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Interview   

Lacuna Coil replonge dans le coma


S’il a conservé une essence mélancolique portée par son emblématique duo de voix – Cristina Scabbia et Andrea Ferro –, depuis sa formation au milieu des années 90, Lacuna Coil a beaucoup évolué. Les plus anciens fans se souviennent encore d’un premier EP éponyme plein d’innocence et de charme, qu’ils réécoutent avec tendresse. Ils se souviennent aussi de la sensualité et de la beauté gothique d’In A Reverie et d’Unleashed Memories. Mais c’est surtout sur Comalies que, pour beaucoup, Lacuna Coil a atteint le sommet de son art. D’ailleurs, dès l’album suivant, Karmacode, les Italiens commenceront à changer en partie leur formule et à explorer de nouveaux horizons.

L’époque Comalies semble aujourd’hui un lointain souvenir, les plus jeunes fans étant parfois davantage familiers avec des albums tels que Broken Crown Halo ou Delirium, si ce n’est pour les tubes « Swamp » et surtout « Heaven’s A Lie ». C’est donc une louable initiative de la part du groupe de ressortir Comalies à l’occasion des vingt ans de l’album, même si, forcément, l’entreprise de déconstruire, reconstruire et réenregistrer un tel album est risquée et fera râler les puristes. Mais c’est avant tout comme un nouveau regard, actualisé avec la sensibilité du Lacuna Coil de 2022, qu’il faut le voir, cette nouvelle version n’enlevant rien au caractère sacré de l’original, comme nous le confie Cristina Scabbia ci-après.

« Faire Comalies était un bon ‘coma’ pour nous, c’est-à-dire que nous avons vécu dans une sorte de dimension parallèle dans laquelle personne d’autre que le groupe n’avait le droit d’entrer. »

Radio Metal : Vous célébrez les vingt ans de l’album Comalies, que vous avez revisité dans une toute nouvelle version – on y reviendra. Vous avez eu de plus grands succès commerciaux avec d’autres albums plus tard dans votre carrière, mais Comalies a clairement une place spéciale dans le cœur des vieux fans. Que représente cet album pour toi, personnellement, vingt ans plus tard ?

Cristina Scabbia (chant) : Pour moi, ça représente l’un des albums les plus importants de notre carrière, car c’est l’album qui a changé notre carrière justement. Après Comalies, tout a changé pour nous, nous avons grandi en tant que groupe, nous avons gagné en popularité, nous avons eu la chance de voyager dans le monde, d’être davantage connus partout et de vivre de notre musique. Ce qui est surprenant concernant Comalies est qu’en gros, la majorité des fans l’ont découvert deux ans plus tard, quand nous avons joué au Ozzfest en 2004 – alors que l’album est sorti en 2002. Tout le monde est devenu dingue de cet album et nous avons été projetés dans un autre monde. Donc bien sûr, aujourd’hui, ce n’est pas seulement les vingt ans de cet album, c’est aussi une occasion pour nous de le célébrer comme il faut. Pour nous, faire un remaster ou un remix n’était pas suffisant, nous voulions faire quelque chose de plus grand et de plus important.

Comment expliquer l’« explosion créative » – comme tu as pu toi-même le qualifier – qui a eu lieu avec cet album ?

Je pense qu’avec Comalies nous avons franchi un palier supplémentaire, car même la composition était meilleure. Ce n’était pas notre premier album, donc nous avions beaucoup appris de Waldemar Sorychta, notre producteur. Je pense que nous commencions déjà à trouver notre propre style. C’était le tout début du véritable son de Lacuna Coil, sans que ça rappelle quoi que ce soit d’autre. Et l’explosion créative… Je veux dire que ça arrive avec chaque album. C’est parce qu’à chaque fois que nous faisons un album, nous nous enfermons dans une sorte de bulle et nous avons tendance à ne pas partir en tournée, à ne rien faire d’autre qu’écrire de la musique, nous voulons nous concentrer dessus. Si on n’arrive pas à se focaliser sur ce qu’on est en train de faire, c’est plus facile de perdre de vue l’objectif. C’est pourquoi nous n’aimons pas être distraits et nous aimons prendre notre temps quand nous écrivons, nous décidons toujours de rester à la maison pendant quelque mois pour mener à bien l’album. Quand on sort, s’amuse, voyage et stresse, ce ne sont pas des conditions idéales pour écrire de la musique – en tout cas, pour nous. Donc, aussi étrange que ça puisse paraître, faire cet album était un bon « coma » pour nous, c’est-à-dire que nous avons vécu dans une sorte de dimension parallèle dans laquelle personne d’autre que le groupe n’avait le droit d’entrer. Je pense d’ailleurs que c’est en partie l’origine du titre de l’album. Enfin, maintenant, c’est dur de se souvenir quand nous avons eu l’idée de ce titre, mais il symbolisait aussi quelque chose de statique. Nous aimons bien utiliser deux mots ou une combinaison de mots dans nos titres, surtout des mots qui ont aussi un sens en italien, car « coma » est un mot italien. Ça sonnait super bien, donc dès que nous y avons pensé, nous avons dit : « C’est ça. »

Un élément qui a largement contribué au succès artistique de vos premiers albums, c’est leur mélancolie, qui a atteint un sommet avec Comalies. Quelle était la source de cette mélancolie ?

Je pense que la source, c’est l’Italie. Je veux dire que l’Italie est un pays très passionné. Je ne suis pas en train de dire que nous sommes des drama queens, mais nous aimons les mélodies, les parties agressives et les growls dans nos chansons, mais nous aimons aussi ces parties qui font tressaillir notre cœur et nous font ressentir quelque chose. Nous aimons avoir un mélange d’agressivité et de gravité. Je pense que ça vient assurément de nos racines.

« Heaven’s A Lie » est probablement votre plus grand classique. C’est une chanson qui a initialement été perçue comme antireligieuse, alors que c’est plutôt une chanson qui parle de liberté de pensée et tu as expliqué qu’elle fait référence aux gens qui essayent d’imposer leur opinion. Avez-vous rencontré beaucoup d’incompréhension par rapport à cette chanson ?

Honnêtement, non. Je veux dire que le plus grand problème que nous avons eu était probablement lors de la tournée que nous avons faite avec P.O.D., car certains fans venaient nous voir en disant : « J’aime beaucoup votre musique, mais il y a cette chanson qui s’appelle ‘Heaven’s A Lie’. Je ne sais pas… » Et nous essayions d’expliquer que c’était contre le manque de liberté des gens ou le fait d’être jugé pour quelque chose que les autres ne comprennent pas. Mais ce n’est pas comme si ça nous avait attiré des ennuis, car quand « Heaven’s A Lie » est sortie, une station radio en est tombée amoureuse. En un clin d’œil, plus d’une centaine de radios se sont mises à la diffuser. Donc s’il y avait eu le moindre problème, nous n’aurions pas eu il y a vingt ans plus d’une centaine de radios aux Etats-Unis qui jouaient cette chanson.

« Nous faisons partie de la scène gothique, parce que nous aimons certaines atmosphères qu’on obtient dans ce type de chanson et la musique sombre, mais à la fois, nous ne nous considérons pas comme un groupe gothique. En fait, nous ne nous considérons comme rien du tout. »

Les quatre premiers albums de Lacuna Coil ont été produits par Waldemar Sorychta, qui est un producteur reconnu, surtout dans le milieu metal gothique. Quelle importance a-t-il eue pour façonner le son de Lacuna Coil ?

C’était essentiel pour nous enseigner ce qu’il fallait faire lors de nos premiers pas, car maintenant, les choses ont complètement changé. Maintenant, tout est moins analogique, mais au début, c’était le seul vraiment capable d’enregistrer et de nous faire des suggestions. Mais je dois dire que dès le début, le groupe était assez sûr de ce qu’il voulait. Evidemment, nous avons écouté ses conseils. Parfois, nous les prenions et nous faisons confiance en ceux qui nous accompagnaient, mais au final, c’était toujours notre décision. Reste que Waldemar a toujours été très important pour nous. Nous sommes toujours amis, nous nous parlons encore de temps en temps, nous nous croisons quand nous passons en Allemagne. La dernière fois que nous y avons joué, il est venu nous voir. C’est donc quelqu’un qui compte pour nous et nous serons toujours reconnaissants d’avoir travaillé avec lui. Je pense que c’est absolument normal que notre relation de travail se soit arrêtée à un moment donné. Je veux dire que si tu regardes la carrière d’un groupe, surtout si elle est longue, on a généralement tendance à changer de producteur. C’est comme avoir différents professeurs. On n’a pas éternellement le même professeur. On a envie à un moment donné d’apprendre quelque chose de nouveau. On a envie de voir comment c’est de travailler avec une autre personne, car ça permet d’acquérir d’autres compétences. Quand on a l’impression d’avoir atteint le plus haut niveau de connaissance dans un domaine, on a envie d’expérimenter et d’explorer d’autres domaines. Nous n’avions donc rien contre Waldemar. Nous voulions juste explorer de nouvelles choses.

Ne vous êtes-vous pas sentis enfermés dans une catégorie à cause de son background en tant que producteur ?

Oui, mais seulement pour la définition. D’un côté, je comprends que les gens aient besoin d’obtenir une sorte de description. S’ils ne vous connaissent pas, ça aide probablement à leur faire savoir que ce groupe existe, qu’il y a aussi une chanteuse, qu’il y a du growl, qu’il y a de la mélodie, etc. Ça peut les aider à comprendre de quoi il s’agit, mais à la fois, je ne considère pas Lacuna Coil comme un groupe de gothique. Ce n’est pas ainsi que nous nous définissons. Nous faisons partie de la scène gothique, parce que nous aimons certaines atmosphères qu’on obtient dans ce type de chanson et la musique sombre, mais à la fois, nous ne nous considérons pas comme un groupe gothique. En fait, nous ne nous considérons comme rien du tout. Nous n’aimons pas nous mettre une étiquette, nous nous en fichons. Nous faisons de la musique, c’est tout. Si vous aimez, c’est bien. Si vous n’aimez pas, ça n’a pas d’importance si je vous dis que je suis dans un groupe de gothique, de black metal, de death metal ou de thrash, car de toute façon, vous n’aimerez pas. Donc, peu importe la catégorie, écoutez pour vous faire un avis.

Le fait de replonger dans cet album a dû être assez nostalgique et ça a dû faire remonter pas mal de souvenirs. Comment vois-tu le groupe que vous étiez à cette époque ?

Evidemment, ça a fait remonter des souvenirs, mais pour être honnête, nous avions déjà beaucoup pensé au passé quand nous avons fait notre livre, Nothing Stands In Our Way. C’est bizarre, car dès que je repense à cette période… Enfin, nous n’avons pas beaucoup de preuves de souvenirs, car à l’époque, il n’y avait pas de téléphone portable ou quoi que ce soit de ce genre. Donc tout ce que nous avons, c’est en photos et dans notre tête. Ce dont je me souviens, c’est que nous étions un groupe très passionné, et c’est toujours le cas aujourd’hui. La différence est que nous étions un peu moins expérimentés, mais l’essence est toujours la même. Je ne pense pas que nous soyons si différents. En gros, nous sommes les mêmes personnes, simplement un peu plus âgées. On évolue en tant que personne. J’ai toujours un doute quand quelqu’un me dit qu’il a complètement changé. Je pense qu’on est tous nés comme on est et, simplement, on vit des expériences, on grandit et on prend le meilleur de ce qu’on a vécu pour l’emmener vers le futur. C’est ma vision des choses. Ce n’est pas différent pour nous, à mon avis. Quand je nous vois nous préparer pour un concert, je vois au travers des mêmes yeux, je ressens la même adrénaline, la même excitation d’être là et de faire le show. Je ressens la même excitation quand j’enregistre un album et que nous donnons le meilleur de nous-mêmes. Donc je ne pense pas que nous ayons changé.

Pour cette célébration, vous avez décidé non seulement de réenregistrer l’album, mais aussi de « le déconstruire et le transporter » en 2022. N’y a-t-il pas un risque à réenregistrer et revisiter un tel album ?

Avec cet album, ce qui nous a vraiment fait réfléchir, c’est le fait que ça a été extrêmement compliqué de le réécrire. Quand on compose un album, c’est presque plus simple, car les gens extérieurs au groupe n’ont rien entendu, donc ils entendent quelque chose de nouveau. Ils aiment, ils n’aiment pas, mais ils ne peuvent pas en dire grand-chose. Dans le cas présent, nous touchions à quelque chose de sacré [rires]. Evidemment, plein de fans sont amoureux de cet album. Tu sais comment ça se passe, parfois tu as peur de toucher à de la musique que tu aimes et de la changer. Donc, pour nous, c’était un peu difficile de tout déconstruire pour le reconstruire, même si c’est toujours nous qui écrivons la musique. C’est vingt ans plus tard, donc évidemment, énormément de choses se sont passées, nous avons grandi en tant qu’individus, nous avons vécu différentes expériences et nous voulions que ce soit refait de façon à ce qu’il soit clair que ça n’allait pas à l’encontre du Comalies original. Nous n’avons pas dit : « Ça aurait dû être fait autrement, faisons-le comme ça. » Ce nouveau Comalies XX ne doit pas être vu comme : « On n’aimait pas Comalies, donc on l’a refait. » C’est autre chose. C’était une autre forme d’hommage et ça doit être pris comme : « Voyons ce que ça donnerait si on le réécrivait aujourd’hui. Amenons-le dans le futur. »

« Parmi mes albums préférés, il y en a que j’aime à la folie, mais quand je les analyse, je me rends compte qu’ils ont été très mal enregistrés. Les voix sont affreuses. Tout est très mal fait. »

Les vieux fans ont une telle attache émotionnelle à l’original que le nouveau pourra difficilement rivaliser. Certaines de ces chansons sont assez différentes des versions d’époque, comme votre tube « Heaven’s A Lie ». Je vois déjà ces vieux fans rouspéter…

Je pense que si on a une attache émotionnelle avec des albums, c’est parce qu’on les relie à une partie de notre histoire. Je veux dire que parmi mes albums préférés, il y en a que j’aime à la folie, mais quand je les analyse, je me rends compte qu’ils ont été très mal enregistrés. Les voix sont affreuses. Tout est très mal fait. Mais c’était juste comme il faut à l’époque et pour les années où j’ai écouté ces albums, et je les adore. Encore une fois, quand on fait quelque chose de nouveau avec nos albums, nous ne pensons pas vraiment à ce que les gens penseront. Nous le faisons parce que nous le voulons. Je pense que ça sonnerait forcé si nous faisions quelque chose en nous disant : « Oh, les fans vont aimer, les fans ne vont pas aimer. » On ne peut pas réfléchir à ça comme un distributeur automatique de billets. C’est de l’art. Nous avions envie d’exprimer ça. Nous avions envie de refaire Comalies, donc ça ne dépend pas vraiment de nous si les gens aiment ou pas. Ce que je peux dire, c’est que de vrais fans de Lacuna Coil de la première heure ont écouté la version complète de l’album et ils ont adoré. Donc, si quelqu’un qui nous connaît et nous aime depuis une éternité et nous dit : « Ouah, cet album est génial. J’ai hâte de le réécouter encore et encore quand il sortira », ça veut dire qu’il y a du bon dedans. Jusqu’à présent, en live, nous n’avons présenté que « Tight Rope » et les gens ont aimé. Ça nous permettra de jouer quelque chose de neuf, car ça reste frais à nos oreilles. Ce n’est pas comme la version classique. Dans tous les cas, nous aimons jouer ces morceaux. Jusqu’à présent, j’ai une bonne impression, donc espérons que ça continuera comme ça.

Comment avez-vous abordé cette déconstruction ?

Musicalement parlant, tu devrais poser la question à Marco car c’est lui qui a réécrit toute la musique. Il s’est isolé dans la montagne pour faire ça. Mon approche du chant était : changeons ce qui, selon moi, doit être changé. Certaines parties de chant sont restées les mêmes et d’autres sont complètement différentes, et ça marche, comme dans « Heaven’s A Lie » ou « Tight Rope ». Je trouve aussi que certaines parties sont encore plus dramatiques grâce au growl d’Andreas. Ça sonne presque désespéré par moments, associé aux paroles. On dirait que nous devenons plus agressifs avec le temps, alors que c’est l’inverse pour de nombreux groupes ! Le son est complètement différent de l’original simplement parce qu’on compare quelque chose qui a été fait en analogique, avec un petit manque d’expérience, avec quelque chose de complètement neuf et moderne. Le son est clairement plus tranchant et heavy ; nous avons davantage travaillé sur le son parce que maintenant nous savons faire. Nous savons ce que nous voulons vraiment pour nos instruments et nos voix. Donc, si on les met côte à côte, on entend la différence. Ce qui est dingue, c’est que quand nous avons écouté le master définitif, nous nous sommes regardés en nous disant : « Eh bien, ce n’est pas si différent de l’original… » Nous avons changé certaines lignes de chant, mais nous avons gardé les textes et on peut encore comprendre que c’est Comalies. Puis nous avons comparé les chansons côte à côte et elles étaient complètement différentes, mais de façon positive. C’était comme une vieille voiture qu’on adore et qu’on restaure de la meilleure façon possible, en la regardant avec des yeux neufs.

La différence entre l’ancien et le nouveau Comalies est bien dépeinte par la différence d’artworks : l’ancien représente un tournesol sous une lumière crépusculaire, alors que le nouveau est presque en noir et blanc avec le tournesol qui est maintenant remplacé par une fleur fanée ou un genre de chardon. Il y a quelque chose de très pessimiste là-dedans…

Non, il ne faut pas aller aussi loin. Nous voulions simplement avoir une bonne pochette et en réfléchissant à l’artwork, nous avons eu l’idée d’une sorte de tournesol mourant. Nous avons donc cherché des images. Nous avons vu une peinture qui était très belle aussi, et nous allons probablement l’utiliser parce qu’elle est vraiment magnifique, mais ça ne représentait pas vraiment ce que cet album réclamait. Et nous ne voulions pas non plus penser… Car tu sais comment sont les gens en général : certains peuvent penser que « Comalies est mort, donc voici le nouveau parce que l’autre est nul » ou quelque chose comme ça. Nous avons donc dit : « Partons sur quelque chose de neuf » et Marco, notre bassiste, nous a montré cette belle image qu’il avait prise dans la montagne où se trouve son autre maison. Nous trouvions que c’était parfait parce que ça représentait quelque chose de nouveau et de moderne. Ça reste une fleur, donc la connexion est là, et c’est une super image. C’est une belle nouvelle image. Nous avons donc décidé d’utiliser ça, car ça sortait du lot.

Quel est ton point de vue sur le temps qui passe et le fait de vieillir ?

Honnêtement, parfois je me dis que vieillir, c’est nul, parce qu’on a moins d’années à vivre, mais d’un autre côté, maintenant j’ai tendance à m’en ficher totalement. Ça me préoccupait plus avant quand j’étais une petite fille, je me posais plein de questions, je me demandais comment ça serait… Maintenant, ça m’est égal. Je me fiche des jugements. Ça ne me dérange pas. J’ai juste envie de vivre à fond ma vie et de la façon la plus heureuse possible. Le reste n’a pas d’importance. Vieillir est un luxe ! Je trouve d’ailleurs que je chante mieux qu’avant, donc je suis contente [rires].

« J’essaye de beaucoup dormir, simplement parce que j’adore dormir. Je n’ai jamais fumé. Je ne bois que socialement. Donc sans même le savoir, j’ai toujours pris soin de ma voix, mais c’est juste parce que je n’ai jamais été attirée par plein de choses qui peuvent potentiellement nuire à la voix. Mais je ne fais rien de particulier. »

Entretiens-tu ta voix d’une quelconque façon ?

Non. Je veux dire que je n’ai jamais pris de leçons, mais j’essaye de beaucoup dormir, simplement parce que j’adore dormir. Je n’ai jamais fumé. Je ne bois que socialement. Donc sans même le savoir, j’ai toujours pris soin de ma voix, mais c’est juste parce que je n’ai jamais été attirée par plein de choses qui peuvent potentiellement nuire à la voix. Mais je ne fais rien de particulier. Je suppose que la configuration de notre corps change avec les années, pas parce qu’on vieillit, mais parce qu’à chaque saison on évolue, on change, notre visage change, notre corps change, tout change. Peut-être que ma voix change aussi. Mais maintenant tu me donnes l’impression d’être très vieille ! [Rires]

Dans la nouvelle version de la chanson « Angel’s Punishment », on peut entendre des extraits de journaux télévisés évoquant le coronavirus. Comment liez-vous ça à la chanson originale ?

En fait, c’était une chanson que nous avons écrite pour l’épisode des Twin Towers, donc ça n’a strictement aucun lien. On n’est pas obligé de faire de nouvelles connexions. Nous savons que si la chanson a cette signification, c’est parce que nous l’avons écrite à cette période. Donc, c’est simplement une projection et, évidemment, maintenant on peut lier à la pandémie quasiment toutes les chansons qu’on entend, même si ça n’a aucun lien. Je ne ferai donc pas de parallèle avec la pandémie. D’ailleurs, je n’ai pas envie que quoi que ce soit dans cet album soit lié à la pandémie, si ce n’est que c’est notre premier enregistrement à la suite de celle-ci, mais j’ai envie de tout oublier sur la pandémie. Evidemment, je m’en souviendrai éternellement, mais je ne pense pas qu’il faille emmener avec soi des souvenirs négatifs. Nous avons donc utilisé ces samples simplement parce que ça sonnait cool dans la langue.

On peut ressentir que vos premiers albums progressaient naturellement vers ce qu’est devenu Comalies. Cependant, Karmacode était un album assez différent, avec son côté heavy et ses teintes néo-metal, tout en conservant certains des éléments des albums précédents. Penses-tu que, musicalement, Comalies était un aboutissement et que Karmacode était un peu un album de transition pour ouvrir une nouvelle phase dans l’évolution et la carrière du groupe ?

Je pense que quand on est musicien, quand on est un artiste et qu’on adore la musique, on ne se considère jamais comme arrivé à destination. On ne se dit jamais : « C’est le mieux que je puisse faire, c’est la seule chose que je suis capable de faire. » On essaye toujours de penser en termes de progression. C’est pourquoi nous avons parfois décidé de faire quelque chose qui était peut-être un petit peu différent de d’habitude, en prenant le risque d’être critiqués ou de perdre des fans. Je pense que le plus important, c’est de vivre avec l’idée que « j’ai besoin de produire des créations que je trouve intéressantes, qui me stimulent. » Nous aimons faire des choses dont nous sommes fiers, car nous savons que nous allons jouer ces chansons pour le restant de nos jours. C’est à ça que nous pensons quand nous écrivons de la musique. Nous ne nous posons pas en nous disant : « Oh, je me demande si tel pourcentage des fans aimera. Et si quarante-huit pour cent d’entre eux décidaient de ne pas acheter ci et ça ? » On n’a pas le secret du succès. On n’a pas la recette des chansons parfaites, qu’elles soient anciennes ou nouvelles. Donc on prend les choses comme elles viennent et on fait ce qu’on aime, et ceux qui nous suivront nous suivront.

Votre dernier album, Black Anima, est sorti en octobre 2019. Vous avez à peine eu le temps de le promouvoir pendant quelques mois avant que la pandémie n’arrive. Vous avez fait un livestream en septembre 2020, mais vous ne vous êtes remis à vraiment tourner qu’en avril cette année : comment c’était de retrouver la scène et de jouer devant des gens pour la première fois en deux ans ?

C’était tellement étrange ! Car aux Etats-Unis, c’était comme s’ils n’avaient jamais eu le virus. Je veux dire que nous venions d’Italie où il y a eu énormément de restrictions et nous l’avons vraiment sentie passer quand la pandémie est arrivée, or là-bas, personne ne portait de masque, nous sommes sortis de l’aéroport et tout le monde nous regardait bizarrement parce que nous en portions. Donc recommencer à tourner était extrêmement étrange, mais à la fois, c’était très libérateur, car j’avais vraiment hâte d’arriver au moment où je pourrais retirer le masque et respirer à nouveau sans avoir à suffoquer dessous. Sur scène, on se sentait en sécurité parce que de toute façon, il y a une distance, donc à aucun moment nous n’avons eu peur ou quoi que ce soit. Il est clair que je n’ai pas compris certaines restrictions. Par exemple, au Canada, il fallait porter le masque à l’entrée de la salle, mais on pouvait le retirer dans la salle pour regarder le concert. Je trouvais que ça n’avait aucun sens. Je comprends qu’il faut faire attention, mais là, ça n’avait pas de logique. Soit on garde le masque, soit on le retire, il n’y a pas d’entre-deux.

« On ne se considère jamais comme arrivé à destination. On essaye toujours de penser en termes de progression. C’est pourquoi nous avons parfois décidé de faire quelque chose qui était peut-être un petit peu différent de d’habitude, en prenant le risque d’être critiqués ou de perdre des fans. »

En février 2021, vous avez pris part à une initiative surnommée « L’Ultimo Cocnerto ? » pour souligner le futur de plus en plus incertain des salles de concert. Au lieu de faire le concert dans le cadre d’un livestream prévu, vous êtes montés sur scène en restant debout en silence. Au final, penses-tu que ça ait sensibilisé les gens ? Est-ce que ça a eu le moindre effet sur les décisions politiques et la survie des salles de concert ?

Oui ! Parce que quelques jours plus tard, le gouvernement a pris des décisions. Ils ont créé tellement de confusion et ont tellement attisé la peur chez les gens que peut-être on aurait pu gérer le problème différemment, et on aurait pu agir de façon plus responsable si on avait su ce qui allait arriver. C’était beaucoup trop chaotique. Personne ne comprenait plus rien. Les politiciens foirent les choses quatre-vingt-dix pour cent du temps, mais ce truc, c’était assez moche. C’était donc notre manière de soutenir toutes les salles qui ont été fermées ; parfois, ils disaient qu’elles pouvaient ouvrir et puis, tout d’un coup, il fallait qu’elles ferment sans date de réouverture. Je sais que probablement plein de gens nous ont détestés pour ça, mais si tu veux envoyer un message, il faut parfois hausser le ton. On ne peut pas protester calmement. Parfois il faut crier ou parfois il faut rester silencieux comme nous l’avons fait. Pour nous, évidemment, c’était un faux concert. Il n’y avait donc rien de planifié, genre un public devant nous ou quoi que ce soit. Nous étions juste tristes de la situation, nous ne pensions à rien d’autre que ça.

Tu as déclaré que vous ne vouliez pas utiliser le temps mort dû à la pandémie pour travailler sur de la nouvelle musique parce que vous ne vouliez pas « forcer le fait que, comme [vous] éti[ez] à la maison, il fallait écrire de la musique ». D’un autre côté, tu as aussi dit que vous avez toujours pensé que « pour écrire de la musique, [vous] dev[ez] être inspirés. Et l’inspiration vient de l’extérieur, du vécu. » La pandémie n’était pas une expérience suffisante pour vous inspirer ?

Durant la pandémie, pour être honnête, rien ne m’inspirait personnellement. C’est pourquoi j’ai décidé de faire tout à fait autre chose, et peut-être qu’au final, ça m’aura inspirée pour la musique. J’ai commencé à m’intéresser à d’autres trucs que j’avais mis de côté, comme le monde des jeux vidéo ou le lien avec les gens sur Twitch. J’ai commencé à être curieuse à propos de certaines choses qui m’ont enthousiasmée durant cette période où je ne pouvais pas jouer live. Au lieu de rester affalée dans le canapé et de pleurer sur mon sort, j’ai simplement dit : « D’accord, ça finira par se tasser, donc en attendant, faisons autre chose. Rendons cette journée productive. » Bien sûr, nous sommes inspirés par la vie en soi. Le fait de voyager, rencontrer des gens, entendre des histoires, ça te donne une forme d’inspiration, mais quand on reste à la maison, il faut chercher cette inspiration. Pour ma part, c’était le fait de parler avec des gens qui vivaient la même chose que moi mais dans d’autres maisons, de discuter avec eux de ce qu’ils ressentaient, de ce qu’ils faisaient pour rester vivants et inspirés pendant la pandémie. D’ailleurs, nous avons maintenant plein d’idées pour un nouvel album, mais pour l’instant, nous voulons nous concentrer sur Comalies XX. Le moment viendra pour le prochain album.

Interview réalisée par téléphone le 27 juillet 2022 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Cunene (2, 3, 5).

Site officiel de Lacuna Coil : www.lacunacoil.com

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