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Chronique   

Kvelertak – Splid


Kvelertak est devenu petit à petit une force de la nature. Le succès de ses entreprises studio (et ce dès son premier album qui a fait figure d’ovni) couplé à des performances live de haute volée a permis aux Norvégiens de se tailler une place de choix au sein de la scène rock metal, au point de partager l’affiche avec Mastodon ou encore Metallica pour ne citer qu’eux. Surtout, le groupe est parvenu à surmonter (et parvient toujours) les épreuves inhérentes à la vie de groupe. 2020 augure un nouveau cycle pour Kvelertak : changement de batteur avec l’arrivée de Håvard Takle Ohr au printemps 2019 et surtout l’arrivée du nouveau frontman Ivar Nikolaisen (qu’on a pu entendre auparavant en tant qu’invité sur la chanson « Bloodtørst » du premier album) qui s’est déjà taillé une sacrée réputation par sa fougue singulière lors des concerts. Splid (terme qui se rapproche de « discorde » en norvégien) est l’œuvre d’un groupe qui, à en croire les dires du guitariste Vidar Landa, a retrouvé une motivation et un entrain proches de ses jeunes années, prompt même à emprunter quelques chemins inédits pour faire honneur à son statut légitimement acquis : celui d’un des meilleurs groupes de rock en activité aujourd’hui.

Kvelertak n’a absolument rien perdu de son identité sonore maintenue par le travail du producteur Kurt Ballou, reconnaissable dès les premières secondes de « Rogaland » et ses mélodies de guitares allant crescendo. Les Norvégiens ont toujours ce goût pour les mélodies entêtantes et entraînantes, issues du classic rock, du hard rock et du heavy. La science mélodique de Kvelertak est unique en son genre, à même de communiquer une énergie festive, voire punk, et une forme étrange de mélancolie dans le même temps. Les premières vociférations d’Ivar Nikolaisen confirmeront les premières impressions de ceux qui ont vu se produire Kvelertak récemment : rarement une intégration n’aura été aussi aboutie tant l’alchimie est évidente. Le timbre hurlé d’Ivar reprend la hargne de son prédécesseur Erlend Hjelvik (y compris lors des passages black, présents sur le titre « Necrosoft ») en apportant une versatilité bienvenue : Ivar est capable de conférer une autre dimension à Kvelertak par sa voix claire. Outre les chœurs qu’on connaissait déjà et qu’on retrouve sur « Bråtebrann », par exemple, évoquant les arrangements exaltants à la Ghost, « Uglas Hegemoni » voit Kvelertal se rapprocher plus que jamais de l’univers de Turbonegro, Ivar devenant un temps émule d’Hank Von Helvete. La pop rock « Tevling » est peut-être l’instance la plus frappante des possibilités et ouvertures musicales offertes par Ivar, s’exprimant par un chant presque déclamé. Kvelertak a tout simplement ajouté une corde à son arc sans – ou très légèrement et consciemment par endroits – avoir perdu de sa sauvagerie.

Surtout, Splid fait honneur à la polyvalence. Le groupe norvégien parvient à synthétiser pléthore d’influences pour forger un son pourtant toujours singulier. « Rogaland » alterne entre le punk et le heavy rock, saupoudré de leads de guitares et d’un travail chiadé d’arrangements dont Kvelertak a le secret. « Crack Of Doom » (l’une des deux premières chansons en anglais du groupe, avec « Discord », et qui voit la participation de Troy Sanders de Mastodon) honore une forme de power rock relevé et brillant. « Discord », accueillant Nate Newton de Converge et Doomriders sur un couplet, fait office de titre galvanisant comme seul le groupe sait en proposer, avec un chant scandé fédérateur et toujours des accroches mélodiques disséminées pertinemment. Kvelertak s’est en outre permis de proposer plusieurs titres avoisinant les sept/huit minutes, honorant le rock épique et progressif, à travers « Bråtebrann », « Fanden Ta Dette Hull » et « Delirium Tremens ». Le premier ne manquera pas de donner le sourire par son côté « feelgood » et, en particulier, son long solo classic rock final. Le second voit Ivar s’employer dans une variété de registres, soutenu par des guitares presque southern rock avant d’être remplacées par une déflagration thrash sortie de nulle part, sans qu’on y trouve quoi que ce soit à redire… « Delirium Tremens » privilégie quant à lui une progression moins abrupte en faisant participer chaque membre du groupe au chant. Le titre emprunte des sonorités plus graves et moins enjouées que le reste de l’album sans perdre en intensité. La conclusion black metal complètement débridée et dissonante (jusqu’à devenir épileptique) ne jure pas avec la construction très seventies, voire presque new wave, du départ. Pirouette stylistique, là encore, difficilement explicable, mais fascinante.

Splid est l’album de Kvelertak qui se trouve être le moins digeste dans le sens où il se passe bien davantage de choses grâce à l’apport d’Ivar et la volonté des musiciens de parfaire leur métier, de se dépasser et de jouer encore plus avec les registres. Il n’y a que très peu de répit ; Kvelertak paraît presque insatiable. Pourtant, que ce soit dans ses constructions ou son travail mélodique d’orfèvre, Splid sublime les efforts qui le précèdent. Kvelertak dégage une impression de confiance et de force inédite dans sa carrière, à tel point que Splid pourra peut-être devenir avec le temps l’un des jalons les plus importants pour le groupe.

Clip vidéo de la chanson « Crack Of Doom » (feat. Troy Sanders)

Chanson « Bråtebrann » :

Album Splid, sortie le 14 février 2020 via Rise Records. Disponible à l’achat ici



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