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Live Report   

La perfection serait-elle humaine ou bien est-ce Archive qui est divin ?


Après Jamiroquai et Justice, Radio Metal remet le couvert et sort de son sentier pour s’aérer la tête et vous proposer de vous ouvrir l’esprit via certaines perles que recèle le « monde extérieur ». Beaucoup voient dans Archive les successeurs de Pink Floyd. Mais, à vrai dire, c’est peut être aller vite en besogne, même si on comprend que c’est son côté souvent planant et très créatif qui lui vaut cette comparaison. Mais celle-ci s’arrête essentiellement là. Archive n’est autre que lui-même : une formation à l’origine associée à la mouvance trip-hop qui s’est très vite émancipé en piochant majoritairement dans l’électro, le post-rock, le rock progressif voire même la soul et la musique classique. Un melting-pot qui ne perd jamais sa cohérence, même dans un dernier album, With Us Until You’re Dead, où l’expérimentation est légèrement plus poussée mais où l’émotion reste, toujours, l’objectif premier.

Étonnamment, c’est dans le reste de l’Europe que le groupe britannique s’est fait un nom, et particulièrement en France, restant cantonné à un succès confidentiel dans son propre pays. Le concert en ce mardi soir au Transbordeur de Villeurbanne affichait complet depuis plusieurs semaines, preuve de l’engouement que produit ce groupe parmi les mélomanes. Pour marquer le coup, la chaîne Arte a fait le déplacement avec une belle équipe de cameramen pour filmer la soirée sous tous ses angles et la retransmettre en directe sur internet.

Si vous souhaitez la visionner, la vidéo est encore disponible pendant quelque jours sur Arte Live Web. Nous ne saurions trop vous encourager à le faire.

Artistes : ArchiveSAF
Date : 20 novembre 2012
Salle : Transbordeur
Ville : Villeurbanne

SAF : le groupe rock alternatif français type.

En attendant le show d’Archive, ce sont les français de SAF qui ont le privilège d’ouvrir la soirée. SAF est le genre de groupe rock alternatif très dans l’air du temps. Un groupe véhiculant un côté rebelle inoffensif qui, rien que dans l’attitude et l’accoutrement élégamment décontracté, semble revendiquer son statut d’artiste. Le genre que l’on voit souvent invité dans les émissions télévisées à la Taratata.

L’atout essentiel de SAF est clairement sa chanteuse Marianne Elise. Un charisme indéniable, avec une légère pointe de mystère – sans doute cette frange lui cachant systématiquement les yeux – qui lui confère un aspect insaisissable voire imprédictible. Il suffit de voir comme elle est arrivée étrangement emmitouflée dans une fourrure. Un vêtement qu’elle lâchera bien vite (en même temps ils n’ont qu’une trentaine de minute à leur disposition) tel un papillon sortant de sa chrysalide. Faisant preuve d’une belle énergie, elle secoue ses cheveux, déambule sur la scène, danse et se contorsionne sous les regards d’un public attentif à ses moindres mouvements.

Autour d’elle, ses compères se font difficilement remarquer, si ce n’est un bassiste profitant d’une belle mise en lumière par sa position centrale au côté de la frontwoman. Ce qui, pour autant, ne veut pas dire qu’ils sont totalement effacés. Ils assurent le job et semblent d’ailleurs prendre du plaisir, notamment le batteur, à la fois très impliqué et appliqué.

Une première partie loin d’être désagréable qui remplit bien son rôle de mise en bouche.

Archive : quasi spirituel dans ses passages les plus atmosphériques.

Les caméras d’Arte Live Web se mettent en place, les lumières s’éteignent, une nappe inquiétante s’élève puis un clocher d’église résonne. Le carillon se démultiplie au fur et à mesure – carillon qui réapparaîtra bien plus tard, à la fin de « Damage » juste avant les rappels. Soudain, une lumière aveuglante, comme divine, surgit brièvement doublée d’une ovation des spectateurs. Les musiciens s’installent et commencent à frapper des impacts cadencés sur des toms. Par dessus le carillon et les percussions déboule « Wiped Out », premier titre de With Us Until You’re Dead, dernier album de la formation. Mais plutôt que de l’initier comme sur l’album, émergeant du silence par une lente progression, le groupe saute immédiatement à ce qui représente le climax du titre, enchaîné et mêlé avec naturel à l’introduction de concert. Archive fait d’ores et déjà preuve d’un génie éclatant. Le bassiste Jonathan Noyce – qui a notamment officié chez Jethro Tull pendant plus de dix ans – s’avance, dos courbé, un regard froid, presque terrifiant, et lâche, tel des boulets de plomb, des notes lourdes et amples qu’il accompagne par un glissé jusqu’au plus bas de son manche. Un climat orageux, tendu, qui subitement s’arrête : le titre redémarre depuis le point de départ qu’on lui connaît sur album, Pollard Berrier susurrant sa ligne de chant réverbérée. Les frissons sont déjà là. La charge émotionnelle est déjà incroyablement présente alors que le show vient de débuter depuis quelques minutes seulement. Les poils se dressent lorsque Berrier monte en intensité, jusqu’au paroxysme où on l’entend chanter « My Angel, My Love, Watch Out, My Love », peut-être plus cristallin, moins poussé que son interprétation en studio. Une ouverture de concert qui balance entre apaisement et tension, à l’issue de laquelle l’auditeur se sent déjà vidé.

Maria Q dépasse le stade de l’interprétation.

Pourtant Archive n’en a pas fini de jouer avec les émotions comme en atteste le second titre, le puissant et contrasté « You Make Me Feel ». C’est l’occasion de voir apparaître les charismatiques Maria Q et Holly Martin. Ce que la première chante se lit littéralement sur son visage, à tel point qu’en se bouchant les oreilles il serait presque possible d’entendre la musique rien qu’en contemplant ses expressions et son élégante et langoureuse gestuelle. La seconde fera, elle, preuve d’une touchante fragilité dans sa manière d’être. Une allure et un visage angélique de petite fille timide – qui pourtant se lâchera à quelques occasions – elle se tient droite, les bras ballants et les paupières fermées. C’est derrière ces dernières que tout semble se passer. Comme on aimerait voir le spectacle qui s’y cache ! Un spectacle trahit par des sourcils qui se froncent ou une main gauche tendue avec expressivité. Mais il suffit de se délecter de son chant pour voir les images se créer dans notre esprit.

Dave Penney, s’avancera, guitare en main et cheveux gominés lui donnant une allure germanique, sur le très rock « Sane ». Mais c’est bien sur « Interlace » qu’il prendra véritablement le micro, dévoilant la quatrième voix de cette soirée. Penney accapare l’attention en s’imposant au centre, regardant l’audience dans les yeux ou se contorsionnant. En comparaison, Berrier, paraît lui plus stoïque en regardant au loin dans le vide ou les yeux fermés. Les nombreux sourires de ce dernier seront pourtant source de chaleur, autant que sa gestuelle guitare en main motivera l’audience à bouger aux moments propices.

Holly Martin : une fragilité touchante.

Quatre chanteurs et chanteuses. Quatre voix distinctes et sublimes. Quatre personnalités fortes. Forcément ce sont eux qui accaparent la plupart des regards. Pourtant les cinq autres collègues se montrent tout aussi essentiels. Darius Keeler et Danny Griffiths derrières leurs claviers, opposés l’un à l’autre à chaque extrémité de la scène, font preuve d’une grande concentration dans l’alchimie sonore à laquelle ils s’adonnent. Steve Harris (rien à voir avec qui vous savez) discret une partie du temps, tête baissée, l’air grave, il n’en profitera pas moins pour se lâcher, en transe, sur les parties les plus enlevées. Le bassiste Jonathan Noyce, physiquement en retrait faute d’espace mais imposant par la profondeur qu’il apporte à la musique d’Archive, se déplacera tout de même sur le devant de la scène à chaque fois que la voie lui sera libre. Et finalement, Steve Barnard, derrière ses futs, entouré d’une montagne de matériel (amplificateurs, guitares, micros, spots de lumière, etc.) et caché derrière ses collègues, ne boude pas son plaisir, comme l’atteste ses nombreux sourires, et impressionne par son groove, son toucher et même le son de son kit de batterie que l’on aurait cru, sur album, être le fruit d’une magie réservée au studio et qui semble pourtant sortir très naturellement dans ce contexte de concert (même s’il ne fait aucun doute que des effets sont de la partie comme, de temps en temps, une réverbération).

Une solide cohésion malgré le nombre de musiciens et chanteurs.

Il y a du monde sur scène mais force est de reconnaître que l’espace est intelligemment utilisé. Maria Q et Holly Martin vont et viennent sur scène au gré des besoins des titres interprétés. Penney rejoint les percussions vers l’arrière, au côté de Noyce, lorsqu’il n’a pas à user de sa voix. Sans compter ceux qui changent d’instrument, ceux qui abandonnent leur guitare ou au contraire la récupère. Un concert d’Archive, c’est presque comme une sorte de bal où les rôles tournent, où la morphologie de la troupe change de chanson en chanson, le tout avec fluidité. Ce côté évolutif participe assurément au renouvellement de l’attention. Tout comme ces lumières riches et en constante métamorphose qui ne cessent d’émerveiller par leurs faisceaux et les ambiances visuelles développées.

Mais le grand point fort d’Archive reste et restera sa musique. Plus de deux heures de show qui passent en un éclair. Nullement le temps de s’ennuyer, l’auditeur est transporté dans un voyage aux paysages variés et vallonnés grâce à l’agencement parfaitement pensé d’une setlist où chaque titre justifie sa place. Le groupe s’offre le luxe de légèrement revoir certaines interprétations, démontrant que sa musique n’est pas totalement figée et qu’elle peut être modelée au gré de l’humeur, du feeling mais aussi des contraintes que peut imposer un spectacle vivant. De manière générale, et c’est le lot de nombreux groupes dont l’œuvre repose sur une part importante d’électronique, les titres gagnent un aspect plus organique. La conséquence de percussions plus naturelles d’une part et de guitares plus présentes d’autre part. Le résultat offre ainsi une subtile et intéressante redécouverte sonore des compositions. C’est le cas, par exemple, de « Violently » à l’allure nettement moins électronique, plus tribale à vrai dire, et dont la seconde partie gagne en folie grâce au rythme soutenu, presque punk, de batterie.

Un light-show splendide.

With Us Until You’re Dead est sorti il y a quelques mois seulement, pourtant Archive s’est permis d’intégrer à sa setlist pas moins de deux titres inédits. « Build And Construct » est une émouvante ballade, essentiellement au piano et chant, interprété par Maria Q. L’énigmatique « Black And Blue » bénéficiera, elle, de la voix de Holly Martin.

Le grand moment du show, s’il faut vraiment en détacher un, ou tout du moins le moment qui a mis le plus le public en transe est le jouissif « Fuck U », titre phare d’Archive. Il s’agît d’un véritable hymne à la haine viscérale dédié à « tous ceux qui rendent ce monde pire qu’il ne l’est. » Une haine bouillante dont la conclusion est ce « so fuck you anyway » (« donc, de toutes façon, va te faire foutre », en français) prononcé calmement mais avec un dédain absolument terrible. Un titre à la fois amer comme le fiel et beau à pleurer. Un paradoxe qui symbolise à lui seul tout le talent, toute la liberté créative d’Archive, toute sa profondeur. Et enchaîner ceci à un « Pills » à fleur de peau, montant progressivement en puissance, était assurément sournois, voire dévastateur, sur le plan émotionnel.

Tout simplement parfait.

Setlist :

Wiped Out
You Make Me Feel
Sane
Interlace
Stick Me in My Heart
Conflict
Violently
Build And Construct
Again (version acoustique)
Fuck U
Pills
Black And Blue
Dangervisit
Damage
Bells

Premier rappel :

Rise
Silent
Hatchet
Controlling Crowds

Second rappel :

Bullets
Kings of Speed

Photos : Nicolas « Spaceman » Gricourt

A voir également :

Galerie photos du concert d’Archive
Galerie photos du set de SAF



Laisser un commentaire

  • Merci pour l’article !
    Archive : paradoxalement, l’un des meilleurs et l’un des pires concerts de ma vie.
    Je les découvre en 2002 sur la petite scène des Eurocks, en pleine tournée promo du fantastique « you all look the same to me ». Une véritable claque abrégée par le concert de Soulfy qui commence à peu près en même temps et pour lequel j’avais fait le déplacement…
    8 ans plus tard, ils passent au Zénith de Strasbourg, j’achète mon billet plusieurs mois à l’avance pour ne pas rater ça. Un show catastrophique et chiant à mourir, aucune communication avec le public, 8 morceaux sur 12 consacrés au dernier album… La salle s’est vidée en 30 minutes. J’en garde aujourd’hui encore un souvenir douloureux…

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  • Excellent concert au Zénith de Paris également.

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  • Merci mec, c’est vraiment un truc de dingue, ce groupe. Je les ai vus en plein air, la nuit, avec un ciel bien dégagé. C’était surement le plus boulversant des nombreux concerts auxquels j’ai pu assister. Honnêtement, ni même Anathema ou Steven Wilson, malgré des shows grandioses, n’ont réussi à faire voyager comme Archive. Gros respect.

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