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Interview   

La génèse selon Claudio Sanchez


Claudio Sanchez, chanteur et tête pensante du génial groupe Coheed And Cambria, est un homme occupé. Que ce soit au sein d’innombrables projets musicaux ou dans la réalisation de ses bandes dessinées, Claudio est ce que l’on peut appeler un hyper créatif.

Preuve en est le superbe Year Of The Black Rainbow, nouvel album de Coheed And Cambria qui voit ce dernier gagner une fois de plus en maturité et en savoir faire. Un album qui dépeint les origines de The Armory Wars, un concept complexe, faisant dans un premier temps l’objet d’une série de bandes dessinées, et sur lequel chaque album du groupe se base.

Claudio nous a avoué n’être pas très à l’aise pour répondre aux questions des journalistes. Pourtant, il nous a volontiers ouvert une lucarne sur son monde, afin de nous donner des éléments de compréhension sur le personnage qu’il est et bien entendu sur le nouvel album de Coheed And Cambria.


« Ce n’est pas une chose que l’on prémédite, on ne se dit pas « il faut qu’on écrive des hits » pour rester dans l’actualité du monde de la musique. Cela n’a jamais été mon angle d’approche, je n’ai pas du tout envie de ressembler à certains de mes contemporains en termes de musique (rires) ! »

Radio Metal : Les albums de Coheed and Cambria suivent une histoire complexe appelée The Amory Wars. Sur Year Of The Black Rainbow, le nouvel album à paraître, vous avez choisi de raconter les origines de Coheed et Cambria. L’histoire se déroule avant les événements des quatre premiers albums. Pourquoi avez-vous choisi de vous pencher sur ces origines maintenant ?

Claudio Sanchez : Dans le premier album, la deuxième histoire de The Second Stage Turbine Blade, les personnages de Coheed et Cambria meurent. Une grosse partie de ce disque est donc très tragique pour eux. Les albums suivants illustrent quelques-unes des décisions qu’ils prennent. J’ai pensé qu’il serait approprié de cadrer l’histoire avec les personnages et de les montrer à un moment plus propice de leur existence, qui touche donc à sa fin. J’ai surtout fait cela pour leur rendre justice, vu que je leur fais essentiellement vivre un enfer tout au long de l’histoire.

Un peu comme dans Star Wars ?

C’est vrai. Mais je pense que ce retour aux sources a vraiment du sens et une utilité pour comprendre la suite de l’histoire. La façon dont ça a été fait sur Star Wars ne m’a pas semblé très logique (rires) !

The Amory Wars est en fait une série BD créée par tes soins et publiée par Evil Ink Comics. D’où vient l’histoire et comment est venue l’idée d’en faire une BD ?

C’est quelque chose que j’ai toujours voulu faire. Les BD sont une autre de mes passions. Quand j’ai créé ce concept, à l’origine il s’agissait plutôt d’un exutoire en tant que compositeur et parolier, parce qu’à cette époque, je trouvais difficile de me confesser dans mes chansons. J’étais intimidé par cette idée, et j’avais l’impression que si j’incorporais cela dans des BD, j’aurais plus de facilité à m’y confronter. C’est un medium que j’apprécie pour ça.

L’édition deluxe de Year Of The Black Rainbow inclura un roman de 352 pages que toi et l’auteur de bestsellers Peter David avez écrit. Comment sont nés ce projet et cette collaboration ?

Ce sont nos managers qui ont porté cette idée à notre attention. Pour le troisième album, nous avions sorti un roman graphique en accompagnement du disque. Nous voulions faire de même pour l’album suivant, No World For Tomorrow. Malheureusement, le groupe a subi une série de changements et nous n’avons pas pu nous concentrer sur le projet. Maintenant que le groupe a regagné sa stabilité, nous avons pu nous lancer dans ce nouvel opus de manière très positive. C’était donc le moment opportun pour explorer de nouveau cette dimension. Nos managers nous ont présenté Peter, dont je suis un grand fan tout particulièrement pour son travail sur The Incredible Hulk and Fallen Angel. Nous avons commencé à discuter et nous nous sommes bien entendus, donc il nous a semblé logique de travailler ensemble.

As-tu le projet d’écrire d’autres romans ?

Je voudrais bien, oui. Cela me plairait vraiment d’adapter les histoires originales de Coheed And Cambria en romans.

As-tu le projet ou l’envie de faire une adaptation cinématographique de l’histoire d’Amory Wars ?

Pas pour le moment. Cela pourrait être quelque chose à explorer plus tard, mais nous nous appliquons pour l’instant à raconter les histoires. Cependant, si une bonne opportunité se présentait, nous pourrions éventuellement y réfléchir.

Le nom Coheed And Cambria est évidemment lié à l’histoire d’Amory Wars, puisque ce sont les noms des deux personnages principaux. Ne penses-tu pas qu’à un certain moment, cela pourrait devenir une contrainte ? L’histoire de Coheed et Cambria va-t-elle toujours faire office de fil conducteur pour la musique ?

Je ne sais pas, c’est difficile à dire. Je suis tellement excité par ce nouveau disque en ce moment que je ne me suis concentré que sur cela. Coheed et Cambria sont les Adam et Eve de cette mythologie. Tous les événements qui arrivent après leur existence seront les conséquences directes de leurs agissements. Donc si l’on poursuit ce filon, je pense que ce nom de groupe reste pertinent.

L’album précédent, No World For Tomorrow, a vu le groupe prendre une tournure très mélodique, avec des chansons très accrocheuses, qui pourraient presque passer sur les ondes FM. Ce nouvel album semble aller plus loin dans cette direction. A quel point l’accroche est-elle importante pour vous ?

J’aime la mélodie et je pense que tous les disques de Coheed ont un sens de la mélodie. Cette évolution découle tout simplement du fait que j’ai muri et que je suis devenu un meilleur compositeur. Ce n’est pas une chose que l’on prémédite, on ne se dit pas « il faut qu’on écrive des hits » pour rester dans l’actualité du monde de la musique. Cela n’a jamais été mon angle d’approche, je n’ai pas du tout envie de ressembler à certains de mes contemporains en termes de musique (rires) ! Cette évolution n’est pas le résultat d’une prise de décision consciente. On s’est juste améliorés en tant que compositeurs.

Donc il s’agit de votre meilleur album ?

Je le pense, oui. Certaines personnes pourraient ne pas être d’accord, parce qu’elles préfèrent le premier album pour une raison x ou y. Peut-être qu’elles ont connu le groupe avec cet album, ce qui biaise leur jugement. Je pense que le dernier album est la représentation la plus juste et la meilleure de ce qu’est Coheed And Cambria. Si l’on devait arrêter Coheed and Cambria demain, et que je devais choisir notre meilleur opus, je choisirais celui-ci sans aucune hésitation.

L’évolution de Coheed And Cambria peut faire penser à celle de certains vieux groupes de rock progressif, comme Rush ou Yes. Ils sont réputés pour avoir écrit des chansons complexes sans pour autant perdre le sens de l’accroche. Est-ce que vous vous sentez proches de ces groupes, ou tout du moins de leur approche musicale ?

Je pense que nous sommes proches du genre qu’est le rock progressif, parce que le nom me suggère les idées de changement et de développement. J’aime à penser que le groupe évolue avec chaque album. Donc à cet égard, je crois que nous avons effectivement un lien avec ce monde.


« A nos débuts, nous faisions des premières parties et les gens partaient après notre set. Alors que nous n’avions même pas sorti d’albums ! (rires) »
Year Of The Black Rainbow est le premier album de Coheed and Cambria avec Chris Pennie, ex-batteur de Dillinger Escape Plan. Il semble apporter un nouveau niveau de créativité au groupe, comme sur la chanson « Guns Of Summer » sur laquelle son jeu est très impressionnant. Le groupe s’est-il, d’une certaine manière, senti inspiré par sa façon de jouer ?

Dans une certaine mesure, oui. Je ne suis pas sûr que nous aurions pu jouer « Guns Of Summer » sans quelqu’un comme Chris. Il apporte clairement quelque chose à notre style.

Nous savons tous à quel point Dillinger Escape Plan peut être technique. Avez-vous parfois eu besoin de poser des limites à Chris ou a-t-il naturellement adapté son style à la musique de Coheed And Cambria ?

C’est une chose qu’il a faite naturellement. C’est un batteur flexible et je pense qu’il a saisi comment l’instrumentation de notre groupe marche. Certaines chansons ont plutôt besoin de renfort, contrairement à « Guns Of Summer » ou « The Broken », sur laquelle chacun est très libre. C’est d’ailleurs la combinaison de toutes ces impros qui rendent ces chansons géniales. Je pense que Chris sait quand il faut juste soutenir une chanson et quand il faut au contraire se lâcher. C’est ce sens du jugement qui caractérise les meilleurs batteurs.

En 2009 Coheed And Cambria étaient en tournée aux côtés de Slipknot et Trivium. Curieux comme affiche ! Avez-vous parfois eu l’impression de ne pas être à votre place ?

A première vue cela nous a semblé être une association bizarre. D’un autre côté, des associations bizarres, c’est aussi ce que fait Coheed. Nous n’aimons pas prendre la solution de facilité et nous voulons varier ce que nous faisons. Jouer avec Slipknot nous semblait être logique, de la même façon que jouer avec Heaven & Hell l’était. Et puis, nous avons passé de bons moments, que nous n’aurions peut-être pas vécus en partant seuls en tournée.

En 2008 vous avez realisé Neverender, un enchaînement de 4 concerts de suite qui se sont tenus dans quatre villes différentes. Chaque soir, vous avez joué un de vos albums. Le concert de New York a été édité dans un coffret CD/DVD live appelé Neverender : Children Of The Fence Edition. Cela n’a pas dû être facile de réapprendre le répertoire complet du groupe. Te souviens-tu avoir eu des difficultés ?

Non, pas vraiment. C’était vraiment agréable de revisiter toutes ces chansons. Même si chaque album est un album-concept, c’est aussi le reflet d’un chapitre de ma vie. Par conséquent, j’ai trouvé très agréable de retourner dans le passé et d’apprendre ces chansons de nouveau, beaucoup de souvenirs me sont revenus. Je pense que les fans se sont amusés autant que nous donc, dans l’ensemble, cela a été un plaisir.

Le coffret contient une libellule en métal, que symbolise-t-elle ?

« The Dragon Fly » (la libellule) est une chanson très personnelle qui symbolise plusieurs choses. Pour moi, il s’agit d’embrasser ses faiblesses, un peu comme j’en parle dans « The Broken » ou « Here We Are Juggernaut ». Métaphoriquement parlant, il s’agit d’identifier ses défauts, de les accepter, pour trouver ainsi une certaine force. Ce sont nos défauts qui font ce que nous sommes, et je pense qu’il est important que les gens le réalisent.

La foule semble très participative pendant ces concerts. Le groupe semble réussir à véritablement fédérer ses fans. Quel est votre secret ?

(rires) Je ne sais pas ! L’autre jour je me préparais pour la tournée de Year Of The Black Rainbow et j’écoutais certains morceaux de Neverender. Sur cette tournée, nous changeons le rythme de certaines chansons à des moments précis de façon à ce qu’elles ne soient pas trop intenses ou dramatiques. Pendant ces moments, on peut clairement entendre le public chanter par-dessus le groupe. C’est un sentiment vraiment gratifiant.


« Je suis nul en interviews, je ne suis vraiment pas doué pour ça (rires)! »
Est-ce que vous avez pu constater cette réponse du public dès vos premiers concerts ?

Nous n’avions même pas encore produit de disque lorsque nous avons fait nos premiers concerts. De plus en plus de gens ont commencé à venir grâce au bouche-à-oreille. Par la suite nous avons fait les premières parties d’autres groupes, et souvent les gens partaient après notre performance ! Aujourd’hui, cela se passe encore comme cela. Nos morceaux ne passent pas encore à la radio malgré ce que tu disais plus haut. C’est le bouche-à-oreille qui ramène les gens à nos concerts. Et visiblement, ils en sortent convaincus ! Nous avons donc construit notre notoriété autour de notre prestation scénique et oui, très rapidement, le public a été réactif.

J’ai lu que tu as un nouveau projet de BD appelé Kill Audio, peux-tu nous en dire plus ?

Cette fois, c’est une comédie. L’origine de Kill Audio est musicale, contrairement à The Amory Wars, qui est plus liée au groupe et dont le fondement n’était pas musical. C’était ma façon de dire que la créativité ne devrait pas avoir de frontière ou de limitation, que l’art devrait être créé librement et qu’il ne devrait y avoir aucune restriction.

Kill Audio ne deviendra cependant pas un projet musical ?

Non, mais avec la quatrième édition des mini-séries, j’ai sorti avec ma femme un 45 Tours avec deux chansons d’un autre projet que j’ai appelé Prize Fighter. Et dans le numéro 4, le personnage de Bone Beaver reçoit ce même vinyle. J’ai pensé que c’était une bonne façon de remercier les abonnés, de leur donner deux chansons sur ce vinyle comme si elles sortaient tout droit des pages de la BD.

Tu dis que l’art ne devrait pas avoir de limitation. Ecrire est-il pour toi aussi important que de composer de la musique ?

Oui, je le crois. Ce sont l’un comme l’autre des formes de communication. Je ne suis pas le meilleur des orateurs lorsque je me retrouve dans une conversation. C’est juste une façon plus simple pour moi d’exprimer mes sentiments et mes opinions, plutôt que d’utiliser le discours direct. Je préfère m’exprimer de façon artistique. Par exemple, il m’est très difficile de répondre à ces questions avec toi ! (rires)

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Tu trouves que tu es nul en interviews ?

Oui ! Je ne suis vraiment pas doué pour ça ! (rires)

Tu donnes l’impression d’être un homme très occupé. Tu as, à côté de tes BD et du groupe Coheed And Cambria, de nombreux projets musicaux, comme Fire Deuce, The Prize Fighter Inferno. J’ai également entendu parler de Spencer Doll et d’autres projets… Peux-tu nous en dire un peu plus ?

The Fire Deuce est à vrai dire un projet très rock n’roll de Travis sur lequel j’ai chanté une chanson et joué un peu d’harmonica. Prize Fighter est un projet à base de synthé et de guitare acoustique. Spencer Doll est un autre projet que je fais avec ma femme, mais il n’y a pour l’instant rien de bien sérieux à ce sujet.

D’où te vient le besoin de faire tous ces projets ?

Je m’exprime autant que je le peux. Coheed est un moyen d’expression, mais Kill Audio ainsi que Prize Fighter traduisent plutôt mes opinions personnelles, et je préfèrerais ne pas imposer cela aux autres via Coheed.

Te sens-tu proche d’artistes comme Steven Wilson ou Mike Portnoy, qui sont en permanence actifs, en créant notamment de nouveaux projets parallèles ?

Je ne pense jamais à cela de cette façon. Plus je travaille, plus je me sens à l’aise. Je n’ai pas vraiment l’impression que c’est du travail parce que c’est tout ce que j’aime vraiment faire.

Sens-tu parfois le besoin de ne rien faire ?

Oui ! Comme maintenant (rires) ! Cela arrive de temps en temps mais parfois mon esprit rebascule automatiquement en mode « créativité ». Autant je voudrais que cela m’arrive, autant cela ne dure jamais bien longtemps.

Interview réalisée par téléphone par Spaceman & Metal’O Phil, le 5 Mars 2010
Traduction : Sandra
Myspace Coheed And Cambria : www.myspace.com/coheedandcambria




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  • dreadeux^^ dit :

    moi j’aime toute leurs discographie c’est plus que de la musique et je me suis mis à écouter il y a 4 ans ! ! c’est que du bonheur je me suis même tatouer leur logo dans le dos 😀

    [Reply]

  • Metal'o Phil / RM dit :

    Tu lui lèches les bottes juste parce qu’il a écrit une saga qui s’appelle AMORY WARS ! Tu l’as acheté, hein, avoue ?

    [Reply]

  • Amaury / RM dit :

    Moi je trouve qu’il se débrouille plutôt bien le gaillard en itw !

    [Reply]

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