ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Live Report   

La terre a tremblé et aurait pu s’ouvrir sous mes pieds


Artistes : MotörheadVulcain
Date : 14 décembre 2010
Lieu : Lyon
Salle : Halle Tony Garnier

Comment introduire un live report pour un concert de Motörhead ? Comment aborder la nouvelle étape d’une histoire de trente-cinq ans de concerts ? Des millions de personnes ont déjà vu ce groupe culte, véritable institution de la scène metal, et il existe donc autant d’histoires de concerts de Motörhead. Comment faire pour apporter une pierre neuve à cet édifice de l’histoire de la bande à Lemmy en live ? On va quand même tenter le coup.

Se préparer à assister à un concert de Motörhead réclame au moins de s’organiser dès le matin-même. D’abord en mangeant bien parce qu’on ne sait jamais à quoi ressemblera votre repas une fois aux abords de la salle (kebab, kebab ou kebab, en fait). Mais Gilles « Heavy Metal Cook » Lartigot ne nous contredira pas sur ce point : mieux vaut prévoir son propre casse-dalle ; c’est la base d’une bonne expérience live. Ne pas trop se torcher non plus avant de partir, on n’est jamais à l’abri d’un bon pote qui vous paierait quelques pintes de bière une fois sur place ; il ne faudrait pas que ce soient les quelques pintes de trop si on veut garder quelques souvenirs d’un concert d’une aussi grande importance. Et un peu de repos aussi, ça ne fait pas de mal. Une petite sieste dans le bus qui vous emmène jusqu’aux lieux du forfait, ça peut être bénéfique pour être au maximum de sa forme avant de se jeter dans la fosse.

J’ai l’air de raconter ma vie mais tous ces détails auront finalement une importance dans la suite de cette histoire. Et tout d’abord, la bière. C’est alors que je me rends compte que la bière est le meilleur sirop contre la toux que j’ai pu ingurgiter dernièrement (l’abus d’alcool, etc., vous connaissez le topo), que ma gorge est soulagée par la magie du houblon, que les lumières déclinent et voilà Vulcain !

Et voilà Vulcain !

Ces derniers mois, je me suis déjà fait une cure de dinosaures (c’est dit affectueusement) : Ozzy Osbourne, Alice Cooper et, ce soir, Lemmy avec Motörhead ! Un périple motivé – entre autres – par la crainte de ne plus les revoir plus tard. Ces sexagénaires ont tous en commun d’avoir quand même déjà bien bouffé leurs points de vie (non, ne nous voilons pas la face) et la moindre occasion de les voir avant qu’ils avalent leur bulletin de naissance est à prendre. Mais ces artistes avaient jusque-là tendance à s’accompagner de premières parties foireuses : Korn ne pouvait plus se targuer de l’énergie d’il y a dix ou quinze ans devant le public d’Ozzy ; et les glameux de BlackRain nous offraient un glam metal bardée de grosses ficelles et un chant qui déchire dans le sens douloureux du terme. Mais Vulcain est venu rompre cette série.

Les Français sont considérés comme les Motörhead français. Un surnom gagné grâce à une formation relativement identique (Motörhead, dans sa forme classique, est aussi un power trio, je ne vous apprends rien, j’espère) et grâce à des compositions tout aussi comparables à celles de leurs homologues anglais, c’est-à-dire un rock’n’roll couillu, qui ne fait pas de prisonniers et pas dans le détail mais qui sait être efficace et filer la pêche.

Vulcain

Autant vous avouer immédiatement que ma science vulcanienne était jusqu’à ce concert particulièrement limitée. Tout Animal que je sois, je reste un homme qui vit sur un monde qui tourne sur lui-même en vingt-quatre heures et met environ trois cent soixante-cinq jours pour faire le tour du Soleil et pendant le tiers de ce temps, je dois assouvir mes besoins vitaux et intellectuels. Cela nécessite de gérer son temps et de faire parfois des choix et donc de laisser certaines choses de côté. Pour cela, on met en place quelques critères de sélection, parfois très arbitraires, l’un d’eux, dans mon cas, étant : « le metal en langue française est inaudible ».

Quand je vous disais que c’était très arbitraire. Eh bien, je l’avoue, je le confesse, je m’en repens : j’avais foutrement tort et je vais fissa briser ces Tables de la Loi ! Dès les premières mesures, Vulcain pulvérise en moi toute inhibition et assouplit ma nuque. Il n’est pas possible que je reste plus longtemps aussi loin de la scène. La foule n’est pas encore trop dense et je peux apprécier de plus près les mines réjouies de trois lascars. Ils terminent ce soir leur tournée qui est passée par le Canada et retrouver les gones qu’ils n’avaient vus depuis vingt ans leur fait prendre conscience qu’ils ne remettront pas aussi longtemps à revenir. Le public s’éclate, on est entre potes, des titres comme « L’enfer », « Rock’n’Roll Secours » et « Ebony » remportent tous les suffrages et il n’est pas nécessaire de beaucoup haranguer le peuple de la fosse pour qu’il crie et lève les bras. Une demi-heure passe… Un petit dernier pour la route ? Ce sera « La Digue Du Cul » bien sûr ! Ça, c’est une fête ! Revenez quand vous voulez Vulcain, on sera là.

La digue !

Vous vous souvenez de cette histoire du pote qui pourrait bien vous abreuver, nous imposant de rester sobre avant de nous rendre au concert ? Eh bien, il était temps pour moi de m’évader de la fosse pour rejoindre une nouvelle pinte de bière. On n’est quand même pas à un concert de Philippe Delerm, quoi ! On installe la scène pour Motörhead, un roadie se permet quelques mesures d’AC/DC pour tester la guitare. La salle réagit immédiatement. Ça n’a duré que quelques secondes mais ça a eu le mérite d’être efficace. Une mention particulière au staff de Motörhead justement puisque, comme l’a souligné à un moment Marc Varez (batteur de Vulcain), ils ont permis aux Français de faire leurs balances dans des conditions optimales, avantage dont ne profitent pas toujours les groupes de premières parties avec une telle tête d’affiche. Il n’empêche que les Vulcain auront eu un son bien moins puissant que Motörhead. Mais c’est peut-être normal, tout le monde ne peut pas être « loudest than everything else ».

Et quand on parle puissance, voici Motörhead !

Et quand on parle puissance, voici Motörhead et la clameur émerge de toutes les gorges. Impossible de demeurer en arrière, retour dans la fosse et début d’un concert en plusieurs étapes. Première étape : on démarre comme on l’a toujours fait. Au programme une setlist identique aux dates précédentes à un poil de… moustache près dans le cas de certaines dates. Ils sont Motörhead et si nous ne le savions pas (bin, voyons), ils jouent du rock’n’roll ! On a exactement ce qu’on est venu chercher : « We Are Motörhead », « Stay Clean », un petit coup du nouveau album avec « Get Back In Line » (plus tard nous aurons aussi droit au très efficace « I Know How To Die » avec lequel Lemmy essaiera de nous faire peur, bouh !), « Metropolis » passe comme une lettre à la poste. Une interrogation pointe dans l’arrière-cour de ma machine à cogiter mais l’étape deux arrive entre-temps.

Être face à la légende

Étape deux : Motörhead, ça se vit physiquement, c’est une sensation plus que de la musique : toute la salle tremble, les vêtements deviennent les marionnettes d’ondes sonores comme on en connaît peu et il est maintenant temps de se jeter à corps perdu dans la fosse, dans le maelström des corps qui se bousculent, se heurtent et échangent leur sueur. Une pensée : le pogo a dû être inventé pour les concerts de Motörhead. Pendant trois morceaux, la fosse n’est qu’un bain de furies et Lemmy est sur la scène, droit, tel un dieu du chaos imperturbable, recevant en offrande l’adrénaline bouillonnant sous ses yeux. Puis le calme, un solo proprement aérien de Phil Campbell prouvant que la beauté à sa place dans ce monde de brutes. Mais voilà l’étape trois.

Le seul et unique : Lemmy !

Étape trois : le froid. L’interrogation d’arrière-cour arrive sur le devant de la scène pendant que Phil trône dans la lumière. Mais pourquoi ne suis-je pas aussi heureux que prévu ? Réponse : Tony Garnier m’a tué mon concert de Motörhead. Ça me trottait déjà dans les oreilles depuis le début et ce solo de Phil m’a prouvé qu’il y avait un souci. Ce devrait être magnifique mais en réalité, le son est infect. La guitare est noyée dans un bruit persistant. Déjà, on se demandait où était la voix de Lemmy. Ce n’était tout de même pas cette voix de robot parfois à peine compréhensible dans le bourdonnement ambiant ?

On tente de se débarrasser de cette impression en ôtant ses protections auditives. Eh oui, on ne va pas voir l’un des groupes qui jouent le plus fort sans cela. Mais non, il y a vraiment un problème. Ce groupe qui joue si fort joue trop fort pour la Halle Tony Garnier ! Il est déjà de notoriété publique que la salle n’offre pas le meilleur des sons mais à ce point-là, il n’y a plus que Philippe Delerm qui peut y jouer ! On ne va pas dire que Motörhead joue une musique subtile mais là, les subtilités passent littéralement à la trappe. Autrement dit, les soli de Phil sont noyés dans le bruit.

Étape trois, alinéa deux : encore le froid. Après la suée du pogo, voilà qu’on prend littéralement froid. Les remous de la fosse ne sont plus que quelque chose qu’on voit du coin de l’œil ou au loin. Les morceaux qui suivent le grand solo de Phil ne relancent pas le bain bouillonnant. Erreur dans la setlist ? Ou le reste du public s’est-il lui aussi aperçu qu’il ne vit pas le meilleur des concerts de Motörhead ? Pas dans les meilleures conditions, en tout cas. Et il devient difficile de le remuer ce public. Quand le groupe harangue la foule, il met plus de temps qu’on aurait pu imaginer pour obtenir de nouveau bruit et fureur.

Phil Campbell, vingt-six ans dans la bande.
Pour faire mieux, il faut s’appeler Lemmy.

Alors qu’est-ce qu’on fait ? Mince, que se passe-t-il dans mon corps ? Je baille ! J’avais pourtant fait ma petite sieste dans le bus en venant ! Je jette un coup d’œil à droite et à gauche pour m’assurer qu’on ne m’a pas vu bailler à un concert de Motörhead. Mince, ce type-là aussi a baillé ! Et cet autre type, il me regarde aussi mais il n’a pas l’air de s’éclater. Par Saint Elvis et tous les dieux du rock’n’roll, Motörhead est en train de bercer une partie du public ! Il faut que je m’évade de cette fosse ! On va faire un tour aux toilettes et on va voir si ça va mieux ensuite. Quoi ? Je vais m’éloigner de la salle, à un concert de Motörhead ? Mais ça ne peut pas vraiment être en train d’arriver. Et à mesure que je m’éloigne, je ne vois pas de visage extatique. Peut-être suis-je dans le vrai, je ne vis pas le meilleur des concerts que Motörhead puisse donner. Vite, échappons-nous vers l’étape quatre.

Étape quatre : prenons un peu de recul. Direction les tribunes. Avant mon évasion, j’avais quand même vécu un superbe moment où j’étais encore content d’être là : « In The Name Of Tragedy ». Au poil ! De quoi remettre le feu à la salle ! Et intercalé dans le morceau tiré de l’album Inferno, le solo de batterie de Mikkey Dee. Avec cet éclairage vert, la puissance prend une couleur surnaturelle. Par la maîtrise de son batteur, Motörhead démontre aussi que ce n’est pas que de la puissance brute. Mais ce fut un peu trop long. En me repliant dans les tribunes, je rejoignais donc un concert au rythme haché et à la puissance sonore desservie par une enceinte qui n’est pas à même d’accueillir une telle légende.

Vous ne voyez pas Mikkey ? Forcément, vu d’ici, il faudrait qu’il se lève pour qu’on le voie

Jusqu’à l’inévitable « Ace Of Spades » (que Lemmy lui-même aimerait bien ne plus être obligé de jouer bien qu’il fera toujours en sorte de donner à ses fans ce qu’ils veulent), je ne prends même plus la peine d’essayer de démêler la pelote d’ondes sonores pour reconnaître les morceaux interprétés. Viennent les rappels au cours desquels « Overkill » sera très généreusement relancé en boucle pas moins de trois fois. Il ne fallait finalement que ces deux morceaux, « Ace Of Spades » et « Overkill » pour vraiment remettre le feu aux poudres mais ce n’est qu’à la fin qu’ils auront joué la carte des classiques qui rapportent tous les suffrages et démontent tout.

On prend le temps d’apprécier les feedbacks produits par la basse de Lemmy posée contre les puissants Marshall offrant ainsi une sorte d’ultime morceau très drone, puis les lumières se rallument. On file récupérer son casse-dalle laissé au vestiaire avec son manteau et on se dit qu’on retentera certainement de revoir Motörhead en concert mais à la Halle Tony Garnier, jamais !

Setlist de Motörhead :

We Are Motörhead
Stay Clean
Get Back In Line
Metropolis
Over the Top
One Night Stand
Rock Out
Solo de guitare
The Thousand Names Of God
I Got Mine
I Know How To Die
The Chase Is Better Than the Catch
In the Name of Tragedy (avec Solo de batterie)
Just ‘Cos You Got the Power
Going To Brazil
Killed By Death
Ace Of Spades

Rappels :

Born To Raise Hell
Overkill

Photos : Fox



Laisser un commentaire

  • Mais la setlsit est hyper originale pour une fois elle ne suis casiment pas la setlist de ces 5 dernières années et est truffées de morceaux des deriers albums ! De plus Born To raise Hell malgré l’exellente qualiter du morceaux n’est servit en concerts que trop rarement donc je ne vois pas de quoi vous vous plainier !

    [Reply]

  • Bien manger le matin, préparer son casse-dale, sobriété et repos avant le concert… Whaou… L’Animal m’impressionne !!! C’est toujours gratifiant de voir de bons conseils tomber dans une paire d’oreilles métallique. Merci.
    Par contre, conseiller la bière contre la toux, c’est un joke non ?
    En tout cas c’est toujours un régal de lire des Live Report originaux. Merci pour ça aussi.

    [Reply]

    Animal

    sérieusement, ma gorge ne s’est jamais sentie aussi bien en plus d’une semaine qu’après deux bières !

    Je n’affirme pas qu’il y a une indubitable relation de cause à effet mais le fait est troublant.

  • Motörhead on voit 1 show on les a tous vu
    c’est culte certes, mais ça en se renouvelle pas beaucoup sur scène
    pour ma part je les ai vu au Zenith, au Hellfest 2X et au Wacken, ben 1 salle et 1 fest ça suffit largement à en faire le tour (les 2 ayant une ambiance bien différente tout de même)

    par contre je ne saurais trop vous conseiller « The wörld is yours » qui est assez couillu, un peu à la « Inferno » niveau son

    [Reply]

  • Vulcain + Motörhead ? Et pas de boeuf à la fin ? Dommage…

    [Reply]

  • Bon concert de Motörhead avec des chansons très accrocheuses – « In The Name Of Tragedy » fut un must c’est vrai – mais des titres quand même plus anecdotiques.

    La foule était passive et on notera aussi un vrai problème de son sur la batterie, l’ami Mikkey prenant même le temps de faire des essais pour ses techniciens pendant le concert…

    [Reply]

    Blub

    Foule passive !!!
    On n’a pas du assister au même concert ou alors t’étais dans les latrines !
    J’étais front of barriers et ça bougeait un max !
    Par contre le son pas au top c vrai, mais ça c Tony Garnier .
    Pour le dernier Album « The wörld is yours » je l’écoute en boucle j’adore, ma préféré OUTLAW !

  • Arrow
    Arrow
    Trivium @ Villeurbanne
    Slider
  • 1/3