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Interview   

« La lumière divine, c’est de la connerie »


Avouez. Qui parmi vous avait vraiment prêté attention à Tarot avant que Marco Hietala et sa barbe binomiale ne rejoignent les rangs de Nightwish ?
Tarot roule pourtant sa bosse sans prétention depuis plus de 25 ans. Très rapidement, les Finlandais ont traumatisé les roadies de Metallica avec leur amplis démesurément lourds et encombrants.
Leur prochain opus, « Gravity Of Light », traite de l’oppression religieuse sur les non croyants. A l’occasion de cette sortie imminente, Metal’O Phil s’est entretenu avec Marco Hietala.

En bons fouineurs, nous avons également profité de cette interview pour tenter de décrocher quelques infos sur le prochain Nightwish, qui ne verra pas le jour avant 2011. A ce sujet, nous avons abordé le sujet du recrutement de Marco au sein de la formation, un recrutement pas si évident que ça…


« Prenons par exemple Oussama Ben Laden et George Bush. Quand ils envoient des gens s’entretuer, ils prétendent toujours que Dieu est de leur côté. Je ne pense franchement pas que cela a quelque chose à voir avec la foi : pour moi, c’est juste des conneries. »
Radio Metal: Le communiqué de presse pour le nouvel album Gravity Of Light déclare « Cet album, c’est comme revoir un vieil ami. Certaines choses n’ont pas changé, mais votre ami a pris du poids. Il a de nouvelles cicatrices, de nouveaux tatouages. Sa barbe est plus longue, et il présente un tempérament plus méchant, plus réactif. Dans le même temps, il y a toujours un gros c?ur caché au centre. » Est-ce quelque chose que tu as vécu, récemment ? As-tu revu un ancien ami et pensé cela à son sujet ?

Marco Hietala (basse/chant): Pas récemment, mais je vois ce que tu veux dire. Tout le monde a vécu ce genre de situation au moins une fois, j’imagine ! C’est de ce genre d’expérience qu’est né ce communiqué.

Cette déclaration sonne comme un aveu : Tarot n’a pas vraiment évolué musicalement, mais a simplement simplement mûri, grandi, consolidé son style. Gravity Of Light sonne effectivement comme du Tarot pur et dûr et ne surprend pas son auditeur. Est-ce une démarche spontanée ou bien est-ce que cela provient d’une volonté de ne pas trahir vos premiers fans ?

Le processus de composition a duré un certain temps: j’ai commencé à composer pendant que j’étais en tournée avec Nightwish, je gardais en permanence une guitare acoustique en backstage. Quand nous nous sommes retrouvés, après la tournée de Nightwish, nous avons commencé à travailler sur les arrangements. Il n’y avait rien de prémédité, nous faisons juste ce qui nous semble bien.

N’y a-t-il jamais eu de remise en question de votre style, d’idées d’évolution radicales ?

Il y a bien entendu des situations où l’on voit et regarde les choses différemment. Il y a toujours eu des éléments musicaux que nous n’avons pas utilisé sur nos albums. Nous essayons de trouver des éléments de la musique actuelle qui valent le coup d’être utilisés sur nos disques, comme des petites touches industrielles subtiles.

Depuis quelques albums, tu es secondé au chant par Tommi « Tuple » Salmela. Celui-ci est encore plus présent sur ce nouvel album. Le fait est que vos timbres de voix sont très proches… Pourquoi avoir choisi d’inclure cette seconde voix ?

Nous avons utilisé Tommi dans de nombreuses situations, notamment pour les ch?urs. Cela fait au moins 15 ans que nous tournons ensemble, je crois que c’était juste et normal qu’il passe au premier plan. Il faisait les choeurs pendant tout ce temps, j’ai pensé que c’était la moindre des choses que sa voix soit incluse de manière plus affirmée. Musicalement, cela nous permet d’oppresser l’auditeur avec ces 2 voix, comme s’il était sous une rafale de coups de feu. J’aime beaucoup l’effet que cela donne, on est comme à bout de souffle. Tommi est un très bon chanteur et, en concert, nous pouvons inclure des variations intéressantes sur nos chansons.

La première fois que j’ai entendu sa voix, j’ai vraiment cru que c’était la tienne !

(Rires) Il y a un petit secret dans le livret de l’album pour nous différencier. Si tu regardes bien les paroles, les miennes sont en italique, mais celles de Tommi ne le sont pas !

Ce jeu de voix semble répondre à la pochette de l’album, qui représente un astre à deux faces… Etait-ce intentionnel ? Ce monstre à deux faces vous représente-t-il, Tommi et toi ?

Je n’avais pas vu ça sous cet angle, mais c’est gentil de ta part d’avoir trouvé cette comparaison ! C’est vraiment un bon rapprochement (rires) !


Harvey Dent (Double Face) sur Gravity Of Light
La partie de gauche de l’astre semble représenter la lune et la partie droite le soleil. Pourquoi cette association ?

Je réfléchissais au titre de l’album, et à ce qui pourrait le représenter. L’album parle de ceux qui essayent de nous éduquer, de nous « illuminer » avec des concepts philosophiques ou religieux. Cette lumière imposée devient oppressante, et si l’on regarde ce visage, cet astre, on comprend vite que cette chose ne va pas faire pousser les plantes !

Généralement quand on représente ce genre de visage, dans le style de Double-Face dans Batman, une partie du visage est gentille et l’autre est méchante. Or, dans le cas présent, les deux facettes de ce visage sont agressives.

Je voulais que ce visage ait l’air mauvais et méchant, parce que cette lumière, cet enseignement, cette illumination que beaucoup de gens sur Terre essaient de partager avec d’autres, sont pour moi arrogants, oppressifs. Je pense que c’est vraiment quelque chose dont on pourrait se débarrasser. Prenons par exemple Oussama Ben Laden et George Bush. Quand ils envoient des gens s’entretuer, ils prétendent toujours que Dieu est de leur côté. Je ne pense franchement pas que cela a quelque chose à voir avec la foi : pour moi, c’est juste des conneries.

Tarot a eu une longue carrière, et a obtenu un succès d’estime, mais ne s’est jamais véritablement exporté à l’international. Cela a commencé à changer avec l’album précédent Crows Fly Back, que l’on avait moins de mal à trouver dans les bacs français que les autres disques. Comment expliques-tu cela ? Est-ce lié aux problèmes que vous avez rencontré à l’époque de Suffer Our Pleasures, qui n’a pas bénéficié d’une très bonne campagne promotionnelle ?

C’est vrai. Suffer Our Pleasures a été produit par Spinefarm Records, qui a de bon contacts normalement. Mais à cette époque, ils venaient juste de vendre leur majorité à Universal. Cela a sévèrement entravé notre succès à l’étranger, parce que la compagnie devait obligatoirement passer par les canaux d’Universal, qui étaient, par exemple, particulièrement mal organisés en Allemagne. Ils ont jugé que cela ne valait pas le coup de faire tant d’efforts. Depuis que nous travaillons avec King Foo Entertainment, ils passent par Nuclear Blast pour faire notre promo, et on voit vraiment la différence. Avant ça, nous avions des problèmes de promo essentiellement parce que les compagnies que nous utilisions n’avaient pas le savoir-faire ou la main d’?uvre suffisante pour travailler à l’international.

Cette époque est révolue alors ?

Ils font du bon travail, oui: pour l’album Crows Fly Back, nous avons observé de très bons résultats à l’international. En ce moment ils sortent notre album à travers leur branche aux USA. Et puis, j’ai donné pas mal d’interviews récemment, donc j’imagine qu’ils travaillent bien !

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 » (NDLR : A propos des premiers albums de Nightwish) Ce qui me rebutait, c’était les racines power metal avec beaucoup de double grosse caisse, des titres rapides et cette sorte de précision trop mathématique, trop clinique. Les anciens titres me semblaient trop prévisibles. Puis Tuomas a mentionné un changement de direction musicale vers des atmosphères plus lourdes, sombres, ce qui a rendu le projet plus intéressant à mes yeux. « 
As tu pu ressentir un « effet Nightwish » sur les ventes de disques de Tarot ?

Je ne sais bien entendu pas ce qui se passe exactement dans la tête des gens, mais cela ne m’étonnerait pas qu’il y en ait eu un. C’est logiquement plus simple pour les gens d’approcher quelque chose de nouveau s’ils ont un point de repère. Cela ne me dérange pas. Si tu sais que quelqu’un qui jouait dans un groupe que tu aimes joue maintenant dans un autre groupe, tu te renseignes forcément sur le nouveau groupe.

Au début de votre carrière, vous sortiez des albums et des lives à un rythme plus soutenu qu’aujourd’hui. Maintenant on n’a des nouvelles de vous que tous les 3 ans, lorsque vous préparez une sortie de disque. Ton implication dans Nightwish freine-t-elle le développement de Tarot ?

Ca pourrait être le cas effectivement, mais cela dit, nous avons toujours pris le temps de peaufiner ce que nous faisions, même avant que je fasse partie de Nightwish. On va à notre rythme. Actuellement, avec Nightwish, nous avons pour projet de faire un album et de tourner dans le nord. Nous avons mis en place un roulement avec Tarot: quand un groupe est en pause, l’autre part en tournée ou prépare un disque. Et dès qu’il a terminé, l’autre groupe redevient actif. Je trouve que c’est un bon système. Et comme nous avons le même management, ils sont au courant de nos disponibilités, ce qui rend les choses plus faciles.

Tous les membres de Nightwish ont des side projects et font des apparitions épisodiques sur des albums d’artistes divers et variés. Avez-vous besoin de tout ça pour rester inspirés ?

Je ne peux pas vraiment parler pour les autres, mais je crois que certains ont été assez paresseux l’an dernier, après que la tension de la tournée soit retombée. En ce qui me concerne, je ne peux pas rester trop longtemps allongé sur mon sofa sans rien faire. J’ai besoin de travailler pour « rester à la page. »

Concernant le prochain Nightwish, quelques informations ont déjà filtré. Il y aurait déjà des chansons de prêtes d’après Tuomas. As-tu participé à leur composition ? Si non, les as tu écoutées ? Que peux-tu nous dire à ce sujet ?

Je n’ai pas entendu grand chose de ce que Tuomas a fait, mais je sais qu’il prépare des démos. On devrait pouvoir écouter ça dans quelques semaines. J’ai moi-même préparé quelques démos, et je suis certain à 99% qu’une de ces chansons sera sur l’album. Nous commencerons à répéter l’été prochain. A ce moment là, on en saura évidemment plus.

Tu as pris une place plus importante en tant que chanteur au sein du groupe. Tu es même tout seul à chanter sur deux morceaux de Dark Passion Play. Peut-on envisager une évolution de la répartition des parties vocales vers du 50/50 ?

Je suis incapable de te dire ça ! Avec ce groupe, le concept de la frontwoman est très établi et je n’ai pas vraiment envie de changer cela.

Tuomas déclare à ce sujet que cet album sera pour lui l’occasion de réaliser un rêve de gosse. Mais n’est-ce pas ce qu’il dit systématiquement avant chaque sortie de disque depuis des années (NDLR :Marco éclate de rire)? On a du mal à s’imaginer ce qui pourrait surpasser les orchestrations massives de Dark Passion Play…

On a des projets, mais si je te les racontais, je serais obligé de te tuer (rires) !

N’y a-t-il pas un risque de surenchère lorsqu’on se surpasse en permanence en termes de moyens ?

Oui, il y a un risque. Il faut toujours garder les pieds sur Terre et se concentrer sur la qualité de la chanson sur laquelle on travaille, dans son côté musical et lyrique, dans sa capacité à saisir l’auditeur pour le transporter loin de ce monde pour un instant. Il faut toujours garder ça en tête. L’orchestration, la chorale, ou quelque élément que l’on choisit, ne peuvent pas être un objectif en soi.

Dans la biographie officielle de Nightwish, on lit qu’au départ, tu n’étais pas très motivé pour intégrer Nightwish car tu n’étais pas fan des anciens albums, mais que Tuomas t’a promis une évolution musicale qui correspondrait plus à tes influences. Y a-t-il dans le Nightwish actuel, toujours des éléments qui te rebutent ?

Non, ce qui me rebutait, c’était les racines power metal avec beaucoup de double grosse caisse, des titres rapides et cette sorte de précision trop mathématique, trop clinique. Les anciens titres me semblaient trop prévisibles. Puis Tuomas a mentionné un changement de direction musicale vers des atmosphères plus lourdes, sombres, ce qui a rendu le projet plus intéressant à mes yeux. Cela ne veut pas dire que je n’aimais pas les albums. Déjà à l’époque il y avait des morceaux que j’appréciais énormément. C’est juste que je ne savais pas vraiment quoi décider et ce changement d’orientation m’a permis de prendre ma décision.

Donc maintenant, tu es à 100% satisfait ?

Oui, plutôt…

Réponds honnêtement s’il te plaît (rires) !

(Rires) Oui, je suis satisfait, parce que je pense que le groupe a énormément évolué musicalement, nous sommes capable de produire des chansons à la fois très douces et très heavy. C’est quelque chose que j’apprécie vraiment, c’est un groupe capable de choses très ambitieuses.


« Très souvent, quand tu utilise un mur d’amplis, la plupart sont vides, c’est un effet de style. Nous étions jeunes et nous ne savions pas ça. Du coup, nous nous étions constitué un mur de vrais amplis ! Quand ils (NLDR : les roadies) ont commencé à monter notre mur, […] ils s’en sont rendus compte : « Oh merde, ce sont de vrais amplis ! C’est super lourd ! » (rires). »
Cela dit, j’imagine qu’entre Tarot et Nightwish, Tarot est pour toi LE groupe qui a plus grande valeur sentimentale…

Sur le point de la sentimentalité tu as raison, parce que ces gars sont mes amis depuis plus de vingt ans. Nous célébrons le 25è anniversaire de notre premier album l’an prochain, donc je les considère bien évidemment comme mes plus vieux amis, et les plus chers également. Il y a une certaine alchimie dans le groupe, je me sens chez moi avec eux. Mais finalement, ce n’est pas si différent que ça de Nightwish. Cela fera bientôt 10 ans que je suis avec eux et j’y retrouve cette même alchimie.

La question stupide de l’interview : Vous êtes connus pour avoir utilisé un matériel très volumineux. A tel point que même les roadies de Metallica ont été impressionnés. C’était pour concurrencer la pile de Marshall de Lemmy (Motörhead) ?

C’était au tout début de l’histoire de Tarot. Maintenant, on utilise un peu moins d’équipement, mais à l’époque, on avait 12 amplis Marshall, 4 par musicien. Ce n’est pas tant que ça si tu compares ça aux murs d’amplis que certains musiciens ont monté sur scène. Mais cette anecdote à laquelle tu fais référence est partie d’un accident. Très souvent, quand tu utilise un mur d’amplis, la plupart sont vides, c’est un effet de style. Nous étions jeunes et nous ne savions pas ça. Du coup, nous nous étions constitué un mur de vrais amplis ! Et effectivement, les roadies de Metallica ont été très impressionnés. Quand ils ont commencé à monter notre mur, à l’occasion d’un festival en Finlande, en 1986, ils s’en sont rendus compte : « Oh merde, ce sont de vrais amplis ! C’est super lourd ! » (rires).

Est-ce que vous jouiez tellement fort, à l’instar de Manowar ou de Motörhead, que vous pouviez rivaliser avec le volume sonore d’un aéroport?

Je dois admettre que nous avons essayé cela quelques fois, mais ce n’est pas très agréable. Le plus important c’est d’avoir un équipement optimisé pour mettre la voix en avant, pour faire en sorte que je n’aie pas besoin de hurler. Même si j’ai tendance à hurler de toute façon !

Entretien réalisé par phoner le 12 avril 2010

Traduction : Sandra

Myspace de Tarot : www.myspace.com/tarot
Myspace de Nightwish : www.myspace.com/nightwish




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