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Chronique   

Lamb Of God – Lamb Of God


Lamb Of God semble prêt à entamer une nouvelle ère, selon leurs dires. Suite à la sortie de VII: Sturm Und Drang, le groupe a pris le temps de célébrer ses vingt ans d’existence via l’album de reprises Legion: XX publié sous le nom Burn The Priest, première désignation choisie par les Américains à leurs débuts. Mark Morton a démontré ses talents de songwriting par un autre biais, privilégiant une approche plus rock et éclectique au sein d’Anesthetic (2019). Entre-temps, le batteur iconique de la formation, Chris Adler, a quitté le groupe. Le jeune Art Cruz, 32 ans, l’a remplacé, témoignant de son affect de longue date pour la formation. Ces cinq années de réflexion et d’expériences diverses couplées au premier changement de line-up depuis 1999 ont inspiré Lamb Of God pour amorcer un nouveau cycle avec son huitième album simplement intitulé Lamb Of God. L’occasion de démontrer son énergie renouvelée et sa volonté d’en découdre toujours plus ferme, renforcées par l’enthousiasme du nouveau venu derrière les fûts.

Depuis l’album Wrath (2009), Lamb Of God entretient une relation privilégiée avec le producteur Josh Wilbur (Avenged Sevenfold, Trivum, Korn, Parkway Drive, Gojira…). Ce nouvel opus ne fera pas exception. La palette sonore de Lamb Of God reste la même, y compris en ce qui concerne les caractéristiques du son de batterie qui se calque sur celui forgé par Chris Adler. Sur ce plan, rien ne change réellement. Les guitares sont incisives, le riffing à l’unisson fait son effet et le growl de Randy Blythe obtient justice aisément. La longue et ténébreuse introduction de « Memento Mori », où des arpèges accompagnent le quasi-murmure de Randy, finit par dévoiler l’intangibilité d’une formule. Lamb Of God privilégie comme à l’accoutumée une écriture centrée sur le groove, ponctuée de breaks destinés à délier les nuques. Seule nuance notable : une présence d’arrangements leads qui se fait davantage sentir et apporte une touche mélodique bienvenue. « Memento Mori » a cette fonction de rassurer l’audience quant au départ d’un membre important : Lamb Of God n’en souffre pas sur le plan de la composition. « Checkmate » privilégie quant à lui des influences power-thrash plus marquées et rappelle les premiers efforts du groupe, As The Palace Burn (2003) en tête. Outre le talent renommé de Lamb Of God pour son sens rythmique, l’opus continue d’introduire quelques élans mélodiques affirmés, à l’instar de ce que le groupe amorçait dans Resolution (2012). La conclusion de « Reality Bath » se distingue ainsi par une aura sinistre et épique, tout comme « New Colossal Hate », « Resurrection Man » ou « On The Hook ».

Lamb Of God perpétue la tradition d’accueillir des invités de marque. La parenté hardcore de « Poison Dream » est renforcée par la participation de Jamey Jasta (Hatebreed, Kings Of Sorrow) qui vient complémenter le growl de Randy Blythe. La prestation de Chuck Billy de Testament sur « Routes » est moins anecdotique, proposant un véritable contraste de timbre et de phrasé avec Randy. Le final façon Sepultura de « Routes » (jeu de mots ?) à coups de percussions a une allure inédite pour Lamb Of God, fait suffisamment rare pour être mentionné. C’est d’ailleurs ici que le bât blesse : mis à part ce passage et les progrès de Randy Blythe qui, avec sa voix claire et un timbre plus aigu singeant Troy Sanders de Mastodon, joue avec la dynamique bienvenue de « Bloodshot Eyes », Lamb Of God donne toujours cette légère impression de pilote automatique. Art Cruz en vient à simuler le jeu de Chris Adler (déjà une petite prouesse) sans toujours en avoir la créativité et sans y introduire sa personnalité. Certes l’opus a le mérite de renouer avec un riffing plus franc du collier mais il ne faut pas s’y tromper : depuis 2009, si ce n’est quelques exceptions (sur VII: Sturm Und Drang grâce à ses invités ou avec « Overlord », par exemple), Lamb Of God fait à peu près la même chose avec une inspiration oscillante, donnant parfois l’impression de recycler ses propres plans. Si le headbang est perçu comme le but ultime à atteindre, Lamb Of God sera plébiscité. Pour la créativité, les Américains sont restés sur le bord de la route. C’est l’éternel débat entre intransigeance et fidélité affirmée à un genre et l’audace. Il vaut mieux ne pas y prendre part et apprécier Lamb Of God pour ses forces ; ce que l’opus présente admirablement.

Initier une nouvelle ère en se vautrant dans sa zone de confort est une démarche particulière qui résume bien l’ambiguïté de Lamb Of God. Le groupe excelle dans sa partie et ravira les puristes tout comme ceux qui ont un besoin ponctuel d’un défouloir bien agencé. Les autres apprécieront brièvement les nouveaux riffs, avant de vite délaisser une œuvre qui pourrait s’insérer à n’importe quelle période de la discographie du groupe de ces dix dernières années. Le groupe aurait pu profiter de l’arrivée d’Art Cruz si celui-ci ne cherchait pas à trop respecter son prédécesseur. Qu’on ne parle pas de « nouveau départ » ou d’« inspiration renouvelée ». Les détails sont trop subtils ou trop minces. Lamb Of God ne changera pas, pour le meilleur comme pour le pire.

Chanson « Routes » (feat. Chuck Billy) :

Lyric vidéo de la chanson « New Colossal Hate » :

Clip vidéo de la chanson « Memento Mori » :

Clip vidéo de la chanson « Checkmate » :

Album Lamb Of God, sortie le 19 juin 2020 via Nuclear Blast Records. Disponible à l’achat ici



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