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Interview   

La passion selon Sebastian Bach


Sans conteste l’un des plus grands chanteur que le hard rock ait connu, Sebastian Bach peut en plus se targuer, avec son précédent groupe Skid Row, d’avoir chanté sur de grands albums qui ont marqué le genre : le premier album éponyme mais surtout le jouissif Slave To The Grind. Malheureusement, l’histoire qui a suivi, malgré un troisième album de très bonne facture, s’est avéré moins heureuse avec une séparation douloureuse entre le chanteur et le groupe.

Pourtant, Bach ne s’est pas arrêté pour autant. Le blondinet s’est particulièrement fait remarqué en 2007 avec Angel Down sorti sous son propre nom. Une vraie réussite qui fait honneur au talent qu’on lui connaît et prouve que l’ex-Skid Row en a encore dans les tripes. D’ailleurs, Bach est de retour cette année avec son successeur intitulé Kicking & Screaming et prévu pour le 23 septembre. Autant dire que le chanteur continue dans sa lancée et ne déçoit toujours pas.

Il fallait donc que nous nous entretenions avec Sebastian Bach pour marquer le coup. Un personnage à la fois rock’n’roll, drôle et extrêmement sympathique. Toutefois, deux choses frappent particulièrement dans ses propos. La première est sa profonde honnêteté. Un trait de caractère qui lui vaut sa réputation de grande gueule et a probablement été à l’origine de certains conflits relationnels. La seconde est la passion saisissante dont il fait preuve. Mais après tout, peut-être que l’une ne va pas sans l’autre. Le résultat est un entretien captivant et haut en couleur qui ravira, à n’en pas douter, autant ses fans que les occasionnels.

Au programme : son album, bien entendu, mais aussi Skid Row, le décès de l’ex-chanteur de Warrant Jani Lane pour qui Bach avait rédigé un hommage, la vie de rock star, le frontman de Guns N’ Roses Axl Rose avec qui il est lié d’une grande amitié et bien d’autres sujets.

Entretien.

« On peut dire que je suis difficile à vivre dans le cadre du travail, mais ce n’est pas vrai. Je refuse tout simplement d’être à chier. Je ne sortirai jamais un putain de CD à chier. »

Radio Metal : Salut Sebastian !

Sebastian Bach : Salut ! Es-tu en France ?

Oui, je suis en France !

Quelle ville ?

Je suis à Lyon !

Oh, c’est cool. J’y ai été une fois. Nous avons fait toute une tournée française, ce qui nous a permis de voir toutes les plus petites villes de France. C’était génial. C’était vraiment une super tournée.

Aimerais-tu donc revenir ?

Oui, absolument ! (En français dans le texte) Moi parle un peu de français, parce que j’habite dans le Canada depuis quand je suis enfant et j’ai étudié français dans l’école !

OK, c’est cool ! Tu veux donc qu’on fasse ça en français ?

Non, je ne pense pas que je veux faire l’interview en français ! (Rires)

OK, pas de souci ! Ton dernier album solo, Angel Down, très acclamé par la critique, est sorti en 2007. Pourquoi t’a-t-il fallu tout ce temps pour lui donner un successeur ?

Je ne trouve pas que quatre ans soit une période si longue, surtout à l’époque à laquelle on vit. L’industrie de la musique a beaucoup changé. Et il est sorti un peu plus vite que Chinese Democracy ! (Rires) L’important est de réaliser des albums qui passent l’épreuve du temps. Les albums de Skid Row sur lesquels j’officie sont sortis il y a vingt ans maintenant, alors il faut que je sorte des CD que l’on puisse aussi écouter pendants des décennies. Mes albums solo doivent être à la hauteur de ceux que j’ai fait avant et ces albums-là sont très populaires encore aujourd’hui. Voilà ce que j’essaie de faire.

Il semblerait que les albums de Skid Row sur lesquels tu apparais soient une sorte de référence, pour toi…

Beaucoup de gens sont très attachés à ces albums de Skid Row. Pour une raison quelconque, ils les trouvent géniaux et pensent que rien ne peut les égaler. Mais ce résultat, c’est ce que j’obtiens quand j’enregistre en studio. Je ne fais pas les choses différemment maintenant, avec mon groupe solo, par rapport à ce que je faisais avec Skid Row. C’est la même chose. J’adore ces albums mais je préfère en avoir une vingtaine à mon actif plutôt que quatre ou cinq. Je voudrais finir avec un corpus complet, pas seulement cinq ou six albums. Mon objectif est d’avoir entre quinze et vingt CD à mon actif à ma mort. C’est ce que je veux et c’est ce que j’essaie d’accomplir.

Tu as qualifié cet album « d’expérience la plus satisfaisante depuis longtemps d’un point de vue créatif ». En quoi était-ce si satisfaisant ? En quoi était-ce différent de tes expériences précédentes ?

Il y a plusieurs choses. Pour commencer, j’ai un nouveau guitariste, Nick Sterling, qui est particulièrement jeune. C’est très facile pour moi d’écrire des chansons avec lui, on ne se dispute jamais. Il apporte sa guitare, il joue, et moi, j’ajoute une mélodie et des paroles. C’est un processus très naturel. La deuxième chose qui a rendu cette expérience si différente, c’est mon amour pour une fille. Aller en studio tous les jours était devenu agréable du simple fait d’être amoureux, de chanter pour elle, de la voir en permanence. Rencontrer cette fille incroyable et tomber amoureux d’elle a rendu tout ça très agréable et ça m’a aidé à ajouter des émotions aux paroles. Quand j’écoute l’album, je repense à tout ça. Je repense à ma rencontre avec Nick et avec Minnie. Voilà de quoi parle le disque : de romance. J’ai divorcé l’an dernier, alors certaines chansons parlent de rupture et d’autres parlent de rencontrer un nouvel amour. Beaucoup des meilleures chansons de rock’n’roll parlent de nanas et celles-là ne font pas exception !

Angel Down a été extrêmement bien reçu. Y a-t-il des choses que tu as apprises à l’époque de cet album et que tu as gardées à l’esprit pendant la composition et l’enregistrement de Kicking & Screaming ?

Oui, j’ai appris des choses grâce à cet album. J’adore tous les albums que j’ai sortis ; je ne les aurais pas sortis si ça n’avait pas été le cas. Je suis incapable de sortir un disque si je ne l’aime pas. J’aime cet album mais j’y ai mis la même émotion que dans tous les précédents.

La musique que tu sors aujourd’hui à des côtés assez heavy. Es-tu attaché à cet aspect de la musique ?

J’adore le heavy metal, oui. Je trouve que l’album Slave To The Grind est très heavy, c’est l’un de mes albums préférés. La musique comme le heavy metal est comme une drogue : une fois qu’elle est entrée dans ton système, tu en as vraiment besoin. J’aime la musique heavy.

« J’ai fait pas mal d’erreurs dans ma vie, et les couteaux, l’Enfer qu’on aperçoit sur l’artwork… Peut-être que c’est ce que je mérite ! »

L’album s’intitule Kicking & Screaming. Penses-tu que ce soit ce qui définit le mieux le rock’n’roll et le metal ?

Oui, Kicking & Screaming est un bon titre, ça résume très bien le rock’n’roll. Mais le refrain parle en fait de s’envoyer en l’air ! « In the night we’ll be kicking and screaming, make me go insane. » Ça parle donc de faire l’amour… et de baiser. (Rires) Je suppose que c’est la même chose… Non, ça ne l’est pas ! (Rires) Mais c’est aussi à propos de passer un bon moment. Et puis ça sonne bien ! Il faut toujours avoir un bon titre. Je deviens un peu vilain, là, tout de suite… (Rires)

Lorsque tu as dévoilé au monde l’artwork de Kicking & Screaming, tu étais particulièrement passionné, au point de déclarer qu’il s’agissait de l’artwork le plus déjanté de l’année. Pourquoi est-ce tellement important, pour toi ?

Quand j’étais gosse, on avait des disques. On pouvait étudier les pochettes et avoir un artwork vraiment cool, qui voulait dire quelque chose, qui raconte une histoire en soi et qui colle à la musique. C’était une vraie forme d’art. Aujourd’hui, la plupart des pochettes montrent la tête du chanteur, avec le nom de l’album à côté. Je trouve ça super chiant. Je voulais un artwork qui reflète les paroles de l’album. La pochette représente la déesse Khali, qui est la plus charmante de toutes les déesses, mais aussi celle qui fait les massages les plus terrifiants. (Rires) C’est un mot français ça, ‘massage’ ! N’est ce pas ? (ndlr : l’interview a été réalisée en anglais.) J’ai fait pas mal d’erreurs dans ma vie, et les couteaux, l’Enfer qu’on aperçoit sur l’artwork… Peut-être que c’est ce que je mérite !

Penses-tu que la dévaluation de la musique à laquelle on assiste depuis environ deux ans rende l’artwork et le packaging de l’album encore plus important ?

Ce que j’essaie de faire dans ma carrière, c’est de rester fidèle à moi-même et de faire ce que j’aime. Je ne me préoccupe jamais vraiment de ce que font les autres groupes ou de ce que dicte la mode, même si tous les autres le font. Je prends le contre-pied de cette tendance : je me recentre sur moi-même et je réfléchis à ce que je veux vraiment. Et c’est cela que j’essaie de créer. Je crois que j’ai hérité ça de mon père qui était peintre. Il a passé chaque jour de sa vie à peindre et à faire ce qu’il voulait, et c’est exactement ce que je m’efforce de faire avec ma musique. Je fais de la musique que j’adore. J’ai le sentiment que si j’arrive à y mettre des émotions, alors l’auditeur les ressentira. C’est comme ça que j’ai toujours fonctionné dans ma carrière.

L’une des vidéos les plus fortes de l’histoire du hard rock est celle que tu as réalisée avec Skid Row pour « 18 And Life ». D’un autre côté, la vidéo de ton dernier single est beaucoup plus légère et penche clairement du côté fun et rock’n’roll. Cela signifie-t-il que tu ne veux plus te montrer trop sérieux, aujourd’hui ?

Pour être honnête, la somme dépensée pour les trois vidéos de Kicking & Screaming est inférieure à ce que nous a coûté le camion de restauration pour « 18 And Life ». On parle de vidéos à 300 000 dollars, ici. Étant donné qu’aucune chaîne de télé, du moins en Amérique, ne diffusera jamais ces vidéos, on a de la chance de seulement pouvoir les réaliser. La technologie est très avancée, le tournage s’est fait en haute définition, tout est limpide et très cool. La vidéo pour « Kicking & Screaming » est une vidéo de nous en train de jouer, et comme j’ai écrit les paroles en l’honneur de ma copine, elle apparaît quand les paroles parlent d’elle. Elle rend la vidéo bien plus agréable à regarder que trois rockers crados ! (Rires) C’est juste pour le fun. J’ai lu un commentaire sur Internet qui disait : « Pourquoi est-ce qu’il sourit ? » D’une, personne ne m’a dit que je n’avais pas le droit de sourire, et de deux, je suis super fier de la musique et de ma copine, c’est pour ça que je souris ! Je me dis : « J’adore cette chanson, j’adore les paroles et je m’éclate ». La chanson est tellement heavy et cool que je ne peux pas m’empêcher de sourire. C’est trop cool, putain, j’adore ! Je ne savais pas qu’on n’avait pas le droit de sourire, on ne m’avait pas dit qu’il y avait une loi contre ça !

Pourquoi irait-on se demander pourquoi tu souris ? C’est curieux…

Je ne sais pas. Au début, même mon manager a posé la question. Encore une fois, la chanson est très heavy, alors j’imagine que je devrais faire ma tête de méchant ! (rires) Je ne réfléchis pas à la tête que je suis censé faire, je n’ai pas ce côté factice. Je ne planifie pas les choses, j’essaie simplement de faire ressortir des émotions. Au final, c’est juste une histoire d’émotions. Voilà ce que représente la musique, pour moi : c’est du ressenti. Et surtout, le rock’n’roll doit être une expérience agréable et c’est ce que c’est si on laisse faire les choses.

Tout le monde a son idée sur ce qui est metal ou pas, et apparemment, sourire, ce n’est pas metal !

Sourire, ce n’est pas metal, mais dans la vidéo de Van Halen avec David Lee Roth pour « Jump », qui est une vidéo performance, ils sourient et ils prennent leur pied. Je suis fan de Van Halen, et pour moi, ces vidéos comptent parmi les meilleures de l’histoire. Le rock’n’roll, c’est complètement fun, ça devrait permettre d’échapper à la vie normale. Ouais, le rock, c’est l’éclate. Ozzy Osbourne lui-même s’éclate !

Je l’ai vu sur scène cet été et il souriait en effet !

Mais oui, mec, le rock, c’est marrant ! Ça me fait sourire !

« Si les mecs de Skid Row veulent se réunir pour écrire et enregistrer de nouvelles chansons, puis partir en tournée avec un nouvel album, ça m’intéresserait. Mais personne n’évoque cette idée. Tout ce dont on parle, c’est de faire une tournée de reformation, de se mettre du fric dans la poche, de jouer de vieilles chansons… Ça ne m’intéresse pas du tout. »

Voilà maintenant plus de dix ans que tu sors de la musique en tant qu’artiste solo. Le fait de te trouver dans un groupe stable, à égalité avec les autres membres et pas seulement chanteur avec un groupe pour t’appuyer, ne te manque pas trop ?

J’imagine que tu fais référence à mon ancien groupe, Skid Row. Je pense que si tu écoutes la musique qu’ils font depuis que je suis parti, puis que tu passes à Angel Down et Kicking & Screaming, tu comprends pourquoi nous ne sommes plus ensemble. Je ne veux pas me vanter, mais mes albums éclatent leurs putains d’albums ; n’importe qui avec deux oreilles fonctionnelles te le dira. Je trouve que mes albums sonnent plus comme le Skid Row d’origine que le nouveau Skid Row ne sonne comme du Skid Row.

Ça rejoint en fait une de mes questions : tes albums solo sont beaucoup plus agressifs et heavy que ce que fait Skid Row à l’heure actuelle. Cela signifie-t-il que le côté heavy et agressif des anciens albums de Skid Row, et plus particulièrement de Slave To The Grind, venait de toi ?

Oui, c’est ça. Je ne vais pas te mentir : je fais toujours tout mon possible pour que mes albums sonnent comme ça. On peut dire que je suis difficile à vivre dans le cadre du travail mais ce n’est pas vrai. Je refuse tout simplement d’être à chier. Je ne sortirai jamais un putain de CD à chier. J’ai une bonne oreille. On ne s’apprécie pas beaucoup, mais même Snake de Skid Row a dit dans une interview : « La plus grande contribution de Sebastian à Skid Row était sa capacité à reconnaître une bonne chanson ». C’est tout à fait ça. Si je ressens une chanson dans mon cœur, comme « 18 And Life », je peux y mettre des émotions, et c’est à cela que les gens se raccrochent : l’émotion. Snake est manager maintenant, il manage d’autres groupes, il est passé du côté du business. Moi, ce n’est pas mon truc. Je suis plus du côté créatif de la musique. C’est pour ça que je suis entré dans le milieu. Je n’ai pas fait ça pour avoir un métier, j’ai fait ça parce que j’ai toujours été chanteur et que ma voix a une vie propre. Le metalleux, dans Skid Row, c’était moi. C’était moi, le type qui restait en studio pendant que ces gars-là allaient jouer au golf ou s’occuper du business. C’était moi, le type qui passait son temps là-bas, à s’assurer que ces albums sonnaient comme ils sonnent aujourd’hui. Et c’est ce que je ferai toute ma vie. J’adore faire des CD, ça m’éclate. J’aime écrire des chansons, m’occuper des pochettes et faire des vidéos. C’est très sympa, je suis toujours tout excité quand je fais ça. Demande à ma copine, je suis même un peu trop excité ! (Rires)

(Il parle à sa petite amie) Dit bonjour ! Allez viens ! Elle est timide…

Il ne faut pas l’être !

Ne sois pas timide ! Viens dire bonjour à la France, à Lyon… Elle fait sa timide !

OK. (Rires) La tendance actuelle est à la reformation des groupes. Skid Row semble être le dernier groupe à faire de la résistance. Tes relations avec les autres membres du groupe sont-elles encore si mauvaises ?

Je n’ai aucune relation avec eux. En fait, le batteur vient tout juste de demander mon numéro de portable et je lui ai dit qu’il pouvait aller se faire enculer ! (Rires) Ça s’est produit il y a tout juste cinq minutes ! Je sais que c’est la mode, que tous les autres groupes se réunissent. C’est le cas de Mötley Crüe, de Poison… Je sais que ça se passe comme ça mais je ne fais pas partie de ces groupes. Mon groupe à moi est différent. Ce qui m’intéresse, c’est de créer de la musique. Si les mecs de Skid Row veulent se réunir pour écrire et enregistrer de nouvelles chansons, puis partir en tournée avec un nouvel album, ça m’intéresserait. Mais personne n’évoque cette idée. Tout ce dont on parle, c’est de faire une tournée de reformation, de se mettre du fric dans la poche, de jouer de vieilles chansons… Ça ne m’intéresse pas du tout. Pour moi, faire Kicking & Screaming était beaucoup plus important que de partir en tournée pour jouer de vieux trucs. Je veux me constituer une discographie, c’est ça, mon truc. Pour être franc, quand on sera tous morts, seuls les CD resteront. Tout le monde les aura. Pour moi, c’est le plus important. Ça dure pour toujours. C’est comme les livres : si tu écris un livre, il te survivra pendant très longtemps. C’est la même chose avec la musique et c’est pour ça que j’aime ça. C’est comme une forme d’immortalité, une façon d’imposer ton passage sur cette terre. Les gens écouteront toujours tes chansons et je trouve ça totalement incroyable.

Dommage qu’aucun véritable album live n’ait été enregistré à l’époque…

Je ne comprends pas pourquoi il n’y a jamais eu de coffret. Tous les groupes ont un coffret qui retrace leur carrière, avec tous les DVD et les CD. On ne l’a jamais fait. Ce serait un moyen facile de sortir quelque chose, mais… Je ne sais pas, je ne contrôle pas ces gars-là. Ils font leur truc, ils jouent dans des salles de bowling et des restaurants, ils sont contents de jouer sur des bateaux de croisière. Moi, je me contente de sortir mes CD et de jouer avec Whitesnake la semaine prochaine.

« Je trouve ça terrifiant d’entendre parler d’une nouvelle mort toutes les semaines dans le monde du rock. […] Quand je les vois tous mourir les uns après les autres, je me demande si je ne suis pas le prochain. »

Tu as écrit un hommage très touchant à Jani Lane, l’ancien chanteur de Warrant. Tu semblais particulièrement touché par sa mort et les circonstances de celle-ci. Ce triste événement t’a-t-il ouvert les yeux sur certains aspects de ta vie, présente ou passée ?

Oui. Je trouve ça terrifiant d’entendre parler d’une nouvelle mort tous les semaines dans le monde du rock. Amy Winehouse à 27 ans il y a deux semaines, et la semaine dernière, Jani Lane, à 47 ans. Il n’y a pas pléthore de rock stars, et quand je les vois toutes mourir les unes après les autres, je me demande si je ne suis pas le prochain. C’est assez inquiétant. C’est un style de vie extrême, on voyage beaucoup et on travaille aussi énormément. Je veux continuer à faire ça aussi longtemps que possible mais quand je vois un type mourir dans la quarantaine, ça me fait flipper. C’est un sacré électrochoc. Je me sens vraiment mal pour ses enfants qui se retrouvent sans père. C’est bouleversant. Et je suis évidemment triste pour sa famille et, par-dessus tout, pour lui. Mourir seul dans une chambre d’hôtel, c’est tellement flippant. Je suis vraiment désolé pour lui. Si j’y pense trop, je pourrais me mettre à pleurer. C’est vraiment très triste. Personne – aucune fille, aucun garçon – n’aime être seul. Mais ça fait partie de la vie et il faut faire avec.

À la lecture de ton hommage, on réalise que le mode de vie rock n’est pas aussi marrant qu’on pourrait le croire. Beaucoup de jeunes musiciens n’ont pas conscience de l’aspect dangereux du rock et sont surtout attirés par le côté fun. Penses-tu que ce soit une sorte de piège ?

Excellente question. Tu poses vraiment de super questions. Est-ce que je pense que c’est un piège ? Très franchement, quand on commence très jeune, tout est une immense fête et tout le monde passe son temps à faire la fête. Ça devient un mode de vie. En vieillissant, on peut continuer dans cette voie ou décider de vivre plus sainement. Je ne prends pas de cocaïne, je ne bois pas d’alcools forts. Je bois du vin, et je peux en boire beaucoup ! (rires) Mais c’est tout. Je bois sans doute trop ; en fait, je sais parfaitement que je bois trop. Mais je me limite au vin et dans l’avenir, je boirai peut-être encore moins. C’est ce qui arrive quand on passe son temps à voyager et qu’on est tout le temps seul : parfois, on fait des choses simplement pour tromper l’ennui, oublier qu’on est loin de chez soi et tout seul. En vieillissant, il faut prendre une décision : ai-je envie de vivre sainement ou de mourir seul dans une chambre d’hôtel ? J’adore courir, je vais courir tous les jours si je peux ; je peux faire entre huit et dix kilomètres par jour. J’essaie de manger sainement, pas des cochonneries, et je bois du vin au dîner. Voilà comment je vis, et c’est plutôt positif pour mon corps. Mon corps a pas mal changé quand j’ai appris à manger équilibré, ce genre de choses. Peut-être qu’un type comme Jani n’a jamais appris. Quelque chose d’aussi simple qu’aller courir est loin d’être simple, finalement. Quand on a quelque chose d’aussi sain dans sa vie, ça aide beaucoup. Si Jani était venu courir avec moi tous les jours, il n’aurait sans doute pas pu boire de la vodka tout seul dans une chambre d’hôtel. Je vais courir parce que ça me vide la tête, parce que ça me maintient en forme et parce que ça m’empêche de m’ennuyer et de faire des choses que je ne devrais pas faire. Il faut choisir comment on veut vivre, voire si on veut vivre. Et moi, j’ai carrément envie de vivre.

Jani et toi-même étiez séparés des groupes qui vous avait respectivement rendus célèbres, et pas dans les meilleurs termes. Te sentais-tu proche de lui pour cette raison ?

Non. Je ne fais pas ce que je fais en fonction des gens. Sa situation était probablement différente de la mienne. Je suis un gars très actif, j’ai beaucoup d’énergie. Avec mon ancien groupe, il m’arrivait de me pointer complètement sobre en répétition et j’avais tellement d’énergie que je me montrais un peu autoritaire : je disais aux gens ce qu’ils devaient faire, j’étais un peu dirigiste. Je me souviens de Rachel et Snake me demandant : « Sebastian, qu’est-ce qui t’arrive ? » Et quand je répondais : « Rien », ils me disaient : « Tu ne pourrais pas aller fumer un joint et revenir après ? » (rires) Ils me disaient carrément d’aller me défoncer avant de revenir à la répétition parce que j’étais trop autoritaire et je disais aux gens ce qu’il avaient à faire. J’acceptais, mais en même temps, ça me blessait un peu, genre : « Vous êtes sérieux ? Vous voulez que j’aille fumer un joint ? » Et eux : « Oui, fais ça ! » Dans le même temps, je me disais : « Je vous emmerde, les gars ; pourquoi vous n’iriez pas vous faire foutre ? » Un groupe implique des relations très complexes. C’est comme être marié : il y a pas mal de conflits de personnalités. Je pourrais te raconter pas mal d’histoire à ce sujet, mais je n’ai pas envie de trop m’étendre dessus.

Tu as récemment accusé Internet d’être partiellement responsable de la fin de ton mariage. Penses-tu qu’il soit encore plus difficile d’être une rock star aujourd’hui, à une époque où toutes les rumeurs sont amplifiées via Internet ?

J’aimerais préciser ce que je voulais dire par là. Le seul responsable de l’échec de mon mariage, c’est moi. La responsabilité me revient à moi, pas à Internet. Parfois, en interview, je dis des choses que je pense être drôle parce que j’essaie de faire rire. Mais certaines choses ne sont pas drôles du tout. Quand j’ai dit que, pour être avec un rockeur, il fallait qu’une fille soit très solide ou qu’elle ne sache pas utiliser un ordinateur, je voulais faire une blague. Mais ce n’est pas une blague et ce n’est pas drôle. Si je suis avec une fille, le fait d’être sur les routes ne signifie pas que j’ai le droit de faire tout et n’importe quoi. Je veux présenter mes excuses à mon ex-femme pour avoir dit ça, et aussi à ma copine actuelle pour toutes ces conneries que je dis parfois et qui ne sont vraiment pas drôles. Quand c’est couché sur le papier, ça ne sonne plus comme au moment où je le dis, sorti de ma bouche. Si je trompe la personne que j’aime, ce n’est pas la faute d’Internet, c’est la mienne. Je n’aurais pas dû dire ça et je dois assumer le fait d’être un con. C’est la réalité. Je ne devrais accuser personne de mes actions, je devrais en assumer la pleine responsabilité. La vérité est là.

C’est très noble de ta part de dire ça…

Ah oui ? Parce que, pour moi, ce n’est pas facile à dire.

(A propos d’Axl Rose) « Nous sommes extrêmement proches. Je le connais depuis longtemps et personne dans le monde du rock ne m’a aidé autant que lui. »

Passons à un autre sujet : ces dernières années, tu as participé à plusieurs concerts de Guns N’ Roses. Axl Rose fait une apparition sur Angel Down et tu as assuré les chœurs pour un titre des Guns, « Sorry ». Qu’est-ce qui vous a rassemblé avec Axl au point de construire ce qui ressemble à une grande amitié ?

J’ai rencontré Axl en 1989, alors que je faisais la première partie d’Aerosmith au L.A. Farm. Il est venu chanter un titre avec Steven Tyler et comme il ne connaissait pas les paroles, je les lui ai apprises avant qu’il monte sur scène. Nous sommes amis depuis. Nous sommes extrêmement proches. Je le connais depuis longtemps et personne dans le monde du rock ne m’a aidé autant que lui. Il a embarqué Skid Row en tournée en 1992 ou 1991, puis ça a été le tour de mon groupe solo, trois ou quatre ans de suite. C’est rare, dans ce milieu. Il aurait pu prendre n’importe quel groupe en tournée avec lui, mais il m’a choisi moi et c’est vraiment sympa. J’ai effectivement participé à Chinese Democracy et je lui ai demandé pour blaguer : « Hey, mec, j’ai chanté sur ton disque, quand est-ce que tu viens chanter sur le mien ? » Il m’a répondu : « Dis-moi où et quand ». Je n’arrivais pas à y croire : « Quoi ?! Tu vas vraiment participer à mon album ?! » Il s’est pointé au studio, on a passé une très bonne soirée et il a merveilleusement bien chanté. Il devait aussi participer à Kicking & Screaming, il avait dit : « Baz, quel est le dernier jour pendant lequel je peux chanter sur cet album ? ». Je lui ai donné un jour et ce jour est arrivé, puis est passé, donc… (rires) Il n’a pas pu le faire cette fois mais peut-être qu’il pourra pour le prochain. C’est un super chanteur, j’adore sa voix.

Donc tu penses que tu seras amené à collaborer à nouveau avec Axl à l’avenir ?

J’en suis convaincu. Mais il a son propre emploi du temps, pour dire le moins. Il a sa propre horloge, il vit à l’heure d’Axl ! (Rires) Quand j’étais en concert avec eux, les gens me demandaient quand Guns N’ Roses allait jouer, et je répondais : « Ils joueront à l’heure d’Axl ! » (rires)

J’ai interviewé Bumblefoot, son guitariste, qui m’a dit qu’on ne pouvait rien prévoir avec Guns N’ Roses. Bumblefoot lui-même ne savait pas ce qui était prévu pour Guns N’ Roses dans une semaine !

Quand je jouais avec eux l’an dernier, en Amérique du Sud, il arrivait qu’on ne sache même pas si on allait donner le concert suivant. Pour jouer, il faut qu’on soit payé. Ça coûte extrêmement cher de prendre l’avion jusqu’au Salvador ou en Uruguay, c’est fou ce que ça coûte. J’étais à Bogota, en Colombie, et j’ai demandé : « Est-ce qu’on joue au Salvador ? » Et on avait la réponse à ce genre de question à 6 heures. On ne savait même pas si on allait jouer le lendemain. Une fois, nous sommes allés jusqu’au Costa Rica mais le concert avait été annulé. On a passé trois jours au Costa Rica, à ne rien faire d’autre que jouer les idiots ! (rires) On n’a même pas joué ! On ne peut jamais prédire ce que fera Axl. Jamais.

Voici la dernière question. J’ai appris que tu avais l’intention de sortir un album country…

Où as-tu vu ça ? Sur Wikipedia ?

Pas seulement ; il me semble avoir vu passer une info à ce sujet il y a environ un an.

Il est possible que j’en ai parlé il y a un an ou deux, mais ça ne se fera pas. Je ne ferai pas d’album country. J’ai participé à une émission télé américaine appelée « Gone Country », avec John Rich de Big And Rich, et j’ai gagné. J’ai tourné une vidéo pour le titre qui m’a fait gagner, « Battle With The Bottle ». On a fait un autre titre, « Jumping Off The Wagon », qui sera disponible sur l’édition deluxe de Kicking & Screaming. Mais niveau country, c’est tout. Le rock a pris le dessus. Kicking & Screaming sort le 24 septembre, puis il y aura une édition deluxe, avec un DVD comportant les trois vidéos que nous avons tournées pour l’albums et un concert d’une heure tourné dans le monde entier, avec du matos de pro au niveau de l’image et du son. C’est un putain de bon DVD, j’en suis très fier. L’album sortira ensuite en vinyle, avec une jaquette dépliante, ce qui est absolument incroyable de nos jours. Je collectionne les vinyles, alors je suis très heureux de cette nouvelle. J’ai hâte de voir l’artwork en grand sur la pochette, je suis super excité. On commence prudemment à booker une tournée européenne en janvier et février. J’espère qu’on pourra se voir en France à ce moment-là.

Vous allez passer par Lyon ?

Je ne sais pas, il n’y a pas beaucoup de groupes qui jouent là-bas. Mais si vous voulez me booker, je viendrai ! C’est une plus petite ville, mais j’espère que ça se fera. Je pourrais jouer n’importe où, mec !

C’est la deuxième ville de France après Paris !

OK, comptez sur moi, alors ! J’adorerais jouer à Lyon ! Quand vous voulez !

Interview réalisée le 16 août 2011 par téléphone.
Transcription et traduction réalisées par Saff.

Site de Sebastian Bach : www.sebastianbach.com



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  • Il est génial, vraiment l’interview est bien mené , Sebastian il est hors norme un visage délicat pour une force extrême , le meilleurs moements avec Skid Row

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  • J’adore ce chanteur, époque Skid row à nos jours… Du bon son, de la bonne zic bien heavy… Trop bon!!!!

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  • merci Radio metal pour cette interview du grand bas’ !
    je suis fan du gars depuis 89 et c’est si rare d’avoir des news sur l’un des plus grand frontman de heavy !

    Marrant, définitivement a fond dans son truc,honnête ! i love this fuckin’ guy !

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  • Excellente interview d’un personnage vraiment brillant…

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  • C’est pas un esprit brillant ce Sebastian, mais il a la mérite d’être honnête et franc dans ses propos. Je suis habitué à des trucs plus mégalo venant de lui…
    Il pourra boire du vin avec Coverdale s’il part sur la route avec Whitesnake !

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