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Témoignage   

La petite histoire du jeune groupe et de son label que l’on entend trop souvent


Il y a quelques mois, on m’a conté une histoire. Le genre d’histoire qui fait sourire mais qui, au fond, ne fait pas vraiment rire parce que c’est une histoire vraie qui se rapproche de nombreuses autres histoires vraies qui, en tant que média, sont parvenues à nos oreilles. Elle parle d’un jeune groupe et de son label.

D’ailleurs, les propos qui vont suivre interviennent au discours direct car ils mettent en avant un témoignage. Un témoignage anonyme parce que notre source ne souhaite pas avoir de soucis avec son label ou d’autres structures liées au monde de la musique. Ce qui est tout à fait compréhensible car le milieu du metal hexagonal étant un petit monde, il est très facile de « se faire griller » et d’avoir « mauvaise réputation ». Et ce même si cette dernière n’est absolument pas justifiée.

A l’image de bon nombre d’artistes émergents, notre témoin découvre l’envers du décor de la musique. Un monde souvent éloigné du strass et des paillettes dont il a rêvé. Alors, parfois, ça le fait rire mais parfois ça l’effraie. Et l’histoire ci-dessous l’a plus effrayé que fait rigoler, surtout avec la prise de conscience qu’il a eue a posteriori. Vous savez, celle qui dit : « Hou, la, la ! Heureusement que je n’ai pas signé ce truc quand même ! ».

Attention toutefois : le témoignage qui va suivre n’est pas là pour dire que « tous les labels sont des obsédés du business qui souhaitent faire de l’argent sur le dos des artistes qui démarrent ». Non. Cependant, la tribune suivante est présente aujourd’hui dans nos colonnes pour conseiller aux artistes émergents, une fois de plus, de faire extrêmement attention aux propositions qui leur sont faites en règle générale car il y a une différence entre être un artiste… et être un pigeon.

« Bonjour à tous !

Partager sa passion de la musique lorsqu’on est un artiste, c’est possible : sur scène, avec les CD (ou parfois le téléchargement illégal) et au final le but de l’industrie de la musique est de vendre (du rêve). Mais cela reste une industrie, et pour tourner, une industrie a besoin d’argent. Et s’il n’y avait pas cette composante « industrie », la seule musique qui arriverait à se frayer un chemin jusqu’à vos oreilles serait celle, souvent maladroite, sortant de votre propre instrument.

Les coulisses sont donc souvent une triste réalité que beaucoup d’entre vous préfèreraient ne pas connaître car l’ignorance est une bénédiction. Cependant, c’est bien des coulisses que nous parlerons ici et particulièrement du rapport entre jeune groupe et label. Car la relation entre ces deux entités alimente bien des illusions chez de nombreux musiciens en devenir. Des musiciens dont je fais partie. Eh oui, lorsqu’un groupe signé doit payer de sa poche une séance photo promo, l’impression de T-shirts, la location d’un van pour une tournée, voire un espace pub dans un magazine, combien de fois doit-il subir la traditionnelle question en provenance de son entourage : « Mais votre label ne peut pas payer pour tout ça ?! ». Eh bien non, le label ne paie pas pour ça. A vrai dire, on ne sait pas trop ce que notre label paie… Il doit très certainement avoir des frais de son côté mais, concrètement, il ne paie rien pour les petits groupes.

C’est aussi le cas sur les concerts, et plus particulièrement en ce qui concerne le tour-support, qui est d’ailleurs le domaine le plus important pour nous en tant que jeune groupe parce que nous vendons très peu de disques. En effet, beaucoup de personnes s’imaginent que le groupe de première partie est gentiment choisi par la tête d’affiche qui, avec un air paternel et bienveillant, décide de prendre cette petite bande de jeunes sous son aile. Eh bien, non : il est (très, très) rare que ça se passe comme ça !

La vérité (en tout cas, celle que nous vivons) la voici : tous les jeunes groupes signés chez notre label reçoivent un mail disant grosso modo : « On vous propose une tournée de X dates avec [insérez le nom d’un gros groupe ici], vous jouez trente minutes tous les soirs, vous payez le déplacement. Combien êtes-vous prêts à y mettre ? ». Ça, c’est la réalité. Pour ceux qui sont un peu lents, la question : « Combien êtes-vous prêts à y mettre ? » signifie bien : « Combien voulez-vous payer pour tourner avec eux ? ». Autrement dit, un emplacement en première partie dans une tournée se vend aux enchères. Cela peut varier entre 250 euros et plusieurs milliers d’euros par date en fonction de la tête d’affiche.

Mais illustrons cela concrètement.

Il y a quelques mois, mon groupe reçoit le mail suivant de notre label : « Il y aura en décembre un gros festival à Paris, avec quarante groupes dont deux grands noms qui jouent au Sonisphere français, c’est 1600 euros pour s’y produire. Intéressés ? ». Après un moment de réflexion, et des conseils demandés ici et là à des personnes travaillant dans le milieu depuis longtemps, notre groupe décide que 1600 euros, c’est vraiment trop cher pour être noyé dans une masse de groupes.

Nous refusons donc l’opportunité.

Quelques semaines plus tard, notre label revient toutefois avec une offre similaire – pour le même festival – mais cette fois pour 600 euros. La différence de prix est plus que surprenante mais cela paraît, en tout cas, beaucoup plus intéressant. Mon groupe demande donc quand il faut payer. « Je ne sais pas » répond notre label. Ces échanges datant de juillet 2011 – ils sont effectués à six mois de l’événement si vous avez suivi – nous supposons en conséquence que notre combo a ainsi le temps de mettre 600 euros de côté.

En conséquence, nous acceptons l’offre. Mais, deux semaines plus tard, notre groupe reçoit un appel de notre label et s’ensuit cette conversation assez surréaliste :

Notre label : Il faut payer aujourd’hui, pas le temps de m’envoyer un chèque. Je t’envoie le RIB du label, il faut me faire un virement dans la journée.

Notre groupe : Comment ça ? Déjà ? Mais on n’a pas vu de contrat, on ne sait même pas qui organise ce festival !

Notre label : Je n’ai pas le droit de te dire qui l’organise mais la facture tient lieu de contrat.

Notre groupe : Et le nom de l’organisateur sera sur la facture, non ?

Notre label : Non, c’est nous qui vous faisons la facture. Et l’organisateur nous en fera une à nous.

Notre groupe (qui commence à trouver cette histoire très étrange) : Et si jamais le festival est annulé, comment fait-on pour récupérer notre argent ?

Notre label : Le festival ne sera pas annulé. C’est un gros organisateur, un organisateur sérieux, on peut lui faire confiance.

Notre groupe : J’aimerais bien lui faire confiance mais tu ne veux pas me dire qui c’est, donc j’aimerais bien avoir une garantie que je pourrai récupérer mon argent si le festival ne se fait pas.

Notre label : D’accord, je l’appelle pour lui poser la question et je te rappelle.

Quelques minutes plus tard, notre label rappelle.

Notre label : J’ai eu l’orga au téléphone et je me doutais bien de sa réponse. En gros, si tu veux le deal, tu paies et tu joues au festival. Ou tu ne paies pas et tu ne joues pas. Maintenant, tu as la facture, ça a valeur de contrat. Si le festival ne se fait pas, ce dont je doute fortement car c’est du gros, tu peux attaquer qui de droit pour ta thune !

Notre groupe : Mais c’est qui « qui de droit » ?! Je ne peux pas te donner de réponse tant que je ne saurais pas.

Notre label a fini par céder et me donner le nom de l’organisateur… dont je n’avais jamais entendu parler. Et après ma recherche sur un célèbre moteur de recherche, je suis d’ailleurs tombé sur une page Facebook apparemment peu mise à jour donnant très peu d’informations. Devant cette situation bizarre au possible, notre groupe a donc fini par refuser l’offre. Et il a bien fait puisque nous sommes maintenant en janvier et ce festival n’a jamais vu le jour !

Malgré cette petite histoire dans laquelle se retrouveront probablement beaucoup de groupes, nous avons conscience que la passion est présente partout. En effet chacun des acteurs se bat bec et ongles pour vivre de sa passion tout en essayant de perdre le moins d’argent possible pour continuer à faire tourner son affaire : que ce soit notre groupe, notre label ou l’organisateur du vrai/faux festival auquel on ne participera pas. C’est vrai, nous avons tous des contraintes financières énormes, surtout dans la conjoncture actuelle, mais, sur ce coup, j’ai quand même l’impression qu’on a cherché à nous entuber en profitant de notre inexpérience… ».



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  • Je ne pense pas que ça soit comme ça avec tous les labels . N’ empêche, c’ est vrai que ça refroidit, quand même . Est – ce que c’ est le même genre de choses qui se passent avec des labels puissants tels que Roadrunner Records, par exemple ?

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    Doc'

    Hello Julien, non il s’agit plutôt d’un petit label et pas d’une major.

  • Très instructif, merci beaucoup !

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  • ça à de quoi tuer la passion quand même

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  • bravo au type qui a flairé l’embrouille direct!
    ça fait peur quand même…

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  • Un témoignage utile pour faire connaitre l’envers du décor. Respect aux fous qui se lancent dans une carrière pro dans la musique.

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  • One Eyed Wisdom dit :

    Life is a fuckin’ shark tank baby!

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  • La vaseline est comprise dans le prix ? C’est à la limite du vol ou de l’escroquerie.
    Je ne vois pas l’intérêt de signer un contrat si l’on a pas les informations.

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    Xel

    Nan mais serieux, c’est du grand n’importe quoi ! Je suis franchement outrée par de tels actes, surtout venant de labels.

    L’industrie de la musique est vraiment pourrie 🙁

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