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Interview   

La machine infernale d’Al Jourgensen


Al Jourgensen« S’il y a une chose qu’on ne peut pas reprocher à Jourgensen, c’est de s’assagir, » disait-on dans la chronique du premier album de Surgical Meth Machine, nouveau groupe de l’incorrigible leader de Ministry Al Jourgensen. Il suffit de voir son franc-parler dans l’entretien qui suit, s’emportant parfois, sans trop être certain s’il rit ou nous engueule vraiment… Bref, Jourgensen est tout sauf lisse et indifférent, et c’est ce qui rend le dialogue avec le personnage toujours intéressant.

Indifférent il l’est encore moins avec les thématiques sociétales, en particulier celle des réseaux sociaux, qu’il aborde en observateur acerbe et sarcastique dans son nouvel album dichotomique. Dichotomique car composé de deux parties aux états d’esprit radicalement différents mais faisant de ce premier opus un album « multi-usages » comme il s’amuse à le qualifier.

La seconde partie de l’album effleurant le terrain de la pop, chose qu’il n’avait pas vraiment faite depuis le premier album « à chier » – selon ses propres termes – de Ministry, With Sympathy sorti en 1983, l’occasion était trop belle pour ne pas revenir sur celui-ci et voir ce qu’il en pense plus de trente ans plus tard, s’il s’est finalement réconcilié avec son premier pas discographique qu’il a jusqu’à présent toujours renié.

Surgical Meth Machine

« Je balance un paquet de merde contre le mur et je vois ce qui reste collé ! »

Radio Metal : On sait que Ministry est terminé maintenant, suite au décès de Mike Scaccia. Mais vois-tu Surgical Meth Machine comme la continuité de Ministry, dans la mesure où une bonne partie de la musique aurait en fait pu sortir sous le nom de Ministry ?

Al Jourgensen : Bon, revenons un peu en arrière. Je ne sais pas si Ministry est terminé. On m’a demandé si Ministry était terminé juste après la mort de Mikey et je venais tout juste de perdre mon meilleur ami en vingt-cinq ans, je ne parle même pas par rapport à la guitare, c’était l’un des meilleurs guitariste à avoir jamais foulé cette terre, mais mon meilleur ami venait de partir et la première personne qui m’a appelé voulait juste savoir ce qu’il en était de Ministry, et j’étais là : « J’emmerde Ministry ! Mon meilleur ami vient de mourir ! Est-ce qu’on peut se préoccuper de ça plutôt que… » Tu vois ce que je veux dire ? Ensuite la rumeur est immédiatement partie comme quoi Ministry n’existait plus et ci et ça. Ok, bon, il a fallu que nous terminions l’album après la mort de Mikey, donc il y a eu Ministry après Mikey, lorsque nous avons terminé l’album, et ensuite il fallait tourner en soutien de l’album sans Mikey et nous l’avons fait. Après, je ne suis pas en train de dire qu’il y aura un nouvel album de Ministry, je suis juste en train de dire qu’à l’époque, lorsqu’on m’a posé cette question, qu’est-ce que j’étais censé répondre ? Bordel, mon meilleur ami venait de mourir ! Je ne veux pas parler de Ministry parce que c’est comme ça que toutes les rumeurs commencent.

La façon dont j’enregistre, Nicolas, fait que je réserve trois mois dans la putain d’année, ok ? Et je vais dans un studio et je me contente d’enregistrer, et j’enregistre encore et encore chaque jour. Et à la fin des trois mois, j’écoute ce que j’ai enregistré et je me dis : « Tu sais quoi ? Ça me paraît pas mal en tant que chanson pour Ministry » ou « Tu sais quoi ? Jello [Biafra] a écouté cette chanson et Biafra la veut pour Lard » ou « Tu sais quoi ? Ça sonne parfait pour RevCo » ou « Tu sais quoi ? C’est de la country, mettons ça sur une chanson de Buck Satan. » Tu vois ce que je veux dire ? Donc je ne sais pas s’il y aura un album de Ministry. Je ne sais pas s’il y aura un autre album de SMM. Je ne sais pas s’il y aura un nouvel album de RevCo ou de Lard. Je ne sais pas, c’est tout ! Je fais les choses au fur et à mesure et j’enregistre et à la fin, je regarde ce que j’ai. Qui sait ? Je pourrais monter de nouveaux groupes dans lesquels je ferais d’autres styles de musique. Peut-être que j’écrirais pendant trois mois dans un studio de la musique dans certains styles et ça ira dans un des autres groupes, et peut-être que ces groupes sortiront un album. C’est donc très difficile pour moi de dire que tel ou tel groupe fera quelque chose. Je prends les choses comme elles viennent, mec ! J’y vais et j’enregistre, je balance un paquet de merde contre le mur et je vois ce qui reste collé !

Qu’est-ce qui t’as fait dire que cette musique avait besoin d’un nouveau projet, un nouveau nom, Surgical Meth Machine ?

Parce que ça a été travaillé de façon un peu différente. Il n’y avait aucun autre musicien sur cet album, en dehors de Jello Biafra qui chante sur une chanson, car c’est un ami et il se trouve qu’il était dans les parages. J’ai joué toutes les guitares et basses et il n’y a aucun batteur, c’était tout programmé par mon ingénieur. C’était la première fois depuis très longtemps, en remontant jusqu’à Twitch en 1986, que je me suis retrouvé à jouer les instruments sur l’album et le faire sans avoir à compter sur plein d’autres personnes qui vont et viennent dans le projet. C’était donc un peu différent de Ministry et pour couronner le tout, la dernière moitié de l’album est vraiment psychédélique. La première moitié de l’album est très, très rapide et donc nous plaisantions en disant : « Il faudrait être accro à la meth pour jouer ça en live et être accro à la meth pour l’écouter et l’apprécier [petits rires] ! »

Et pour la dernière moitié de l’album, en gros, nous nous sommes juste posés pour nous défoncer la tête et, tu vois, [petits rires] nous avons fumé de l’herbe et fait de la merde psychédélique parce que tout semble génial sous l’effet des herbes, tu sais, le ciel était bleu, c’était le beau temps à Los Angeles et donc nous avons décidé de conserver ça tel quel. SMM est plus comme un journal intime qui raconte un an de ma vie. Ça a commencé avec la volonté de faire un album super rapide mais à mi-chemin, nous avons été en Californie où la marijuana est légale et avons obtenu nos cartes de marijuana pour pouvoir aller dans n’importe quel magasin et acheter de la marijuana légalement, se balader en voiture et fumer un sacré paquet d’herbes toute la journée. Et donc, la dernière moitié de l’album a beaucoup ralenti [petits rires] et a pris un tournant plus groovy parce que nous étions défoncés ! La dernière moitié de l’album, c’est un album de défoncé parce que nous étions défoncés ! Et donc nous l’avons conservée.

C’était une façon différente de travailler par rapport à Ministry et aux autres musiciens qui sont dans Ministry et tout le reste. Voilà donc pourquoi ça ne s’appelle pas Ministry. C’est différent. Il y a une part de Ministry là-dedans parce que c’est moi qui joue tout sur l’album, qui en chante soixante-quinze pour cent et fais tout le travail de guitares et tout. Donc évidemment qu’il y aura du Ministry là-dedans parce que je suis Ministry ! Mais d’un autre côté, il n’y avait pas d’autre musicien et ci et ça, donc ouais, c’était différent. Je pense que c’est différent d’un album de Ministry. Et à la fois, je pense c’est très similaire à un album de Ministry. La première moitié de l’album était plus comme du Ministry, la seconde moitié était plus comme du Ministry sous marijuana. C’est aussi simple que ça [petits rires] !

Surgical Meth Machine - Surgical Meth Machine

« Je recommanderais d’écouter la première moitié de l’album lorsque tu es coincé avec ta voiture dans les putains d’embouteillages à Paris ! […] Et ensuite, tu rentres chez toi, tu allumes un bang et te décontractes après une autre journée merdique sur cette planète [rires]. »

Tu as déclaré que ça t’avais « soulagé de ne pas avoir le nom Ministry ou les attentes. » Est-ce que ça signifie que tu as parfois ressenti le nom Ministry comme un fardeau ?

Non, c’est un peu une mauvaise interprétation dans le sens où… « Le fardeau des attentes », ok ? Personne ne savait comment allait sonner SMM, moi et [l’ingénieur] Sammy [D’Ambruoso] y compris. Nous ne savions pas ! Nous nous y sommes simplement attelés et l’avons fait, donc il n’y avait aucun stress. Evidemment, il y a des attentes avec les albums de Ministry. Ce qui ne veut pas dire que tu composes en fonction des attentes des gens, je dis juste qu’il y a des attentes. Avec SMM, personne… Nous n’avions même pas de nom de groupe lorsque nous avons commencé ! Nous ne savions même pas où irait l’album, excepté que nous savions que nous voulions faire des chansons ridiculement rapides. Et nous avons démarré avec ça et au bout du compte, le résultat est différent mais il n’y avait aucune attente, il n’y avait même pas une once de réflexion là-dedans. Et je t’ai expliqué comment j’enregistre, à la fin des trois mois d’enregistrement, je dis : « Tu sais quoi ? Ça sonne comme une chanson de Ministry, ça sonne comme une chanson de RevCo, ça sonne comme une chanson de Lard… » Et ensuite nous commençons à arranger, disons une chanson de Lard, et je dis : « Je suis sûr que Jello aimerait ça. » Alors c’est une question de faire venir Jello au studio, [trouver un créneau dans] son emploi du temps, voir s’il aime la chanson, ceci et cela à travailler avec d’autres gens. Avec Ministry et RevCo, je travaille avec d’autres gens et il faut prendre en compte leurs emplois du temps et voir s’ils aiment les chansons, s’ils peuvent y contribuer. Là, il n’y avait que moi avec mon ingénieur, et nous ne savions pas où ça allait aller, c’est ressorti comme ça et nous en sommes contents !

Comme je l’ai dit, je ne compose pas sur la base d’attentes. Une bonne partie des autres trucs, je les compose en fonction de la logistique d’emplois du temps d’autres personnes, quand mes guitaristes peuvent venir ou quand Jello Biafra est disponible ou quand moi et [Ian] MacKaye – lorsque nous faisions Pailhead – sommes libres, et en établissant des programmes et tout ça. Il y a donc ce genre d’ancrage pour pouvoir travailler sur un album. Avec celui-ci, il n’y avait que moi et mon ingénieur, nous nous sommes assis et avons dit : « Mettons-nous à faire de la musique et on verra ce qu’il advient ! » Voilà comment ça s’est fait. Donc, en ce sens, ouais, il n’y avait aucune attente de la part de quiconque ou de nous-mêmes ; nous ne savions pas, nous nous sommes contenté de le faire.

Tu as déclaré que tu voulais « faire, avant que [tes] jours dans la musique soient finis, l’album le plus rapide dans l’histoire de l’espèce humaine et informatique. » Qu’est-ce qui t’as poussé vers un tel extrême ?

Comme je l’ai expliqué, lorsque nous faisions From Beer To Eternity, Mikey est mort, et juste avant qu’il ne meure, nous parlions de faire de la musique très rapide et ridiculement agressive. Donc après qu’il soit mort, la première moitié de l’album est devenue presque comme un hommage à Mikey. Nous n’avons rien enregistré avec Mikey, nous n’avons fait que parler du concept de l’album. Et après sa mort, et après que nous en ayons terminé avec Ministry et la tournée, moi et Sammy nous nous sommes dit : « Qu’en est-il de cette idée dont nous parlions toi, moi et Mikey ? » Et j’étais là : « Ouais, tentons le coup ! » Et donc la première moitié de l’album était ça. Et ensuite, arrivé environ à mi-chemin dans l’album, nous sommes devenus des camés, et la dernière moitié de l’album, c’était littéralement [petits rires] juste moi et Sammy posés là à fumer des joints et faire de la musique qui sonnait bien aux oreilles de mecs défoncés [rires] ! C’est donc un album très dichotomique, dans le fait que la première moitié est violente et la seconde moitié est constituée de musique de hippie, et ce n’était pas vraiment planifié ou quoi que ce soit. Tu prends une route et tu ne sais pas où elle va se terminer. C’est un voyage. C’était ça tout cet album, un voyage.

Est-ce que tu penses que c’est la meilleure manière de faire de la musique ?

Je ne sais pas. Il est sorti, non ? Donc… [Petits rires] Quelqu’un l’a signé, quelqu’un semble l’apprécier, il semblerait que nous nous soyons amusés à la faire… Donc ouais, je veux dire, qu’est-ce qui cloche ? Ce n’est pas comme ça que tout le monde fait de la musique, ce n’est même pas forcément comme ça que j’ai fait de la musique par le passé mais l’album est ce qu’il est ! Et je suis juste honnête.

En fait, la séparation de l’album en deux parties lui donne une dynamique intéressante : l’auditeur peut se relaxer après avoir subi toute cette agression sur la première moitié…

Ouais, je recommanderais d’écouter la première moitié de l’album lorsque tu es coincé avec ta voiture dans les putains d’embouteillages à Paris ! Tu balances ça à fond et te mets en colère contre tous les autres putains de conducteurs, à brandir ton poing et insulter les gens comme un dingue. Et ensuite, tu rentres chez toi, tu allumes un bang et te décontractes après une autre journée merdique sur cette planète [rires]. Ok ? Donc ça couvre les deux situations ! Tes trajets de la journée et tes moments de relaxation le soir [rires]. C’est bien ! C’est un album multi-usages [rires].

Dirais-tu que l’ultra-violence de la première partie de cet album reflète la violence sociale du monde actuel ?

Je dirais que la première moitié de l’album est constituée de gros riffs rapides avec un vrai commentaire sur notre culture et la façon dont la société a évoluée dans ce monde au cours des vingt ou trente dernières années. En fait, je me moque à fond de certaines merdes comme les réseaux sociaux plutôt que de me concentrer sur une seule chose comme [je l’ai fait par le passé avec] George Bush ou, dans le cas présent, j’aurais pu jouer la carte de la facilité et sortir un album sur Donald Trump ou un truc comme ça. Au lieu de ça, j’ai écrit à propos de la façon dont notre culture a évoluée et comment les gens stupides utilisent quelque chose d’aussi bénéfique que les réseaux sociaux ; [ils ignorent] certains de leurs bénéfices et des merveilleuses choses qui peuvent être faites avec et en font juste un petit club de ragots où tu te soucies plus de te retrouver sans ami ou combien de « j’aime » tu as que de la qualité de ta propre vie. C’est un commentaire social, au niveau des paroles, jusqu’à [la septième piste], par-dessus de gros riffs bien heavy. Il ne vise donc pas juste une personne ou juste les gouvernements ou juste ceci ou cela, ça parle de nous tous. Je ne me souviens pas de l’avoir dit mais j’ai vu une citation qui m’était attribuée l’autre jour et qui disait : « J’espère que vous aimerez tous cet album parce que vous avez tous aidé à le créer. »

Al Jourgensen

« [Les réseaux sociaux sont] juste un petit club de ragots où tu te soucies plus de te retrouver sans ami ou combien de ‘j’aime’ tu as que de la qualité de ta propre vie. »

En général, les musiciens ont tendance à se calmer avec l’âge. Cet album démontre que c’est plutôt le contraire en ce qui te concerne. As-tu plus de colère à évacuer avec l’âge ?

Je n’appellerais pas ça de la colère, j’appellerais ça de la frustration. Je vois quelle belle espèce peut être l’être humain et pour autant, je vois aussi ce que nous accomplissons, c’est-à-dire les plus méprisables ignominies. C’est frustrant ! Car cette espèce a du potentiel mais on dirait que ça ne va nulle part. A vrai dire, on dirait que ça empire. C’est donc là mon commentaire sur toute la chose. Je ne sais pas… J’ai vécu sur de nombreuses planètes et de nombreuses vies, et celle-ci me rend vraiment perplexe, c’est tout.

Dans « Tragic Alert », il y a une voix qui mentionne une « désensibilisation systématique ». Est-ce que c’est ça la Surgical Meth Machine : un dispositif de désensibilisation ?

Pas tant pour moi. C’est juste que j’ai remarqué que c’est ce qui se passait, une désensibilisation systématique. Et l’une de nos amies a prononcé ce mot – je crois que c’est Betty X qui l’a dit -, et donc nous sommes partis là-dessus. La plupart des trucs que j’ai fait au cours des trente dernières années reviennent à tendre un miroir vers ce qui se passe à ce moment donné. Ça revient à tendre un miroir vers la société. Tu peux voir à quoi tu ressembles en écoutant mes conneries. Tu vois où je veux en venir ? Ni plus, ni moins. Je ne fais que commenter, en disant « putain, mais qu’est-ce qu’il se passe ?! » Tout semble encore plus dingue que d’habitude. On dirait que ça va plus vite, comme si tout monde était shooté à la meth [petits rire] ! Donc cette Surgical Meth Machine va te montrer ce que nous sommes en train de devenir.

Pourquoi est-ce que ça a toujours été si important pour toi de commenter ce qui se passe politiquement, socialement, etc. ?

Putain, dis-moi à propos de quoi d’autre je suis supposé chanter ? As-tu des suggestions ? Je suis preneur ! Est-ce que tu te souviens dans Le Silence Des Agneaux lorsque Hannibal Lecter essaie de comprendre le mobile de Buffalo Bill, le tueur en série, et où le trouver ? Il dit : « Que voit-il ? Il convoite ce qu’il voit. » Ce qui les a amené à penser : « Ok, peut-être que sa première victime était probablement la plus importante parce que c’est ce qui voyait chaque jour. » Tu comprends ce que je veux dire ? Donc lorsque je regarde les réseaux sociaux, la télé, peu importe, lorsque je sors en voiture, lorsque je rencontre des gens, je commente ce que je vois. Ok ? Voilà tout, en gros. Je ne sais pas à propos de quoi d’autre je peux parler ! Quel sujet souhaites-tu ? Putain, j’écrirais à propos de ça ! Ok, mais pour ma part, je ne fais que raconter ce que je vois. C’est comme écrire un livre. C’est ce que je vois, alors voilà ! C’est ma perception des choses.

Donc tu es l’Hannibal Lecter de la musique ?

[Eclate de rire] Ok, tu peux avoir ta citation, vas-y, profites-en, bien sûr, pas de problème [rires].

« I’m Sensitive » parle de tous ces gens qui disent des conneries sur toi dans les commentaires Facebook, et tu dis que tu as « décidé de changer de tactique » et que désormais tu réponds juste « j’en ai rien à foutre. » Est-ce que ça signifie qu’avant tu en avais quelque chose à faire des diatribes sur les réseaux sociaux ?

[Rires] Non ! J’ai découvert il y a deux jours que j’avais un compte Twitter ! Putain, je ne savais même pas ! Je n’utilise pas ces conneries [petits rires]. Tu sais, je vais là-dessus, je vois ce qu’il s’y passe et je regarde ma fille de trente ans se ronger en se demandant combien d’amis elle a ou combien de « j’aime » ou « j’aime pas » ou peu importe. Je n’en ai rien à foutre et je m’en bas les couilles ! Je trouve tout le truc vraiment drôle, futile et inutile. Donc je commente là-dessus. Est-ce que ça pose un problème ? Je ne fais que commenter ce que je vois et je trouve ça drôle.

Et il y a aussi la chanson « Unlistenable » qui est très sarcastique…

Attend, attend, attend. « Unlistenable », c’est en fait la seconde partie de « I’m Sensitive ». C’est tout la même merde. Ça parle juste des gens qui vocifèrent contre les groupes et disent à quel point ceci ou cela c’est de la merde, etc. Je crois que j’ai même balancé Ministry dans le tas de groupes que je cite, « tout le monde craint, » ceci et cela… Et ça, c’est ce que nous sommes devenus. C’est ça que sont devenus les réseaux sociaux : les gens prennent des photos de ce qu’ils ont mangé pour leur putain de petit-déjeuner et les postent en ligne, comme si c’était un truc important que les autres doivent savoir. Ou bien ils donnent leur opinion comme quoi ceci et cela c’est de la merde, Ministry c’est de la merde, Megadeth c’est de la merde, Iron Maiden c’est de la merde… C’est tout un commentaire à ce sujet. C’est un commentaire sarcastique sur les réseaux sociaux et la culture en laquelle ça a évolué.

En fait, pourquoi donnes-tu à ces gens autant d’importance en leur consacrant pas moins de deux chansons ?

Je ne sais pas, mec ! Pourquoi n’écris-tu pas un putain d’album pour voir ce que tu trouveras à putain de dire ?! Qu’est-ce qui est important pour toi ? A propos de quoi tu écrirais et qui serait vraiment un sujet important ou d’inquiétude pour toi ? A ce moment-là, tu feras un album et j’irais t’interviewer !

Surgical Meth Machine

« Je vois quelle belle espèce peut être l’être humain et pour autant, je vois aussi ce que nous accomplissons, c’est-à-dire les plus méprisables ignominies. C’est frustrant ! »

[Rires] En fait, cette chanson sonne comme une sorte de suite ou chanson sœur de « Side F/X Include Mikey’s Middle Finger (TV4) » du précédent album de Ministry…

Eh bien, ça fait partie de la série des chansons « TV » que je fais depuis 19… Je crois que la première est sortie sur Psalm 69, « TV Song » (elle était en fait en face b du single de « Jesus Built My Hotrod », NDLR), qui est un autre commentaire sur ce que je vois à la télé et à quel point c’est stupide. Et ensuite nous avions « TV II », je crois que c’était une face b sur Filth Pig (elle était en fait sur l’album Psalm 69, NDLR). Ensuite je crois que « TV III » est sorti… « Mikey’s Middle Finger », qui est sorti sur… J’ai oublié… Il se peut que ce soit sur The Last Sucker ou Rio Grande Blood (note : « TV III » était une face b du single de « The Fall » et “Side F/X Include Mikey’s Middle Finger (TV4)” était sur From Beer To Eternity). Et là, c’est la suite de cette série, où j’allume la télé et parle de ce que je vois, et elle ne fait qu’aller de plus en plus vite. Donc SMM a un peu emprunté à quelque chose que j’ai fait avant parce que c’est un peu comme si c’était la même marque. Donc la marque en tant que telle continue. Je ferais un autre album sous un autre nom de groupe ou peu importe et je suis certain que j’aurais une chanson « TV » là-dessus aussi. Il se trouve juste que celle-ci s’appelle « Unlistenable » mais c’est le même modèle. C’est un peu comme une marque récurrente, comme une nouvelle saison d’une émission sur Netflix ou quelque chose comme ça. Tu vois ce que je veux dire [petits rires] ?

A propos des passages plus pop que l’on trouve sur la seconde partie du disque, tu as déclaré que ça te « fait boucler la boucle, parce que [tu] n’en a plus rien à foutre. Donc [tu] reconnais presque cet horrible premier album de pop que [tu as] fait en 1983… »

Je suis enfin en paix avec cet album ! Maintenant, je m’en amuse. « I’m Invisible » se moque totalement de ce premier album qui m’a rendu furieux pendant tant d’années, [avec des gens qui me disaient] comment chanter et quoi faire. Maintenant je fais ce qu’ils me disaient mais selon mes termes, je le fais pour me payer leur tête. C’est drôle ! C’est super pour moi, c’était presque cathartique, presque comme : « Enfin ! Je ne suis plus furieux contre cet album ! » Il est ce qu’il est, il existe, et alors ? Bordel ! Je n’ai plus rien à prouver à personne.

Pourquoi étais-tu si furieux contre cet album ?

Est-ce que ça te plairais d’être embauché pour un boulot qui était, disons, quelque chose que tu apprécies et qui correspond aux critères recherchés, et ensuite tu obtiens le boulot et ils te filent une serpillière et disent : « Voilà ce que tu vas faire. Tu vas nettoyer le sol. » Et ça, ce n’est pas le boulot que tu voulais. C’était ça, pour moi, ce premier album. C’est pour ça que j’étais furieux, parce que j’ai gâché un an de ma putain de vie à passer la serpillière par terre lorsque j’ai appliqué pour, genre, un boulot de programmeur [petits rires] ou pour être PDG ou vice-président ou autre, et j’arrive et on me refile une serpillière ! Ne me dis pas que toi aussi tu ne serais pas furax !

Et du coup, est-ce que tu apprécies un peu mieux cet album maintenant, après toutes ces années ?

Non ! Putain, non ! Je déteste ce putain d’album ! N’achetez jamais cet album ! Cet album est à chier ! Je ne l’ai même pas réécouté en plus de trente ans ! Il est ridicule ! Ce n’est pas moi, c’est de l’esclavagisme. Il est putain d’horrible mais maintenant ça me fait marrer parce que c’est terminé, j’ai survécu, depuis j’ai fait vingt-sept albums, j’ai eu cinq groupes différents, j’ai produit certains des meilleurs groupes au monde… Tu sais, bordel quoi ! C’était un an de ma vie quand j’étais un gamin, j’avais vingt-et-un ans ! J’en ai cinquante-sept maintenant ! Je n’ai plus à être en colère ; je peux le regarder et me marrer. Tu comprends ce que je veux dire ? Pourquoi resterais-je ad vitam aeternam furieux contre un album ? Moquons-nous en ! Exactement comme tu te moquerais d’un truc stupide que tu as fait lorsque tu étais adolescent et que tu ne referais pas maintenant, n’est-ce pas ? Comme, n’importe quoi, te saouler, grimper en haut d’un immeuble et essayer de sauter d’un étage à l’autre où tu pourrais te tuer. Je ne pense pas que je ferais ça à mon âge, alors que lorsque j’étais gamin, j’ai fait des trucs stupides de ce genre. Aujourd’hui, je peux en rire !

Irais-tu jusqu’à jouer en concert une chanson de cet album, juste pour rire ?

Jamais ! Jamais ! Jamais ! Jamais ! Je ne perdrais pas mon temps à ne serait-ce qu’apprendre quelque chose que quelqu’un d’autre a écrit pour moi et m’a forcé à faire. Ça n’arrivera jamais. A vrai dire, je vais à ces conventions ou peu importe pour signer des autographes et autre et je refusais de signer ce putain d’album ! J’ai refusé de le signer pendant trente ans ! Personne n’a cette putain de signature sur cet album. Amène-le et je te dirais : « Désolé, ce n’est pas mon album. Je ne l’ai pas fait. On m’a forcé à le faire. Je ne le signerais pas. » Et donc, enfin, il y a quelques années, j’ai été à une convention et ce gamin m’a amené l’album et j’ai dit : « Allez, tout le monde sait que je ne le ferais pas… » Et il a dit : « Je te donne mille putain de dollars si tu le signe. » C’est alors à ce moment-là où j’ai dit : « C’est ridicule ! Putain, ça en devient presque comique ! » Je l’ai donc signé et le gars avait effectivement mille dollars sur lui ! Et donc les gens se sont passé le mot comme quoi je signerais l’album pour mille dollars. Je me suis fait huit mille dollars grâce à ce putain d’album maintenant ! Ce qui est génial, mec [rires] !

Ces putains de gosses… Il y avait une fille l’autre jour qui disait qu’elle avait fait des économies et j’étais là : « Ecoute, garde ton argent. Je ne signe plus cet album. » Car elle m’a laissé entendre qu’elle avait en fait économisé de l’argent spécialement pour ça. Les autres, eux, ils avaient de l’argent à flamber et trouvaient que ce serait marrant de me faire signer cet album, donc ils ont payé mille dollars pour ça. Mais certaines personnes prennent ça trop au sérieux, ils économisent de l’argent, doivent prendre un second boulot et ce genre de conneries, là, je dis : « Gars, ne fais pas ça ! C’est horrible ! Bon sang ! » J’ai donc même arrêté de prendre de l’argent pour ça mais pendant un moment, je me suis effectivement fait huit mille dollars sur le dos de ce putain d’album, mec ! Simplement parce que des gens trouvaient que c’était marrant, et c’est ainsi que j’en suis arrivé à la conclusion que ça n’avait plus aucun sens de se cacher ou d’être furieux contre cet album. Il est ce qu’il est, mec ! C’était il y a trente-six putain d’années ! Allez ! Qu’est-ce que toi tu faisais il y a trente-six ans ? As-tu ne serait-ce que trente-six ans ? Est-ce que ça te dis que je fouille dans tes putain de casseroles parce que tu as chié dans ton froc lorsque tu avais deux ans ? Est-ce que ça t’arrive encore de le faire ? Et puis pourquoi sommes-nous même en train de parler de ce putain d’album [rires] ? Berk ! Fiou ! Pouah ! Ça suffit ! Fini ! (En français dans le texte, NDLR)

Interview réalisée par téléphone le 29 février 2016 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Page Facebook officielle de Surgical Meth Machine : www.facebook.com/surgicalmethmachine



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