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Interview   

L’agressivité positive d’Overkill


« Ça a été une super virée ! ». Voilà ce que Bobby Blitz Ellsworth souhaiterait que sa femme inscrive sur sa pierre tombale. Rien de bien original, nous direz-vous. La distinction entre le classique et le cliché se situe dans des critères d’appréciation propres à chacun. Néanmoins, en discutant avec le frontman emblématique d’Overkill, on ne peut qu’en conclure que l’unique véritable différence, c’est la sincérité. Un cliché n’est dérangeant que si c’est la seule chose que l’on retient d’une œuvre, que lorsqu’il est perçu comme un déguisement grotesque. Lorsque une œuvre est réalisée dans la spontanéité et l’authenticité les plus pures, on oublie ce sentiment : franchement, Lemmy, vous le trouvez cliché, vous ?

Précisément, les membres d’Overkill ne révolutionnent rien mais agissent sans aucun doute avec passion. Ils aiment ce qu’ils font. Mieux : ils aiment TOUJOURS ce qu’ils font, même après avoir fêté leur vingt-cinq ans de carrière. Nous avons demandé à Bobby son ressenti, son analyse, ses souvenirs par rapport à cette vie de groupe. L’essentiel, c’est le plaisir. Un plaisir que l’auditeur perçoit dans une musique, certes agressive mais malgré tout positive, mais aussi dans la complicité entre les musiciens. Ce que décrit le titre du nouvel album, The Electric Age, c’est justement cette effervescence, qui se propage au-delà du disque, au-delà des planches, jusque dans l’esprit de l’auditeur, insérant Overkill dans une communauté, une scène à laquelle ils sont fiers d’appartenir.

A l’occasion de la sortie, le 30 mars prochain, de The Electric Age, retour avec un Bobby Blitz enthousiaste et généreux en anecdotes, sur la longévité d’Overkill et sur sa place dans le monde de la musique et du Thrash Metal.

Interview.

« D.D., mon partenaire, voit plus loin que moi et cette combinaison de personnalités marche bien. Moi, je me suis retourné sur notre parcours et je me suis dit : ‘Oh mon Dieu, ça fait vingt-cinq ans !’, alors que lui, à mon avis, pense déjà à l’avenir et se dit : ‘Oh mon Dieu, ça va faire vingt-six ans !’ [rires]. »

Radio Metal : Durant votre dernière tournée, vous avez fêté vos vingt-cinq ans sur la route. C’était comment ?

Bobby Blitz Ellsworth (chant) : Notre première vraie tournée a eu lieu en 1986, c’était en Europe avec Anthrax. C’était vraiment chouette qu’on soit de retour vingt-cinq ans plus tard. La tournée a été un succès et je pense que c’est parce que l’album a été vraiment plébiscité par le public. On a vingt-cinq ans de tournées derrière nous, un disque qui marche et une scène heavy metal en pleine santé : tout ça a logiquement donné de très bons résultats.

Qu’est-ce que tu as ressenti quand tu t’es rendu compte que c’étaient les vingt-cinq ans du groupe ?

Tu sais, ça fait plus de trente ans que je connais D.D. Verni et ça fait vingt-cinq ans qu’on travaille ensemble, il y a donc beaucoup d’enthousiasme autour du groupe qui vient de l’intérieur-même du groupe. Quand tu écoutes des albums comme The Electric Age, Ironbound ou même Immortalis, il y a vraiment beaucoup de cette énergie positive. Tout ce qui gravitait autour de cette tournée, de cet album, et, j’espère, de l’album à venir, a vraiment été très positif. Ce n’est pas nécessairement une renaissance mais ce n’est quand même pas commun quand on arrive à ce niveau.

Est-ce que tu t’y attendais ou est-ce que tu t’es juste levé un jour en te disant « Oh la vache, mon groupe a vingt-cinq ans ! » ?

[Rires] Tu sais, je n’ai jamais été le genre de mec qui se projette dans l’avenir. Je me concentre sur l’instant présent et je vis au jour le jour. Par contre je pense que D.D., mon partenaire, voit plus loin que moi et cette combinaison de personnalités marche bien. Moi, je me suis retourné sur notre parcours et je me suis dit : « Oh mon Dieu, ça fait vingt-cinq ans ! », alors que lui, à mon avis, pense déjà à l’avenir et se dit : « Oh mon Dieu, ça va faire vingt-six ans ! » [rires]. Je pense qu’ensemble, moi étant plutôt dans l’instant et lui plutôt tourné vers l’avenir, nos personnalités s’équilibrent et nous donnent ce dont on a besoin, cette formule pour le succès ou la longévité.

« J’aime faire de la moto et, évidemment, ce n’est pas le truc le plus sûr au monde, donc quand je suis sur le point de partir, je lui dis toujours : ‘Eh, j’y vais ! Et si jamais je ne reviens pas… ‘, et [ma femme] répond : ‘Je sais, je ferai marquer sur ta pierre tombale ‘Ça a été une super virée’ !’ [rires]. »

La question est sans doute un peu cliché, mais quel mot choisirais-tu pour résumer ces vingt-cinq dernières années ?

[Rires] Fun ! Tu sais, avec ma femme, on a une plaisanterie qu’on se dit tout le temps : j’aime faire de la moto et, évidemment, ce n’est pas le truc le plus sûr au monde, donc quand je suis sur le point de partir, je lui dis toujours : « Eh, j’y vais ! Et si jamais je ne reviens pas… », et elle répond : « Je sais, je ferai marquer sur ta pierre tombale ‘Ça a été une super virée’ ! » [rires].

« [J’ai] une énergie anxieuse, nerveuse avant chaque concert qui, je trouve, me réussit plutôt bien en tant qu’artiste. Quand j’étais sur ce bateau, […] je n’avais pas du tout cette énergie. J’étais allongé sur le pont à boire de la bière australienne et à manger des mangues, et quand ma femme m’a dit : ‘Allez, tu passes dans une heure !’, je lui ai répondu : ‘Je m’en fous !’ [rires]. »

Au début de l’année vous avez joué au 70 000 Tons of Metal. C’est un festival peu commun, qu’est-ce que tu peux nous en dire ?

Eh bien, je peux te dire que c’est plus difficile de jouer sur un bateau que sur la terre ferme parce que ça bouge en permanence ! [rires] Il y a quelque chose qui ne m’a jamais lâché au cours de ces vingt-cinq ans : une énergie anxieuse, nerveuse avant chaque concert qui, je trouve, me réussit plutôt bien en tant qu’artiste. Quand j’étais sur ce bateau, on ne devait pas jouer avant le troisième jour et je n’avais pas du tout cette énergie. J’étais allongé sur le pont à boire de la bière australienne et à manger des mangues, et quand ma femme m’a dit : « Allez, tu passes dans une heure ! », je lui ai répondu : « Je m’en fous ! » [rires] C’était tellement relaxant que je recommencerais sans problème. Je pense que le meilleur, c’est qu’on est sur un bateau et, donc, on rencontre plein de gens. On n’est pas séparés, il n’y a pas de backstage ; donc tu es au bar à regarder Exciter, Venom, Nightwish, et tu discutes avec des mecs qui viennent de France, d’Australie, de Tokyo… Je trouve que c’était vraiment un super événement. Je ne ferais pas toutes mes tournées comme ça, mais je recommencerais volontiers. Ils n’ont qu’à m’appeler, et j’y retourne !

Est-ce que tu as vu des musiciens d’Overkill ou d’autres groupes avoir le mal de mer ?

J’ai vu que certaines personnes avaient ce petit patch que tu mets derrière ton oreille… Ça ressemble à un petit pansement, c’est de la même couleur que la peau et ça libère un médicament dans ton système pour que tu n’aies pas le mal de mer. Je n’ai vu personne de vraiment malade mais j’ai vu beaucoup de ces petits trucs derrières les oreilles…

Comment va votre batteur Ron Lipnicki ? Comme il s’était cassé la main, vous aviez dû trouver un autre batteur pour ce show…

Il va bien mieux. Il a dû subir toute une thérapie… En fait, il s’est cassé la main entre le pouce et l’index et il s’est déchiré le ligament qui va du pouce au poignet. C’est donc une blessure plutôt grave, surtout pour un batteur. Il a eu un plâtre pendant six semaines et maintenant sa thérapie est très simple : il doit serrer une balle en caoutchouc pour renforcer sa préhension. Mais son médecin a dit qu’il serait à nouveau à 100% de ses capacités pour la tournée qui débutera en avril. C’est notre preneur de son Eddy Garcia qui a remplacé Ron. Il vient d’un groupe qui s’appelle Pissing Razors qui a sorti quelques albums dans les années 90. On les a emmenés en tournée avec nous et c’est comme ça qu’on a fait connaissance avec Eddy. Maintenant il s’occupe de notre son mais c’est un batteur professionnel, c’est ça son truc. Ça fait sept ans qu’il s’occupe de notre son, il connait bien nos sets, c’était donc le remplaçant idéal. C’était une bien meilleure solution de faire jouer Eddy que d’annuler le 70 000 Tons of Metal.

« Trop y réfléchir serait une erreur. D.D. et moi étions en train de prendre un café ensemble quand je lui ai demandé : ‘ Qu’est-ce que tu penses du nouvel album ?’ Il a bu une gorgée et m’a répondu : ‘On n’allait pas révolutionner la musique, hein ?’ « 

Comme The Electric Age a été le premier album que vous avez écrit après avoir fêté les vingt-cinq ans du groupe, est-ce que vous étiez dans un état d’esprit particulier en travaillant dessus ?

Je ne pense pas. C’est la routine habituelle. On a une méthode, manifestement elle nous va, et on essaie de ne pas trop y réfléchir. Je pense que c’est vraiment ça, la clé du succès. En ce moment, on a vraiment une super alchimie au sein du groupe. Je pense que c’est en grande partie dû à la présence de Ron Lipnicki. Ça a été le dernier membre à rejoindre le groupe mais ça fait maintenant sept ans qu’il est là et il a vraiment poussé l’énergie du groupe à un niveau supérieur. C’est le nouveau et c’est lui qui apporte une nouvelle dynamique. Tout le monde doit s’aligner sur celle-ci, sinon tu restes à la traîne. Je pense que c’est de là que vient notre succès. Trop y réfléchir serait une erreur. D.D. et moi étions en train de prendre un café ensemble quand je lui ai demandé : « Qu’est-ce que tu penses du nouvel album ? » Il a bu une gorgée et m’a répondu : « On n’allait pas révolutionner la musique, hein ? » Non, en effet, je ne crois pas [rires]. Le processus est donc très simple pour nous : on fait notre boulot, on essaie de ne pas se répéter et on maintient notre niveau d’énergie le plus haut possible.

Le nouvel album est intitulé The Electric Age. Est-ce que c’est une manière de décrire le monde actuel ?

Non, pas vraiment. C’est plutôt une manière très simple d’envisager une période de temps. On a parlé des vingt-cinq ans au début de l’interview et il me semble que, à partir du moment où on parle d’une période de temps, on parle d’un âge. Ce n’est pas vraiment une histoire d’instruments électriques mais plutôt une histoire d’électricité. Overkill [matraquage, énergie disproportionnée en français] est synonyme d’énergie, et je pense qu’électricité est synonyme d’énergie aussi. Je pense que l’électricité, c’est ce qu’on a réussi à créer entre le groupe et le public et qui fait qu’on ne fait qu’un. À mon avis, c’est vraiment l’une des clés de notre succès : on sait quand une salle est électrique, quand un disque est électrique, quand il y a beaucoup d’énergie, et on exploite tout ça ! Je pense que c’est ce qui fait qu’un groupe comme le nôtre est toujours là après plus de vingt-cinq ans. On sait que l’énergie est là et on en profite.

« Une énergie agressive peut être une chose très positive »

C’est donc un moyen de décrire le lien que vous créez avec votre public quand vous êtes sur scène ?

Ce n’est pas notre public… Enfin si, évidemment, en réalité c’est notre public, mais je pense que c’est surtout un mot pour décrire la scène à laquelle on appartient. Tu sais, je pense qu’un groupe qui est là depuis vingt-cinq ans et qui aime toujours ce qu’il fait inspire pas mal de respect. Mais ce qui nous inspire le plus de respect, c’est qu’on respecte cette scène, et que, par conséquent, on en fait partie ; on fait partie de ces gens et de ce public. Le plus important pour moi, c’est qu’on pense à ce que je suis et pas à ce que j’étais. Si on était en train d’avoir une discussion basée sur 1999, je ne serais pas super intéressé [rires], ce serait assez ennuyeux pour moi. C’est cool, merci, mais on peut avancer ? Mais si on parle de 2012, ça veut dire qu’on a vraiment de la valeur. Je pense que c’est de là que vient l’électricité et que c’est de là que vient ce respect. Ça vient de ce qu’on est, pas de ce qu’on a été.

Alors qu’Ironbound avait des passages épiques et presque progressifs, le nouvel album semble plus direct et aller droit au but. Est-ce qu’il a été écrit en réaction à cet album précédent ?

Pas vraiment en réaction puisque qu’il me semble qu’Ironbound a été très bien reçu. En ce qui concerne cet album, il m’a fallu un an pour comprendre vraiment de quoi il en retournait. Tu ne peux pas être objectif sur un CD que tu viens de faire. Il m’a fallu un moment pour ne serait-ce que sentir ce que j’avais créé. J’étais vraiment enthousiaste. Il me semble qu’on y trouve pas mal des choses qui font qu’Overkill est Overkill. Cela dit, je pense que le plus important est, encore une fois, l’énergie. Je pense que c’est une énergie agressive, et je ne dis pas ça de manière négative – une énergie agressive peut être une chose très positive – et The Electric Age a une dimension nettement positive. On a abandonné nos aspects les plus agressifs, à l’image de certains de nos anciens albums, mais sous une forme très contemporaine. Je pense que ça prend vraiment ses racines dans ce qu’on a pu faire par le passé, mais présenté de manière à refléter ce qu’on est maintenant. Bien sûr qu’il y a des différences flagrantes entre les deux, mais une chanson comme « Electric Rattlesnake » par exemple contient à peu près tous les éléments d’Ironbound : c’est très rapide puis la vitesse descend de moitié, puis de moitié encore, avec un chant plus lent, presque progressif, comme dans un rêve, et de super parties de guitare ajoutées en plus… Mais je suis d’accord, The Electric Age va nettement plus droit au but que le faisait Ironbound.

Est-ce que vous allez sortir un clip pour cet album ?

Oui, on le fait dimanche, pour la chanson dont je viens de parler : on a choisi « Electric Rattlesnake » pour le clip de cet album. Il va être filmé et produit par Kevin Custner qui a déjà réalisé le clip de « Bring Me The Night » pour Ironbound. On a aimé son travail, on pense qu’il a un bon feeling avec le groupe, il est fan depuis longtemps, et j’adore travailler avec des réalisateurs qui sont aussi batteurs parce qu’ils comprennent très bien comment couper une vidéo. Ils ne pensent pas seulement en termes visuels, mais en termes de visuel par rapport au son. Kevin est batteur, donc il sait ce que c’est que « 1-2-3-4 » quand il s’agit de monter une vidéo.

Est-ce que vous avez des concerts prévus en Europe, et plus particulièrement en France ?

En ce moment-même on est en train de mettre sur pieds une tournée en Europe, mais ça ne se fera pas avant septembre 2012. On est en train de trouver des salles, par exemple ce matin j’ai reçu des propositions venant de Turquie, de Roumanie… On a aussi des festivals prévus en Finlande, en Italie, en Allemagne, au Portugal, mais la tournée en tant que tête d’affiche aura lieu en septembre. Avant tout ça, on va tourner aux États-Unis, et faire quelques festivals canadiens pendant l’été. À vrai dire, on est pas mal occupé en ce moment, et ce jusqu’à novembre. Ensuite, on essaiera de revenir en Australie et sur la côte pacifique pour faire plus d’apparitions en Asie.

À propos de la scène heavy metal et plus particulièrement de la scène thrash, puisque ça fait deux ans qu’on a des shows du Big Four avec Metallica, Anthrax, Slayer et Megadeth, est-ce que tu as déjà pensé à faire la même chose avec les autres groupes cultes de thrash tels que Death Angel, Overkill et Testament par exemple ?

Le Big quoi ? [rires]

Le Big other Four !

[Rires] Alors, on vient de la région de New York, de New York et du New Jersey, et d’ailleurs je pense que c’est ce qui nous a donné une certaine ténacité. Cela dit, je trouve que ce serait une bonne idée de rassembler un « Little Four », avec, par exemple, Overkill, Testament, Exodus – Kreator serait formidable aussi – parce que je pense que les autres groupes ont un succès commercial… Quand on parle du Big Four, en réalité c’est le Big One et les Trois Seconds [rires]. Metallica a complètement changé la donne de la musique populaire, alors que les autres groupes sont restés, dans une certaine mesure, des groupes de thrash metal, avec plus de succès que la vague dont Overkill fait partie. Tant mieux pour eux, je les applaudis sincèrement pour ce succès, mais je pense que les groupes plus underground que j’ai mentionnés feraient vraiment une super affiche. Je pense que ça pourrait générer beaucoup d’intérêt. Il y a un paquet de groupes qui seraient intéressants, ça n’a pas à se limiter à des groupes de la Bay Area ou de New York, ça peut aussi être des groupes brésiliens comme Sepultura ou allemands comme Kreator ou Sodom…

Interview réalisée le 24 février 2012 par téléphone

Retranscription et traduction : Chloé

Site Internet d’Overkill : www.wreckingcrew.com

Album : The Electric Age – Sortie le 30 mars 2012



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  • Comment j’aimerais trop que le « Little Four » se réalise ! 😀

    [Reply]

    guigui14

    ce serait, personnellement, plus mieux que le Big Four actuel! surtout que Metallica…

  • Samlebassiste dit :

    jusque dans dans l’esprit , une petite correction si possible

    [Reply]

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