scène.

Le changement de chanteur est survenu en plein processus d’écriture du nouvel album. Pensez-vous que ça a impacté la composition ?

Non, pas vraiment. Enfin, Erlend n’était pas tellement présent en salle de répétition avant la fin du processus, quand la plupart des choses étaient terminées et que nous mettions les cris par-dessus les riffs. Nous n’avons pas vraiment commencé cet album avant qu’Ivar soit intégré. Nous avions quelques chansons et idées, mais… C’est différent dans le sens où peut-être qu’Ivar est plus impliqué. Il vit à Oslo ou pas très loin, donc il est toujours aux répétitions, et il est impatient de faire les choses et de s’impliquer. C’est bien pour nous, d’avoir ce mec en plus qui nous motive aussi avec de nouvelles idées et contribue un peu à la direction musicale. Je pense que ça s’entend dans son chant : il apporte une dimension supplémentaire aux chansons, même s’il est clair qu’on entend que les riffs et les mélodies sont typiquement du Kvelertal. Par ailleurs, du fait du genre d’album que nous voulions faire, nous avons été très ouverts pour voir où la musique nous emmènerait cette fois. Notre énergie était peut-être plus proche de celle que nous avons connue sur notre premier album. Nous voulions que les musques soient accrocheuses, avec plein de choses qui se passent dans les chansons, sans trop avoir peur de balancer des idées bizarres pour que ça soit plus intéressant, à la fois pour nous et pour l’auditeur. Je pense qu’Ivar a contribué à retrouver cette énergie juvénile.

Ivar : Ça fait seulement deux ans que je suis dans le groupe, et étant nouveau, je veux me sentir intégré. Si je ne m’impliquais pas dans le processus de composition et tout, j’aurais l’impression de ne pas être complètement dans le groupe. Evidemment, je serais sûrement éternellement le nouveau chanteur, mais quand même, je veux prendre part aux choses. Et aussi, j’ai beaucoup de temps libre ! Nous répétions tous les jours, toutes les deux semaines, cinq jours d’affilée. Pourquoi je ne viendrais pas ? Je ne fais pas ça juste pour m’amuser. Il faut que je soutienne ce que je fais, que ce soit la musique ou tout le reste.

Une chose que l’on remarque tout de suite à l’écoute de l’album, c’est que non seulement Ivar s’intègre parfaitement, mais aussi à quel point il est polyvalent par rapport à Erlend. Il y a pas mal de chant en voix claire, par exemple. Penses-tu que ses capacités vocales ont ouvert de nouvelles possibilités pour Kvelertak ?

Vidar : Oui ! C’était l’un des trucs les plus amusants. Je peux souvent entendre les mélodies vocales très tôt durant la composition et c’est quelque chose qu’on peut… Tu sais, certaines chansons ne sont que des riffs, comme les chansons typiques de Kvelertak, mais il y a des chansons dans cet album que nous n’aurions pas pu faire sur un album avec Erlend, car il ne pouvait pas tellement faire plus que des cris, alors qu’Ivar est capable de mettre plus de mélodie dans son chant. Donc je suppose que c’est un plus qui nous a ouvert de nouvelles voies, en particulier sur deux ou trois chansons. Enfin, tout le chant clair ne vient pas de lui, il y a beaucoup de chacun de nous sur certains morceaux aussi. Mais nous l’avons aussi poussé à faire des choses qu’il n’avait jamais vraiment faites avant. Il est vraiment ouvert à tout. Il est comme nous : tant que ça sonne bien et que ça convient à la chanson, il est ouvert à plein de choses. Je pense qu’il faut l’être pour faire partie de ce groupe [petits rires].

« En Norvège, on est en train d’abattre des forêts pour installer des éoliennes, ce qui est supposé être plus écolo, mais à la fois, ça détruit la vie sauvage, les oiseaux et tout. Tant que les gens voudront plus d’énergie, ce sera dur d’avoir une planète Terre durable. Microsoft, les ordinateurs, les services de streaming, les bitcoins, etc. consomment beaucoup d’énergie et on n’en parle pas tellement. »

Ivar : Je ne me suis jamais vu comme un chanteur. Je n’ai jamais appris à chanter correctement ; personne ne m’a appris à chanter. Je n’ai jamais été professionnel dans quoi que ce soit dans la musique. J’ai essayé d’apprendre la guitare, la batterie et tout quand j’étais plus jeune, mais juste un petit peu, je n’ai jamais été très bon à un instrument. A la fois, avec le chant, je sais que je peux modeler ma voix comme j’ai envie qu’elle soit, même si ce n’est pas professionnel. En ce sens, je ne me sens pas comme un musicien. J’ai juste une attitude de punk rockeur. BJ [Bjarte Lund Rolland], l’autre guitariste – le troisième guitariste ! [Rires] – était là : « Ok, Ivar, il faut que tu chantes. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous t’avons demandé de rejoindre le groupe : tu peux faire différents trucs. » Pour moi, c’était tellement cool rien que d’essayer, car si on prend un morceau comme « Telving », je n’avais jamais fait ça avant. Enfin, si, j’avais déjà fait du chant clair avant, mais pas comme ça, pas de cette manière, pas sur ce type de musique. Je trouve que ça fonctionne bien ! Je suis un grand fan de la façon dont Erlend chantait et de lui en tant que frontman, mais je ne peux pas copier ce qu’il faisait. Je dois faire ma propre sauce. J’écoute aussi ce que les autres gars disent, car je leur fais confiance et j’ai confiance en ce qu’ils cherchent à obtenir.

Ce qui est intéressant, c’est qu’en écoutant l’album, on pourrait se dire qu’il y a un tas d’invités, or il n’y en a qu’un : Troy Sanders sur « Crack Of Doom ».

Vidar : Oui. En fait, il y en a deux : il y a aussi Nate Newton de Doomriders et Converge qui fait un couplet sur la chanson « Discord ». Et sur « Delerium Tremens », chaque membre du groupe chante une partie différente de la chanson, ce qui est assez drôle ! Donc je crois qu’il y a cinq chanteurs sur cette chanson.

Vous avez souvent tourné avec Mastodon, donc j’imagine que la participation de Troy Sanders est le résultat d’une amitié qui s’est créée au fil des années…

Oui. Nous avions cette chanson, et notamment une démo du refrain. Nous nous disions : « Ce serait parfait qu’il soit dessus. » Nous avons souvent tourné avec eux, ils nous ont toujours beaucoup soutenus, chacun d’entre eux, Bill [Kelliher], Brann [Dailer] et Troy. Donc nous lui avons envoyé un message pour lui demander s’il était partant, et il a tout de suite répondu, ce qui était vraiment cool, car il n’avait pas beaucoup de temps. Nous étions déjà en studio et il l’a fait en une semaine. Il était enchanté de faire partie de l’album, ce qui est super. C’est un honneur qu’il ait pris le temps de le faire, et le faire si bien.

Un autre changement survenu l’an dernier est que, semble-t-il, plusieurs batteurs sont passés dans vos rangs, mais je n’ai pas souvenir d’une communication à ce sujet. Que s’est-il passé ?

Kjetil [Gjermundrød] en avait marre. Il ne voulait plus tourner. Il a essayé de changer de vie un petit peu. Je ne sais pas exactement ce qu’il fait, mais il se soucie beaucoup de l’environnement. Il protège la forêt dans les environs où il vit. Et il n’avait plus l’inspiration pour continuer, et ça faisait déjà quelques années que c’était comme ça. Nous avons essayé de le forcer à rester dans le groupe [rires], mais au final, nous voulions juste qu’il soit heureux, et si son bonheur c’est de ne plus tourner et ne plus être dans le groupe, qu’il en soit ainsi. Il n’y a rien de plus palpitant derrière son départ. C’est juste que certaines personnes changent et veulent faire d’autres choses qu’être dans un groupe. Du coup, Håvard Takle Ohr, notre nouveau batteur est arrivé et a enregistré l’album. Il était également impliqué dans le processus d’écriture. Il fait partie du groupe depuis le printemps 2019, donc ça fait un moment qu’il est avec nous, mais sans trop l’ébruiter. Nous avons répété et été en studio avec lui en n’en parlant à personne [petits rires].

A propos de la conception de Split, vous avez déclaré que vous vous êtes « poussés à bout l’an dernier – musicalement, physiquement et mentalement ». Pouvez-vous développer ceci ?

Notre groupe est toujours passé du chaos à la sécurité, et à nouveau le chaos… Il y a toujours plein de choses qui se passent autour de nous [petits rires]. A un niveau personnel, les deux ou trois dernières années ont été dures pour nombre d’entre nous, à cause simplement de choses qui se sont passées. Ces choses que nous avons dû gérer nous ont rapprochés, et nous avons tout mis, toute notre énergie, pour nous retrouver en salle de répétition et faire des chansons. C’est assez compliqué d’être ensemble. Les quatre membres originaux, nous avons de fortes personnalités [petits rires], et nous voulions vraiment faire quelque chose de spécial musicalement ; nous voulions faire notre meilleur album [petits rires]. Et puis, en studio, Kurt [Ballou] nous a vraiment bousculés. Il y a des choses que nous n’étions pas sûrs d’être capables de jouer. Nous avons passé beaucoup de temps dessus. Personne dans le groupe n’a été en école de musique. Nous sommes, pour la plupart, autodidactes. Nous sommes passés d’un groupe qui faisait des chansons punk rock, à nos débuts, à des trucs plus progressifs. Nous avons les mélodies dans nos têtes et nous savons comment nous voulons que ça sonne, mais ce n’est pas toujours facile à jouer. Nous avons évolué et nous nous sommes beaucoup développés en tant que musiciens l’an dernier, et nous avons passé beaucoup de temps dans ce groupe, tous ensemble, tous les six.

« J’aime bien qu’on ait du mal à nous cataloguer. On ne sait pas vraiment ce que nous sommes [petits rires]. »

Tu as déclaré qu’il « y avait une direction dès le départ » et que vous aviez « quelque chose à prouver ». Qu’aviez-vous à prouver ? N’avez-vous pas déjà fait vos preuves avec vos trois premiers albums ?

Non, pas vraiment, selon nous. Nous voulons toujours être meilleurs. Ça va bientôt faire quatre ans que nous avons sorti notre dernier album. Aussi, avec les changements et un groupe ayant plus de dix ans, pour être toujours pertinent… Quand nous avons fait notre premier album, il y avait énormément de groupes qui voulaient faire la même chose. Nous avions vraiment l’impression d’avoir ouvert la voie à une nouvelle manière de mélanger les styles, de chanter en norvégien et tout ça, et après trois albums, soit tu continues et tu fais la même chose, soit tu peux essayer de faire quelque chose de différent. C’est ce que nous voulions prouver, que Kvelertak pouvait encore surprendre les gens et être pertinent. Ce n’est pas juste un nouvel album avec les mêmes vieux trucs. Et je pense que nous avions besoin de nous sentir pertinents, que ça valait le coup de passer autant de temps sur un album.

Niveau style, cet album part encore plus dans toutes les directions, allant du classic rock, pop rock et punk rock au black metal et au thrash metal. Etait-ce l’idée dès le départ ?

Plus ou moins, mais c’est difficile parce que les choses ne finissent jamais exactement comme on pense. Il est clair que durant le processus, et surtout vers la fin, avant d’aller en studio, certaines chansons ont pris des directions totalement différentes, et parfois, quand tu écoutes les chansons que tu as faites, tu trouves qu’il y a de la place pour d’autres types de chansons. Peut-être qu’au début, les premières chansons que nous avions faisaient pencher la balance vers un album de rock, avec plus d’influences punk rock et ce genre de truc. Puis il y a des détours qui ont été pris vers des choses plus progressives. Par exemple, « Delirium Tremens » et « Fanden Ta Dette Hull! », dans ce type de chanson, j’ai trouvé que nous nous sommes permis d’écrire dans le style des chansons metal des années 80 et 90, plus longues et épiques, qui prenaient un tas de virages. Ce n’était pas quelque chose que nous avons planifié, mais simplement qui s’est passé en répétition, et nous avons suivi la direction que nous faisaient prendre les riffs et la musique.

Ivar : Nous écoutons tous et sommes tous inspirés par différents types de musique. Personnellement, je viens du punk rock, j’aime les New York Dolls, les Ramones et les Sex Pistols. Evidemment, j’ai aussi une histoire avec le black metal, parce que je viens de Norvège et que j’ai beaucoup écouté de Darkthrone et ce genre de truc. Alors que BJ, lui, est un grand fan de Fleetwood Mac et de musique que je n’ai pas l’habitude d’écouter. Il se passe donc tout le temps plein de choses et tous ces différents types de musique rassemblés, je pense que c’est aussi ce qui fait Kvelertak.

D’un autre côté, peu importe le style que vous pratiquez, ça sonne toujours comme Kvelertak : comment parvenez-vous à maintenir cette cohérence ?

Vidar : Je pense que la clé, c’est en grande partie le jeu, les trois guitares et comment nous arrangeons les chansons. Surtout Bjarte, il a un riffing caractéristique, avec ces espèces de hammer-on et off, avec un côté presque américain sudiste. On peut l’entendre dans le refrain de « Bråtebrann », par exemple. Tout ceci ressemblé fait que ça sonne comme Kvelertak. Je crois que sur chaque album nous avons essayé… A chaque fois, nous avons plein d’idées sur le son que doit avoir l’album, mais quand nous écoutons les démos, nous nous disons : « Oh, ça sonne comme Kvelertak ! » [Rires] Il y a un son signature très ancré auquel il est difficile d’échapper. Il suffit que tout le monde joue et ça devient Kvelertak. Je ne connais personne qui compose ou joue dans un groupe et qui est capable de décrire exactement comment une chanson se forme et qu’est-ce qui fait que ça sonne comme ça sonne. Mais comme je l’ai dit, c’est notre façon de jouer. Même si on n’entend pas forcément que c’est un solo ou une partie à trois guitares, les guitares sont toujours disposées en plusieurs couches d’une manière que personne… Peut-être que nous jouons les mêmes accords mais nous jouons des notes différentes, ou des notes aiguës, ou des notes graves, ce qui fait que ça sonne presque comme une symphonie de guitares. C’est assez subtil mais c’est là. Peut-être que c’est juste ça.

Ivar : Le truc, c’est que BJ, qui écrit presque tous les riffs, peu importe le genre de riff qu’il fait, on peut toujours entendre qu’il y a une touche particulière. Que ce soit un riff de black metal ou de classic rock, on peut toujours entendre que c’est lui qui l’a écrit – en tout cas, moi je peux l’entendre. Il y a quelque chose de spécial dans ses riffs qui fait que tout s’imbrique parfaitement, même si ce sont des styles de musique différents. De plus, ça évite de s’ennuyer quand on écoute l’album. Certaines personnes peuvent aimer une chanson et ensuite trouver la chanson suivante un peu étrange, mais elles finissent par s’y habituer, et au bout d’un moment, elles se rendent compte que tout va bien ensemble.

Niveau production, vous avez de nouveau collaboré avec Kurt Ballou, votre producteur originel : l’expérience d’autoproduction sur votre précédent album n’a pas été concluante ?

Vidar : Si, elle l’a été ! A l’époque, c’était l’album que nous devions faire. Nous voulions faire quelque chose de différent. Nous voulions vraiment enregistrer en live et nous en avions marre de voyager, donc nous voulions faire l’album dans un studio près de chez nous, mais c’est aussi un gros défi de se produire soi-même. Nous avons passé beaucoup de temps dessus. Il faut être capable de tout jouer live et d’ensuite réécouter et faire tous les choix soi-même. Cette fois, pour donner forme aux nouvelles chansons, nous voulions vraiment un producteur, et surtout un ingénieur comme Kurt. Nous avons cherché d’autres producteurs pour voir si nous pouvions faire différemment, mais nous avons réalisé que Kurt était celui que nous recherchions [petits rires]. Donc au final, nous avons demandé à Kurt s’il était à nouveau partant. Il était content que nous refassions appel à lui. Je pense que Nattesferd est un album important à bien des égards et, personnellement, j’ai l’impression que nous sommes venus au studio de Kurt avec ce que nous avons appris et apprécié durant le processus d’enregistrement de cet album. On peut l’entendre dans certaines chansons qui ont un côté qui peut rappeler l’album Nattesferd, mais la production en soi est plus proche du punch des deux premiers albums. En tout cas, c’est comme ça que je le vois.

« Si tu joues du rock en Norvège, d’une manière ou d’une autre, du Turbonegro sera injecté dans ta musique [petits rires]. »

Tout à l’heure, tu as dit que Kurt vous avait bousculés pour faire cet album. Peux-tu nous expliquer ce qu’il vous a fait ?

[Rires] Il n’a pas arrêté de nous faire rejouer les trucs ! Il se focalise énormément sur les détails. Et à la fois, quand tu es posé là à jouer de la guitare, tu as l’impression : « Je ne suis même pas capable de jouer ça ! » Ensuite, une fois que tu as fini, tu réécoutes et tu comprends mieux pourquoi il est aussi difficile, parce que c’est sa façon de faire ses productions. Mais oui, il ne nous laisse jamais avec une mauvaise prise, même s’il faut y passer toute la journée. Il faut le faire jusqu’à ce que ce soit comme il faut. Si nous avions fait l’album nous-mêmes ou éventuellement avec un autre producteur, ça aurait sûrement sonné différemment. Mais c’était surtout parce que certaines parties étaient assez complexes à jouer pour nous et Kurt nous a forcés à les faire correctement. C’est un mec très sympa mais il est assez strict en studio, donc il y a un certain respect qui s’installe avec lui. Au final, nous sommes très contents du résultat.

Ivar : Nous avons aussi longtemps travaillé sur les chansons, nous les entendions d’une certaine manière, mais quand nous sommes venus chez Kurt, c’était comme un nouveau départ. Il nous a fait voir tout l’album, toutes les chansons, d’une manière totalement nouvelle. Il m’a aussi poussé à faire des choses que je n’avais jamais faites avant vocalement, des trucs qu’au départ je trouvais stupides, mais ensuite nous avons fait des essais, nous avons écouté et, au final, nous étions là : « D’accord, tu as raison ! » Kurt a toujours raison ! [Petits rires].

C’est drôle parce que ses productions sonnent très brutes et organiques mais d’un autre côté, on dirait que c’est un grand perfectionniste. C’est presque paradoxal.

Vidar : Oui. Je pense aussi qu’il fonctionne différemment selon les groupes. Nous avons trois guitares, donc c’est important que les choses soient carrées. Je pense que c’est plus dans le son et sa manière de mixer qu’on retrouve le côté brut de la production, mais le jeu, il est très difficile avec ça. Il faut que ce soit bien. Si tu joues un riff, tu le joues comme il faut mais il y a une sorte de bruit quand tu passes d’une corde à l’autre, tu ne l’entends pas forcément en concert ou quand tu joues tout seul, mais en studio, avec le son de guitare et tout le matériel qu’il a, tu peux très bien l’entendre, et il est là : « Non, il faut que tu joues ça autrement ! Il ne faut pas entendre ce grésillement ici. » Je pense que c’est ce qui diffère le plus entre enregistrer avec Kurt et s’enregistrer soi-même.

Toutes les chansons par le passé étaient en norvégien, mais cette fois, vous avez deux chansons en anglais : « Crack Of Doom » et « Discord ». Pensez-vous qu’il soit inévitable que vous commenciez à utiliser la langue anglaise afin d’être plus « accessibles », pour ainsi dire ?

Non, pas vraiment. Je pense que le côté chant en norvégien est aussi quelque chose qui a fait l’originalité de notre son. A nos débuts, sur nos premières démos, il y avait des chansons avec des refrains en anglais, et nous passions du norvégien à l’anglais. Par ailleurs, Ivar a toujours chanté en anglais, donc quand il a eu le poste, nous nous sommes demandé si nous devions tout passer à l’anglais. Nous avons essayé sur certaines chansons et nous avons réalisé que nous préférions la manière dont ça sonnait en norvégien, mais sur ces deux chansons, « Discord » et surtout « Crack Of Doom », nous savions que nous voulions inviter un chanteur, et au lieu de faire un couplet en norvégien et un en anglais… Nous avons essayé de faire « Crack Of Doom » avec des paroles en norvégien et en anglais, et ça sonnait plus cool en anglais. Et avec Troy, il n’y avait rien à discuter, car il chantait en anglais.

Ivar : Mon anglais est un petit peu meilleur que son norvégien ! [Rires] Donc il fallait que ce soit en anglais.

Vidar : Je suppose que la maison de disques et tout le monde en sont très contents [rires], mais nous n’y avons pas énormément réfléchi non plus, pour être honnête. C’était plus que les personnes que nous voulions faire chanter sur ces chansons sont américaines, donc c’était plus facile pour elles de chanter en anglais, et ça paraissait mieux de faire l’intégralité de ces deux chansons en anglais.

Ivar, tu préfères chanter en anglais ou bien en norvégien ?

Ivar : Je trouve que c’est cool de faire les deux. Quand j’ai commencé dans le groupe, j’ai trouvé ça très sympa de chanter en norvégien, car je ne l’avais jamais fait dans un groupe professionnel, et c’est nettement plus facile. Quand tu chantes dans ta propre langue, tu peux utiliser des mots que personne n’a utilisés auparavant. C’est un défi aussi : quand tu chantes dans ta propre langue, tu peux faire tellement de choses auxquelles tu n’avais pas pensé à faire avant. Mais quand même, j’ai l’habitude de chanter en anglais. C’est ce que je faisais avant, donc c’était naturel pour moi. Nous serons toujours un groupe qui chante en norvégien, mais nous ne nous priverons pas de chanter à nouveau des chansons en anglais.

Vidar : C’est ce qui est amusant avec Kvelertak : nous n’avons jamais vraiment eu de règle, tant que ça sonne bien.

« Converge fait partie de ces groupes qui maîtrisent et sont de super modèles à suivre. Si quelqu’un me demandait ‘peux-tu donner un conseil à un jeune groupe qui commence tout juste à faire un album ?’, je répondrais : ‘Pars en tournée avec Converge et vois comment ils procèdent.' »

Le nom de l’album, Splid, signifie « discorde ». Et Vidar, tu as déclaré que l’album était « influencé par un monde en discorde pour accompagner notre voyage vers le Ragnarok ». Est-ce que Splid est la bande-son de ce « monde en discorde » ?

Ça se pourrait bien, oui ! [Rires]. L’album parle beaucoup d’oppositions. Le monde est un peu chaotique, avec internet et une multitude de sources d’informations. Il faut trouver le moyen de gérer ça. Mais je dirais que l’album ne parle pas tant de ça que d’une vision plus dystopique voire apocalyptique du monde, ainsi que de trucs plus personnels, avec la discorde comme fil rouge. Le monde tel qu’il est aujourd’hui n’est pas forcément inspirant et positif, mais ce groupe est notre exutoire, donc d’une façon ou d’une autre, évidemment, ça affecte la musique et les paroles. C’est dur de mettre exactement le doigt sur ce que c’est, mais tout ce qu’il y autour de nous, aussi bien politiquement qu’émotionnellement, d’une manière ou d’une autre, ressort dans la musique. Je veux dire que le titre semblait bien correspondre à ce que nous ressentions à ce moment-là, à ce que nous ressentons encore aujourd’hui, et à ce que certaines paroles évoquent.

Ivar : Je pense que le titre est en rapport avec tout dans le monde aujourd’hui. Splid… Ça ne veut pas exactement dire discorde. C’est un mot qui ne peut pas être traduit en anglais. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles nous l’avons utilisé, car il explique plein de choses différentes, y compris dans nos vies personnelles. Si tu tournais avec Kvelertak, alors tu comprendrais ce « splid » ! [Rires] Et il y a cette chanson [« Crack Of Doom »] qui est sortie presque exactement le jour où tous ces trucs se sont passés en Iran, et c’est juste… Je ne sais pas…

Vidar : Les chansons qui parlent du monde qui part en couille ne se démoderont jamais ! [Rires]

Vous avez continué la tradition des chansons « Necro » avec celle qui s’intitule « Necrosoft », qui est évidemment un jeu de mots avec Microsoft. Mais de quoi peut bien parler une chanson avec un tel titre ?

[Rires] « Necrosoft » est l’un de mes textes préférés dans l’album. Ça parle un peu d’environnement. Ivar chante dans une des parties qu’il est temps de choisir si on veut le hibou ou la guitare électrique. En ce moment, en Norvège, on est en train d’abattre des forêts pour installer des éoliennes, ce qui est supposé être plus écolo, mais à la fois, ça détruit la vie sauvage, les oiseaux et tout. Tant que les gens voudront plus d’énergie, ce sera dur d’avoir une planète Terre durable. Microsoft, les ordinateurs, les services de streaming, les bitcoins, etc. consomment beaucoup d’énergie et on n’en parle pas tellement. Ceci dit, c’est un peu une coïncidence, parce que nous avions besoin d’une chanson avec le « necro » dedans et « Necrosoft » semblait être le bon titre pour cette chanson [petits rires].

Cette chanson est symptomatique d’une chose intéressante chez Kvelertak : il y a toujours un côté fun dans votre musique et vous ne vous prenez pas trop au sérieux, et à la fois, il y a aussi un côté très sérieux dans ce groupe.

Oui. Nous avons toujours été très sérieux avec la musique et les albums que nous faisons, mais c’est aussi un espace pour nous amuser, écrire des riffs accrocheurs et faire plein de trucs stupides qui sont un peu des clichés rock n’ roll. Nous adorons tout ça, mais à la fois, il y a autre chose là-derrière. J’aime bien qu’on ait du mal à nous cataloguer. On ne sait pas vraiment ce que nous sommes [petits rires].

Ivar : Kvelertak existe depuis plus de dix ans maintenant et ça fait dix ans qu’il tourne constamment, donc évidemment qu’il y a un côté sérieux. C’est son boulot, c’est notre boulot. D’accord, on peut avoir des problèmes à la maison, mais il faut quand même partir en tournée, quoi qu’il arrive. Et je pense que Vidar est le principal mec qui maintient l’unité du groupe. Sans Vidar, Kvelertak n’aurait jamais été un groupe, ce groupe n’aurait jamais continué. Il fait tellement de choses pour ce groupe, même s’il ne compose pas énormément de chansons. Ça fait maintenant deux ans que je suis dans ce groupe et nous discutons et travaillons beaucoup, et il y a tellement de trucs ennuyeux à faire quand on est dans un groupe à plein temps, tellement de paperasse, tellement de gens avec qui traiter, tellement de trucs à s’occuper, et il s’occupe d’une grande partie de ce travail ennuyeux ! On ne nous reconnaît jamais de mérite pour ça, parce que personne ne le voit. On sait qui a écrit telle chanson, qui est le chanteur principal, etc., c’est ça qui nous vaut des éloges, et pourtant, il faut aussi que quelqu’un s’occupe de tous les trucs ennuyeux pour lesquels on n’est jamais reconnu ! Et si personne ne le faisait comme il faut, le groupe n’existerait pas. Donc j’avais envie de le saluer pour ça, car être dans un groupe comme celui-ci, c’est nouveau pour moi et je n’avais pas conscience de la quantité de travail que ça représentait réellement. Même si nous avons un management, un tourneur, une maison de disques évidemment, etc., il y a énormément de travail et quelqu’un doit s’en charger.

Une chose que le chant clair souligne dans Splid, c’est à quel point Turbonegro a dû être une influence pour Kvelertak. Je pense surtout à la chanson « Huglas Hegemoni » où Ivar, tu sonnes parfois presque comme Hank Von Helvete…

Vraiment ? [Rires] Je trouve que c’est drôle que tu dises ça, parce que je viens justement de cette scène, où j’ai tourné avec Turbonegro quand j’étais dans d’autres groupes. Par exemple, je crois que c’était en 2002, avec mon groupe Silver, nous avons accompagné Turbonegro sur leur tournée de reformation. J’ai toujours été un grand fan de Turbonegro !

Vidar : Tu as totalement raison. C’est une de nos chansons plus power pop sur l’album et, oui, autant Turbonegro que des groupes comme Satyricon – surtout l’époque Volcano, quand ils faisaient du black metal avec des rythmes de batterie plus à la AC/DC – nous ont influencés. Turbonegro a toujours été une grande inspiration pour nous depuis que nous avons commencé. Ça coule dans nos veines. Si tu joues du rock en Norvège, d’une manière ou d’une autre, du Turbonegro sera injecté dans ta musique [petits rires]. C’est juste un super groupe qui existe depuis longtemps et qui a sorti énormément d’albums qui sont des classiques. Surtout si on remonte à Ass Cobra et Apocalypse Dudes, et même Party Animals, Scandinavian Leather, etc. Je pense que plein de musiciens de la nouvelle génération comme nous ont grandi en écoutant ces albums.

« C’était cool de voir un groupe comme Metallica, qui est tellement énorme, avec une grosse équipe derrière eux et tellement de gens qui gravitent autour d’eux, pourtant ils sont aux balances, ils vérifient la salle, ils s’échauffent toujours avant les concerts… Ils donnent l’impression de vraiment contrôler toute leur carrière, les choix créatifs et tout ce qu’ils font. »

Ivar : C’est le plus gros… Peut-être plus maintenant, mais avant c’était le groupe le plus influent en Norvège. Comme l’a dit Vidar, presque tous les groupes norvégiens sont inspirés par Turbonegro d’une manière ou d’une autre. Maintenant ils ont des boulots normaux et ils jouent un peu pour les vieux fans, ils ne sortent plus grand-chose, mais à l’époque, c’était un groupe très important. En 1998, c’était le groupe le plus dangereux de Norvège, vraiment. Et ça reste un groupe très important. La plupart de leurs albums sont encore des classiques. Apocalypse Dudes est un album génial, c’est absolument l’un de mes albums préférés de tous les temps. Je ne m’intéresse pas beaucoup aux nouveaux morceaux, mais pour moi, ça restera le groupe norvégien le plus important. Ce qui est drôle, c’est que Tommy Manboy, qui joue de la batterie pour Turbonegro aujourd’hui, a été guitariste dans mon ancien groupe Silver. Je suis fier de lui parce qu’il est dans Turbonegro.

Vidar : C’est aussi un groupe qui a montré qu’il était possible d’arriver à quelque chose. En Suède, ils ont The Hives, The Hellacopters, Refused et tous ces groupes ; la Suède a toujours été très bonne pour le rock et la pop. En Norvège, Turbonegro et Gluecifer sont peut-être les deux groupes qui ont réellement réussi à s’exporter hors de Norvège. Je trouve ça inspirant à voir.

A l’époque du précédent album, Erlend nous avait dit que « Kvelertak n’aurait jamais été Kvelertak si [vous ne viviez] pas en Norvège. Ce serait impossible dans un pays différent ». Êtes-vous d’accord avec lui ? Et comment votre pays d’origine influence-t-il le groupe ?

Je ne sais pas. Je pense que c’est très facile de dire… Car les gens aiment beaucoup dire : « Oh, c’est un groupe norvégien… » A un moment donné, les gens aiment bien caser les groupes et l’idée qu’il y ait quelque chose de spécial dans chaque pays. Mais nos influences viennent en grande partie de la musique américaine, qui elle-même dérive de l’Afrique. Mais peut-être que ce qui est typiquement norvégien dans notre musique, c’est le côté black metal. Comme je l’ai dit, bien sûr que l’environnement dans lequel on vit et qui nous entoure, d’une façon ou d’une autre, affecte notre musique. Mais pour la partie purement musicale, nos inspirations proviennent des quatre coins du monde. Et nous avons enregistré nos deux premiers albums et celui-ci aux Etats-Unis. Donc je ne peux pas vraiment dire qu’il y ait quoi que ce soit de typiquement norvégien là-dedans. Ça a l’air d’être un truc cool à dire et on dirait que les gens aiment penser qu’il y a quelque chose de spécial dans le fait que nous venions de Norvège [petits rires]. Je comprends le besoin de cataloguer les groupes, mais je trouve que parfois c’est inexact. C’est plus un besoin de ranger les choses dans des cases, mais ça ne tient pas toujours la route. Si tous les six nous nous étions rencontrés dans une autre partie du monde et avions écouté le même type de musique, et avions fait le même type d’album, je pense que la musique aurait été la même.

Splid marque un changement de chanteur et de batteur mais aussi un changement de label. Voyez-vous ceci comme un tout nouveau chapitre qui s’ouvre pour Kvelertak ?

C’est dur à dire. Nous nous contentons de faire des albums, et ensuite, se passe ce qu’il se passe. Mais le changement fait du bien parfois. Ça ne fait que six mois que nous travaillons avec Rise, mais ils sont très excités par le groupe et ils travaillent beaucoup sur cette sortie. Quand on passe autant de temps à faire un album, ça fait du bien de voir que ceux qui vont le sortir le soutiennent à cent pour cent. En tout cas, c’est ce que nous ressentons pour l’instant. J’espère que la musique pourra atteindre plus de monde cette fois-ci.

Maintenant, revenons un petit peu sur le cycle de l’album précédent où vous avez eu la chance de faire toute une tournée en ouverture de Metallica. Comment l’avez-vous vécu ?

C’était une super expérience ! C’était effrayant au départ de jouer sur cette énorme scène et de trouver où nous allions nous placer, en jouant au milieu de ces grandes salles, mais après les dix premières minutes du premier concert, nous avons trouvé nos marques et nous nous sommes fait plaisir, car nous sommes six, donc nous pouvions déambuler sur toute la scène, en nous plaçant à divers endroits de la scène durant le set. C’était étrange mais nous nous y sommes faits très rapidement. Nous nous sommes beaucoup amusés sur cette scène. Les concerts de Metallica sont à guichet fermé, peu importe qui ils ont en ouverture, donc les gens sont là pour voir Metallica. Certains soirs sont super, on ressent vraiment que le public est réceptif. Sur d’autres concerts, les gens sont juste là debout à attendre Metallica. Mais nous avons apprécié les deux situations. C’était amusant d’essayer d’intéresser tous ces fans de Metallica à ce que nous faisions. En plus, Metallica, surtout James [Hetfield] et Lars [Ulrich], sont des mecs vraiment sympas. Toute leur équipe et les gens ont bien pris soin de nous, nous nous sommes sentis vraiment bien accueillis sur cette tournée. C’était super marrant et c’était une excellente expérience. C’est quelque chose que nous n’avions jamais osé rêver de faire quand nous avons débuté le groupe.

A quel point ça a été instructif de voir comment opère une grosse machine comme Metallica ?

Je pense qu’on apprend de tous les groupes avec lesquels on tourne. Il y a des groupes comme Converge, qui est plus une sorte de gros groupe underground et avec qui nous avons beaucoup tourné. Ça a toujours été très inspirant de voir comment ils travaillaient : ils maîtrisent vraiment tout ce qu’ils font. Nous avons appris d’eux, par exemple, qu’être dans un groupe, c’est beaucoup de travail. Kurt travaille dans un studio, il fait beaucoup de production et Jacob fait les illustrations et gère un label, et quand ils sont en tournée… Toute leur philosophie par rapport au groupe et l’esprit DIY qui entoure ce groupe sont inspirants. Les groupes ont toujours une équipe autour d’eux, mais il faut maîtriser les choses ; Converge fait partie de ces groupes qui maîtrisent et sont de super modèles à suivre. Si quelqu’un me demandait « peux-tu donner un conseil à un jeune groupe qui commence tout juste à faire un album ? », je répondrais : « Pars en tournée avec Converge et vois comment ils procèdent. » Et là vous verrez comment ça se passe. De la même façon, c’était cool de voir un groupe comme Metallica, qui est tellement énorme, avec une grosse équipe derrière eux et tellement de gens qui gravitent autour d’eux, pourtant ils sont aux balances, ils vérifient la salle, ils s’échauffent toujours avant les concerts… Ils donnent l’impression de vraiment contrôler toute leur carrière, les choix créatifs et tout ce qu’ils font. Je pense que ça joue un rôle important pour un groupe qui fait ce type de musique. Pour avoir du succès, je pense qu’il faut maîtriser les choses, il faut être impliqué dans tous les aspects, autrement les gens le voient. C’est l’une des clés de Metallica : tous leurs fans savent qu’ils sont vraiment passionnés par ce qu’ils font et que c’est très important pour eux. C’est vraiment cool de voir ça de visu.

« Je n’ai jamais été dans un groupe qui se dispute autant qu’eux ! Ils se disputent constamment ! […] Ils ont dit : ‘Oh, Ivar, c’était tellement bien de t’avoir dans le groupe, parce que maintenant tout est tellement tranquille et décontracté !’ Et j’étais là : ‘Bordel de merde ? Ça c’est décontracté ?!’ Je me demandais : ‘Mais c’était comment avant ?!’ [Rires] »

Est-ce que ça vous a poussés à modifier votre approche de votre propre groupe ou, tout du moins, certains aspects ?

Bien sûr, on apprend beaucoup à mesure qu’on avance quand on est un groupe comme nous. Mais je ne pense pas que nous ayons vraiment changé. Nous travaillons un peu de la même manière qu’avant. Nous maîtrisons tout : le côté créatif, les illustrations, nos concerts, la manière de nous présenter aux gens… Mais c’est cool de voir qu’on peut toujours conserver notre intégrité même quand on devient plus gros et qu’on se diversifie, un peu comme l’a fait Metallica. Ils ont opéré de nombreux changements, musicalement, avec leurs différents types d’albums. Certaines personnes n’ont pas aimé la période Load et Reload mais ils ont quand même continué. Ils ne se sont jamais trop souciés de ce que les gens disaient à leur sujet. Ça aussi c’est inspirant. Je pense que ça peut être dur parfois de tenir bon quand on est au milieu de tout, surtout si tu as plein de gens autour de toi qui te disent quoi faire. Mais personne ne peut dire à Kvelertak quoi faire [rires]. Nous avons eu de la chance par rapport à ça, mais nous avons aussi choisi les gens qui nous entourent pour que ce soit ainsi, mais il est clair que je connais des gens et des groupes qui sont comme ça. Je pense que c’est bien pour nous, car nous sommes nombreux dans le groupe, c’est dur de nous faire changer d’avis ou de nous dire quoi faire. Je vois bien, étant dans l’industrie musicale, que si tu es un artiste solo ou autre, malgré toute l’intégrité que tu peux avoir, c’est dur, parce qu’il y a toujours des gens qui veulent te dire ce que tu devrais ou ne devrais pas faire, et tu ne sais pas toujours à qui te fier.

Tu fais remarquer que vous êtes « nombreux dans le groupe ». Justement, Ivar, est-ce que ça a été difficile de trouver ta place parmi tous ces fortes personnalités ?

Ivar : Ce n’était pas si difficile de trouver ma place, mais je n’ai jamais été dans un groupe qui se dispute autant qu’eux ! Ils se disputent constamment ! Je veux dire qu’après cette tournée avec Mastodon, quand nous sommes revenus chez nous, ils ont dit : « Oh, Ivar, c’était tellement bien de t’avoir dans le groupe, parce que maintenant tout est tellement tranquille et décontracté ! » Et j’étais là : « Bordel de merde ? Ça c’est décontracté ?! » Je me demandais : « Mais c’était comment avant ?! » [Rires] Je n’ai pas l’habitude des gens qui se crient dessus, mais eux ont toujours fait ça. Quand j’ai un problème avec quelque chose, je le garde pour moi et je n’en parle pas, mais eux, ils sont là : « Aaaaaaargh !! » Ils se disent des trucs de dingue, mais le lendemain, c’est comme si rien ne s’était passé. C’est simplement une manière de communiquer, je suppose. Tous les groupes sont différents… Je ne savais pas ça avant de commencer, parce que ce sont des mecs super gentils. Mais parfois, quand ça part en vrille… Evidemment, ils tournent depuis… Vous avez fait combien de concerts maintenant ? Cent ou deux cents concerts chaque année pendant dix ans, ça fait des milliers de concerts !

Vidar : C’est comme une famille dysfonctionnelle. C’est la relation que nous avons les uns avec les autres. Ça peut devenir assez intense. Nous sommes de super amis, mais tu sais, les gens qui sont les plus proches de toi sont aussi ceux qui sont les plus méchants, je suppose. Mais tu commences à avoir l’habitude maintenant.

Ivar : Oui, c’est vrai. Je m’y habitue. Maintenant, je me dis : « D’accord, c’est normal ! »

Vidar : Mais nous nous crions dessus principalement en tournée, quand nous traînons ensemble, et parce que nous sommes amis avant tout.

C’est parfois difficile de prendre une décision ?

Oui ! [Rires] Ça l’est ! C’est un groupe assez démocratique, donc nous sommes tous très impliqués. Nous sommes toujours sur les détails, tout le monde a son mot à dire, nous passons beaucoup de temps à ne faire que parler ensemble. Nos répétitions consistent souvent plus à essayer de nous mettre d’accord sur quelque chose qu’à jouer. Avec la musique, la plupart du temps, nous sommes d’accord, heureusement, et nous savons ce qui est une bonne chanson et ce qui fonctionne et ne fonctionne pas, mais oui, ça peut être compliqué. Mais je pense que c’est aussi ce qui nous rend plus forts, le fait qu’il y ait de fortes personnalités et que tout le monde ait son mot à dire, car si les gens n’avaient pas l’impression d’avoir leur mot à dire, ils arrêteraient de se soucier du groupe. Il faut des gens qui se soucient du groupe.

Tu veux dire que vous parlez plus que vous ne faites de la musique ?

[Rires] Non, pas quand nous faisons des albums, parce qu’alors nous sommes concentrés sur la musique, mais maintenant, par exemple, il s’agit de déterminer ce que nous allons faire et ne pas faire, il y a les clips, l’artwork, les interviews, etc. Ce sont de petites choses qu’il faut déterminer et sur lesquelles nous passons beaucoup de temps, mais c’est aussi parce que nous trouvons ça amusant. Tout le monde aime être créatif et prendre part aux choix que nous devons faire. La plupart du temps, c’est très positif et c’est quelque chose dont nous sommes assez fiers.

Interview réalisée en face à face et par téléphone le 10 décembre 2019 et les 8 et 24 janvier 2020 par Nicolas Gricourt & Tiphaine Lombardelli.
Retranscription : Nicolas Gricourt & Tiphaine Lombardelli.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photo : Jonathan Vivaas Kise.

Site officiel de Kvelertak : www.kvelertak.com.

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