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Interview   

La désillusion d’Arcania


La désillusion professionnelle nous guette tous, surtout lorsqu’on se lance dans un métier par passion. Et pour ceux qui se lancent dans une carrière musicale, c’est souvent lorsqu’il faut gérer l’aspect financier ou de s’insérer dans le milieu professionnel pas toujours tendre, alors qu’on aimerait, peut-être naïvement, ne se consacrer qu’à la création et à la performance scénique. Cette désillusion – mais aussi d’autres formes de déception – semble avoir été le point de départ du nouvel album d’Arcania au titre explicite Dreams Are Dead.

Au delà des influences musicales qu’il convient naturellement d’aborder lorsqu’on parle du nouveau disque d’un musicien, nous sommes donc revenus avec le groupe sur son parcours, qui a eu un rôle primordial dans l’émotion véhiculée dans ce disque.

« C’est un album qui a été fait sous le ton de la colère au début. »

Radio Metal : Depuis la création du groupe vous n’avez sorti qu’un EP et deux albums, ce qui est un rythme un petit peu lent, ces délais sont-ils voulus ou est-ce juste un concours de circonstances ?

Cyril Peglion (chant/guitare) : Un peu des deux. On ne se presse pas pour composer, on préfère faire quelque chose qui nous plait plutôt que de se fixer une date butoir et faire quelque chose qu’on ne trouve pas bien. Le dernier album a été enregistré en 2009 mais il est sorti un an après, entre 2011 et 2012 on a fait des concerts et puis on s’est remis à la compo en 2013. Moi ça ne me semble pas si énorme que ça dans le sens où l’on a fait un an et demi de dates.

A l’avenir vous pensez rester sur ce rythme-là ou accélérer la cadence ?

Si ça ne tenait qu’à nous on partirait directement en tournée après les sorties d’album pour jouer pendant un an puis l’on retournerait à la composition, mais là on n’est pas trop fixé là-dessus… Mais si l’on nous pose souvent cette question, peut-être qu’on y réfléchira un peu plus mais pour le moment cela ne nous a pas posé de problème ! (rires)

L’album s’intitule Dreams Are Dead, ce qui respire un peu la désillusion, et les paroles de l’album sont très sombres. Tout cela vient-il d’une expérience personnelle ou d’une analyse plus globale de la société ?

C’est plutôt personnel. Ce n’est pas par plaisir d’egotrip ou quoi que ce soit mais je me vois mal parler de sujets plus généraux, de politique ou de société, ce n’est pas trop mon truc. Je parle d’expériences personnelles. Et c’est vrai que cet album a été écrit à un moment où l’on se demandait si l’on allait continuer ou pas, on s’est dit « ça fait quinze ans qu’on fait ça, c’est la zone, niveau business c’est la grosse merde quoi » (rires) C’est un album qui a été fait sous le ton de la colère au début, je ne voulais même pas mettre d’intro, je voulais que ça parte direct à font, partir sur du brutal. Et puis finalement on a discuté, on s’est dit qu’il fallait un peu plus affiner ça. Après il y a eu aussi le départ de Nicolas vers Gorod qui nous avait un peu blasé, on s’est dit « putain de merde là on n’a plus personne sous la main ». Et puis pour le côté blasé, ça vient du fait que quand tu commences, t’es gamin, tu es plein d’illusions, t’imaginais que ça allait être simple ! (rires)

Mais alors est-ce que vous avez encore des rêves ?

En fait ce n’est pas vraiment que les rêves sont morts, mais plutôt les illusions. On ne se fait plus d’illusions sur certaines choses, on sait plus comment ça fonctionne. Pour le premier album on avait encore des illusions, après tu mets un doigt dans le business et tu vois un peu plus la vérité quoi… Malheureusement le côté artistique est nettement secondaire à côté du pognon. (rires) On était un petit peu dans un moment de creux, mais c’est bon, là ça va. (rires)

Le réalisateur et comédien Alexandre Astier a dit lors d’une interview « j’adore faire de l’art, c’est le milieu qui me gonfle et qui aurait pu me décourager », tu te sens proche d’un discours comme celui-ci ?

Complètement, il ne faut pas se mentir c’est un milieu de merde. Peut-être que si j’avais un manager à côté de moi il me dirait de ne pas le dire mais c’est la vérité… (rires)

Tu penses qu’il est possible de faire ce métier en s’épargnant le milieu et le côté business ?

Je pense que oui, après ça dépend de ce que l’on veut avoir à la fin. On peut se débrouiller tout seul, passer par des réseaux numériques pour mettre sa musique sur internet en évitant les intermédiaires. Mais on avait des ambitions, sans parler des prétentions, on a été obligé de passer par là. Et ne pas passer par le milieu est un frein aussi…

« Pour le premier album on avait encore des illusions, après tu mets un doigt dans le business et tu vois un peu plus la vérité quoi… Malheureusement le côté artistique est nettement secondaire à côté du pognon. (rires) »

On peut reconnaitre la diversité du thrash, un peu de death mais de manière modernisée avec également des accents à la Gojira. Est-ce une volonté de se réapproprier le thrash des années 80 et de le remettre au goût du jour ?

Disons qu’on est très influencé par ça. On a commencé en 1999, on avait treize ans et c’était le plein boom neo metal. Nous on était à fond dans le thrash old school, qui n’était pas du tout à la mode. On avait l’impression d’être les seuls à écouter ce genre de trucs, surtout là où on habitait… Ces groupes m’ont beaucoup influencé, Metallica, Testament, je les écoute toujours et je n’écoute pas beaucoup de nouvelles choses car finalement je ne prends pas le temps. Par contre on n’a pas envie de faire du revival, faire un truc exactement comme dans les années 80 je ne vois pas trop l’intérêt, il n’y a pas trop de créativité là-dedans. Si on réussit à le moderniser tant mieux, je ne me vois pas trop acheter des baskets avec des grosses languettes comme dans les années 80. (rires) On a fait ça plus jeune, on a un peu évolué.

Dans Arcania le chant clair peut parfois faire penser à celui de Joe Duplantier (Gojira), est-ce voulu ?

Non, carrément pas. J’en suis un peu surpris mais je le prends bien car j’aime bien Gojira, pour leur carrière et leur musique. Ce n’est pas du tout volontaire. Sur le premier album on nous a beaucoup comparé à Metallica et Testament pour le chant, ce qui m’a fait très plaisir. Comme beaucoup de gens on a commencé avec des reprises de ce genre de groupe, donc je pense que j’avais plus ça au fond de la voix. Après le côté Gojira, je ne sais pas mais j’aime bien sa voix clair, donc ça me fait plaisir ! C’est vrai que des fois on nous dit : « Ah ouais, ça ressemble pas mal à Gojira ! » Mais ce qui me surprends, c’est que Gojira, 80% du temps ils font du death metal quand même ! En tout cas, ce n’est pas volontaire mais ça me convient.

L’intro de l’album est très typée bande originale de film à la Hans Zimmer, était-ce une envie d’inclure votre goût pour le cinéma ?

J’ai toujours aimé composer, je joue de la guitare en groupe mais j’ai toujours fait d’autres choses à côté, plus instrumentales, pour des courts métrages, ce genre de choses. C’est vrai que j’aime bien Hans Zimmer, Danny Elfman, Philip Glass… Je me suis dit, quitte à faire une intro, autant en faire une bien, un truc casse couille ! (rires) Moi je me suis amusé dessus, les gars ont trouvé ça cool. C’est pour le plaisir mais j’ai mis ça un peu de côté, à un moment donné je pensais partir là-dedans mais je me suis rendu compte que c’était aussi difficile que de faire de la musique tout court, les courts métrages, les films, c’est bouché…

L’histoire de votre groupe a vite été marqué par un décès, celui de Gabriel, quelles motivations avez-vous trouvé pour continuer ?

C’est vrai que c’était une période super difficile, ça va faire onze ans déjà. A l’époque on était des copains de primaire, de collège, de lycée. C’est arrivé en plus en sortant de répète, il est sorti une heure plus tôt, on ne s’est pas vraiment dit au revoir… On s’est posé la question de continuer ou pas, et puis on a continué. Les line-up ont ensuite été un peu instables pendant un moment. Après, quelles motivations ? Je ne sais pas. Il m’est arrivé de me dire qu’on aurait dû arrêter à ce moment-là, reprendre des projets normaux, passer son bac comme il faut, ce genre de trucs… Après on s’est dit qu’on ne pouvait plus arrêter, quitte à tout foutre en l’air à côté.

Est-ce qu’aujourd’hui encore il y a des choses dans votre musique qui sont inspirées directement ou indirectement de lui ?

Oui. Moi et Guillaume on pense régulièrement à ça, quand on fait quelque chose on se demande souvent ce qu’il en aurait pensé. Alors qu’il aurait peut-être arrêté le groupe et serait parti en comptabilité, j’en sais rien ! (rires) Quand un truc cool nous arrive, on se dit que ça lui aurait fait plaisir.

Interview réalisée par téléphone par Philippe Sliwa.
Retranscription : Alexandre Covalciuc.

Page Facebook officielle d’Arcania : Facebook.com/arcaniametal



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