ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

Lacuna Coil – Delirium


Lacuna Coil - DeliriumEt encore un qui quitte le navire Lacuna Coil. En l’occurrence le guitariste Marco Biazzi, dont le départ fait suite à ceux, deux ans plus tôt, du batteur Cristiano ‘Criz’ Mozzati et de l’autre guitariste, jamais remplacé d’ailleurs, Cristiano ‘Pizza’ Migliore. Pourtant, aucun signe de tempête à l’horizon chez Lacuna Coil. Rien que Broken Crown Halo était incroyablement (désespérément ?) rassurant. Car le noyau de Lacuna Coil reste inébranlable, incarné par le duo de chanteurs Cristina Scabbia et Andrea Ferro et aussi le discret mais pourtant indispensable Marco Coti Zelati. Indispensable, le mot n’est pas trop fort, puisque ce dernier, en plus d’être le principal compositeur et bassiste, a cette fois-ci revêtu un bonne fois pour toute la casquette de producteur, s’est chargé de l’artwork et a pris en charge la très grande majorité des parties de guitare rythmique ; les solos étant l’oeuvre d’une flopée d’invités, dont celui expressif et bien senti de Myles Kennedy (Alter Bridge, Slash) sur « Downfall ».

Un trio qui donc assure la continuité sans sourciller. Pourtant on remarque très vite que le ton s’est sévèrement durcit, en tout cas pour une part de l’album. Broken Crown Halo s’inspirait déjà du cinéma d’horreur, lui empruntant des éléments pour en faire des métaphores sur la vie bien réelle. Delirium, lui, vient appuyer un peu plus sur la part horrifique de la vie, celle qui plus est qui nous touche et nous ronge de l’intérieur, en se focalisant sur nos folies et névroses, élaborant son propre sanatorium conceptuel. Musicalement, la conséquence est un album certes moderne (des effets electro dans les sons de « Blood, Tears, Dust » ou dans le traitement des guitares de « Take Me Home ») mais un peu plus brut, avec des accès d’agressivité comme on en a rarement entendu chez Lacuna Coil. Une atmosphère dramatique traduite dans ces guitares et basse sous-accordées qui viennent s’imposer dans le mix, mais surtout par un Andrea Ferro qui créé la surprise.

Dès le lancement de « The House Of Shame » on se fait happer sans ménagement par un méchant growl death metal. Celui qui fut souvent le mal aimé auprès d’une partie du public de Lacuna Coil – alors qu’il en est une composante indéniable de l’identité – ressort une saturation dans sa voix qu’on n’avait pas entendue depuis le temps des tout premiers albums des Italiens. On se rend alors compte sur des compositions pleines de fiel, telles « The House Of Shame » mais aussi « Blood, Tears, Dust », « Ghost In The Mist » et autre « My Demons », comme le grain de son growl a maturé et pris de la puissance et de la profondeur. Il n’en relègue pas pour autant au placard son chant rock habituel, glissant dans un registre plus hurlé sur « Broken Things » voire carrément théatral sur le pont de « Downfall » ou donnant cette note d’aigreur au langoureux « You Love Me ‘Cause I Hate You ». Non seulement Andrea propose sa prestation la plus hétéroclite à ce jour et joue comme jamais les contrastes avec la voix de Cristina et la mélancolie gothique inhérente au groupe, mais on peut également dire qu’il porte l’album et incarne à lui seul la thématique.

Cependant, là où le bât blesse – parce qu’on ne peut pas toujours gagner sur tous les tableaux -, c’est qu’en faisant le choix de miser sur l’agressivité, Lacuna Coil en perd un de ses principaux atouts : son sens de l’accroche sucrée et entêtante. Difficile au milieu de cette marmelade amère de beuglements et de guitares plombées et rugueuses d’en ressortir une mélodie mémorable. Même une chanson plus familière comme « Delirium » peine à s’imposer, si ce n’est par un martelage du refrain. Un caractère répétitif qui peut même devenir agaçant à la longue dans le cas d’un « Take Me Home ». Inversement, un « Claustrophobia » de prime abord anodin tend à se révéler par son atmosphère au fil des écoutes.

Dans tous les cas, entre surprise de retrouver une hargne qui prend aux tripes et désenchantement de les voir perdre leur capacité à créer des mélodiques fortes, Lacuna Coil, avec Delirium, va au-delà de la nuance et, sans en perdre l’essence, propose une revisite partielle de sa musique, pas loin d’être comparable dans l’ampleur à celle qu’avait constitué Karmacode en son temps, avec l’arrivée des tonalités néo-metal qui les ont suivi depuis lors. Alors, peut-être Delirium est-il annonciateur d’un nouveau Lacuna Coil où, notamment, Andrea Ferro trouvera enfin grâce aux yeux de ses critiques.

Les chanson « Ghost In The Mist » et « Delirium » :

La lyric vidéo de la chanson « The House Of Shame » :

Album Delirium, sortie le 27 mai 2016 via Century Media.



Laisser un commentaire

  • un combo intéressant jusqu’à Comalies . leur meilleur album à mon goût. Karmacode avait déjà perdu le coté gothique que j’ aimais à l’ époque. Après c’ est devenu une sous-production d’Evanescence qui cherche à plaire au marché des ados américain. visiblement (d’après les premières vidéos) leur perte d’identité continue avec cet album. Je déteste les growls en général sauf pour quelques rares exceptions. Et effectivement , Andrea est plus que dispensable sur les albums comme sur la scène . pas étonnant qu’il change de registre pour prétendre justifier sa place. Pour moi, ça va pas dans le bon sens.
    Le nombre de guitaristes m’ a toujours surpris dans ce genre de groupe. Pareil chez Within Temptation . très peu de solo, niveau plus que moyen des musiciens , son noyé dans les arrangements.Un seul gars suffit .
    Dommage , j’ aime bien la voix de Cristina.
    Dans le genre de groupe à chanteuse , Nightwish sera toujours inégalé même sans Tarja et , tant qu’a prendre un bon groupe américain qui fait dans le sucré , je préfère de loin We Are The Fallen , s’ils existent encore …

    [Reply]

    Sabaton

    je n’aurais pas dit mieux! tout est dit de manière objective et constructive

  • La critique est très bien construite. O

    [Reply]

    Duncan

    *On voit bien les forces et les faiblesses du nouveau bébé LC…

  • Arrow
    Arrow
    Tool @ Hellfest
    Slider
  • 1/3