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Live Report   

Lamb Of God redonne vie aux cendres d’hier et d’aujourd’hui


Ils ont été parmi les premières manifestations à disparaître du paysage lorsque le Covid-19 a pointé le bout de son nez et seront sans doute parmi les dernières à faire leur retour, du moins dans la configuration que nous connaissons tous. Les concerts en salle ont payé un lourd tribut à la pandémie, et si cela joue évidemment sur le compte en banque des artistes, désormais privés d’une source non négligeable de revenus, cela commence également à se faire sentir sur le moral des fans. Et pour peu qu’un nouvel album ait vu le jour en 2020, cette impossibilité de le présenter au public en live ne fait qu’attiser la frustration des deux côtés de la barrière.

Lamb Of God fait partie de ces groupes pour qui automne aurait dû rimer avec tournée mondiale, mais dont le dernier album éponyme, sorti en juin, ne pourra être officiellement défendu sur scène qu’en 2021 (au plus tôt). Alors pour ne pas perdre la main et, plus important encore, pour ne pas laisser les fans sur le carreau pendant une année entière, les Américains se sont lancés dans l’aventure du livestream, et plutôt deux fois qu’une : depuis leur camp de base de Richmond, en Virginie, ce sont ainsi deux concerts à la setlist un peu particulière qui ont été retransmis en direct sur Internet à une petite semaine d’intervalle.

Parce qu’aucun concert ne saurait être complet sans une première partie, ce sont respectivement les Écossais de Bleed From Within et les deathcoreux de Whitechapel qui ouvrent les hostilités, avec deux sets survoltés conçus sur mesure pour réveiller nos cervicales rouillées. Suivent des interviews préenregistrées de Randy Blythe et Mark Morton pour aiguiser un peu plus l’appétit du fan égaré qui n’aurait pas encore acheté son billet, et les choses sérieuses peuvent enfin commencer.

En l’honneur de ce fameux album éponyme qui aura essuyé les plâtres d’une année 2020 apocalyptique, la setlist du premier concert lui est entièrement consacrée – la plupart des nouvelles chansons connaissant ainsi leur baptême du feu. Le deuxième soir, c’est au tour de Ashes Of The Wake, troisième album du combo sous le nom qu’on lui connaît aujourd’hui, d’être joué en intégralité et dans l’ordre. Les surprises ne sont pas de mise, en somme (le programme ayant de toute façon été annoncé à l’avance), et il faut attendre les « rappels » pour que le groupe s’autorise quelques fantaisies, dont un tout nouveau titre écrit en confinement (du pur Lamb Of God, sans qu’il se démarque vraiment). Pour les spectateurs, c’est sans doute moins l’originalité qui compte que la nouveauté, aucun de ces deux albums n’ayant jusqu’à présent été joué sur scène du début à la fin.

Il faudrait plus que quelques mois de chômage technique pour entamer les talents de musiciens des Virginiens, et le combo le prouve en se montrant prodigieusement carré tout au long des deux heures trente cumulées de show. Bien que pas très disert (les interactions avec le public plus que socialement distancié se font rares), Randy Blythe ne s’économise pas sous prétexte qu’il n’y a techniquement personne en face. Des gros plans réguliers permettent d’apprécier à leur juste valeur les acrobaties guitaristiques des très discrets Mark Morton et Willie Adler, tandis que la section rythmique fait son travail avec une précision millimétrique. Ces musiciens-là ne sont peut-être pas les plus expansifs de la sphère metal, mais même derrière un écran, leur enthousiasme à jouer de nouveau ensemble sur scène est palpable. L’énergie scénique de Lamb Of God ne s’est pas émoussée d’un iota, et sans l’absence de public, ce serait presque business as usual.

Il est des sujets qu’on n’aurait jamais pensé devoir un jour aborder dans le cadre d’un live report, mais qui semblent pourtant essentiels lorsqu’il est question d’un livestream… D’un point de vue technologique, Lamb Of God s’est donné les moyens de ses ambitions : le rendu visuel et sonore est irréprochable et reléguerait presque les retransmissions d’Arte Concert au rang de simples bootlegs. Les plans se paient même le luxe de durer plus de quelques secondes, ce qui n’est pas toujours le cas des concerts filmés et permet de véritablement profiter du talent des musiciens. Ceci étant dit, la réalisation est peut-être un peu trop immersive et le tout manque de plans larges – sans doute pour faire oublier le fait que la salle est vide, exception faite, évidemment, de l’équipe technique. Les serveurs, quant à eux, ont eu les reins solides, et aucun problème de latence ou de dégradation de l’image et du son, digne d’un album studio, n’est venu entacher la performance.

Il y a quelques semaines, suite au livestream de Behemoth, nous écrivions dans ces colonnes que « le concert-streaming regorge d’opportunités tant qu’on ne cherche pas à simplement simuler une représentation live en faisant face caméra et en livrant ses titres machinalement ». Au final, c’est à peu près la seule chose que l’on peut reprocher à Lamb Of God avec ces deux concerts : hormis les deux setlists inédites (et le fait, bien sûr, que le spectateur ait pu en profiter uniquement depuis le confort de son canapé), rien ne distingue ces deux live from Richmond des performances habituelles du groupe. Pas de cadre exceptionnel, aucune production spéciale… Mais il faut bien reconnaître que les effets scéniques spectaculaires ne sont pas la marque de fabrique du groupe, et que créer une mise en scène démesurée après vingt-cinq ans de sobriété scénique aurait sans doute déconcerté plus d’un fan.

Au final, Lamb Of God aura offert à son public deux shows exemplaires et d’une précision d’horloge suisse. En cette année de disette, l’initiative est appréciée, mais ne fera peut-être pas date dans l’histoire des livestreams – histoire que l’on espère aussi courte que possible.

Setlist du 18 septembre :

Lamb Of God
Memento Mori (première fois en live)
Checkmate
Gears (première fois en live)
Reality Bath (première fois en live)
New Colossal Hate
Resurrection Man (première fois en live)
Poison Dream (première fois en live)
Routes (première fois en live)
Bloodshot Eyes (première fois en live)
On the Hook (première fois en live)

Rappels :
Contractor
Ruin
The Death Of Us (première fois en live ; écrite pendant le confinement)
512

Setlist du 25 septembre :

Ashes Of The Wake
Laid To Rest
Hourglass
Now You’ve Got Something To Die For
The Faded Line
Omerta
Blood Of The Scribe (jouée pour la première fois depuis 2009)
One Gun (jouée pour la première fois d’après le groupe)
Break You (jouée pour la première fois depuis 2005)
What I’ve Become
Ashes Of The Wake (jouée pour la première fois depuis 2007)
Remorse Is For The Dead (jouée pour la première fois)

Rappels (20 ans de New American Gospel) :
O.D.H.G.A.B.F.E. (jouée pour la première fois depuis 2001)
The Subtle Arts Of Murder and Persuasion
Black Label (jouée pour la première fois depuis 2015)

Photos : Bryce Hall.



Laisser un commentaire

  • « reléguerait presque les retransmissions d’Arte Concert au rang de simples bootlegs. » Trop bon ah ah ah

    Cool ce compte-rendu qui fait presque regretter de ne pas avoir été dans la salle…euh, dans son salon 😉

    Bonne idée que ces comptes-rendus des « nouveaux » concerts .

    Question : Le prix du ticket est-il le même que celui d’un concert en salle ?

    [Reply]

    Tiphaine

    Le prix du ticket n’est pas du tout le même : pour accéder à chacun de ces concerts, il fallait débourser 15$ (je crois que c’était 12,90€ ou quelque chose d’approchant). Sachant que rien n’interdisait de regarder le concert à plusieurs et que, bien évidemment, chaque personne n’avait pas besoin de son billet. 😉

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