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Interview   

La géométrie de Schammasch


SchammaschQuel pavé ce Triangle ! Mais Schammasch n’a certainement pas sorti un triple album de son chapeau magique par simple vanité ou orgueil. Au contraire, il s’est même imposé tout seul, à l’instar de la trilogie que ce troisième album referme après les deux opus précédents, le juvénile Sic Lvceat Lvx et le plus mature, et double album, Contradiction. Car oui, dans cette trilogie, Schammasch est passé du simple, au double, au triple. Et il faut en avoir, non seulement de la créativité et des choses à dire, mais aussi du sang froid pour entreprendre un tel projet en début de carrière, ne sachant pas comment cela pourra être pris par le public à une époque où la musique est devenue une denrée vite consommée, et par un label qui pourrait en être effrayé. Mais la vérité est que ce ne sont pas des paramètres que Chris S.R., le chanteur-guitariste mais aussi cerveau du groupe de dark/black metal avant-gardiste, prend véritablement en considération. Créer est une nécessité.

Triangle est donc un aboutissement en soi, musical mais aussi philosophique et spirituel, retraçant les trois étapes menant l’homme à l’état d’être accompli. Il y a l’idée de liberté sous-jacente, celle de l’homme qui aspire au « divin », celle de l’artiste qui veut concrétiser sa vision sans entrave – pas toujours évident avec l’impossible rapport temps/argent -, mais aussi celle que les mots ne peuvent offrir et même entravent. Il y a aussi l’idée de changement, celui que l’homme vit tout au long de sa vie, mais aussi celui qui devient nécessaire dans le monde des musiques extrêmes, en particulier le black metal. Et puis il y a l’équilibre, celui entre vie matérielle et vie spirituelle, ou celui que procure l’art. Et tant d’autres choses.

Nous nous sommes longuement entretenus – il fallait bien ça pour faire le tour d’un sujet aussi riche – avec Chris pour qu’il nous donne les éléments pour comprendre sa démarche, l’album, la trilogie et même l’avenir.

Schammasch

« J’ai sacrifié ma vie de tous les jours et ma vie sociale pour pouvoir réaliser cet album de la façon dont il devait être fait. »

Radio Metal : Les triples albums ne sont pas très courants, je sais que Swallow The Sun en a fait un l’année dernière, mais comment avez-vous décidé de vous lancer dans un album séparé en trois disques aux orientations différentes ?

Chris S.R. (chant & guitare) : L’idée est venue un peu pièce par pièce après que j’ai pensé à séparer tout l’album en trois chapitres mais sans forcément penser au départ que ce soit trois CDs séparés. Ensuite j’en ai parlé à mon groupe et mon autre guitariste a eu l’idée d’en faire trois CDs parce que Contradiction faisait deux CDs. Au départ je me suis foutu de lui mais j’y ai réfléchi les jours suivants et ça avait plutôt du sens à ce stade de poursuivre ce concept numérologique que nous avions sur Contradiction. J’aimais simplement l’idée de faire quelque chose de complètement dingue. C’était une idée très intéressante et, à un moment donné, j’ai vraiment voulu la mettre en œuvre. C’était un grand défi mais ça a bien fonctionné au final.

L’idée de faire un triple album n’était-elle pas un peu intimidante ?

Ouais, bien sûr. Je veux dire que la vision était assez claire à partir du moment où j’ai vraiment décidé de faire ça. J’avais vraiment beaucoup d’idées dans la ma tête et je savais quelle direction je prendrais avec l’album, pour quel type de son et quel style j’opterais pour chacun des EPs. Mais, c’est sûr, il y a des moments où je me suis complètement perdu dans tout le truc et je ne savais pas si ça valait vraiment le coup et si ça allait bien s’agencer au final. Evidemment, ça m’a parfois donné beaucoup de difficultés. Je veux dire que ça arrive toujours, je pense. Lorsque tu es artiste et que tu fais quelque chose d’imposant et de difficile, tu as toujours ces moments où tu remets tout en question et tu penses que ce n’est que de la merde, que ça ne marche pas et ce genre de choses ; quoi qu’il en soit, ça arrive toujours. Donc je pense qu’il n’y avait pas tant de différences si on compare au processus de composition de Contradiction.

En fait, j’ai lu sur votre page Facebook que ça a pris quelque chose comme mille heures à faire cet album…

[Petits rires] Eh bien, je pense que c’était juste un chiffre donné au hasard, probablement. Je ne sais pas dans quel contexte ça a été posté mais c’était probablement… Je n’en ai aucune idée. Je veux dire… C’était probablement des centaines d’heures, assurément. Ça a duré une éternité. Du début à la fin, c’était tellement de putain de boulot. On aurait dit que ça n’allait jamais finir. Et le travail en studio était juste… Je veux dire que j’ai passé plus de trois semaines uniquement sur les trucs de guitare ! Et sans compter le CD d’ambiance, ça c’était juste les deux premiers EP qui ont pris trois semaines pour faire toutes les guitares. Donc tu peux imaginer. Je veux dire que nous avons fait l’album Contradiction en trois semaines et cette fois, c’était trois semaines rien que pour les guitares ! Tout le reste a été fait pendant, je ne sais pas, environ sept semaines supplémentaires. C’était une putain de longue production. Je suis certain que c’était la production la plus longue de ma vie [petits rires]. Mais ouais, je veux dire, à quoi pouvait-on s’attendre d’autre ? Il était complètement évident que ça allait représenter beaucoup de travail et que ce serait difficile mais c’est le prix à payer lorsque tu fais quelque chose de colossal [petits rires].

Tu as géré une bonne partie de la production toi-même cette fois. Etait-ce important pour toi d’avoir également le contrôle sur cet aspect de ton art ?

Ouais, extrêmement ! En fait, je ferais probablement tout moi-même si j’avais toutes les compétences pour le faire. Mais mes compétences en termes de production atteignent leurs limites lorsqu’on en arrive à la production et l’enregistrement de la batterie, car c’est évidemment la partie la plus dure. Ca requiert beaucoup de savoir-faire et de professionnalisme à tous les niveaux. Et aussi la production finale, les mix et le mastering, bien sûr, sont au-delà de mes capacités. Donc j’aurais toujours besoin d’un genre de professionnel pour m’assister là-dessus. Mais ouais, plus je contrôle le processus, comme aussi l’artwork, les photos et toutes ces choses, plus j’ai le sentiment de pouvoir compléter toute ma vision que j’ai en tête. C’est juste que je n’aime pas remettre ma vision entre les mains de quelqu’un d’autre ; je ne fais pas entièrement confiance en ces mains. En gros, de bien des façons, j’ai fait ça pour Contradiction et je n’ai pas aimé après coup. Je veux dire que j’adore l’album mais plein de choses ont été faires différemment de la façon dont ça aurait dû être fait. Sur Triangle, j’ai essayé de conserver le contrôle à peu près à tous les niveaux et ça a plutôt bien marché. L’album est ressorti bien plus proche de la vision que j’avais en tête que Contradiction.

Ca a dû être un sacré défi pour toi, dans la mesure où les trois albums ont leur propre son…

Ouais, c’était délicat. Les trucs basés sur la guitare reposent plus ou moins sur les mêmes types de son. Sur les trois albums, c’est globalement le même matériel. Ce qui était le plus compliqué par rapport à ça, c’était le son de batterie. Nous avons beaucoup travaillé et pendant longtemps sur le son batterie, surtout pour le premier EP parce que ça a pris longtemps pour trouver le bon feeling. Après ça, c’était plutôt facile d’enchaîner avec le second EP et toutes les ambiances et tout. Et le troisième était déjà terminé à environ soixante-dix pour cent lorsque nous sommes entrés en studio. Je veux dire que tout le mixage et les arrangements étaient plus ou moins finis, nous avons simplement ajouté des percussions et quelques chants en plus et ce genre de choses. En fait, ce n’était pas si dramatique. La production du dernier EP était fait en quelque chose comme deux jours, ça n’a pas pris trop longtemps parce que toute la structure était déjà là et ça convenait déjà pas mal pour le produit final. Mais bien sûr, je veux dire, pour garder une vue d’ensemble et trouver les bons feelings pour les trois CDs, qui sont un seul et même grand truc, un concept, c’était un assez gros défi. Je pense que nous sommes plutôt bien parvenus à le finir, en fait.

Chaque CD faisant trente-trois minutes et trente secondes, n’as-tu pas dû faire des compromis musicalement ?

Pas autant que je pensais que j’aurais eu à le faire au début ! Car la longueur de tous les CDs était une idée que j’avais en tête quasiment dès le début du concept. Je voulais vraiment faire ça. Je pensais que ça allait être sacrément difficile de le mettre en pratique mais ça s’est plus ou moins fait tout seul. Car je le savais dès le départ et j’y faisais toujours un peu attention en parallèle pendant le processus de composition. Je pense que grâce à ça, c’était facile à gérer au final. Evidemment, il fallait que je raccourcisse ou rallonge des choses ici et là. Mais ce n’était pas si problématique.

Tu as dit que tu as dû « sacrifier plein de choses pour pouvoir réaliser cet album de la façon dont il devait être fait. » Quels sacrifices est-ce que ça a impliqué ?

Tout d’abord, j’ai quitté mon travail un mois avant que le processus de production commence. Et j’ai grosso-modo vécu sur mon compte en banque, sur ce que j’avais économisé au cours des dernières années, pendant toute une année. Je n’ai pas travaillé pendant toute l’année dernière. Je ne travaille toujours pas en ce moment, tout du moins pas un boulot à proprement parler. Ca a amené pas mal de changements dans ma vie personnelle, bien sûr, parce que je n’avais pas l’habitude d’avoir tout ce temps et pouvoir faire ce que je veux maintenant faire, me concentrer sur la composition, la production et toutes ces choses, me concentrer sur le groupe en général, me concentrer sur l’art. J’ai en gros sacrifié ma vie de tous les jours et ma vie sociale, pour ainsi dire, pour pouvoir réaliser cet album de la façon dont il devait être fait. Et c’est plutôt difficile de s’y remettre, en fait, maintenant parce qu’aujourd’hui je manque sérieusement d’argent. Je n’ai pas vraiment de plan, donc… Je ne sais pas ! Je veux dire que c’est dur de trouver un boulot en tant que musicien pro, en jouant des concerts toutes les quelques semaines et partant en tournée pendant un mois et ce genre de choses, personnes ne veut avoir à faire à ça, surtout pas en Suisse. Donc, ouais, c’est plutôt dur en ce moment mais je pense que le jeu en vaudra la chandelle. Je veux dire que tu dois toujours faire des sacrifices pour accomplir les choses que tu veux vraiment accomplir.

Schammasch

« Ce n’est pas quelque chose que j’ai vraiment choisi de faire, c’est quelque chose que j’ai besoin de faire afin de survivre. Aussi dramatique et théâtral que ça puisse paraître, c’est la pure vérité, c’est une totale nécessité dans ma vie. »

Est-ce que tu as quitté ton boulot spécialement pour travailler sur cet album et pour le groupe ?

Eh bien, je dirais que c’était du cinquante-cinquante pour cette raison et aussi simplement parce que j’en avais marre, je ne pouvais plus faire ce travail. Je travaillais à plein temps avant ça, durant les sept dernières années ou peu importe, sans interruption. Lorsque j’ai écrit et enregistré Contradiction, je travaillais à plein temps. Je veux dire que j’ai enregistré un album en studio pendant trois semaines et du jour au lendemain je repartais au boulot. Donc ça me pétait ma tête et mon corps. C’était juste trop, je ne pouvais plus supporter ça. L’art est quelque chose d’éprouvant par moments. Le fait de travailler à cent pour cent pour un putain de trou du cul que tu détestes est aussi très éprouvant parfois. Je n’étais plus partant pour me faire subir ça. Donc je me suis dit : « J’emmerde ça ! Je vais faire ce que je veux faire maintenant. » Et c’est ce que j’ai fait.

Penses-tu qu’il serait possible de concilier l’intégrité artistique que tu as avec le fait d’avoir une vie « normale » que tu serais en mesure de « financer » ?

C’est une bonne question [rires]. Je cherche encore à le savoir ! Je n’ai vraiment aucune réponse à ça. Et c’est toujours un peu un miracle pour moi de voir que de nombreux musiciens semblent réellement pouvoir vivre sans avoir à travailler comme des forcenés tous les jours. Je n’ai aucune idée comment ils font ça ! Je veux dire qu’en Suisse, c’est probablement un peu une situation particulière parce que c’est un pays putain de cher et focalisé sur les carrières, sur le fait de faire de l’argent dans ton boulot, le fait d’avoir une famille et un environnement sûr et toute cette merde. Donc ce n’est pas vraiment un pays pour vivre une vie artistique où il n’y a jamais de sécurité, tu ne sais pas comment tu vas payer ton prochain loyer et ce genre de choses. Ce n’est pas vraiment fait pour ça, je pense, et la société ici ne veut pas vraiment que tu vives ainsi, et l’état et le gouvernement non plus. Je veux dire que ça doit bien être possible d’une façon ou d’une autre mais je pense que ce n’est possible, encore une fois, qu’en partageant en cinquante-cinquante, genre en travaillant à cinquante pour cent dans un boulot normal et faire tes trucs artistiques de l’autre côté.

Vous êtes maintenant chez Prosthetic Records mais n’était-ce pas compliqué de trouver un label qui aurait les tripes pour sortir un triple album aussi massif ?

Ouais, c’était ma seconde inquiétude lorsque j’ai eu cette idée. J’avais de gros doutes sur le fait que Prothetic allait être partant pour le faire comme ça. Mais en fait si. J’ai rencontré notre manageur [Duncan Dinsdale] au label, qui est aussi le manageur européen du label, à Londres en février ou mars dernier, je pense. Je lui ai présenté tout le concept de l’album avec un dossier de sept pages ou un truc comme ça. Nous étions assis dans un pub, à prendre une bière et passer un bon moment, et je lui ai présenté ça. J’étais putain de tremblant, honnêtement [rires], car je pensais qui allait dire : « Oh, va te faire foutre. Honnêtement, on ne peut pas faire ça. » Mais il a été convaincu dès la première seconde, idem pour le bureau américain du label, qui est en fait le bureau principal. Ils nous ont soutenus immédiatement lorsque je leur ai présenté ce concept. C’était génial ! Probablement quatre-vingt pour cent de tous les plus gros labels de metal aurait juste dit : « Mais putain, qu’est-ce qui cloche chez vous les mecs ?! Faites juste un album normal ! » Je pense que Prosthetic comprend vraiment ce que nous voulons faire, ce que nous voulons accomplir et ce qu’est le groupe. Et ils ont vraiment foi en nous ! C’est tout ce dont nous avons besoin. Aussi, c’était assez dur de débarquer en tant que nouveau groupe lorsque nous avons postulé auprès des labels pour que Contradiction sorte, et c’était un double album. Personne ne nous connaissait vraiment à l’époque et ils étaient partants, tout de suite, ils avaient foi en nous déjà à l’époque et c’était génial.

C’était le premier label à qui vous aviez présenté l’album ?

Non, carrément pas [petits rires]. Je veux dire que nous avons envoyé plus de cinquante livrets promo accompagnés d’un CD, vraiment très bien faits, à tous les labels pour qui nous voulions postuler et que nous trouvions intéressants. En fait, Prosthetic n’était pas dans la liste. Après environ quatre mois à ne recevoir aucune réponse ou juste des refus et ce genre de merde, nous avons un peu perdu espoir et j’ai essayé un plan B. Un ami à moi m’a suggéré Paradigm Records. Je me suis renseigné dessus et ça avait l’air vraiment fantastique, un genre de très petit label underground mais vraiment merveilleusement fait, un truc pour les fanas de musique, évidemment. Et j’ai écrit à ce mec pour voir si ça l’intéressait de sortir notre album. Genre une demi-heure plus tard, il m’a répondu et il était là : « C’est putain de génial ! Mais je ne vais pas le sortir sur mon petit label. Je vais le sortir chez Prosthetic Records. » Car il s’est trouvé que ce gars était en fait le manageur européen de Prosthetic Records ! Et je n’avais pas compris ça au départ. Mais ouais, c’est ça l’histoire derrière notre contrat avec Prosthetic, c’était juste une coïncidence, en gros.

En dehors du concept, est-ce que ce triple album pourrait aussi être une déclaration contre le mode de consommation moderne de la musique ? Car beaucoup de gens de nos jours, de toute évidence, ne prendront pas le temps d’écouter un triple album…

D’une certaine façon. Je veux dire que ce n’était pas la raison principale pour faire ça, bien sûr, de faire une telle déclaration. La raison derrière ça, c’était parce que c’est ce qui avait le plus de sens pour les sujets idéologiques abordés dans l’album et aussi vis-à-vis du concept des deux derniers albums. Mais, bien sûr, c’était un supplément sympa de pouvoir dire « allez vous faire foutre » à tous les gens qui de nos jours ne se soucient plus assez de la musique et qui la consomment aveuglément, sans prêter attention vraiment à ce qu’il se passe et ce qu’il y a derrière. Car il se passe plein de choses sur plein d’albums de metal de nos jours, surtout dans le metal extrême, et surtout le black metal, bien sûr, qui parfois racontent une histoire très évoluée et complète à propos de thèmes philosophiques et plein de choses importantes de la vie, je trouve. Pour plein de gens, ce n’est que de la consommation, c’est comme regarder aveuglément la télé et simplement consommer pour faire passer le temps. Je ne sais pas, je ne pense pas qu’il y ait assez d’appréciation pour ce que c’est, en fait, car c’est de l’art et il faut que ce soit perçu comme de l’art, et pas juste comme… Je ne sais pas… un truc de consommation comme une émission télévisée ou autre. Donc ouais, c’est un supplément sympa mais c’est difficile de nos jours de vraiment faire des déclarations, de toute façon, car chaque groupe dans ce style musical se voit comme une grande déclaration et ce genre de chose. Donc c’est assez facile de s’y perdre, car il y a tant de groupes solides qui existent. Il y en a trop, je trouve ! Tout du moins pour moi, il y a trop de bons groupes et je n’ai simplement plus l’énergie de m’intéresser à tant de nouvelles choses et si je le fais, alors je veux le faire correctement, évidemment.

N’est-ce pas un peu triste ?

Je ne sais pas. Je veux dire qu’on me dit souvent ça lorsque je dis ça aux gens. Ils sont toujours là : « Oh, c’est con, tu dois écouter ce groupe et ce groupe. Il y a tellement de groupes qui sont cool et tout. » Et je suis toujours là : « Ah… » Je ne veux juste pas me prendre la tête. Je veux dire que si tu veux t’intéresser à des nouveaux groupes dans ce style de musique, alors tu dois vraiment y prêter suffisamment d’attention et le faire bien. Surtout, je n’ai plus l’énergie. Je pense que ça me va. Je veux dire que j’essaie de me concentrer sur mes trucs et laisser le reste à d’autres [petits rires].

Ton premier album était un simple album. Ton deuxième album était un double album. Maintenant ton troisième album est un triple album. Et je sais que tu considères ces trois albums comme une trilogie mais, d’après ce que j’ai compris, ce n’était pas prévu depuis le départ…

C’est exact. Je veux dire que je n’ai pas du tout pensé à cette idée après que nous ayons sorti le premier album. Ça m’est en fait uniquement venu en tête lorsque j’ai pensé au titre et au concept de base du second album, lorsque j’ai commencé à rentrer dans plein d’écrits cabalistiques et qui traitent de ces trucs numérologiques. D’une certaine façon, ça s’est révélé tout seul ainsi, comme étant un genre de cercle fermé traitant du nombre de naissances, de la dualité et de l’unité à la fin. C’était un peu quelque chose de naturel, la façon dont ça a évolué, et je ne peux vraiment pas expliquer pourquoi ça l’a fait et comment ça l’a fait. C’est juste qu’à un moment donné, ça semblait faire parfaitement sens. J’ai juste décidé de suivre ce concept pendant l’écriture de l’album Contradiction.

Schammasch

« Il y a des façons d’atteindre la liberté en vivant sous un certain genre de concept dogmatique, je pense, mais certainement pas de la façon dont la plupart des gens le font de nos jours, surtout pas dans les scènes musicales. »

Mais quelles sont les connexions, musicalement et au niveau des paroles, entre ces albums ?

Il y a des tonnes de connexions, que ce soit dans les paroles ou la musique. Je veux dire que le premier album était grosso-modo une tentative très naïve de créer quelque chose à partir de plein de sources d’inspiration différentes. Je ne pouvais vraiment pas maitriser ce que je faisais. C’était également notre première tentative d’enregistrer quelque chose, d’enregistrer un album et passer par tous ces aspects techniques et ce genre de choses. Il faut beaucoup d’expérience pour que ce soit correctement fait. Tu peux vraiment entendre ce qui se passe sur ce premier album, il sonne plus comme une démo, en fait, qu’un album à proprement dit, tout du moins pour moi. Ce n’est pas un souci mais il est particulièrement évident que c’est un point de départ. Il donne naissance à quelque chose de très fragile, d’une certaine façon, car il ne sait pas ce qu’il se passe, il ne sait pas ce qu’il est et ce qu’il sera, dans quelles directions il veut aller et ce genre de choses. Il y a beaucoup d’inspirations qui entrent en jeu, beaucoup d’angles différents dans les paroles aussi. Ce n’est pas vraiment focalisé mais c’est là, c’est la naissance, en gros, ce qui en fait le symbole parfait pour le numéro un. A partir de là, tu peux voir un très grand changement avec Contradiction, un très gros effort a été fait sur cet album, bien plus focalisé, avec bien plus de savoir et de sagesse, et aussi le côté technique est bien plus développé. Donc je pense que tu peux vraiment voir l’évolution naturelle. En comparant Triangle et Contradiction, c’est la même histoire, mais sous un angle différent parce que c’est un album bien plus fermé que les deux autres, c’est bien plus un truc unifié par rapport à ce que nous avons fait sur Contradiction et Sic Lvceat Lvx, le premier album. Il unifie un peu toutes les choses que nous avons faites jusqu’à présent, tout du moins selon moi, et il leur donne un même visage, définissant vraiment ce qu’est ce groupe et lui donnant une forme finale. Ça en fait donc le symbole parfait pour le numéro trois, qui évoque l’unité, bien sûr. Si tu lis les paroles, tu trouveras plein de références aux autres albums, surtout sur Triangles vis-à-vis de Contradiction : tu trouveras plein de trucs qui traitent de l’état de dualité mais aussi sur la clôture et le fait de surmonter cet état au final. Il y a plein de petits détails là-dedans que tu pourras peut-être ou pas voir. Je veux dire que ça dépend de chacun, mais il y a plein de choses qui se passent.

Les nombres ont une importance dans les albums de Schammasch, le nombre trois étant évidemment au centre de ce nouvel album. Peux-tu nous parler de ta fascination pour les nombres ?

Je peux essayer ! Je veux dire que je ne sais pas trop d’où ça vient. C’est juste que j’aime les concepts qui sont clairs, qui ont du sens et qui sont intelligibles d’une manière ou d’une autre. Plein de choses en philosophie et dans le mysticisme religieux sont très mystérieuses et difficiles à saisir pour moi, de certaines façons. Ces concepts numérologiques traitent d’un symbole à chaque fois et c’est très clair, il n’y a pas de code secret derrière ou autre. Ça avait énormément de sens pour moi et ça avait énormément sens dans toutes ces situations lorsque j’ai écrit le premier album et Contradiction, compte tenu des choses qui se passaient à l’époque dans ma vie. C’était vraiment quelque chose de beau pour moi, de découvrir ces concepts numérologiques, car ils ont d’une certaine façon aidé à trouver une meilleure vue d’ensemble sur ma situation dans la vie et mentale. Ils m’ont beaucoup aidé à gérer et accepter certaines choses. Je pense que c’est de là que la fascination provient.

Comment recommanderais-tu aux gens d’écouter cet album ? Doivent-ils l’écouter comme un tout du début à la fin ?

Je ne le pense pas. Je veux dire qu’il se passe tellement de choses sur chaque CD que je pense qu’en fait, c’est mieux que les gens y rentrent étape par étape et écoutent le premier, le digèrent, lui donnent un peu de temps, ensuite le second, et puis le troisième. Si tu écoutes tout d’un coup, je ne sais pas… Je veux dire que certaines personnes pourraient apprécier, pour certains ça peut marcher, mais pour la plupart, probablement pas, parce qu’il nécessite vraiment du temps car c’est un album vraiment massif, c’est un truc vraiment monolithique. Ca nécessite simplement de temps pour évoluer, et c’est naturel, je pense. Donnez-lui du temps si le déclic ne se fait pas tout de suite, car pour plein de gens ça ne sera pas le cas. Accordez-lui quelques chances supplémentaires, peut-être que ça s’avèrera gratifiant.

Mais en fait, l’écouter du début à la fin, ça t’emporte dans un genre de voyage…

C’est vrai. C’est complètement un voyage pour moi et ça raconte aussi l’histoire d’un voyage. C’est très cool si j’entends que des gens saisissent ce concept et ce sentiment en l’écoutant.

Il y a beaucoup d’invités sur cet album. Etait-ce important d’avoir tous ces gens afin de compléter ta vision artistique ?

Je ne pense pas que c’était nécessaire mais c’était bien d’avoir ces possibilités parce que, si tu travailles avec des musiciens invités, c’est toujours l’occasion de donner à la musique de tout petits éléments détaillés, que tu ne pourrais probablement pas apporter autrement. C’est un peu comme, je ne sais pas, ajouter des trucs qui brillent à une image ou peu importe. Ce sont juste de tous petits éléments mais ils peuvent être très utiles au final et conférer au tout un nouveau feeling ou visage. C’est toujours intéressant d’avoir ce genre d’éléments expérimentaux dans tout le processus de production. Il y avait aussi déjà pas mal d’invités sur Contradiction, donc… Je ne sais pas, j’étais partant pour expérimenter autant que possible et j’étais curieux de voir ce qui allait se passer avec tous les gens qui contribuaient à l’album. Certaines des contributions n’ont pas suffisamment bien marché, certaines ont très bien marché, la plupart d’entre elles en fait, mais c’est toujours un peu la loterie. Tu ne sais jamais comment ça va être au final mais, simplement, tu le fais et si ça marche, tu l’utilise, et si ça ne marche pas, tu ne l’utilise pas et c’est tout aussi bien.

La [contribution] la plus importante, de loin, était celle d’un gars qui s’appelle Bardo [Jäger] qui a fait tous les gongs et plein d’autres instruments que je ne pourrais vraiment plus te nommer parce que, je ne sais pas… Pour expliquer la situation, le mec vit dans un très ancien cloître – vieux de plus de cent ans – dans la partie italienne de la Suisse, au cœur des montagnes. C’est un tout petit village de montagne qui est très difficile d’accès. C’est très loin de la société. C’est un lieu très irréel. Ce gars à plus de soixante ans et il a voyagé dans le monde entier au cours de sa vie. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi intéressant et expérimenté que lui. La raison pour laquelle je suis rentré en contact avec lui était parce que je l’ai par hasard vu à la télé dans une émission sur Swiss TV, qui parlait de voyager en Suisse, rencontrer des gens particuliers et ce genre de trucs. Donc ce gars était dans cette émission. Je n’ai regardé que pendant environ une minute, j’ai vu ce mec, j’ai vu où il vivait, j’ai vu ce qu’il y faisait et c’était putain de génial ! J’étais là : « Putain de merde ! Il faut que j’écrive à ce gars ! » Donc je l’ai fait. J’ai été voir son site web et je lui ai écrit un email. Un jour plus tard, il a répondu et était très intéressé. Je lui ai juste demandé s’il serait partant pour faire des expériences musicales avec mon groupe, et il était très ouvert. Ce qu’on faisait l’intéressait et je lui ai envoyé quelques trucs, et aussi surprenant que ça puisse être, étant donné qu’il a plus de soixante ans, il a aimé ! C’était environ un an avant que nous faisions les enregistrements à proprement dit, c’était vers 2014. Un an plus tard, ça s’est fait et moi et Victor [Bullok alias V. Santura de Dark Fortress et Triptykon], qui a produit notre album, nous avons pris la voiture et avons été là-bas pendant quatre jours et enregistré la musique avec ce gars.

C’était une expérience incroyable parce qu’il approchait la création musicale de façon très différente de ce que j’avais vu auparavant. Il n’avait jamais vraiment fait d’enregistrements ou quoi que ce soit de ce genre. Il fait simplement de la musique pour la musique, dans l’instant présent, pour l’apprécier sur le moment où tu la fait. Toute la musique que j’ai faite avant ça, le but derrière était de l’enregistrer et l’avoir sur un CD ou peu importe et pouvoir ensuite la jouer en concert, mais il n’y a jamais rien de neuf avec ça, c’est toujours la même chose que tu fais, tu ne fais que répéter, ce n’est pas quelque chose qui vit vraiment comme la façon dont ce mec fait de la musique. C’était très inspirant et aussi un peu une révélation pour moi. Et aussi, la façon dont il l’a fait, il utilisait tous ces instruments étranges que je n’avais jamais vus avant. Il a aussi appris à maitriser ces chants à la façon des moines, les trucs tibétains ; c’était putain d’incroyable ! Sans ce mec, au moins le troisième CD n’aurait pas été ce qu’il est aujourd’hui. Je dois donc beaucoup à ce mec, honnêtement.

Les autres personnes, plus ou moins, ne faisaient que de tous petits éléments et contributions qui étaient très chouettes mais n’avaient pas d’impact majeur sur quoi que ce soit ; c’était juste un plus sympa, je trouve.

Schammasch - Triangle

« L’idée de provoquer, d’utiliser des symboles pour provoquer, prendre parti et ce genre de choses, pour moi, ce n’est plus intéressant. C’est fini ça. […] Je pense qu’il y a maintenant de la place pour quelque chose de nouveau. C’est en fait ce que je vois dans ce que nous faisons. »

Les trois disques représentent « les trois différentes étapes vers un état d’être accompli. » Peux-tu nous expliquer ces trois étapes et comment tu les as abordés d’un point de vue spirituel et philosophique ?

C’est très difficile d’expliquer ça en quelques phrases et je galère toujours avec cette question en interview [petits rires] car, comme tu peux l’imaginer, il se passe plein de choses derrière ces paroles et ce concept qui ne sont pas verbalisées et qui étaient dans mon esprit pendant le processus d’écriture, et qui aussi ont disparu dans le néant presqu’aussi tôt le processus terminé. Il y a donc plein de choses à découvrir pour moi également lorsque je lis les paroles en ce moment, car j’ai oublié plein de petits éléments et choses qui font partie de ces paroles et du concept. Mais je pense qu’on peut le simplifier assez facilement, sans trop rentrer dans les détails, en disant que c’est un genre d’abstraction du symbole de Sainte Trinité dans la religion chrétienne, qui est évidemment basé sur trois éléments, construisant au final l’élément unifié qui serait la lumière ou Dieu ou peu importe comment tu veux appeler ça. C’est grosso-modo le même élément dans le concept de Triangle mais il est fait de trois éléments complètement différents de ce symbole originel de Sainte Trinité.

Le premier serait The Process Of Dying (NDT : le processus de mourir), qui est en gros l’élément de la vie terrestre et le fait de gérer et accepter la vie sur terre, la mort et le changement. Le changement est en gros le symbole de la mort pour moi ou vice-versa. En fait, tu peux dire que la mort est le symbole le plus pur du changement, et c’est ce qu’il y a derrière ce titre : The Process Of Dying ne parle pas vraiment de la mort physique mais en fait d’abandonner l’idée de sécurité et d’un état constant parce que ce n’est pas une réalité, tout est en changement constant, tout meure tout le temps, en permanence. C’est ça l’histoire derrière cette première partie, le fait d’accepter ce processus et qu’il fasse partie de la vie terrestre, et à travers ça, devenir un meilleur être humain ou, pour ainsi dire, pouvoir vivre une vie plus comblée jusqu’à ce que tu la laisse partir.

Et c’est là où la seconde partie Metaflesh (NDT : Metachair) commence. En gros, elle décrit l’élément de l’équilibre, qui est un point nécessaire pour moi lorsqu’il s’agit de devenir un être accompli, et qui est formé à partir de l’état d’être terrestre et la vie sur terre. Mais, d’un autre côté, [il y a] l’élément spirituel et la conscience collective qui fait que tout n’est qu’un et que nous ne sommes pas vraiment séparés de tout le reste qui vit et respire – ou ne respire pas -, toute l’existence, en gros. Et il doit y avoir un genre d’équilibre entre ces deux côtés car les deux font partie de la vie. C’est quelque chose qui, en particulier, touche ma propre vie. Et tu peux le simplifier et le voir sous un regard très sobre. Si tu compares ton être spirituel, ta tête, ton esprit et toutes ces choses à ton égo et la vie que tu vis tous les jours, ton travail, ce que tu manges, quand tu dors et toutes ces choses humaines terre à terre, elles constituent un genre de nécessité dans les deux sens. Tu ne peux pas vivre sans l’une de ces choses. C’est donc là où l’équilibre entre en jeu. C’est de ça dont parle le second EP, le fait de pouvoir maintenir l’équilibre entre ton être terrestre, ta vie de tous les jours, et ton état spirituel.

La troisième partie, The Supernal Clear Light Of The Void (NDT : La lumière claire et divine du néant), est [la forme] la plus abstraite de tout ce qui est humain et terrestre, ce qui revient à juste décrire cet élan spirituel où l’égo est complétement absent et tu flottes dans la lumière et dans l’énergie unifiée du néant, ou peu importe comment tu veux appeler ça, la conscience collective, qui est, pour moi, un peu l’état complet de l’être. Je ne vois pas ça comme quelque chose qui peut être atteint durant la vie humaine mais c’est quelque chose que je considérerais faire partie de l’au-delà. Et aussi, c’est quelque chose qui est très dur à verbaliser et qui peut être compris de travers, d’une façon qui n’était pas prévue. Mais je pense que c’est très important, dans l’ensemble du concept et à travers les paroles de l’album, de ne pas trop se perdre dans les mots isolés. Au lieu de ça, au final, il faut essayer de se concentrer sur la globalité du concept.

Puisque la dernière étape est celle où on trouve l’état d’être accompli, est-ce que ça signifie pour toi que la liberté ne peut qu’être atteinte dans l’au-delà ?

Non. Ce n’est pas ce que je veux dire. La liberté est atteignable à travers l’équilibre, je pense, et l’acceptation. Ça correspond aux deux premières étapes ; l’acceptation étant la première et l’équilibre la seconde. La troisième étape, c’est le fait de devenir un avec ce qui te constitue, avec l’énergie qui t’a créé. C’est ce que je pense et c’est ma vision de la lumière universelle ou Dieu ou le néant ou tous ces mots qui, pour moi, ont en gros le même sens. Mais le fait de vivre une vie comblée en tant qu’être humain, je pense que c’est totalement possible, mais c’est dur d’y parvenir, ça nécessite beaucoup de travail et aussi de souffrance. Mais il est clair que ça vaut la peine d’essayer de l’atteindre, je pense.

Comment la progression des trois EPs, en termes d’orientation musicale, reflète ces trois étapes ?

Tu peux le simplifier avec certaines émotions, je pense, pour réponse à cette question. Par exemple, pour le premier état, l’émotion avec laquelle l’album démarre est la colère, la haine, la douleur et des émotions très négatives et fortes, dans une énergie et un sentiment très négatifs, je dirais. Tu peux aussi les voir changer à travers le ton du premier CD et le feeling et les atmosphères globales, lorsque tu vas de la première chanson à la dernière. Si tu prêtes attention aux paroles, tu peux entendre beaucoup de progrès vers l’état d’acceptation. Dans le second, l’émotion principale, autant dans les paroles que dans la musique, serait la sérénité, le fait de pouvoir accepter les choses telles qu’elles sont dans un état d’équilibre, ne pas les laisser perdre cet équilibre. C’est bien plus calme, bien moins négatif, je dirais, dans son atmosphère. Sur le troisième, le truc principal qui se passe, qui est tout de suite évident pour n’importe qui, c’est l’absence de paroles et de mots. C’est une décision très consciente de faire en sorte que les mots ne prennent pas le contrôle de la dynamique et du feeling de la musique, car ils peuvent facilement distraire de la musique, de certaines façons, en les interprétant de différentes façons et en construisant un concept et des idées par rapport à ce qu’il y a derrière la musique et ce genre de choses, ce qui n’est pas possible s’il n’y a pas de parole. Donc la seule chose que tu peux faire, c’est te concentrer sur la musique et les émotions qu’elle va te forcer à ressentir. Je pense que, et tu l’as dit avant, le troisième disque est totalement à propos de liberté, ne plus être attaché aux émotions, ne plus être attaché aux mots, aux idées, aux concepts et toutes ces choses qui grosso-modo, de certaines façons, détruisent toujours la liberté et cette conscience collective dont je parlais, car c’est restreignant de bien des façons. Donc avec le troisième EP, il est question de laisser tous ces concepts et idées complètement aller, et en conséquence, trouver l’unité là-dedans, trouver la liberté, c’est ça l’idée.

Comment est-ce que les illustrations incarnent tout ce concept ? Comment doit-on les interpréter ?

Je pense qu’après ce que j’ai dit sur la vision thématique de chaque disque c’est assez clair, et en comparant les illustrations aux titres des CDs, leur signification devient assez évidente. Pour l’illustration principale, je dirais que c’est le symbole de la liberté. La personne est dépeinte dans ce que j’interpréterais comme la chute vers la liberté ou la chute libre dans le vide ou le néant, qui est le symbole de l’unité et de la liberté. Le triangle clarifie ceci, d’une certaine façon. Pour les EPs individuels, The Process Of Dying montre le protagoniste tenant dans ses mains son amour mourant, ce qui symbolise l’acceptation et le fait de laisser le changement se produire. Le symbole de Metaflesh, c’est la personne qui porte le bandeau sur les yeux, ne pouvant pas voir avec ses yeux physiques mais voyant avec ses yeux spirituels l’équilibre entre les deux globes qu’il tient dans ses mains qui représentent les deux mondes dont j’ai parlé précédemment, le monde spirituel et le monde terrestre. La troisième montre le protagoniste qui flotte au-dessus du globe, ayant maitrisé la vie terrestre, l’ayant quittée d’une certaine façon, devenant un avec le cosmos.

Schammasch

« Il est toujours important de détruire quelque chose afin de pouvoir créer quelque chose, et je pense que c’est ce que le black metal a fait lorsqu’il est apparu. C’était une force destructrice et c’était totalement nécessaire pour plein de choses. C’était un symbole fort. Mais je pense qu’il se répète. Il n’y a plus aucun intérêt dans cette répétition. »

Comment t’es-tu retrouvé, à ce stade, à penser à un tel concept ?

En ayant à gérer pas mal de problèmes psychologiques et d’égos, en gros. Par exemple, la peur est quelque chose de fort, c’est une force qui prend le contrôle et qui est très égoïste également, d’une certaine façon. Elle peut te contrôler de bien des façons, et elle le fait dans cette société et avec l’éducation que nous recevons étant enfant et après. Il y a énormément de peur dans toutes ces choses de nos jours. Je pense que c’est probablement l’une des forces les plus destructrices dans l’humanité de nos jours. C’est aussi la thématique du changement, au final, qui est très importante dans ma vie, car c’est très difficile pour moi d’accepter les changements. Ça m’a confronté à tous ces problèmes et choses de diverses façons. Une façon [de surmonter ça], c’est évidemment en l’exprimant dans l’art que je créé. Je dirais que c’est aussi l’une de mes plus grandes sources d’inspiration pour créer de l’art, car j’ai besoin de trouver des moyens de l’exprimer et en conséquence, relâcher une partie de son énergie et sa force, pour à un moment donné me soulager de ça. C’est ce que ça fait, c’est ce que ça veut dire pour moi de créer ces albums, canaliser ces énergies afin de pouvoir m’en soulager. L’art est toujours quelque chose de très personnel. C’est créé via l’égo d’un homme et via la part spirituelle d’un homme mais, d’un autre côté, c’est aussi toujours quelque chose de très collectif parce que si tu le sors pour que les gens puissent le voir, l’entendre, le ressentir ou peu importe, alors ils finissent par en faire également partie et ils finissent par faire partie de cette énergie, et il se peut qu’ils l’utilisent pour eux-mêmes canaliser, pour leurs propres expressions, pour leur propre soulagement d’une certaine énergie négative ou peu importe. Je pense que c’est l’idée centrale et magnifique qu’il y a avec l’art et les expressions et le pouvoir artistique. C’est probablement le pouvoir le plus important que l’art peut procurer.

Est-ce que ça veut dire que cet album t’a aidé toi-même dans ta propre vie et ta spiritualité ?

Bien sûr, de tellement de façons. Je ne pourrais pas créer ces choses si je ne pouvais pas leur donner certaines possibilités de soulagement, autrement je serais complètement rongé physiquement et aussi spirituellement. Ce n’est pas quelque chose que j’ai vraiment choisi de faire, c’est quelque chose que j’ai besoin de faire afin de survivre. Aussi dramatique et théâtral que ça puisse paraître, c’est la pure vérité, c’est une totale nécessité dans ma vie. Je pense d’ailleurs que c’est comme ça pour de nombreux artistes. L’art est surtout créé pour soulager quelque chose et se soulager de quelque chose que tu ne peux pas supporter en toi. Sans soulager ceci, ça te consumerais. Je pense que c’est pourquoi l’art est une chose si importante pour l’individu mais aussi pour l’esprit collectif, pour pouvoir trouver une source collective de soulagement, d’une certaine façon.

Il y a évidemment une grande part de spirituel dans cet album. Est-ce que tu t’es intéressé aux points de vue des différentes religions pour ta propre réflexion spirituelle ? Je veux dire, tu as mentionné la Sainte Trinité du christianisme…

Ouais, bien sûr. Ça m’inspire beaucoup, surtout le symbolisme de la religion en général. Je pense que les gens de nos jours, surtout dans la scène black metal, surtout dans la scène metal extrême, prêtent bien trop attention aux mots, aux noms, aux partis-pris et ce genre de choses. Pour moi, la religion, ce n’est pas une question de parti-pris ou de choisir une opinion différente ou t’offrir une liberté par-dessus un concept et vivre sur la base de ce concept… Ceci n’a rien à voir avec la liberté pour moi. Tout du moins, pas de la façon dont la plupart des gens pratiquent la religion de nos jours. Il y a des façons d’atteindre la liberté en vivant sous un certain genre de concept dogmatique, je pense, mais certainement pas de la façon dont la plupart des gens le font de nos jours, surtout pas dans les scènes musicales. Je pense que le vrai sens derrière la philosophie religieuse est rattaché à la liberté, c’est toujours construit sur le concept de liberté au final. Je ne suis pas en train de dire que le fait de se focaliser sur toutes les mauvaises parties de la philosophie et toutes les parties qui sont facilement interprétables en tant que peu importe ce que tu veux y mettre, honnêtement… Je veux dire qu’il y a tant de façons d’interpréter certaines idées religieuses de n’importe quelle religion, mais il n’est pas du tout question de ça pour moi. Ce n’est pas une question d’interprétation ou quoi. Pour moi, tout est question de trouver des symboles forts de soulagement, d’expression et de liberté dans la religion. Et elles peuvent fournir ces symboles, je pense. Elles sont capables de fournir plein de puissantes sources d’inspiration. Je ne parle pas d’un certain type de religion là, ou de certains types d’idées ou de concept ou de philosophie, je parle de façon très générale de toutes ces choses. C’est pour ça que je les utilise, en tant que source d’inspiration pour être créatif, pour pouvoir donner vie à quelque chose et pour pouvoir exprimer quelque chose qui pourrait avoir une influence positive sur quiconque y ait affaire. J’essaie d’avoir un regard très constructif sur ces choses, en dépit de ce que de nombreux musiciens venant de cette scène pensent. Et je pense que l’idée de provoquer, d’utiliser des symboles pour provoquer, prendre parti et ce genre de choses, pour moi, ce n’est plus intéressant. C’est fini ça. Ça a énoncé son but et ça a atteint son but mais c’est terminé maintenant. Je pense qu’il y a maintenant de la place pour quelque chose de nouveau. C’est en fait ce que je vois dans ce que nous faisons. C’est ce que je vois dans le concept de base de Schammasch, dans le symbole que nous essayons d’être, au final.

Donc j’imagine que tu ne te reconnais pas dans la pensée black metal typique qui est purement antichrétienne ou au mieux athée…

C’est marrant que le black metal utilise beaucoup plus les symboles chrétiens de nos jours que probablement n’importe quel autre type de source artistique sur terre ! Je ne sais pas, c’est un peu paradoxal pour moi. Ça me fatigue, honnêtement. Il n’y a plus rien de neuf là-dedans. Comme je l’ai dit avant, le message est passé et a été compris, et maintenant le champ est libre pour passer à l’étape suivante, ce qui serait au bout du compte la partie créative et constructive. La partie destructive, je pense qu’il est toujours important de détruire quelque chose afin de pouvoir créer quelque chose, et je pense que c’est ce que le black metal a fait lorsqu’il est apparu. C’était une force destructrice et c’était totalement nécessaire pour plein de choses. C’était un symbole fort. Mais je pense qu’il se répète. Il n’y a plus aucun intérêt dans cette répétition, je trouve. Je pense que ça pourrait être plus que ce que c’est de nos jours.

Ihsahn d’Emperor, qui est un des pionniers de la scène black metal norvégienne, a toujours dit que les groupes de black metal et les fans qui cherchent à maintenir le genre sous certaines règles et traditions vont en réalité contre l’esprit originel du black metal…

Exactement. En gros, je partage complètement son opinion. Le black metal a été créé à partir de la destruction et le fait de détruire certaines limites et règles. Désormais, il est lié à toutes ces règles. Comme je l’ai dit, c’est un paradoxe. Tu peux, évidemment, le dire de différentes façons, et ça c’est une façon de le dire, mais tu ne peux pas ignorer le fait que c’est un paradoxe. C’est important qu’il y ait des artistes qui n’ont pas peur de dire ces choses et qui sont toujours plus ou moins en lien avec la musique, avec les racines de cette musique et avec l’esthétique et toutes ces choses, brandissant ces éléments aussi haut que possible mais aussi les combinant avec de nouveaux regards et angles de vue. C’est très important pour évoluer et atteindre la prochaine étape, je pense.

Tu sembles de toute évidence rechercher la liberté que ce soit artistiquement, spirituellement ou dans ta vie en général, et tu as mentionné le côté restrictif des mots, les limites que les gens s’imposent en cherchant une définition pour tout. Est-ce que ça veut dire que, pour toi, les mots et le langage tendent à entraver notre compréhension des choses et notre liberté ?

De certaines façons, je dirais que c’est absolument vrai, à un très, très haut niveau. D’un autre côté, c’est ainsi que nous fonctionnons et ce sur quoi l’humanité et notre société sont construites de nos jours, et il n’y a pas de réelle façon de contourner ça ; j’en ai totalement conscience. D’un autre côté, comme je l’ai dit, c’est un cercle vicieux. Tu ne peux pas vivre sans le langage. Je veux dire, bien sûr, tu peux mais tu ne peux pas faire partie de cette société sans langage. D’un autre côté, ça détruit plein de choses. Ca détruit énormément de moments et d’éléments de la vie qui sont précieux, et ça restreint tellement de choses. Les mots, les langages, sont probablement la plus importante des créations de l’Homme mais c’est aussi probablement la plus destructrice.

Schammasch

« Les mots, les langages, sont probablement la plus importante des créations de l’Homme mais c’est aussi probablement la plus destructrice. »

Comment peut-on articuler nos pensées et nos croyances, et même les partager, si ce n’est en utilisant des mots et en nommant les choses ? Penses-tu que l’art puisse faire ceci ?

J’espère que je l’ai un peu prouvé avec ma tentative de musique ambiante. Je veux dire, bien sûr, il y a quand même des mots vers la fin et il y a quand même des noms et des titres et toutes ces choses, mais c’était un peu une tentative de se détacher des restrictions des mots. Je pense que c’est une tentative très réussie aussi, car cette partie possède une forte atmosphère et il y a beaucoup d’esprit dans cette musique, à l’instar de plein d’autres musiques ambiantes, je dirais. Pour ma part, la musique ambiante est globalement ce que j’écoute le plus de nos jours, simplement parce qu’il n’y a généralement pas de langage utilisé. [Il réfléchit] Comme je l’ai dit avant, il y a tellement de choses qui se passent là-dedans, tellement d’émotions qui te font ressentir des choses, qui te font entrer en contact avec ton esprit. Je pense que l’art peut procurer ceci sans langage. Si tu regardes une peinture, elle peut te raconter un millier de choses différentes mais elle le fait sans mot. Et si tu entends de la musique, elle peut le faire également sans mot. C’est aussi l’un des grands pouvoirs que peut procurer l’art.

Mais l’art n’est-il pas restrictif d’une certaine façon aussi ? Car en musique, tu utilises un certain nombre de notes, les instruments sont limités, ou en peinture, tu as une certaine quantité de couleurs…

Bien sûr, je veux dire que c’est toujours limité dans une certaine mesure, si tu le vois ainsi. Tu ne peux pas contourner ça mais le langage le fait différemment. Ça ouvre à la possibilité de prendre parti et d’interpréter les choses de plein, plein de façons. Je pense que juste voir ou entendre quelque chose sans y mettre de mot ou de nom, ça reste bien moins restrictif que d’essayer de véhiculer un message avec des mots. Mais bien sûr, ce n’est que mon avis et, comme je l’ai dit, il y a beaucoup de valeur dans le langage également, il y a beaucoup de puissance là-dedans également. Mais ce que j’essaie de dire avec tout ça, c’est que j’essaie juste de montrer aux gens que tout ne tourne pas qu’autour de prises de position, des opinions, et du fait d’interpréter les choses. Il y a quelque chose de plus profond que les mots et les noms. C’est ce que j’essaie de dire, c’est tout. Je ne dis pas que le langage nous retire de la vie ou peu importe comment tu veux appeler ça. Je dis juste que c’est probablement une part trop importante de nous-même de nos jours par rapport à ce que ça devrait l’être.

Tu sembles porter beaucoup attention au côté visuel qui accompagne l’album et semble intéressé par le fait de développer ton art au-delà de la musique. Aimerais-tu pousser ça plus loin encore et développer ton expression à travers d’autres formes d’art, afin d’avoir de moins en moins de limites à ton expression ?

Je dirais qu’absolument, j’adorerais faire ça et nous avons essayé de le faire dans une toute petite mesure car, encore une fois, les limites sont trop fortes pour le moment, surtout à cause de questions d’argent. Si tu peux étendre toute la vision artistique à des niveaux où d’autres formes d’art auraient une part importante, ou ne serait-ce que plus importante qu’elles ne l’ont déjà pour nous, ça impliquerait que nous ayons dépensé beaucoup d’argent sur ces choses aussi. Et cet argent n’est juste pas là. Il y a donc d’importantes limites à ces options. Je veux dire, imagine les concerts comme ceux que font Iron Maiden, par exemple, ou tous ces groupes, le fait d’avoir des scènes probablement aussi grandes que les plus grands lieux dans lesquels nous avons joué jusqu’à présent, il y a tellement de choses qui se déroulent dans l’envers du décor pour en arriver à ça. C’est très dur d’en arriver là. La plupart des groupes ne peuvent pas faire ce genre de choses de nos jours car ça représente un effort énorme et il n’y a aucun moyen physique d’accomplir ces choses. C’est dommage mais ouais, c’est comme ça. La plupart des gens ne font au final que galérer pour payer leur matériel ou les voyages pour se rendre à un endroit où ils doivent jouer un concert et autre. Nous avons vraiment besoin de faire avec ce qui est possible de faire et travailler avec ce que nous avons à notre disposition.

Est-ce que ça veut dire qu’actuellement, tu te sens limité en devant compter surtout sur la musique ?

Pas pour ça mais parce que nous sommes limités financièrement et en terme de ce que nous pouvons faire avec le peu d’argent que nous gagnons en donnant un concert, par exemple, sans perdre d’argent au final, en pouvant faire perdurer le groupe, en continuant à faire des albums et les payer nous-même. C’est putain de sacrément difficile de nos jours, surtout lorsque tu essaies de faire de plus grosses choses avec de plus grosses tournées et ce genre de trucs. Tu perds toujours de l’argent en tant que groupe lorsque tu démarres ta carrière, ce qui est encore notre cas, et ceci est très restrictif. Ca restreint constamment tes possibilités. C’est juste dommage car ça vaut tellement plus… Ce que tous ces groupes font c’est juste… Il n’y a aucun moyen de dire à quel point c’est injuste, en comparant la situation financière, ce que les groupes reçoivent de nos jours pour tout le travail qu’ils mettent dans un album ou un concert, par rapport au fait de rester assis dans un bureau quatre ou cinq jours par semaine, à rédiger dix emails par jour et peut-être appeler des gens au téléphone parce que ton patron n’est pas là et tout le monde s’en fiche si tu fais quelque chose ou pas, et tu obtiens, je ne sais pas, vingt fois plus d’argent à faire ça qu’en jouant quelques concerts par mois ; c’est une situation qui ne devrait pas exister mais c’est ainsi. C’est ce à quoi tous les artistes doivent faire face à un moment donné, suivant à quel point ils prennent ça au sérieux. C’est extrêmement frustrant et restreignant. Ce que j’essaie de dire, c’est qu’il y a toujours très peu de possibilités d’être un groupe de nos jours lorsque tu essaies de faire plus que juste de la musique. C’est principalement à cause de l’argent qui manque.

Y a-t-il des choses que tu n’as pas pu exprimer dans Triangle, par exemple à cause de questions d’argent ?

Pas tant que ça parce que… Bon, en fait, nous n’avons pas encore payé tout l’album, nous n’avons pas encore payé toute la production, nous sommes encore endettés pour ça. Mais s’il y avait eu un petit peu plus d’argent, alors nous aurions pu faire un peu plus de choses sur la production. Mais au final, je suis plutôt satisfait de Triangle et je suis assez sûr d’avoir pu exprimer l’essentiel de ce que je voulais exprimer avec cet album de façon très satisfaisante. Mais par rapport aux questions d’argent, je parle surtout de situations dans la vie, car c’est devenu la norme pour les groupes aujourd’hui de devoir payer pour pouvoir jouer. Cette situation ne devrait pas exister. C’est juste un exemple qui dépasse l’entendement, car c’est irrespectueux vis-à-vis de la valeur de l’art, de bien des façons. Je ne blâme rien pour ça, je n’essaye pas d’être négatif à propos de ça, simplement je l’accepte comme un fait actuel mais ça te fait réfléchir en tant que musicien, et je suis sûr en tant qu’artiste en règle générale, car les artistes n’ont probablement pas plus de facilité à être rémunéré pour leur art. Je pense que c’est la chose principale, le fait que c’est une situation irrespectueuse envers quelque chose qui est une part importante de la culture et de notre société, et que ça vaut bien plus, à mon avis, qu’un travail de bureau ou autre. Je pense que ça va un peu trop loin, je me perds un peu à me plaindre sur la situation des musiciens… [Petits rires]

Sur la section « Manifest » de votre site web, on peut lire ces phrases : « Nos êtres individuels peuvent ne pas être formidables. Mais ce que nous faisons l’est. Une progression constante dans chaque aspect qui est utile. Exprimant la lumière à travers l’obscurité depuis 2009. » Dirais-tu que ce que tu créé, en tant que groupe, transcende ce que tu es individuellement ?

Je pense que l’individu est toujours une chose très différente de l’art qu’il peut créer. Je pense que ce que nous créons n’est pas du tout ce que nous sommes en tant qu’êtres humains. Je pense que c’est quelque chose de plus grand que ce que nous sommes, c’est quelque chose qui va au-delà de l’état d’être humain individuel, c’est quelque chose de collectif et de transcendant, d’une certaine façon. Je veux dire que si je pouvais atteindre cet état dont je parle dans mon œuvre, je ne ressentirais probablement aucun besoin de l’exprimer. Donc, ce que ça dit, c’est que je suis très loin en tant qu’individu d’atteindre un tel état. Donc ce que j’exprime n’est pas du tout ce que je suis. C’est juste une partie de l’énergie que je porte en moi et aussi un peu l’expression d’une leçon que je m’adresse à moi-même, à propos de là où j’aimerais aller.

Qu’est-ce que tu veux dire par la phrase : « Exprimant la lumière à travers l’obscurité » ?

Je pense que c’est une métaphore visuelle très simple pour dire que nous sommes une force destructrice autant que constructrice. Notre musique est destructrice, d’une certaine façon, mais elle est destructrice pour être constructrice.

Schammasch

« C’est devenu la norme pour les groupes aujourd’hui de devoir payer pour pouvoir jouer. Cette situation ne devrait pas exister. C’est juste un exemple qui dépasse l’entendement, car c’est irrespectueux vis-à-vis de la valeur de l’art. »

Tu as déclaré que vous êtes « un des groupes qui apportent un changement nécessaire. » Qu’est-ce qui te fait penser que le changement est nécessaire ? Est-ce lié à ce que tu as dit plus tôt à propos du black metal ou bien il y a une idée plus globale derrière ça ?

Je pense que le changement est toujours nécessaire. Si quelque chose stagne ou atteint le point de stagnation, le changement est inévitable, il est totalement nécessaire. C’est aussi ce que j’ai dit, comme tu viens de le mentionner, à propos de la scène black metal et là où elle en est aujourd’hui. Je pense que nous sommes un groupe qui a bien conscience d’apporter un certain nouveau feeling à tout ça ; et là, je ne parle pas de black metal, parce que je ne nous considère pas comme faisant réellement partie du black metal mais simplement comme un groupe utilisant certains feelings du black metal. Mais je pense que c’est une chose assurément nécessaire. Je veux dire que l’art est toujours une question de changement et surmonter les choses qui stagnent. C’est toujours une très bonne façon de surmonter quelque chose. L’art a le pouvoir de surmonter les choses.

Tu as déjà annoncé que vous allez sortir un EP en début 2017. Que peux-tu nous dire au sujet de cet EP ?

Pas grand-chose, j’ai bien peur ! Car, en fait, nous ne sommes plus à cent pour cent sûrs si nous allons le sortir en février. L’idée, à l’origine, était de le sortir en février, mais pour certaines raisons nous envisageons de le repousser à plus tard dans l’année. L’une de ces raisons est de donner un peu plus d’espace à Triangle pour qu’il respire. Car si nous sortions un EP en février, il n’y aurait même pas un an qui se serait écoulé entre Triangle et la sortie suivante. Je pense que pour un album aussi massif que Triangle, ce serait probablement une bonne idée, comme je l’ai dit, de lui donner un peu plus d’espace pour se développer. Mais nous n’en sommes pas encore sûrs et nous devons encore le déterminer et prendre une décision. Ce que je peux dire par rapport à la partie musicale, c’est que ce sera très expérimental et, de certaines façons, assez éloigné de ce que nous avons fait jusqu’à présent. Mais dans un autre sens, ce sera assez proche également. Mais ça sera assurément quelque chose d’assez spécial. Aussi, ce que je peux déjà dire, c’est que ce sera le premier d’une série d’EPs que nous allons faire. Ce sera basé sur une œuvre de poésie. C’est tout ce que je dirais [petits rires]. Enfin, nous n’allons pas uniquement sortir des EPs pendant les cinq prochaines années. Le truc, c’est que nous prévoyons de faire ceci en parallèle de la sortie du prochain album – ou des prochains albums, je ne sais pas jusqu’où ça nous mènera. On pourrait peut-être considérer ça comme un projet parallèle ou quelque chose comme ça. Ça apporte un élément différent, un côté différent au visage du groupe. C’est quelque chose que je voulais faire depuis longtemps déjà, me pencher sur cette histoire sur laquelle ce sera basé, mais je n’ai jamais vraiment trouvé la bonne façon de le faire et maintenant je pense l’avoir trouvée. Ce sera assez spécial et intéressant, je pense.

J’ai entendu dire qu’il vous restait des chansons que tu avais originellement écrites pour Triangle. Pourquoi ne pas les avoir utilisé et qu’allez-vous en faire ? Allez-vous les utiliser pour des sorties futures ?

Habituellement, je n’utilise pas de vieilles chansons que j’ai écrites pour un autre album parce que lorsque j’écris des chansons, c’est toujours dans le cadre d’un concept, il y a toujours un but qui l’accompagne sur le moment, et je pense que l’opportunité d’utiliser une chanson qui a été écrite est passée lorsque ce n’est plus dans le cadre de ce but dans lequel elle a été originellement écrite. Donc je pense qu’il n’y a pas de place pour de vieilles chansons sur de nouveaux albums, car ça serait à côté de la plaque pour moi. Il faut que ce soit quelque chose de nouveau. Je ne sais pas, je ne pense pas qu’elles sortiront. Elles sont là mais elles ne sont pas terminées et ce n’est pas un problème. [Je ne les ai pas utilisées] parce qu’elles ne collaient pas à l’atmosphère au bout du compte, donc elles avaient des feelings qui ne fonctionnaient pas avec la direction que je voulais prendre sur ces EPs. Donc j’ai décidé de ne pas les utiliser.

Penses-tu que ces trois premiers albums resteront une trilogie ou y a-t-il une chance que vous fassiez un quadruple album qui l’élargirait à une tétralogie ?

[Rires] Ca n’arrivera pas, non. On me demande souvent ça en ce moment. D’une certaine façon, ça serait un truc assez ridicule à faire, pour être honnête. Non, le concept est clôt. Le concept est terminé maintenant et il n’y a aucun intérêt à le poursuivre d’une façon ou d’une autre car il est complet et fini. L’idée d’unité est atteinte dans ce concept et il n’y a pas à aller plus loin.

Vous allez tourner avec Rotting Christ et Inquisition. A quoi peut-on s’attendre avec ces concerts, surtout par rapport aux chansons que vous allez choisir de Triangle ?

Comme tu peux l’imaginer, nous n’aurons pas un set très long chaque soir parce que nous sommes le groupe d’ouverture. Donc nous aurons un set de quarante minutes, ce qui ne nous permet pas de jouer autant de chansons que nous aimerions mais c’est déjà pas mal pour une position de première partie. Généralement, la première partie c’est environ une demi-heure mais nous ne l’aurions pas fait, nous n’aurions pas été d’accord pour ça parce que c’est simplement trop court pour nous. En termes de chansons de Triangle, ça signifie que nous jouerons une chanson de Contradiction et une chanson de Sic Lvceat Lvx et nous rempliront le reste du set avec des chansons de Triangle. Ce que je peux aussi dire, c’est qu’il n’y aura aucune chanson live de The Supernal Clear Light Of The Void, car ce serait trop difficile dans ce contexte, en tant que groupe de première partie et n’ayant que quarante minutes, ce serait impossible. Et ça n’aurait aucun sens. Ca nécessiterait bien plus d’instruments et probablement même plus de gens et autre. Donc nous avons décidé d’utiliser ces parties en tant que samples live, comme des interludes et ce genre de choses, et de se concentrer sur les deux autres EPs qui sont bien plus faciles à reproduire en live. Nous sommes déjà pas mal prêts pour le nouveau set live. Je pense que ce sera très intense et très fort. Je pense que ce sera bon ! J’ai hâte de faire la tournée. Ce sera la plus longue tournée que nous ayons jamais faite. J’espère que j’y survivrais ! [Petits rires]

Interview réalisée par téléphone le 28 juillet 2016 par Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Schammasch : schammasch.com

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