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Chronique   

Kypck – Imena Na Stene


Troisième album pour Kypck (à prononcer « koursque »). Une affaire qui tourne dirait-on pour ce groupe formé dans les cendres de Sentenced, même s’il reste encore relativement confidentiel, tout du moins hors de Finlande, et malgré quelques soucis de labels. Les cendres, ce n’est pas un hasard si ce terme est choisi, car, si son premier album se dénommait Cherno (« noir » en russe), chez Kypck c’est vraiment la grisaille dépressive qui prédomine. La grisaille de l’usure et de l’abandon, comme ce cinéma délabré de la ville de Pripiat en Ukraine, ville fantôme à trois kilomètres de Tchernobyl dévastée par la catastrophe, illustré sur la pochette d’Imena Na Stene (Имена на стене en cyrillique, signifiant « Les noms sur le mur »). Le propos suit celui de ses deux prédécesseurs, car Kypck – du nom d’un célèbre sous-marin nucléaire russe qui a sombré – a définitivement trouvé son terrain d’expression dans le doom mélancolique. Il fallait bien ça pour dépeindre la déchéance soviétique. Car Kypck est un concept à lui seul. Si le groupe est bel et bien né en Finlande, le guitariste Sami Lopakka en formant le combo à voulu mettre en avant l’histoire tourmentée et la culture singulière de la Russie en les traduisant en musique – allant même jusqu’à jouer sur scène avec une guitare construire à partir d’une véritable kalachnikov. Le chanteur Erkki Seppänen (qui a vécu et travaillé à Moscou) s’exprime donc dans la langue des tsars pour que l’immersion (sans vouloir faire de jeux de mots) soit totale.

Kypck chante le désespoir et accable l’auditeur de ses battements fatigués (« Deti Birkenau »). Les tempos sont lents, mais pas à l’excès car c’est la dimension tragiquement humaine de cette musique qui permet facilement de s’y identifier émotionnellement. Il ne serait pas surprenant, à force de faire tourner ce Imena Na Stene, qu’un vague à l’âme finisse par nous engourdir l’esprit, comme le froid moscovite engourdi les membres. Cette authentique mélancolie transportée dans les refrains enivrants, les mélodies lancinantes et les arpèges blafards, on reconnaît bien là le savoir-faire en la matière de Lopakka, que les amateurs de Sentenced retrouveront avec plaisir. Mais la comparaison n’ira pas vraiment plus loin. Car Kypck est un tout autre univers, plus terre à terre, plus dramatique avec ces ambiances désolées dans lesquelles la solitude se fait envahissante. Puis il y a cette dimension martiale, accentuée sur cet opus. Un désert de béton, austère, étouffant, où des blockhaus délabrés dominent avec mépris l’homme qui les contemple, retranscrit dans ces accords massifs qui crachotent leur épaisse poussière (« Prorok », « Voskresenie », « Gryaznyi Geroi », « Vsegda Tak Bylo »). Dans « Kak Filosofiya Gubit Samootverzhennykh, Beskorystnykh Byurokratov », Kypck se montre même carrément autoritaire, inflexible dans ce riff malade martelé de manière abrutissante et ce refrain qui se dresse comme un mur, menaçant, et sur lequel plane l’ombre de Rammstein.

Peut-être sont-ce les événements survenus ces derniers temps dans l’est de l’Europe, qui trustent les journaux télévisés et réveillent les souvenirs de la guerre froide, qui permettent à cette musique de trouver un écho particulièrement tangible. Ou peut-être est-ce tout simplement que Kypck a accentué la manière dont il raconte la Russie – avec un Seppänen plus expressif, cf. son rire vicieux dans « Volskresenie ». Toujours est-il que Imena Na Stene est un album poignant, à l’issue duquel on se sent nauséeux et misérable. Kypck a trouvé un tableau concret et humain dans lequel le mot « doom » prend tout son sens.

Regarder le clip d’ « Imena Na Stene » :

Ecouter le titre « Deti Birkenau » :

Album Imena Na Stene, sorti le 21 mars 2014 chez Ranka Kustannus.



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  • Archiviste dit :

    Je ne connaissais pas ce groupe, et j’avoue qu’après l’écoute des deux morceaux ici présents, la chaleur de mon sang s’est dérobée

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