ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Live Report   

LAIBACH A L’ELYSEE MONTMARTRE DE PARIS


Artiste : Laibach
Lieu : Paris (France)
Salle : Elysée Montmartre
Date : 25-03-2008
Public : 400 personnes environ


Laibach, photo promo

Qu’il s’agisse de l’Elysée Montmartre ou de la Loco, c’est toujours une aventure rocambolesque et truculente que de s’y rendre, car cela implique de traverser Pigalle. En effet, pas une seconde ne passe sans avoir un accrocheur ou une péripatéticienne à la chair fatiguée venant vous proposer d’explorer ses merveilles (e)s(c)laves et secrètes. Magnanime comme le groupe que nous allons voir ce soir, nous écartons ces fausses offres d’un air noble et clément.

Puis, devant l’entrée, une question tonitruante commence franchement à nous exaspérer : sommes-nous bien au concert de Laibach ? Ou est-ce un congrès militaire sponsorisé par Gillette Sensor Excel ? C’est que les crânes rasés abondent. Ici, le cheveu est mort…

A l’intérieur, la salle se remplissant peu à peu, quelques personnes douteuses investissent discrètement mais visiblement les lieux : ceux qui semblent avoir un penchant pour les popstars allemandes des années 1933-1945…Quelques métalleux sont là, épars, peu nombreux mais toujours plaisants à remarquer. Et enfin des individus d’autant plus étranges que leur look est proche de celui des témoins de Jehova…

Au milieu de la scène, un homme au crâne rasé – décidément – est déjà présent, matériel de D.J. entre les mains. D’un air dubitatif et souriant à la fois, ce dernier nous envoie de l’électro technoïde qui tape dur,de l’EBM un peu dans la veine Velvet Acid Christ, Tamtrum ou encore Wumpscut.

20H : le D.J. se retire, la salle est presque à son comble et ce qui ressemble à des hymnes révolutionnaires et/ou communistes commencent à se faire entendre. On a par exemple l‘Internationale, reprise en diverses versions, toutes aussi solennelles et pompeuses que les autres. Probablement une façon cachée de provoquer et de déceler ceux parmi la foule qui ont la main droite possédée par l’hystérie nationale-socialiste. Et ça marche : ces troufions de néo-nazis (« nazi » vient du latin nazis, nazus : nase) répondent à l’appel en huant et vociférant des insultes piochées dans leur bestiaire des énigmes de l’humanité : « homosexuels ! », « femmeletes ».

20H30 : Le début est proche. Laibach envoie la Marseillaise, reprise plus ou moins à l’unisson par un public hésitant. Puis entrent en scène les nouveaux musiciens de Laibach, assez jeunes, Dejan Knez et Erwin Markozek étant tombés dans la drogue… c’est ensuite les deux membres de Silence, Boris Benko et Primoz Hladnik, invités sur l’album Volk, qui font leur apparition. Milan Fras, notre cher prophète laibachien à la voix si reconnaissable, se fait attendre pour le moment. Je regarde derrière moi et repère, fidèle au poste, le gentleman Ivan Norak au fond de la salle en train de gérer les machines, le son et les vidéos projetées sur le fond de la scène.

On reconnaît les premières notes de Germania, et Boris chante d’un air émouvant et attentionné. Sa voix est à vrai dire choquante pour qui pense le groupe comme nazi, totalitaire ou même simplement militariste. Douce et cristalline comme celle qui vous cueille le matin des bras de Morphée. D’ailleurs le film en noir et blanc projeté montre le lent réveil d’un individu, puis sa vie de famille : tout ce qu’il y a de plus monotone. La chanson gagne, avec les secondes s’écoulant, en intensité. L’adjectif serait ici : « touchant ». Comme cette fille au premier rang qui boit et reprend les paroles de Boris avec une profonde sincérité.

Puis entre Milan, non sans de remarquables applaudissements. Il apprécie, et nous le fait savoir d’un regard complice, d’un début de sourire et en joignant les mains comme pour prier. Cet homme est d’un charisme certain, et, derrière toute son humilité, toute sa retenue, peut-être en joue-t-il. Mais, lorsque de sa bouche sortent ses premières paroles, la chair de poule envahit impérialement nos colonnes vertébrales. Sa voix est en outre très bonne ce soir et ne laisse presque personne indifférent. Sauf peut-être le seul fan de grind de la salle, sosie de Kevin Sharp de Brutal Truth, qui gueule de temps en temps : « aux chiottes ! »


Laibach, photo promo

Laibach va ainsi, durant ce qu’on peut appeler la première partie du concert, jouer le très sensible Volk dans sa quasi-intégralité – seul l’hymne du Vatican manque à l’appel. Au chant de certains titres, nous pouvons voir le visage de Milan tantôt dessiner une tristesse certaine, murmurant le « the end of crime » d’America, tantôt illustrer un certain mépris, crachant le «so you still believe you’re superior ». Mais à la fin de chaque morceau, le visage du frontman à la coiffe égyptienne s’illumine de reconnaissance aux ovations insistantes de la salle.

On peut remarquer, les titres s’enchaînant, que les videos projetées semblent répondre à la vision populaire qu’on a de chaque pays : la guillotine révolutionnaire pour la France, la Dolce vita et Salo les 120 jours de Sodome pour l’Italie, ou encore les toréros et les conquistadors pour l’Espagne.

La première partie se clôt sur N.S.K., l’hymne à l’Etat virtuel dont sont citoyens Laibach. Silence quitte alors définitivement la scène et avec eux ce qui, finalement, formait la part féminine de Laibach… Le public en veut plus et on peut les comprendre : les mini-kits de percussions présents à chaque côté de la scène signifient que Laibach a renouvelé la donne présentée pendant la tournée de l’album Wat… ce qui veut dire, plus explicitement, que les nanas de Make Up 2 seront de la partie.

Alors Laibach revient pour une seconde partie qui s’annonce mouvementée, chaude, rentre-dedans et virile. Dès les premières notes de Tanz Mit Laibach, la foule est déjà loin de la bulle contemplative dans laquelle nous avait plongé la partie Volk. Nos deux tambourineuses aux formes faisant hommage à Russ Meyer arrivent d’un pas déterminé, vêtues de mini-jupes tout ce qu’il y a de plus attrayantes. Celles-ci matraquent leurs petites caisses claires, et ce d’une froideur mécanique offrant au spectacle déjà presque lubrique une tonalité délicieusement tordue.

Sur le fond est projeté le clip du titre, avec un Milan dictatorial marchant au pas. La salle s’est métamorphosée : tout le public reprend en choeur le refrain : « ein, zwei, drei, vier ! ». La formule issue de l’ancienne tournée est décidément carrée et au point : les deux femmes-machines sont aussi excitantes qu’impressionnantes. A vrai dire on ne cesse de les suivre d’un oeil excité, cherchant tant bien que mal à garder notre attention sur l’ensemble du show.

… (A)band(onn)ant, c’est dur, c’est sûr, le spectacle continue de gagner en intensité …Le régiment slovène enchaîne avec Alle Gegen Alle, seul titre présent dans un autre album que Wat et Volk, en l’occurrence Nato. Les « hails » du morceau sont proprement cathartiques. Nos corps commencent à être secoués par je-ne-sais-quoi. Presque possédé, j’ai pour ma part déjà peur d’hurler : « ta mère suce des b**** en enfer »… Ensuite vient Du Bist Unser et ses choeurs tragiques. L’exutoire continue de plus belle avec Hell :Symetry et ses expirations trop érotiques pour être davantage décrites, avec pour fond le magnifique et fameux clip du gymnaste en négatif. Mais l’apogée arrive avec Achtung ! , qui ferait passer Thor pour un cogneur de seconde zone. C’est alors de l’EBM qui disloque chacune de nos articulations. Le nuquomètre a déclaré forfait. Cause : spasmophilie.

Le passé est donc pour Laibach enterré : on va de l’avant. Mais ce n’est malheureusement pas sans nous décevoir : où sont passées les cultissimes Life Is Life et Geburt Einer Nation ? La fin surprend donc tout le monde puisque c’est Das Spielt Ist Aus, morceau plutôt moyen, qui clôt trop vite la soirée, malgré un assez long concert.

Un concert dont les deux parties furent assurées par Laibach et bouclé par un medley retraçant l’ensemble du parcours musical du groupe. Un show émouvant d’abord, défouloir par la suite, et toujours aussi attrayant et intéressant. Un spectacle à l’image d’Ivan Norak, parlant à la fin du live à quelques uns d’entre nous : proche et lointain à la fois.

Set-list du concert :

Germania
America
Anglia
Rossiya
Francia
Italia
España
Yisra’el
Türkiye
Zhonghuá
Nippon
Slovania
NSK
Tanz mit Laibach
Alle gegen alle
Du bist unser
Hell: symmetry
Achtung !
Das spielt ist aus
Medley



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Hellfest - Warzone - Jour 3
    Slider
  • 1/3