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Live Report   

La grisante folie de Shaka Ponk


A l’occasion de leur tournée française dans des salles importantes de type Zénith, le raz-de-marée Shaka Ponk – avec son déferlement d’énergie et ses bonnes ondes – était de passage à Amiens où nous nous sommes rendu pour le compte-rendu ci-après (retrouvez également la galerie photos de Lyon). Qu’on se le dise, les Shaka ne sont pas que bruit et fureur, comme l’atteste leur dernier né, Evol, référence autant à l’évolution qu’à l’amour « love », qu’ils sont venus mettre en scène. Le public ne sera pas déçu, tant la demi-mesure ne fait pas partie du vocabulaire de ce groupe hybride.

Comme toujours, l’ambiance promet d’être survoltée et les attentes des fans seront surpassées. La renommée live du groupe n’est plus à faire, leur réputation les précède, mais le défi est sans cesse relevé et la performance plutôt exceptionnelle. Le slogan d’une célèbre série, « Live without limits », semble approprié pour cette expérience transcendantale que nous promet Shaka Ponk dont l’art, on le sait, s’exprime pleinement en live et ne s’arrête pas à la musique.

Artistes : Shaka Ponk – Alb
Dates : 1er avril 2018
Salles : Zénith
Villes : Amiens

Alb (Amiens)

C’est à Alb qu’incombe la lourde tâche d’ouvrir le show et de chauffer une salle trépignante, dans l’attente de l’arrivée des monkeys. Et c’est mission accomplie, le public se montre réceptif et répond bien aux sollicitations du chanteur, guitariste et claviériste Clément Daquin qui fait valoir ses origines picardes – accent à l’appui – auprès de l’assistance. L’un des moments forts de cette première partie est probablement la métamorphose de la salle enténébrée du Zénith en vaste ciel étoilé grâce aux multiples lueurs des téléphones portables, à la demande du chanteur, afin d’introduire tout en poésie la chanson « Whispers Under The Moonlight ». Ce titre bien connu très électro pop, démocratisé par une campagne publicitaire il y a quelques années, est une réussite, à l’image du set. Alb remplit donc parfaitement sa fonction avec son rock électro un peu décalé mais bien travaillé, aussi original qu’agréable. Si la scénographie est assez minimaliste, avec batterie et claviers illuminés de diverses couleurs en rythme avec la musique, elle reste néanmoins efficace, mais n’est rien à côté de l’ouragan visuel qui nous attend.

Shaka Ponk (Amiens)

Un concert de Shaka Ponk joue sur les figures de style. A commencer par oxymore et hyperbole : joyeux chaos organisé, folle improvisation millimétrée… C’est donc l’esprit rock incarné et mis en scène avec une technique et une maîtrise impressionnantes, pour une prestation impeccable. Et dès les premières secondes du show, on pénètre dans un autre monde avec une sensation d’immersion très intense. La bulle de la salle de concert se transforme en sphère d’évasion virtuelle aux multiples dimensions. Le décor est planté et on commence notre cheminement entre jungle sauvage, ruines inquiétantes et univers futuriste cyberpunk. Comme nous y invite les trois singes – plus si sages que cela – ne nous couvrons plus les oreilles, ni la bouche, ni les yeux pour vivre l’expérience totale Shaka Ponk. Et les choses sérieuses commencent avec la monstrueuse arrivée de Goz, le singe si colossal qu’il en serait effrayant, et membre virtuel du groupe. Après cette intro spectaculaire retentit la très rock « Killing Hallelujah » alors qu’entrent en scène les membres du groupe sous une vraie ovation.

Tandis que Sam apparaît en divinité hindoue aux huit bras robotiques, toute en sensualité, Frah ne tarde pas à surgir sur le devant de la scène et à effectuer son premier bain de foule pour le plus grand plaisir – évidemment – du public qui n’attend que cela. Ce premier titre a l’effet d’un véritable coup de fouet par son dynamisme, ses riffs puissants et son refrain entêtant, d’ores et déjà scandé par la salle. On continue avec « On Fire », autre morceau du dernier album, qui sera nettement à l’honneur lors de ce MonkAdelic Tour. Petit retour par The White Pixel Ape et la plus électro « Wanna Get Free » qui rencontre un vrai succès auprès des fans. On retrouve avec délectation le chant hors norme de Sam, accompagnée par une salle enthousiaste. Les musiciens, aux tenues toutes plus incongrues les unes que les autres, sont en forme et délivrent une énergie remarquable. Le public suit et en redemande. Ainsi, après les bonds frénétiques de Sam et les sauts dans la fosse répétés de Frah, à la question du chanteur « Are you twisted ?? », c’est un grand « oui » retentissant qui ébranle la salle et introduit sans surprise « Twisted Mind ». Une joyeuse folie gagne alors la fosse agitée de circle pits et autres pogos déchaînés.

Shaka Ponk (Lyon)

Au fil des titres, on visite les diverses dimensions du monde virtuel dans lequel nous entraîne Shaka Ponk, dans une ambiance assez uniformément exaltée. Alors que l’architecture de la scène change progressivement, les tableaux s’enchaînent, tous visuellement très travaillés, et à l’énorme tête androïde d’arrière-plan succèdent une inquiétante pieuvre géante ou quelques danseuses sexy, dans un univers mêlant toujours futurisme et inspirations hindouistes. La représentation de l’arbre semble également un fil conducteur du set, notamment sur la très puissante, sombre et saisissante « Fear Ya ». Derrière Frah au micro, un arbre à figures féminines prend vie, sorte d’obscur monstre homérique qui devient, au paroxysme de la musique, une triade hurlante des plus fascinante. A l’inverse, l’arbre s’illumine doucement pour une ambiance nocturne délicate et fantasmagorique sur la ballade « Summer Camp » qui porte très bien son nom. Les notes de la guitare sèche de CC et le chant apaisé de Frah et Sam nous propulse en effet dans le cadre feutré et convivial d’un doux feu de camp pour un intermède bienvenu, tandis que de lumineuses méduses cheminent paisiblement en arrière-plan.

L’un des moment-clés de la soirée, riche en émotion, est à n’en pas douter la reprise de « Smells Like Teen Spirit » de Nirvana. Frah, qui dirige son public d’une main de maître, se fraye un passage parmi la foule qui se scinde en deux pour lui, puis monte dans les gradins pour chanter, sans oublier de saluer tout le monde autour de lui. Sam, quant à elle, se hisse sur un cube au milieu de la foule et invite une jeune femme à la rejoindre et chanter avec elle, avant de l’étreindre et de serrer chaleureusement toutes les mains tendues vers elle. Tout en douceur et en délicatesse, le refrain est repris en chœur par le public, comme recueilli. Le chant semble parfois à peine murmuré, avant une très belle montée en puissance. A ce moment, non seulement le terrain de jeu du groupe paraît s’être étendu à la salle entière – les musiciens, ne se contentant plus de la scène, colonisent tout l’espace – mais il devient aussi le lieu privilégié pour la rencontre et la vraie interaction avec le public devenu un membre supplémentaire, multiple et changeant, du groupe. Dès lors, s’exprime le vrai sens du partage et le vrai message d’amour qui semblent chers au groupe. L’échange est équitable : il y a autant d’émotion et d’énergie données par les musiciens que reçues de la part des fans.

Shaka Ponk (Paris)

Nous arrivons alors à l’autre moment très fort du show avec « Gung Ho », son rythme endiablé et ses riffs très rock. Sur ce morceau peut-être plus que sur aucun autre, la performance scénographique est de taille et la notion d’expérience live totale prend tout son sens. Si la musique – de très grande qualité – est centrale, la danse, les effets visuels et les connections/interactions avec le monde virtuel et le public sont également essentiels. La frontière entre réalité et virtualité s’estompe. Si le théâtre avait depuis longtemps abattu le quatrième mur, il n’y a plus ici aucune limite, et c’est aussi ce qui fait la force de ce concert immersif. Dans un esprit de jeux vidéo, les musiciens interagissent avec les personnages virtuels. Ainsi, Sam se bat en duel contre un singe robotique qu’elle finit par pulvériser en une nuée d’étincelles, tandis que Frah danse à la tête d’une cohorte de ces créatures. Bientôt l’arène s’étend de nouveau à toute la salle quand la « War Dance » déchaîne autant l’armée futuriste de singes que la fosse du Zénith. Dans le même esprit, Frah et Sam exécutent une chorégraphie aux côtés de Goz sur la très électro « Share A Line », avant la traditionnelle battle opposant Ion et Goz à la batterie puis les hommages successivement rendus à Cobain, Prince, Bowie et Lemmy sortis de leur tombe pour se mesurer à CC, Steve et Mandris. C’est une pause assez bien pensée dans le set qui permet de souligner les influences du groupe, de mettre en lumière, tour à tour, tous les musiciens ainsi que l’étendue de leur talent, tout en offrant aux chanteurs exubérants l’occasion de se retirer et de souffler.

A l’issue de ce show fiévreux, la salle est surchauffée et trépigne pour le rappel. La désormais incontournable « Mysterious Ways » ouvre le bal, suivie de « Wataman » et son rythme effréné, avant que le concert ne se termine avec « Rusty Fonky », ses danseuses hindoues et ses sonorités funk hybrides. L’ambiance ne retombe pas avant la dernière seconde. Frah et Sam, en maîtres d’orchestre, font asseoir l’ensemble de la salle dans un calme trompeur en chuchotant « Get down on your ass » avant un magistral « Get up on your feet » au décompte de Frah et l’équivalent d’une explosion d’énergie dans toute la salle ! Le final est aussi marqué par le retour du gorille colossal et les slams de Frah finalement porté debout, comme une idole, par la foule.

Shaka Ponk (Amiens)

Si les concerts de Shaka Ponk sont à ce point mythiques, ce n’est pas sans raison. Derrière la grisante folie que distille le groupe se discerne une prestation très travaillée, forte d’une maîtrise et d’une précision qui font la différence. Mais par-dessus tout, la générosité du groupe n’a peut-être pas d’égal tant l’expérience semble aussi intense pour les musiciens que pour les fans. A plusieurs reprises, Frah filme le public comme le public le filme, Sam témoigne sa reconnaissance aux fans comme eux lui témoignent leur dévotion, et les deux chanteurs finissent épuisés à genoux sur la scène… alors que tout le Zénith voudrait que le show n’ait pas de fin !

Setlist :

The White Pixel Ape Show Intro
Killing Hallelujah
On Fire
Wanna Get Free
Twisted Mind
Party
Smells Like Teen Spirit (reprise de Nirvana)
Bunker
Shiza Radio
Faking Love
Fear Ya
Summer Camp
Gung Ho – War Dance
Share a Line
Battle Ion vs Goz – Hommages à Cobain, Prince, Bowie et Lemmy
I’m Picky
Palabra Mi Amor
Rappels :
Mysterious Ways
Wataman
Rusty Fonky
Final

Report : Elena Delahaye.
Photos : Elena Delahaye (Amiens), Matthis Van Der Meulen (Paris) et Nicolas Gricourt (Lyon).



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  • sans être un grand fan de la musique Shaka Ponk,j’ai pris une claque au concert de Lyon:un concert magistral,hyper professionnel et bien préparé, avec sons et lumières bien distillés qui en mettent plein les mirettes et esgourdes pour tout public.
    Comme quoi il n’y a pas que les anglo-saxons et autres groupes étrangers maîtres de la scène pour se faire du bien

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  • Patate "Fromage" Charcuterie dit :

    Meh ilé fou ! 🙂

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