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Metalanalyse   

Kylesa au bord du gouffre


Quand les membres de Kylesa se sont décidés à fouiller dans le coffre contenant les raretés et les titres oubliés qui ont jalonné leur carrière pour sortir une compilation l’année dernière (From The Vaults, Vol.1 ), ils ont sûrement dû y chercher et trouver quelque inspiration ou piste de départ pour ce sixième album studio. Car la vie après l’acclamé Spiral Shadow n’a vraisemblablement pas été simple. Tant au niveau des vies personnelles des compositeurs, guitaristes et chanteurs Phillip Cope et Laura Pleasants que dans la tentative de fournir un successeur à un album qui a montré sûrement l’une des faces les plus attractives du groupe, que ce soit par sa diversité ou par ses accroches mélodiques.

Avec Static Tension, qui a donné un tournant à sa carrière, puis un Spiral Shadow lumineux, Kylesa a agrandi le cercle de ses inconditionnels. Incorporés aux fans du sludge sans concession qu’ils pratiquaient dans la première moitié des années 2000 jusqu’à l’album Time Will Fuse Its Worth, les nouveaux adhérents de la cause Kylesa devront cette fois-ci lâcher un peu la précédente offrande pour s’approprier ce qui n’est pas loin d’être l’œuvre la plus sombre du groupe.

Une réaction par rapport aux mélodies et aux riffs fédérateurs de Spiral Shadow ? Pas du tout, si l’on en croit Phillip Cope et Laura Pleasants qui ont réalisé avec ce Ultraviolet une photographie auditive d’instants noirs de leur vies respectives. C’est ce qu’ils ont confié récemment à Pitchfork : « La période entre Spiral Shadow et Ultraviolet a été difficile pour nous deux. » Si délicate, que l’album en est presque devenu conceptuel autour d’un thème peu jovial : « J’ai suggéré le thème de la perte pour cet album parce que je sentais que c’était quelque chose que nous pourrions tous les deux bien communiquer avec tout ce qui s’est passé ces deux dernières années. » Impossible dans l’immédiat d’en savoir plus sur ces événements malheureux qui ont secoué la vie des deux artistes, mais le résultat est là : un opus évoquant la perte sous ses diverses formes, à savoir la perte de l’amour, de la vie, de la famille, de l’amitié, etc. qu’on retrouve évidemment dans des titres évocateurs tant au niveau du lexique que de la musique : « You’ve Lost Yourself », « Long Gone » ou « Drifting », longues complaintes au bord du désespoir.

L’ambiance n’est clairement pas à la fête. L’auditeur ne retrouvera donc pas de titres de l’acabit du remuant « Scape Goat » sur Static Tensions ou de l’énergique et idéale amorce de concert qu’est « Tired Climb », extrait de Spiral Shadow. Kylesa n’a pour autant rien oublié de la portée psychédélique que le précédent opus a particulièrement développé, ni de sa volonté d’écraser les débats rythmiquement à l’aide de deux batteries. Néanmoins tout semble plus lourd, plus lent, plus profond, plus douloureux peut-être, tout cela dans un album plus court que les précédents. Comme une volonté de ressortir de ce malheur une bonne fois pour toute, d’expulser sans ménagement cette sale époque pour mieux avancer. Canaliser le malheur dans un propos musical encore plus obscur et étouffant que dans le passé, alors que celui-ci contenait déjà quelques perles pas franchement joyeuses du groupe. Et multiplier les couches sonores et diverses textures pour appesantir encore le propos. Le tout avec la voix toujours plus présente de Laura Pleasants, cette sorte de Kim Deal, toutefois plus sombre et déjantée que la chanteuse des Breeders, mais avec une voix et une attitude qui l’évoquent forcément.

Même si Kylesa mise sur la lourdeur et des riffs fuzzés parfois pachydermiques (« Exhale », « Vulture’s Landing »), la dimension psychédélique est persistante et s’adapte au contexte. On retrouve ici ou là ces quelques nappes en arrière-plan et des sons sortis de synthétiseurs à l’agonie qui donnent une sorte de couleur cold-wave à l’ensemble sans dénaturer le grain rauque des voix et la saturation des guitares. Il faut dire que lors de la tournée européenne de 2011 en compagnie de Torche et Baroness, le groupe avait déjà commencé à utiliser certains de ces éléments, notamment Carl McGinley, l’un des deux batteurs, qui avait initié l’usage d’une boîte à rythme.

Kylesa, à travers cet album et sa carrière, vogue aux alentours du monde du metal sans finalement jamais totalement y entrer, mais en prenant soin de laisser la porte suffisamment grand ouverte pour y pénétrer par petites touches. Mais l’esprit se situe ailleurs, dans une forme de rock cradingue, dans une attitude résolument punk, agressif à sa manière, mais tout en laissant la part au rêve avec un psychédélisme touchant, emprunt d’une émotion aux atours délicieusement macabres. Une odeur de doom et de soufre stoner émane sans conteste de cet Ultraviolet qui surprend sans cesse par ses vallonnements et la variété des directions empruntées. Sans doute aurait-il été trop simple de se réfugier dans la facette particulièrement avenante de Spiral Shadow qui, certes, a attiré un public plus large mais ne représente pas tout ce qu’est Kylesa. Le combo de Savannah offre une sorte de bad trip sous acide, une longue descente aux enfers ponctuée d’embûches musicale des plus affriolantes jusqu’à la plongée finale (« Drifting »). Une victoire sur le mal… par le mal.

Album Ultraviolet, sortie le 28 mai 2013 via Season Of Mist



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  • Album intéressant. Mais le son est vraiment dégueu… Rock cradingue vous avez dit ? Je plussoie : On dirait que les morceaux ont été enregistrés au fond d’un garage avec un vieux dictaphone. Quant à la voix… Ça doit ressembler à ça de chanter avec la tête dans la cuvette d’un chiotte… Dommage, les morceaux sont plutôt chouettes sinon. 🙂

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