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Interview   

L’affiche du Hellfest mérite-t-elle débat ?


La première affiche du Hellfest 2011 avait inspiré à bien des gens un sentiment de déjà-vu. Peut-être parce qu’elle nous rappelait l’image de l’un des personnages les plus célèbres de l’Histoire. Nous n’avons d’ailleurs pas été les derniers à y aller de notre théorie sur la question et à nous interroger sur la politique de provocation de l’équipe de communication du Hellfest.

Et puis, à la seconde annonce, surprise ! Good bye petit Jésus, bonjour guerrier barbu ! Alors, le messie avait-il viré de cénobite contemplatif à croisé bourrin ? Ou bien le Hellfest avait-il retourné sa veste, se sentant mal à l’aise dans ces zones reculées de la provocation outrancière ? Radio Metal a mené l’enquête et au bout de la piste, nous avons trouvé le responsable : Mush (de son vrai nom Thomas Boutet), responsable de la communication visuelle du Hellfest depuis toujours.

Et là, nous avons obtenu les clés de la compréhension : le Hellfest n’est pas un festival comme les autres. Son image n’est pas une image fixe, elle est changeante par nature. Le visuel de l’affiche exprime plus les influences artistiques de son auteur que ses convictions religieuses ou philosophiques et encore moins celles des organisateurs du festival. Amis de la provocation, cette interview n’est pas pour vous.

« Il ressemble à un metalleux parce que le mec qui a posé, c’est un metalleux. »

Radio Metal : Est-ce que tu pourrais tout d’abord te présenter ? Quel est ton rôle précis au sein du staff du Hellfest ?

Mush : C’est simple, je m’occupe de pas mal de choses autour de la communication visuelle du festival. J’ai commencé à bosser avec Ben (Barbaud) et Yoann (Le Nevé) à partir de la dernière édition du Furyfest en 2005 et j’ai enchaîné tous les Hellfest depuis. Je suis passé salarié fin 2007, début 2008. avant je le faisais à côté de mon boulot, pour le plaisir, pour les dépanner aussi.

Qu’est-ce qui t’as amené à travailler dans la communication visuelle du Hellfest ? Quel était ton parcours avant même le Furyfest ?

Au départ, je suis de Nantes et j’ai participé aux premiers concerts de Ben avec son association de l’époque. Il travaillait à l’époque sur un festival qui s’appelait, si je me souviens bien, les Fest’Hystéries. Il s’occupait de la scène hardcore, déjà à Clisson. J’ai toujours suivi l’évolution de la chose et j’ai proposé de dépanner en 2005.

Mais pas de formation spécifique dans la communication visuelle ?

Si, j’ai fait une formation de graphiste à Nantes de 2000 à 2003, puis un travail dans l’édition et la publicité, pour Sport 2000 ou ce genre de boîte. Et à côté de mon job, j’ai toujours écouté du metal, du hardcore et des choses plus larges. J’ai toujours été dans la musique, fait beaucoup de concerts et c’est donc logique que je bosse aujourd’hui pour le Hellfest.

Tu es responsable de l’identité visuelle du Hellfest depuis le début. C’est donc à toi qu’on doit toutes les affiches depuis cinq ans ?

Exactement. En fait, mis à part les affiches, je m’occupe de la moindre petite connerie, que ce soit faire toutes les pubs, le merch… Tout ce qui touche au graphisme pour le festival, c’est moi qui le fais. Ça représente pas mal de travail.

Donc, toutes les questions qu’on peut se poser sur les choix de visuel, sur les affiches, c’est pour toi ? C’est toi qui décides ?

Ils m’ont toujours donné carte blanche depuis le début. J’ai pas mal de liberté artistique.

Quand je travaille le visuel, je travaille le visuel.
L’idée, ce n’est pas de provoquer ou quoi que ce soit.

Alors parlons de l’identité visuelle du Hellfest qui arrive. La première grosse question : qu’est devenu le Christ sur l’affiche du Hellfest ? Où est passé le caractère religieux ?

Pour expliquer – parce que ma façon de bosser a un peu changé depuis l’année dernière – je réfléchis à l’affiche l’été, durant juillet-août. On fait les photos pour l’affiche au mois d’août. On essaie de faire ça tôt car on fait les premières annonces de plus en plus tôt. L’année dernière, déjà, j’avais fait plusieurs images pour le « Killer ». J’essaie de prévoir une petite évolution, ne pas arriver avec une seule image. On avait prévu quelques images avec une évolution. Cette année aussi. J’avais déjà les petits slogans en tête : our music, our religion, our battle, et on voulait faire évoluer ça, et, tout simplement, on a mis l’image, ce qui était prévu, et on a suivi l’ordre.

Ce n’était pas que par provocation que vous avez utilisé l’imagerie religieuse avant de passer finalement à une affiche plus officielle ?

Non, ce ne sont vraiment pas des questions qui me taraudent. Vraiment. Quand je travaille le visuel, je travaille le visuel. L’idée, ce n’est pas de provoquer ou quoi que ce soit. Quand on fait le shooting, on travaille plusieurs poses, plusieurs idées, on essaie de voir assez large. On avait testé plusieurs poses qui marchaient visuellement. La première affiche, visuellement, marchait très bien.

Tu es avant tout guidé par l’esthétique plus que par un discours qu’il y aurait derrière ?

Je vais peut-être te décevoir mais il n’y a pas de discours derrière. L’idée, c’est aussi de démarquer le festival par rapport aux autres festivals français, européens, metal ou pas. Je vois à peu près ce qu’il se fait, je vois où je dois aller. Je m’inspire pas mal des campagnes de communication, des visuels de séries, etc. en m’éloignant un peu de l’univers musical. Après, j’ai pas forcément les moyens de faire ça avec des photos en studio, toujours avec budget limité, même si j’aimerais pouvoir arriver à une photo bien bossée et avec le moins de retouches à faire après.

Y a-t-il d’autres festivals que le Hellfest qui ont l’habitude de changer de visuel, d’affiche pour la même saison en cours d’année ?

Pas à ma connaissance. Quand on l’a fait l’année dernière, ça avait l’air de plaire, les gens étaient agréablement surpris de voir ça. Mais, en même temps, c’est normal car je ne suis pas sûr que tous les festivals peuvent payer un graphiste à l’année pour travailler sur l’image de leur festival. Ceci explique peut-être cela. Moi, je passe maintenant 100% de mon temps sur le Hellfest.

En tout cas, personne ne te demande, ou t’a demandé, de changer le visuel ? C’est plutôt une tradition du Hellfest ?

Je ne sais pas si ça va devenir une tradition et si on le refera les années suivantes mais c’est un truc que j’avais envie de tester. Et comme j’ai carte blanche, je ne vais pas me restreindre. Quand j’ai envie de tester quelque chose, je le fais.

Tu ne nies quand même pas le caractère religieux de la première affiche du Hellfest 2011, que tu avais donné un aspect très christique, très messianique à ce personnage ?

Dans l’idée, c’est plus iconique que christique ou messianique.

Mais à cause de cet aspect-là, as-tu entendu parler de plaintes ou de pressions contre cette affiche après qu’elle a été dévoilée ?

Non, je n’ai pas entendu grand’ chose d’ici. Yoann est peut-être plus au fait que moi. Je t’avoue qu’en étant à Paris, je suis un peu coupé du lot. Je n’ai pas forcément les retours et les infos. Je suis un peu dans ma bulle.

Tu as bien dû suivre le débat sur la religion qu’il y a eu l’année dernière pendant le Hellfest 2010 ?

Je n’ai pas eu trop le choix.

Ne t’es-tu pas dit que les débats vous avaient autant – voire plus – desservi que servi ?

Le problème, c’est que ce n’est pas la première fois que le débat a été enclenché.

Il a été plus médiatisé.

Oui, il a été plus médiatisé. C’est à double tranchant mais ça met en lumière le festival. Ça attire des commentaires, positifs ou négatifs. Difficile de trancher. Il y a quand même eu une exposition importante l’année dernière.

En tout cas, ça ne t’a pas limité dans les choix esthétiques de la première affiche du Hellfest 2011.

Non, pas du tout.

Tu n’as pas pensé calmer le jeu ou, au contraire, rajouter de l’huile sur le feu ?

Non, ça n’a rien changé.

Tu m’as dit que c’est aussi toi qui a choisi le slogan : « Our Music, Our Religion », puis « Our Music, Our Battle ».

Tout à fait.

Mais ce passage du premier au second slogan signifie-t-il que toi ou le staff-même du Hellfest qui, j’imagine, doit croire à ce slogan, vous cherchez le combat (nous contre le monde, la communauté metal contre les autres), l’affrontement plutôt que la conversion à la religion metal ?

Ce sont des éléments graphiques, des accroches. C’est en rapport avec le visuel. C’est tout. Tu ne peux pas intégrer le débat dans chaque élément de l’affiche non plus.

Il n’y a pas de grand message derrière ? Juste un slogan qui tape ?

C’est d’abord un slogan qui s’adresse aux fans du festival et qui ne doit pas être perçu par tout le monde. Les gens qui s’intéressent au festival sont les premiers à voir ça et les autres s’en foutent complètement. C’est adressé aux soixante mille personnes qui vont au festival et qui ont la culture metal. Ce sont des codes qu’on retrouve dans le metal et ça ne va pas plus loin que ça.

« Quand tu vois les affiches promo de certains films comme Saw, tout le monde laisse courir. […] J’étais pas mal étonné et, cette année, j’ai peut-être aussi calmé le côté sanguinolent pour éviter de faire bis repetita ».

Au sujet de l’esthétique, après deux affiches particulièrement axées autour de l’univers horrifique avec les momies en 2009, en 2010, cet homme sanguinaire, lycanthrope ou tueur en série, on revient à quelque chose de plus médiéval comme pour les affiches des premières années du Hellfest. Tu avais envie de revenir à des ambiances plus médiévales-fantastiques ?

Je ne vois pas ça comme un retour au médiéval.

Tu vois peut-être la chose sous le même angle que certains commentaires ou forums où on parle d’un Jedi, habit de moine et épée lumineuse ?

(rires) Ouais, j’ai entendu ça aussi. Pourquoi pas ? L’idée aussi, c’est que ça doit rester un peu ouvert. Ne pas essayer d’enfermer complètement le visuel dans une seule interprétation. Je n’ai pas fait en sorte qu’il soit médiéval mais je comprends tout à fait qu’on puisse le voir comme ça. Ça ne me dérange pas. Pour le côté médiéval, il y a forcément le côté chevaleresque. Dans la deuxième plus que dans la première.

Tu n’avais pas envie de t’enfoncer plus dans une imagerie horrifique, gothique, pousser plus loin dans le gore ?

A la limite… Quand j’ai travaillé sur le visuel de cette année, l’idée est venue du débat de l’année dernière. J’avais envie de rebondir là-dessus. C’est parti du slogan et après j’ai travaillé le visuel autour de ça. Mais l’idée, c’est aussi de dire que, si on a une religion, c’est la musique et rien d’autre.

Moi, j’étais étonné que l’affiche de l’année dernière entraîne tout un pataquès alors que les affiches précédentes, comme celle de 2006, peuvent être plus choquantes. Et en 2006, tout le monde s’en foutait.

En effet, en partant du slogan « Our Music, Our Religion », tu ne pouvais pas partir dans le gore… A moins de refaire La Passion Du Christ de Mel Gibson.

(rires) Ouais, à moins de faire une version thrash à la Mel Gibson. On a quand même retenu les leçons de l’année dernière quand tu vois que ça fait tout un foin quand tu fais une affiche avec du sang. Moi, j’étais étonné que l’affiche de l’année dernière entraîne tout un pataquès alors que les affiches précédentes, comme celle de 2006, peuvent être plus choquantes. Et en 2006, tout le monde s’en foutait. Et quand tu vois les affiches promo de certains films comme Saw, tout le monde laisse courir. Récemment, j’ai vu une campagne de communication pour une série aux États-Unis qui reproduisait vraiment l’image christique avec en guise d’auréole des pilules, des drogues et des médicaments et, là-bas, tout le monde s’en fout malgré leur habileté à faire des procès à tout-va et malgré leur attachement à la religion. Donc, j’étais pas mal étonné et, cette année, j’ai peut-être aussi calmé le côté sanguinolent pour éviter de faire bis repetita. Et parce que les bondieuseries, les religioseries, toutes les icônes un peu kitsch, ça m’intéresse. Ce qu’on peut trouver au Mexique ou ce que j’ai pu voir cet été en Italie. Esthétiquement, ça peut aussi être très beau.

Tu l’as quand même rendu très inquiétant, ce personnage iconique avec ces joues vérolées, le regard blanc…

C’est le côté metalleux : le metalleux est sale, il ne se lave pas la peau…

Le metalleux a des problèmes de peau…

(rires) Non, quitte à faire une icône du metal, dans la conscience générale, le metalleux a les cheveux longs, une barbe, comme Jésus, forcément. On cherche à se rapprocher des codes du metal alors on lui fait une petite lèpre, les yeux blancs…

Et tant pis, s’il ressemble vraiment, vraiment beaucoup au Christ à force, ce metalleux ?

Il ressemble à un metalleux parce que le mec qui a posé, c’est un metalleux.

On peut peut-être connaître le nom du modèle ?

Non, je pense pas.

Il pourrait devenir une célébrité.

(rires) Je vois déjà que sur Facebook, il récolte pas mal de louanges. En cherchant bien sur Facebook, tu peux le trouver.

Après cette nouvelle transformation de l’affiche, peut-on s’attendre encore à une nouvelle métamorphose ? Le guerrier va-t-il devenir un super guerrier ?

Eh bien, je suis en train de travailler dessus. Pendant le shooting, on travaille plusieurs choses pour me laisser la liberté de rebondir et faire un choix.

Il n’est donc pas impossible de trouver une nouvelle affiche du Hellfest d’ici juin ?

Il est aussi possible que ce soit la même. Vous verrez peut-être une petite surprise concernant une troisième version. A mon avis, il y aura une petite évolution.

Et une idée pour le visuel 2012 ?

Non, en général, j’y bosse l’été. J’y réfléchis courant juillet-août, jusqu’au shooting. Toute l’année, tout en bossant sur l’édition en cours, ça commence à me trotter dans la tête, je réfléchis à ce qu’on pourrait faire.

Des thèmes qui te tentent en particulier ?

Eh bien, il suffit que je visionne un film, une série, que je tombe sur une expo ou un artiste et ça peut me relancer sur un truc. C’est vraiment pas une mécanique précise. Ça se fait au fur et à mesure des trouvailles, des rencontres. J’essaie de m’enrichir visuellement, de voir ce qui peut se faire dans d’autres univers.

Ce sera encore une surprise l’année prochaine a priori ?

Oui, à ce stade-là, je ne peux pas te dire grand’ chose. L’idée, c’est aussi que je voudrais éviter de faire deux fois la même chose. Jusqu’ici, c’était avec deux-trois bouts de ficelle. Depuis l’année dernière, je commence à avoir un peu de moyens pour faire la photo et j’aimerais développer ça car il y a peu de festivals qui communiquent de cette manière-là, en faisant un shooting photo. C’est une chose qui est importante à garder pour l’image du festival parce que ça lui permet d’être identifié rapidement. Pour une bonne identité : une bonne photo et une idée sympa derrière. Et j’aimerais vraiment arrivé à un aboutissement graphique personnel intéressant. C’est ce qui me motive.

Interview réalisée par téléphone le vendredi 10 décembre 2010
Site Hellfest : http://www.hellfest.fr



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  • L’affiche (graphique) est vraiment belle mais cela dépend des goûts et des couleurs.
    Quant à l’affiche (les artistes), elle réunit les vieux de la vieille, Ozzy, Scorpions, Trust ou Judas…ca sent les vieux festochs, US Festival, Monster of Rock, Reading d’avant les Wacken, Rock’am Ring, etc.
    Il y aura des reducs pour les seniors ? Parce que je serais le premier interessé 😉
    OK, Our Battle, our Religion, Our Music sont des slogans qui claquent mieux que « c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures recettes »…

    [Reply]

  • Kotp'sButcher dit :

    Mouais, heureusement que dans le milieu, la plagiat n’est pas condamné parce que sinon il serait déjà sur l’échafaud le jeune homme…
    j’ai connu quelqu’un qui m’a dit un jour, bien avant que cette affiche sorte: » Etre Fan de métal, c’est un peu comme entrer en religion… » C’était bien trouvé, non? Normal, ce mec a 20 ans d’expérience dans la communication…
    Alors rendons a César, ce qui appartient a César…

    [Reply]

    Et ce mec ne s’appellerait-il pas Lemmy ?
    http://www.radiometal.com/article/lemmy-linterview,13025

    kotp's butcher

    Non, pas du tout, et c’était bien avant cette interview puisque ça date de 2009… Demandez l’explication au « heavy metal cook »!!!

    kotp's butcher

    Et pour preuve, c’était en ligne 4 mois avant le hellfest et 10 mois avant cette interview…
    Si ma mémoire est bonne, c’est sorti de son esprit après une discussion sur le film « la vague »… j’aime l’équilibre et la justice. Là, au moins, pas de doute possible, justice est rendue…

    http://www.kingofthepit.com/img/KOTP_TS2_verso1.png

  • Je viens de re regarder l’affiche du Hellfest, elle est vraiment énorme putain !
    Je sens déjà que je vais devoir faire des impasses…

    [Reply]

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