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Chronique   

Kvelertak – Nattesferd


Kvelertak - NattesferdSi c’est bien un « Voyage de Nuit » (traduction de Nattesferd) qui est au programme du troisième opus des Norvégiens de Kvelertak, un « Voyage En Terres Inconnues » aurait aussi été une appellation pouvant très bien convenir à l’univers de ce nouvel album. Pour répondre à la forte attente placée en eux à l’aube de la sortie du successeur de Meir (2013), les Norvégiens ont choisi le contre-pied, poursuivant leur mue dans l’écriture en l’accompagnant d’un parti pris risqué à l’enregistrement : forts de tournées avec Gojira, Slayer ou Anthrax, ces anciens espoirs du metal qui ont désormais un statut de groupe important dans le paysage scandinave, ont profité de ces riches expériences pour enregistrer cet album en conditions live afin de sonner plus organique et authentique. Des prises de risques et une affirmation de leur identité musicale : quoi de mieux pour plonger à nouveau dans le monde d’un des groupes de metal les plus excitants de ce début de siècle ?

Rassurez-vous, Kvelertak fait toujours dans le joyeux bordel. Du moins en apparence et l’enregistrement live ne fera que renforcer cet aspect prédominant du groupe depuis ses débuts, il y a maintenant près de dix ans. Les Norvégiens s’en donnent toujours à cœur joie lors des neuf nouveaux morceaux qu’ils nous offrent et même si les débats se veulent désormais plus réfléchis, l’ambiance est toujours à la fête. Peu importe le style qu’ils empruntent, les six musiciens (dont trois guitares) s’appliquent encore une fois à faire un rock’n’roll entraînant et décadent, divertissant mais musclé, sans concession aucune, mais avec une sacrée marque de fabrique qu’ils n’ont heureusement pas perdue.

On sentait le coup venir avec les trois derniers titres de Meir (« Nekrokosmos », « Undertro » et « Tordenbrak ») : Kvelertak avait envie d’autre chose, de rythmes plus lents, de compositions plus instrumentales et expérimentales. Cet aspect ressort effectivement fortement sur Nattesferd, où ce type de parties foisonne (« 1985 », « Ondskapens Galakse », « Heksebrann »…), dans des moments où le groupe s’attarde comme lors d’un bœuf entre potes où l’on se sent bien à jouer ensemble. Le rythme global de l’album reste toutefois soutenu, parfois acharné, même s’ils s’éloignent naturellement de plus en plus des ébats énervés des débuts pour produire des titres plus complexes et profonds.

Kvelertak a rempli ce Nattesferd de surprises : dans les ponts, les intermèdes, les ambiances et les emprunts stylistiques. Alors qu’ils voguent en pleine ambiance post-black à la Deafheaven (« Dendrofil For Yggdrasil »), ils balancent quelques notes qui suffisent pour nous projeter en pleine reprise d’ « Here Comes The Sun » des Beatles par Ghost. En plein refrain aérien, c’est la chute dans un intermède folk délirant qui est proposé (« Nattesferd »). Puis viennent pêle-mêle, à des moments plutôt inattendus, un déroutant hommage à Van Halen (« 1985 »), de la country (« Heksebrann ») ou du crust-punk acharné (« Bronsegud ») qui vire rapidement à la jolie mélodie mélancolique (« Ondskapens Galakse »)… Aucune barrière stylistique ne vient entraver la créativité des Norvégiens qui arrosent dans tous les sens.

A raison ? Bien souvent, oui, réussissant parfois même des tours de force, comme ce « Berserkr » qui utilise tous les artefacts du thrash (batterie typique, riff speedé) dans une composition rock, énergique certes, mais tout à fait accessible. Ou encore dans ce qui est certainement le morceau le plus réussi de l’album : « Ondskapens Galakse », concentré de classic rock aux rythmes variés sur fond de guitare acoustique donnant un véritable relief, qui montre la capacité du groupe à faire de très beaux titres hors de son registre habituel, sans pour autant lâcher ses marqueurs (la voix caractéristique d’Erlend Hjelvik ou les harmonies travaillées, pour ne citer que ça). En revanche, ils perdent parfois un peu de cohérence à trop vouloir sortir des sentiers battus : il est un peu plus difficile, par exemple, de saisir la trame d’un « Heksebrann » quand, au sortir d’une très longue intro un poil pompeuse, ils versent dans la simili-country après avoir offert de solides refrains et intermèdes classic rock…

Mais il ne faut pas gâcher le plaisir par ces quelques dérives du modèle utilisé par le combo pour la création de ce troisième album : le voici avec un effort réellement novateur, plein de surprises, qui, s’il n’invente rien stylistiquement, fournit des titres extrêmement divertissants et plus recherchés qu’à l’accoutumée. Kvelertak fait toujours remuer comme jamais et offre toujours un propos rafraîchissant, même après neuf ans de carrière, ce qui n’est pas un mince exploit dans la scène metal actuelle. Il y a largement de quoi se repaître dans ces neuf titres et bien des publics y trouveront leur compte, le pot-pourri d’influences montrées ici allant résolument dans le sens d’une ouverture toujours plus importante.

La chanson « Berserkr » et le clip vidéo de « 1985 » :

Album Nattesferd, sortie le 13 mai 2016 via Roadrunner Records.



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  • Heu, d’accord avec certaines prises de position de la chro mais Bronsegud n’a strictement rien à voir avec du Crust.

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