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Nouvelles Du Front   

La nostalgie de Robb Flynn


Robb Flynn, le chanteur/guitariste de Machine Head, a rédigé le mois dernier un long texte sur son blog où il évoque avec nostalgie un temps où les contraintes du « business de la musique » n’étaient pas aussi fortes qu’aujourd’hui. Le musicien s’appuie sur une conversation qu’il a récemment eu avec l’un de ses amis qui lui décrivait sa jeunesse dans les années 70 à San Francisco. Une époque dorée où il avait l’habitude de se rendre au célèbre Winterland pour voir sur scène les plus grandes stars de la scène classic rock de l’époque (Ted Nugent, Black Sabbath, Deep Purple, Journey, Montrose…).

« Winterland était là avant moi mais en faisant partie de la scène vous écoutez la légende, les anecdotes et l’Histoire » confie à ce titre le musicien. En tant que passionné de musique, c’est donc avec délectation que Robb Flynn écoute son ami Tony lui raconter cette époque que les plus jeunes d’entre nous ne peuvent qu’imaginer.

« Les concerts démarraient et si le public montrait qu’il aimait le groupe de première partie (essentiellement en applaudissant non-stop) il pouvait faire des rappels. Tony me racontait le souvenir d’un concert de Journey, qui jouait à cette époque en première partie, où le groupe avait tout défoncé et avait donc eu droit à quatre rappels. Le groupe de première partie a eu quatre rappels ! » écrit Robb Flynn avec enthousiasme avant de poursuivre « cela avant que Montrose, la tête d’affiche, revienne cinq fois sur scène et ne s’arrête de jouer qu’après 2H30 du matin. Pourtant tout le monde est resté, personne n’aurait osé partir et les gens savouraient la meilleure musique de leur vie ».

Le fait que l’importance de la musique a baissé dans le cœur des gens et que le monde de la musique soit devenu très (trop ?) encadré : voilà ce que regrette le musicien. Robb parle en effet d’un temps où les places de concerts ne coûtaient quasiment rien au regard des prix pratiqués aujourd’hui (4 euros en moyenne à l’époque au Winterland) et où les contraintes des salles de concerts étaient moins importantes que de nos jours puisque ce sont les salles « qui permettaient à toutes ces expériences musicales d’avoir lieu » selon Robb Flynn. Le leader de Machine Head paraît s’extasier devant cette liberté aujourd’hui disparue : « quelle incroyable époque pour la musique » ajoute-t-il.

En fait Robb Flynn décrit un système où tous les acteurs du monde de la musique (groupes, fans, salles de concerts, promoteurs…) étaient unis par la même culture du live et du jam. « Aujourd’hui plus aucun groupe ne jouera jusqu’à 2H30 du matin et plus aucune salle de concert ne le permettra […] De nos jours si tu joues une minute de plus passé 23H dans beaucoup de salles américaines, eh bien cela coûte au groupe 1000 dollars par minute. Quand Machine Head s’est produit avec Metallica ils jouaient régulièrement 20 minutes après 23H et ils payaient régulièrement 20 000 dollars pour pouvoir le faire » confie le musicien, regrettant sur le sujet une réglementation toujours plus importante où, au final, seuls des groupes qui ont le pouvoir financier (comme Metallica, Pearl Jam…) sont en mesure de repousser les normes pour pouvoir jouer plus longtemps. Robb Flynn évoque d’ailleurs le cas Guns N’ Roses, un groupe habitué à se produire sur scène en retard, mais qui selon le musicien est si « déroutant » que cela est presque devenu un sujet de caricature.

« La musique n’est plus importante du tout. […] C’est l’arrière-plan du jeu. Pourquoi aller à un show alors que tu peux en voir des extraits sur YouTube et que tu peux pester en disant que (le groupe) pue en live ? Et vous savez quoi ? Il me manque l’époque où la musique était importante ! Où les concerts étaient importants. Il me manque le fait de ressentir ce quelque chose qui était tellement haut dans ma liste des priorités que j’aurais nagé à travers une mer de verres brisés pour l’obtenir » déclare le musicien qui revient également sur l’époque de ses premiers concerts (en tant que fan ou musicien) dans les années 80 – « Il n’y avait pas règles, pas de sécurité, pas de couvre-feu » – où le live était vécu d’une manière plus sauvage.

Mais pour Robb Flynn le « désamour » de la musique est finalement plus global car sociétal, les technologies nous donnant l’impression d’être connectés aux choses en permanence alors qu’au fond nous ne nous y intéressons pas (ou plus) en profondeur. « Je me sens perdu, seul. Quelque chose doit changer. Quelque chose doit nous dégager de notre sommeil » conclut Robb Flynn dans sa tribune passionnée (et passionnante).



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  • Super article de Robb Flynn. On y lit beaucoup de choses intéressantes qui dépassent le sempiternel « société de merde ». Merci à RM de relayer.
    A l’origine, il parle d’un problème typiquement américain et c’est dingue comme on s’y retrouve aussi. Les français chient beaucoup sur les US mais adoptent eux-même la même mentalité. Les américains ont juste de l’avance sur nous. Bref
    Je partage un peu son impression. J’ai pas FB et ce carnaval de futilité m’exaspère profondément. Ouvrez les yeux, les gens ! ou on finira tous confortablement seuls et dépressifs.

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  • Maintenant, pour payer ce prix là, il faut aller voir les groupes locaux, et il y en a un paquet qui sont excellents.
    Seulement, on tombe sur la phrase habituelle: »ils sont pas connus, ils sont français, je vais pas voir ».(je parle ici pour la scène française évidemment).

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    Pok

    Game-System, si cela peut te rassurer sache qu’il existe encore pas mal de gens qui vont voir les groupes locaux, parfois sans les connaitre, simplement parce que « c’est dimanche », « c’est pas trop loin » ou « ça serait cool de finir le weekend sur un concert »
    Ce qui est marrant c’st que du coup à force de se croiser on finit par sympathiser et s’échanger de splans pour se faire un concert à l’arrache 🙂

  • Game-system dit :

    Et bien il n’a pas tort du tout! Une époque clairement révolu, avec des codes qui ne réapparaitrons plus jamais malheureusement.

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  • Bonded by blood dit :

    Je suis d’accord avec lui. Moi je suis né en 96 et j’aurais adoré connaitre cette époque…

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  • Là, Robb, je dis Amen . Entièrement d’ accord avec son point de vue .

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  • C’est le problème de notre société actuelle ; on recherche la satisfaction individuelle en oubliant de conserver la dimension sociale et par conséquent les gens se referment sur leurs tablettes/iPhones et autres éléments addictifs par simple instinct grégaire. C’est stupide. J’aurais vraiment voulu connaître cette période là – les années 70. Même si la vie était plus compliquée que l’utopie qu’on en fait, cette période était malgré tout d’une franchise qu’on a oubliée.

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  • Heavybourrin dit :

    Il a raison. Pour ma part la seule raison qui m’empêche de faire plus de concert est le prix de la place. Du coup on se renseigne sur youtube et compagnie pour être sûr de voir un bon groupe « live ».
    C’est dommage nous empêche sans doute de découvrir des putains de groupes….

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    Duncan

    Très d’accord avec Rob, comme toujours. Par contre, désolé heavybourrin, mais c’est pas avec youtube qu’on peut voit si un groupe est bon en live. Qu’un seul moyens : y aller. Et encore, une fois ne suffit pas en générale…

  • le monde d’aujourd’hui : de plus en plus de barrières, de plus en plus d’étouffement, et l’anarchie devient un rêve de plus en plus lointain…
    entièrement d’accord avec Flynn.

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