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Live Report   

La soirée des Branques


Le 22 Novembre dernier se produisait le superband Shrinebuilder à l’Épicerie Moderne. Une phrase et voilà déjà cinq bonnes raisons de s’en jeter une bonne plâtrée dans les portugaises.

Primo : le 22 Novembre, on se fait généralement chier. Preuve à l’appui : le 22 Novembre 1963, John Fitzgerald Kennedy notait très scrupuleusement à bord de sa limousine : « ouh, merde, fais chier » (traduction approximative).

Secondo : Feyzin est à coup sûr une ville magnétique. Cette étrange aura ne vient pas des innombrables poissons à trois yeux que l’on peut pêcher dans les environs, ni même de l’épaisse nébuleuse verdâtre s’échappant de l’usine pétrochimique (bâtie sur un cimetière indien) et recouvrant insidieusement la ville passé minuit. Cette influence métaphysique résulte encore moins de ses aimables riverains qui, chaque jour, prennent plaisir à jouer les figurants pour un hypothétique film de Romero. Non. Feyzin est confusément troublante de par sa pizzeria ; comment un pizzaiolo peut-il avoir la suffisance de baptiser d’un simple et navrant « Dolce Pizza » son antre à orgasmes culinaires ? Voilà qui est bien suspect. Serait-il sous influences occultes ? Protégé par Baal ? Ou est-ce la marque d’un foutu lycanthrope en plein suicide social ?

Bref, il y avait jadis la Zone 51 ; il y a aujourd’hui Feyzin.

Tertio : On nous bave sans cesse sur les rouleaux à vanter la beauté sonore et architecturale de l’Épicerie Moderne. Sans exagérer, on n’a que d’excellents retours sur cette salle : une superbe acoustique, de bénins perfectionnistes du savoir-vivre qui vous lancent un « excusez-moi » en plein pogo et, bien sûr, une ribambelle de spécimens appartenant à une espèce assez développée mais mystérieuse, et à laquelle Gronibard a décerné un sérieux patronyme, je parle bien évidemment des putes à frange. « Ah ! On est bien là » comme pouffait le défunt fasciné par « la bite des noirs »… ça doit être vrai, alors autant rejouer un bon vieux Caravage, et mettons le doigt dans la plaie pour vérifier si y’a, en effet, de la vie (je parle de l’Épicerie Moderne et non de cette « ribambelle de spécimens appartenant à une espèce assez développée mais mystérieuse et à laquelle Gronibard a décerné le sérieux patronyme de « putes à frange » »).

Quatro : se farcir un bigband, c’est grisant comme un bon vieux « versus » (cf. les « Zorro Contro Maciste », « Billy The Kid Versus Dracula » et autres « Santo Contra Los Zombies »). D’une part on économise sur les places de concert : pour notre cas, ce sont quatre bourlingueurs pour le prix d’un clafoutis. D’autre part, on peut s’amuser à jouer les pronostiqueurs sur qui fera le beau, qui fera une gaffe, voire sortir Paul le Poulpe du congel pour connaître qui sera le mâle dominant. Et tout ça est décuplé lorsqu’on a des routards qui viennent chacun d’un univers différent et grouillant, du sludge embryonnaire au noise expérimental, du stoner abyssal à la musique sacrée, du heavy crasseux à l’ode à Johnny Cash, du post hardcore rentré aux délires mystiques avec Jarboe.

Quinto : Shrinebuilder et son album éponyme furent de loin l’un des cinq plus beaux coups de théâtre de l’année 2009. En termes mathématiques et grossiers, ça donnerait ceci : Melvins + Om + Saint Vitus + Neurosis. « Cocktail détonnant » entend-on psalmodier… mais le plus intéressant, c’était bien sûr le rendu ; on aurait légitimement pu croire en une dégobillade encore plus révulsante qu’un casse-poitrine à la Street Trash. Il n’en est rien : c’est une réussite complète. L’album est d’ailleurs consternant : on pouvait craindre que les cinq fleuves qui le composent allaient être de vulgaires copier/coller musicaux des quatre formations. On aurait pu croire ça… Bah le pire, c’est que la chose, c’est archi ça (pour les orthophonistes qui bandouilleraient face à cette phrase, sachez que les droits sont déposés). Du coup, tout comme l’œuvre du Marquis de Sade est une bonne synthèse vulgarisatrice des pensées matérialistes des Lumières, du Baron d’Holbach à La Mettrie, Shrinebuilder est un bon résumé des dernières ébauches (et débauches) mélomaniaques de nos quatre pékins.
Alors, on y va ?

Bah en fait, Spaceman et votre serviteur vibrologue sont déjà partis. Mal partis. Deux belles broques qui prennent le bus depuis la capitale des Gaules se rendent la banane au bec en direction de là où vous savez et se gourent de sens. Bref, première belle débandade. Je ne m’étendrai pas sur ce qui nous jouxtait dans le bus, qu’il s’agisse de ces donzelles furieusement amatrices de péripatéticiennes, et qui ne cessaient de tailler le bout de gras vénal, ou bien du vieux sultan coranique qui les dévisageait avec stupeur.

La suite est toute aussi joyeuse, gastriquement joyeuse, avec la tartouille ultra-sèche d’un poseur latino reconverti en pizzaiolo. Je tiens d’ailleurs personnellement à remercier les fabricants d’huile piquante : jamais on aura déployé autant de talent à prouver que ces dernières ne sont pas tant là pour relever le goût des Margarita, que pour réhydrater des cadavres sauce tomate/ jambon/ champignons déjà en stade de pré-lyophilisation. Pour dire, si Splinter avait apporté ce genre de pizz’ à ces quatre tortues mutagénées, sûr qu’il aurait fini crucifié dans les égouts. En bref : courons vers la salle.

Sofy Major : une section rythmique solide.

Sofy Major

C’est joli ici : un bar accueillant à en devenir alcooliques, des toilettes accueillantes à en devenir scatophiles, des videurs accueillants à en devenir zoophiles. Le problème, c’est qu’on en vient à oublier le point G (de l’Épicerie Moderne, pas des videurs, ni de cette « ribambelle de spécimens appartenant à une espèce assez développée mais mystérieuse, et à laquelle Gronibard a décerné le sérieux patronyme de « putes à frange » »). Le point cardinal, c’est bien sûr la salle (délaissée au profit du bar, des toilettes et des zoophiles) et c’est ainsi que Sofy Major démarre face à une dizaine de gringos.

Le son est horriblement fort, trop pour discerner les petites finesses du groupe clermontois. Anesthésiés par des boules Quiès, le seul spectacle restant sera le batteur monté sur chewing-gum, adepte des rythmes à contretemps et à contre-courant. Bref, une première déception, et ce malgré des titres marquants comme « Outil » ou drolatiques tels « Non rien ». Pour être sincère, cette déception n’est pas due à ce volume disproportionné mais à une profonde et véritable lassitude face à ce genre de musique où le chant hurlé, la rage et tout ce qui devait symboliser le « putain, merde, j’en ai marre » sont monotones, sages et encroutés.

Lassé d’autant de moutonnaille musicale dans un style qui revendique (ou revendiquait) clairement sa différence. Alizée sous amplis, c’est tout ce que je vois, c’est tout ce que j’entends. Les trois autres sens sont, pour le coup, totalement apathiques. D’ailleurs, pour toucher du son, pas besoin d’être une groupie dont l’existentialisme se résumerait à « je sens quelque chose gigoter en moi donc j’existe », que ce quelque chose soit la masse cérébrale d’un « rocker » ou, bien évidemment, un chiard. Non, pas besoin de ça, non. On peut palper du regard, savourer une brutale introspection, flairer une dimension sonore (je pense notamment aux miasmes qu’émet Khanate). Si les souvenirs peuvent éveiller nos sens, alors l’imagination – et la musique qui peut l’exciter – peuvent en faire autant.

Ô musique métallurgiste, tu veux sortir de ta cave ? Rassure-toi, c’est déjà fait. Quoi ? Tu ne t’en es pas rendu compte ? Peut-être est-ce parce que tu ne te reconnais même plus…

J’ai conscience de parler à des gens qui ont travaillé d’arrache-pied leur passion, qui ont minutieusement sculpté leur son voire qui ont simplement cherché à prendre plaisir dans ce qu’ils font. Auguste Rodin n’affirmait-il pas que « le monde ne sera heureux que quand tous les hommes auront une âme d’artiste, c’est-à-dire quand ils prendront plaisir à leur tâche ? ». Faut-il néanmoins bêler : « vous prenez plaisir, c’est bien. Tant que ça vous plaît » ? Rabaissez la démarche musicale au plaisir, c’est faire du metal un succédané de Patrick Sébastien.

Comme le proposait Nacho Cerda, je veux SENTIR votre souffrance, et pas avoir face à moi une horde de cabris cherchant tant bien que mal à adhérer à un héritage, à un style et à un groupe. S’il y a véritablement volonté de distanciation, de différenciation et de recherche dans le metal, alors il faut TUER la sociologie (plébologie ?) du metal telle que l’ont relevée et cristallisée Fabien Hein et Robert Culat. Si cette volonté n’existe pas (ou plus), alors pourquoi regretter de n’être que des chiffres, des touffes, des chauves et des cousins Machin, des cris insipides et des susurrements ridicules, des coffres snobinards et des branlomanes guitaristiques ? Tout ça sonne creux et, ironie du sort : jamais on n’a vu autant de faux dieux et de crédules naïfs se targuer de lire celui qui professait d’ausculter les idoles.

Vous vous souvenez de l’émission « Ça me révolte », en effet révoltante d’âneries populistes ? Le 14 Janvier 2003, cette endive à mèche et beau-fils préféré des ménagères hypocondriaques qu’est Bernard de la Villardière présentait une spéciale « Gourous, sectes, escrocs : ces jeunes qu’on manipule », dans laquelle il abordait notamment les ados sous influences satanistes. En fait, ce qu’occulte ce genre d’études garnies de particularismes, d’inductions simplistes et de commentaires tonitruants, c’est que nos jeunes métallurgistes sont surtout pris dans un autre engrenage, bien plus général, et doucement nommé « le grégarisme ». Ce qui est bien avec le metal, c’est que nous avons des pédagogues, souvent faussement affublés d’une expérience livresque et musicale de plus de quarante piges, pour enseigner à nos jeunes béni-non-non l’art subtil, technique, voire BPM-ologique, du glorieux bêlement.

Non, ce n’est définitivement pas Judas Priest et son Dream Deceiver qui ont pu inciter au suicide. Ni Ozzy Osbourne et son Suicide Solution. Pas même le hair metal. Mais c’est à coup sûr l’interaction servile et ennuyante avec une scène métallurgiste bas-de-plafond, et en pleine agonie, qui pousse à se brûler la cervelle musicale à grands coups de shotgun houblonneux, à défenestrer tout courage d’innovation sonore, et enfin à jouer les Belles au bois dormant en ingurgitant des doses ahurissantes de Prozac artistique, d’accords avariés et paroles pourries (si souvent entendues d’ailleurs qu’elles deviennent de vulgaires formules de politesse dans le milieu).

Bref, tout ça pour dire que je me suis bien ennuyé.

Wino qui a du mal à se réveiller après le set de Sofy Major.

Shrinebuilder

Shrinebuilder fut l’illustration parfaite de ces mots de Tocqueville : « les uns à côté des autres, mais pas les uns avec les autres ». Grosso modo : un groupe atomisé, où chacun est dans son coin à vivre sa petite extase transverbérée. En témoigne ce côté cave des membres au démarrage : « Pyramid Of The Moon » fut lancé avant même qu’Al Cisneros ait fini d’accorder sa basse. Bref, la soirée des Branques continue.

Néanmoins, il s’agit maintenant de jouer les journalistes, c’est-à-dire être objectif comme ils disent. Comprenez : être subjectif, à l’opposé, c’est risquer d’entacher la Vérité, conçue comme générale et universelle, avec son point de vue particulier, ses désirs individuels et autres intérêts personnels. Par conséquent, le journaliste, bien connu il est vrai pour son indépendance économique, politique et idéologique, va se déposséder de ce qui lui permettait de penser (à savoir SON ressenti, SON étude des faits et conséquences, SA réflexion axiologique), et ce pour atteindre l’angle objectif. Pour être objectif, ne pensez plus par vous-même. Si vis pacem, ne soyez plus rien du tout. Aussi vais-je coller au plus près de Shrinebuilder et de ses membres monadiques en rejouant tout le concert sous l’angle de chacun d’entre eux.

Al en transe.

Al Cisneros (Bassiste / Chant) :

La chute vers la basse et vénale réalité est vraiment dure, en témoignent mes camarades pressés d’engager ce qui ne paraît être pour eux qu’une vulgaire représentation scénique. Du coup, j’ai pas fini d’accorder mon attribut à quatre cordes que « Pyramid Of The Moon » se met déjà à résonner…
Mon état de profonde léthargie est compréhensible : toute mon énergie est concentrée, j’essaie de me réconforter. Un exemple : ce crétin de Neurosis ne connaît même pas les paroles. J’ai vraiment du mal à comprendre pareil je-m’en-foutisme. Bon, je peux quand même me réjouir : Dale Crover nous impose un tempo encore plus lent qu’en studio. J’espère qu’un jour le public comprendra la lenteur et la lourdeur, ce besoin de languir et de (faire) sentir intensivement chaque battement, chaque écho, chaque idée.

Σῶμα – σῆμα (soma – séma) : le corps est le tombeau de l’âme et nous cherchons à marquer le corps, à l’engourdir pour éprouver davantage le besoin de s’en libérer. Néanmoins, le σῆμα grec ne signifie pas seulement la prison, mais aussi le signe ; le corps est donc la marque de l’âme, et la sémiotique de l’âme passe donc aussi à travers le corps. Dans ce rite initiatique, la première étape est de concentrer en soi toute la pesanteur de l’ici-bas ; laissez-moi encore chuter dans le magma et capturer toutes les attractions sublunaires. Harmonie des âmes ; osmose des c(h)oeurs ; Suivez-moi, dans « Pyramid Of The Moon », il y a une SORTIE.

Preuve qu’il a quelqu’un qui met en accord nos confessions, Novalis relevait ceci bien avant moi :
« Le corps va se défaire et fondre dans les larmes :
Le monde en son entier devient un grand tombeau
Où le coeur, qui se brûle au feu suppliciant
De son désir, ne viendra retomber qu’en cendres. »

Peu à peu nous montons vers l’« Architect ». Et bien que que je veuille tout contenir en moi, je ne parviens plus à contrôler plus les mouvements de ma nuque. L’élévation est devenue insurmontable, et le feu qui me ronge et aussi celui qui me propulse. Il y a une communion des flammes, la beauté ascensionnelle est convulsion pyromane. Maintenant, je sais que ma lueur est aussi un élan. Mes ardeurs confidentielles sont le chemin vers la pureté universelle et mon sacrifice n’est pas vanité mais pénitence et assomption à l’ordre pré-établi. Oui, c’est bel et bien sous une rivière de cendres que pourra pousser l’herbe édénique. Ne lisons-nous pas dans le Lévitique :

« 7.2 C’est dans le lieu où l’on égorge l’holocauste que sera égorgée la victime pour le sacrifice de culpabilité. On en répandra le sang sur l’autel tout autour.
7.3 On en offrira toute la graisse, la queue, la graisse qui couvre les entrailles.
7.4 Les deux rognons, et la graisse qui les entoure, qui couvre les flancs, et le grand lobe du foie, qu’on détachera près des rognons.
7.5 Le prêtre brûlera cela sur l’autel en sacrifice consumé devant l’Eternel. C’est un sacrifice de culpabilité ».

Si si ! Il a bougé ! Doucement, mais sûrement.

Devant l’autel, nos nerfs optiques ont su capter le feu du Zohar, et nous lançons alors « Blind For All To See ». La vue est trahison pour celui qui s’en remet à une force bienveillante. Nous marchons donc vers un écran golgothique. Melchizedek. La lévitation continue, et c’est une cascade de vierges en fusion qui vient nous caresser. Oui, du jus d’innocence nous abreuve et nous sentons déjà, dans cet océan céleste, ce qui découragea les anciens.

Ô glaciairistes de la Beauté !
Ô arpenteurs de l’Eternel !
Je vous ai dépassés.

La chose la plus à craindre est bien sûr un orque de sperme car s’il coule, c’est un son charnel qui viendra gémir, décupler et perpétuer le périssable. Nous pouvons aimer une vérité sans corps d’un corps sans chair… sinon, comment certains auraient pu vivre plus de 600 ans ? Nos échecs de jadis ont été stratifiés, et nous les avons baptisés : « Science Of Anger ».

La mémoire perdue, ce qui va suivre, je l’ai tiré de mes rêves. Derviches tourneurs métaphysiques, je crois que nous sommes devenus ce que Novalis appelait des « astronomes renversés ». Nous retournons dans les entrailles. Avons-nous échoué ? Nous avons perdu. Je ne sais pas. Je ne sais même pas si je ne sais pas. Ignorance ad aeternam. Seuls de vieux souvenirs impersonnels viennent à moi… le vague, le flou et l’incertain, me voilà enfin désincarné. Tous les temps fusionnent, et viennent à nous un désir inédit : « We Let The Hell Come ».

Martèlements primordiaux. Rites primaires. Cri primal des peaux.
Derniers mouvement sensitif. Réflexes. Mes pieds brûlent.
Nous.
Sommes.
Ailleurs.

Ô sanctuaire des sanctuaires. Fin de l’introspection
Nous avons pénétré la lumière. Inceste de feu
Nous sommes alors tes héliopathes
Ce rêve, nous le partageons tous
Il vient nous réconforter
Solar Benediction
Plus de douleurs
Plus de joie
Rien.

Scott Kelly boude dans son coin.

Scott Kelly (Guitariste / Chant / Feuille de pompe) :

Connards.
Quelle connerie !
Qui est le petit génie qui a cru qu’on pouvait laisser transparaître la musique à travers… un écrit ?

Je me fous royalement des paroles. Depuis mes délires avec Jarboe, j’ai pu véritablement comprendre que le chant, c’est que dalle s’il ne repose que sur des mots. Il doit y avoir un souffle pour insuffler de la vie à ces mots. Plus qu’une mélodie : il faut une interprétation. Bref !

Comme avec Neurosis, ce live est pour moi une catharsis. Le son doit purger, nettoyer, ça doit passer l’âme à la potasse. Du coup, je ramène mes tourments et mes glaires à chaque parole prononcée (éructée). J’ai besoin de sentir le son s’incarner, qu’il s’agisse d’une caresse ou d’un bout de pancréas. Il faut vivre sa musique ; vous devinez maintenant pourquoi je vomis ces p’tits parasites qui ramènent leurs gueules ici seulement pour capturer des images à la va-vite, que ce soient des photos ou des vidéos…

Mais c’est qui ce connard qui n’arrête pas de me shooter ? Tu veux que je te crache à la gueule ? Et avec ça et ma tronche renfrognée, je vais à coup sûr passer pour le malabar du groupe… Lorsque les gens comprendront que la seule chose à faire lorsqu’on a un sale carafon comme le mien, c’est faire avec, eh bien ils pourront enfin se mettre à ma place. Moi aussi je porte ma croix. Je souffre d’être comme ça, mais bon, « Amor Fati » comme ils disent, je fais avec. Et la musique est ma drogue, mon défouloir et mes chiottes.

En bref, pour ce soir, on jouera l’ensemble de l’opus. Pour le coup, on ne va pas reprendre Joy Division en bonus, on va plutôt balancer le titre « We Let The Hell » de l’album à venir, histoire de tester les réactions… Et croyez-moi, même si la thématique du groupe restera la même, nos titres seront plus nerveux. Dale nous balance un p’tit solo, et on boucle tout ça avec le premier titre de l’album, histoire de fermer la boucle. Allez stop, je m’en vais écrire à ma p’tite famille… Bah ouais, comme Kevin Sharp, je peux pas m’empêcher de penser que la paternité, c’est ce qu’il y a de plus puissant.

Wino : the big boss. Il pose, il joue et il se barre.

Wino (Guitariste / Chant)

Il est quelle heure ? 21H ?
Bon.. en selle les gars.

Hum… C’est fini ?

Dale Crover et sa mèche folle.

Dale Crover (Batteur / Chant)

Qu’est-ce que je fous là ? Entre ce crétin qui ne connaît pas ses paroles, l’illuminé qui met trois plombes à s’accorder, et pis l’autre poseur, je me demande bien qu’est-ce que je viens foutre là. Avoir un des batteurs des Melvins, c’est devenu un gage de qualité ? Bizarre tout ce bastringue… Et puis…euh… j’aimerais pas jouer les sentimentaux, mais Buzz me manque… Snif, snif.

Non mais c’est vrai, quoi ! J’ai beau matraquer ma batterie comme une brute, je ne vois vraiment pas d’ardeur ici. Pas même un poil d’expérimentations. Encore heureux que je puisse m’éclater à taper des soli… L’explosion nucléo-capillaire de Buzz me manque aussi… pas de cheveux qui s’agitent ici. J’ai quoi en face ? Un teckel bassiste qui dodeline de la caboche à chaque virage, un poseur qui a dû s’enfiler un pied de micro entier dans le fondement façon barbecue et puis cette barbouze dégueulasse qui glaviotte de partout. Moi qui voulais me rapprocher pour saluer le public à la fin du concert, c’est foutu… En tout cas, faudra faire gaffe aux mollards…

Qu’est-ce qu’il a à me regarder celui-là ? OK, tu veux caler ta basse sur mon jeu, pas de problème… t’arrives à suivre ? 80Bpm… pas trop rapide ? Bon, qu’est-ce qu’i’ se passe d’autre ? Oh, j’y crois pas… j’ai l’impression que ce crétin d’Obsessed pionce debout… bonjour l’introspection les gars ! Arf, dommage que ce soir on ne joue pas « 24 Hours » de Joy Division… ça les aurait secoués !

Allez, je sucre ma langue de pute, faut quand même avouer que Wino assure ses soli (mieux que ses parties vocales) et puis il sait faire couiner sa gratte, alors moi ça me laisse rêveur : rappelez-vous, le bordel que Buzz et moi avions foutu dans ce live, Colossus Of Destiny…

Et puis faut reconnaître qu’on a les couilles de ralentir nos titres, mon modèle restant les mecs de Flipper… mais à part ça, ça manque encore de quelque chose… Je m’emmerde tellement que je prie pour que quelque chose se passe : Wino qui se gaufre ou bien un tueur furtif, n’importe quoi… j’en deviens même malsain, et du coup ça me donne envie de me replonger dans Men Of Porn.

Enfin ! J’ai au moins pu comprendre la musique de Shrinebuilder : c’est juste de l’esbrouffe New Age. Avant on rentrait en transe avec Mahavishnu, avec Ravi Shankar, y’a maintenant Om qui assure aussi. Mais avec Shrinebuilder, c’est différent : on prie… pour sortir de là.

Et moi dans tout ça ? Mon avis sur ce Bigband ? Bah ça me fait replonger dans ma jeunesse, quand je reprenais du Maiden. Et pis tant que ça paie, pas de problème… bah oui ça rameute toujours de voir nos belles gueules bœuffer entre elles ! Et bon, on est libre de faire ce qu’on veut, non ? Et être libre de faire ce qu’on veut, bah c’est aussi être libre… de faire de la merde.

Shrinebuilder : un line up impressionnant, une musique fabuleuse, un show décevant.

Photos : Spaceman



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