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Nouvelles Du Front   

Kyuss Lives! : à leurs risques et périls


Limiter les dégâts. C’est ainsi qu’on peut résumer en trois mots la conclusion du juge James Otero dans l’injonction préliminaire dans l’affaire opposant les anciens membres de Kyuss et les membres de Kyuss Lives!. Sans doute faut-il vous rappelez-les faits, mais le document juridique publié par la cour californienne le fait très bien pour bien nous faire comprendre qu’est-ce qui appartient à qui chez ces desert-rockeurs. Mais comme 17 pages d’un tel document, en anglais, ça peut être lourd pour tout le monde, on vous résume….

Tout commence en 1987 quand quelques jeunes musiciens, Josh Homme, John Garcia, Brant Bjork, Nick Oliveri et Chris Cockrell, fondent un groupe alors baptisé Katzenjammer, devenu Sons Of Kyuss, puis Kyuss. C’est d’ailleurs sous ce nom qu’en 1991 ils signent (entre temps Cockrell est parti) avec Chameleon Music Records pour un premier disque, un document où le groupe apparaîtrait comme « Kyuss Partnership ». Et c’est de ce « partenariat » que viendrait tout le problème, le gros méli-mélo juridique que le tribunal doit maintenant démêler pour rendre justice à toutes les personnes impliquées.

En 1991, ce partenariat n’a aucune réelle existence, rien d’écrit, seulement un accord oral entre membres d’un groupe qui, bien sûr, à l’époque, ne pense pas en ces termes, se disent sans doute uniquement qu’ils jouent ensemble, suivant un intérêt commun. Ce n’est qu’en 1992, quand Oliveri quitte le groupe et qu’il signe un accord où il renonce à tous ses droits et intérêts dans le groupe, que les choses prennent une tournure plus officielle et juridique. L’année suivante, quand ce sera au tour de Bjork de partir, ou plutôt de « se retirer du partenariat », il affirmera aussi n’avoir aucun droit ou intérêt sur le nom Kyuss. Ce n’est finalement qu’en janvier 1994, alors que Kyuss vit ses dernières heures, que Homme, Reeder (venu entre temps remplacé Oliveri) et Garcia réalisent un accord de partenariat constituant formellement le « Partenariat Kyuss », stipulant qu’aucun des partenaires isolés, hors de ce partenariat n’a le droit d’en utiliser le nom. Retenez bien ça, ça a une importance capitale pour la suite.

Enfin, en 1995, le groupe s’est séparé. Chacun est allé faire son truc. A un moment, la marque Kyuss a été déposée (la marque Kyuss Partnership l’étant déjà) jusqu’à annulation en 2003, sans explication. Puis vient 2010, Garcia tourne en tant que Garcia Plays Kyuss et projette quelque chose du nom de Garcia Vs. Garcia, quand il retrouve Oliveri et Bjork (ceux qui les ont vu au Hellfest cette année-là doivent s’en souvenir) pour, enfin, annoncer pour 2011 une tournée Kyuss Lives!. Mais avant d’en arriver là, Garcia a envoyé à Josh Homme en juillet 2010 un e-mail avec un lien vers une vidéo de Garcia Plays Kyuss, ce à quoi Homme a répondu, une semaine après : « Je pense que Garcia Plays Kyuss est une idée fantastique, mec, et je suis fier que tu fasses ça. Tu insuffles une nouvelle vie dans notre bon vieux groupe et tu éclates le public en faisant ça. Écoute, je sais que tu n’as pas besoin de ma bénédiction pour poursuivre cette idée mais je dois dire : pour ce que ça vaut, j’admire ce que tu fais et je pense que tu es un sacré mec. »

A l’époque, il n’était pas encore question de Kyuss Lives!. C’est finalement dans un e-mail envoyé cette fois encore par Garcia à Homme et Reeder, en novembre 2010, qu’il expose ses motivations (des propos en accord avec le but initial de ce plan décrit il y a quelques mois par Oliveri), qui sont encore loin d’être en rapport avec ce qu’il se passe aujourd’hui : « Je voudrais juste dire un mot à chacun de vous à propos de ce que vous auriez pu entendre ou pas au sujet de ce truc que je vais faire : Kyuss Lives Chapter Two. On ne fait cela que pour une raison et une seule : promouvoir [le projet] Garcia Vs Garcia qui sortira l’année prochaine… C’est quelque chose qui ne doit pas devenir habituel, je vous l’assure… » Alors que Homme n’a pas donné de réponse, Reeder a répondu : : « Je pense que tu sais que pour moi, c’est tout le monde ou rien ». De ce point de vue, on peut penser qu’il n’a pas dû se sentir lésés trop longtemps puisqu’il a pu participer à plusieurs dates avec Kyuss Lives!.

Quant à Homme, pendant longtemps, il n’a jamais douté que ce n’était que pour faire revivre de vieux morceaux et apporter une lumière sur les projets solos de Garcia. Ainsi, quand en 2011 la tournée Kyuss Lives est lancé, en octobre, le guitariste de Queens Of The Stone Age continue à les encourager par voie de presse. Volontairement, Kyuss Lives! affiche d’ailleurs dans sa promotion un « Lives! » plus imposant que le nom de Kyuss afin de ne pas avoir l’air d’être un véritable et total retour de Kyuss ; ce qui est aujourd’hui l’un des arguments utilisés par ce parti dans cette action en justice pour se défendre contre des accusations d’usage illégal et d’atteinte au nom et à la marque Kyuss.

Néanmoins, Garcia et Bjork commençaient déjà fin 2010 à voir plus loin, affirmant qu’ils pensaient faire un nouveau disque, propos entérinés à la fin de l’été 2011 quand Bjork a affirmé que le groupe avait commencé à travailler sur de nouveaux morceaux et prévoyait d’enregistrer un nouvel album dès début 2012. A ce moment les anciens membres ont réagi et le 25 janvier 2012 Josh Homme a invité à une réunion (en présence de son manager) Garcia et Reeder – réunissant ainsi les membres de leur « partenariat » – pour exprimer qu’il ne souhaitait pas voir d’enregistrement live ou studio sortir sous le nom Kyuss Lives. Aucun accord ne fut conclu et en février 2012, Kyuss Lives annonçait être en studio pour le mixage d’un album live. Ce que ne savait pas non plus Reeder et Homme au moment de cette réunion, c’était qu’en septembre 2011, Garcia et Bjork, avec leur avocat, ont tenté de déposer la marque Kyuss Lives… et la marque Kyuss en même temps puisqu’elle n’existait plus depuis 2003… Résultat : en mars 2012 Homme, Reeder et Kyuss Partnership portent plainte ; ne serait-ce que pour faire valoir cette clause essentielle : aucun des partenaires isolés, hors de ce partenariat n’a le droit d’utiliser le nom Kyuss à des fins personnelles. Ce qui n’effraie ni ne dissuade Garcia et Bjork qui ont bien l’intention de ne pas se laisser faire et d’enregistrer un nouvel album. Et c’est là où s’en était arrêté l’affaire aux dernières nouvelles.

Au cœur du grief étudié par la cour californienne se trouvent les problèmes de partenariat et de marque. Pour commencer, même si le partenariat n’a pas été défini avant 1994, la cour reconnaît qu’il existait au moins depuis 1991 et que même si la marque « Kyuss » n’existe plus, « Kyuss Partnership » n’a pas été dissous et a continué à agir en tant qu’entité, notamment pour contrôler le merchandising autorisé portant le nom Kyuss. Dans ce sens, Homme, Garcia et Reeder ont signé en 2007 un accord sur ce sujet pour protéger leur marque. Ce que les arguments de Garcia et Bjork tendraient maintenant à vouloir nier puisqu’ils utilisent comme argument de défense le fait que le but premier de Kyuss Partnership était d’opérer comme un groupe musical à plein temps (ce qui peut paraître évident) ; et parce que le groupe ne jouait plus et parce que chacun des membres œuvrait depuis dans d’autres groupes, ce partenariat devrait être considéré comme dissous.

Concernant l’utilisation de la marque Kyuss, le fait que Kyuss Lives! affiche en plus gros le « Lives! » que le nom de Kyuss pour éviter la confusion n’est pas suffisant et le tribunal a même détecté un usage du seul nom de Kyuss dans la promo du groupe (donc sans le « Lives ») qui se serait même présenté sur Facebook (ce qui ne se trouve plus à l’heure actuelle) comme né en 1989 alors que l’entité Kyuss Lives! n’existe que depuis 2011. La confusion est donc possible. Contre-argument de Kyuss Lives! : le fait d’afficher les noms des membres sur leurs affiches. Mais le juge continue de penser que cela n’empêche pas le « consommateur » de croire qu’il s’agit du même Kyuss qui a œuvré dans les années 90 ; ce qui peut être considéré comme une atteinte à la marque Kyuss, puisqu’il y aurait « tromperie sur la marchandise ». Mais il reconnaît aussi que Kyuss Lives pourraient subir certains préjudices à se voir interdit de jouer sous ce nom, surtout parce que des concerts sont déjà organisés. De plus, même si la cour n’accorde pas foi à ces déclarations (faute de preuves), Kyuss Lives affirme être « sur le point » de recevoir une avance de plus de 300.000 $ pour un album studio et un album live, ce qui ajouterait encore au préjudice financier s’ils ne pouvaient assurer ce pour quoi ils sont payés et si on leur demandait des compensations.

En conclusion, de l’avis du juge, si Kyuss Lives continue de tourner ou d’enregistrer de nouvelles musiques, cela nuira aux autres membres du partenariat et à la marque, et donc la cour, en injonction préliminaire (ce qui n’est pas un verdict définitif mais un premier conseil quant aux conséquences qu’auraient ce procès, démontrant les torts et les raisons de chaque parti), souhaite dissuader les défendants, Garcia et Bjork principalement, d’utiliser la marque Kyuss à moins que le mot « Lives » suive « Kyuss » en caractères de dimensions égales. La cour leur défend aussi de vouloir utiliser la marque Kyuss Lives conjointement à tout enregistrement, studio, live ou autre. Même si le tribunal ne le leur interdit pour l’instant, Kyuss Lives est quand même averti que d’autres concerts sous le nom Kyuss Lives continuera à leur faire prendre le risque d’autres plaintes pour violation de licence et il serait dans le plus grand intérêt des défendants de commencer à changer le nom de leur marque. Il leur est néanmoins permis de continuer de se référer à Kyuss en parlant de Garcia et Bjork comme anciens membres du groupe.

A noter que Garcia a récemment dépoussiéré son ancien groupe Unida (aussi culte que Kyuss pour les fans de desert rock californien) pour un unique concert à Palm Desert, Californie, le 10 août dernier. Serait-ce un premier signe annonçant que le chanteur va commencer à s’occuper de ses propres affaires et à user de son talent dans des projets où personne ne va lui nier le droit d’en faire ce qu’il veut, plutôt que de continuer à faire vivre un corps démembré qui n’est pas prêt de finir d’avoir des bâtons dans les jambes ?



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