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Interview   

L’appel à la hyène


« [Nous n’avons] rien à vendre, […] tout à donner [et] pas de pression » déclarait Denis Barthe au milieu des années 2000 lorsqu’il avait finalement accepté que son groupe The Hyènes fasse quelques concerts. Monté au départ pour réaliser la bande originale du film Enfermés Dehors (avec Albert Dupontel), ce groupe notamment composé de Barthe et de Jean-Paul Roy, tous deux connus pour être respectivement batteur et bassiste de Noir Désir n’avait donc pas plus de plan de carrière que ça. Finalement, le groupe a fini par sortir en 2009 un premier album éponyme et s’apprête à en sortir un second en octobre prochain, produit par Ted Niceley, que Barthe et Roy connaissent déjà puisqu’il a notamment produit les excellents Tostaky et 666.667 Club de Noir Désir. Ils ont aussi mis en ligne récemment un nouveau titre, « Nazillon De Nuit », écrit en réaction au résultat du premier tour des élections présidentielles. Personnage bon vivant et décontracté, Denis Barthe n’en est pas moins quelqu’un de très engagé politiquement et le fait très rapidement savoir. Il partage ses opinions avec fermeté et sévérité.

Depuis que la page Noir Désir s’est définitivement tournée, laissant chez le batteur une perceptible rancœur, The Hyènes a pris de l’ampleur et a pour ambition « d’envahir le monde » avec un rock n’roll pur et décontracté dont, selon les dires de Barthe, l’engagé « Nazillon de Nuit » ne restera qu’une incartade.

Réécouter l’interview :

[audio:interviews/Interview The Hyènes.mp3|titles=Interview Denis Barthe (The Hyènes)]

Radio Metal : Alors, comment ça va ?

Denis Barthe : Eh bah écoute, ça ne va pas trop mal pour une journée de l’Ascension et pour les premiers jours où l’on savoure une France sans Sarkozy, ça ne va pas trop mal.

Tu attaques direct !

Attendez les mecs, ça fait cinq ans que l’on ne respire pas et là, hop, on a l’occasion de respirer un petit peu durant quelques jours, on ne sait même pas si ça va durer. Donc, profitons en !

On sait toujours ce que l’on perd, jamais ce que l’on gagne.

Ouais, mais là on sait vraiment ce que l’on perd !

Bon, on va commencer à parler musique.

OK, allez !

« Noir Désir s’est séparé et, à ce moment, j’ai sérieusement pensé à raccrocher les gants. […] Je me suis dis : Noir Désir, c’est fini, donc je passe à autre chose et je vais m’en aller planter des carottes, par exemple. Au final, je ne pense pas que les carottes me bottent tant que ça. »

The Hyènes, à la base, n’était pas un projet très sérieux. Au début, c’était juste pour une BO, ensuite tu ne voulais même pas faire de concerts, entre autres, puis finalement vous avez sorti un premier album, maintenant un deuxième, mais restes-tu sur l’idée que c’est un groupe sans vraiment de devenir, en tout cas sans vrais projets musicaux ?

Nous souhaitons garder le côté sans pression parce que c’est sur ce principe qu’a été formé le groupe. À l’époque, quand Albert Dupontel m’a contacté pour faire la musique de son film, ça ne devait vraiment pas avoir de suite. Mais au moment de signer, nous nous sommes dits qu’écrire bêtement nos noms à la suite les uns des autres n’avait pas de sens, donc on a cherché un nom de groupe qui n’existait pas. On a choisi une référence à « Bernie », le premier film d’Albert, où il y a la fameuse tirade sur les hyènes devenue culte, parce qu’on s’est dit que ça allait l’amuser et nous aussi, du coup nous n’avons pas cherché plus loin. Comme je disais tout à l’heure, ça devait en rester là, sauf que, à la sortie du film, des personnes nous ont contactés pour savoir si nous faisions des concerts. Nous avons répondu que non puisque officiellement nous n’existions pas en tant que groupe à part entière. Les demandes sont devenues un peu plus insistantes et, personnellement, cela faisait cinq ans que je n’étais pas monté sur scène et ça commençait vraiment à me manquer. Du coup, j’ai demandé à Jean-Paul et Vincent s’ils seraient intéressés par l’expérience, juste comme ça, rien que pour voir si nous nous souvenions toujours du fonctionnement et de comment marche un concert. Nous n’avions rien à vendre, pas de maison de disques, pas de tourneur, pas de manager, on y est allé comme ça. Nous nous sommes beaucoup amusés, ce fut très agréable, sans aucune pression sur les épaules, et nous nous sommes dits : pourquoi ne pas faire ça de temps en temps ? Et de fil en aiguille, nous nous sommes retrouvés à jouer sur des petites, puis des moyennes, puis des grosses scènes. Nous avons fait beaucoup de choses qui nous ont amusés et, au bout d’un moment, on a fait le premier album dans le même état d’esprit. Il a été fait à la maison en à peine douze jours, douze morceaux douze jours, et ça a parfaitement marché comme ça pendant quelques temps. À la suite de ça nous avons dit à Vincent et Olivier (qui nous avait rejoints) que le jour où, avec Jean-Paul, nous allions recommencé à jouer avec Noir Désir, The Hyènes deviendrait plus difficile à maintenir et serait plus anecdotique. En fin de compte, Noir Désir s’est séparé et, à ce moment, j’ai sérieusement pensé à raccrocher les gants. Ça faisait trente ans que j’étais sur une scène, mon ambition première n’était pas d’être le meilleur batteur du monde mais le meilleur batteur de Noir Désir au monde. Mais, en y réfléchissant bien, avec The Hyènes, tout s’est toujours très bien passé, on a fait de bons concerts, et nous avions matière à faire un deuxième album, donc nous avons décidé de le faire mais, ce coup-ci, de manière moins artisanale en trouvant une maison de disque, un tourneur.


« J’ai été le premier surpris du succès que cela a eu »

J’ai l’impression que, suite aux nombreuses demandes de concerts qui ont suivies la sortie de la BO du film avec Albert Dupontel, tu as été surpris par le succès qu’à rencontrer The Hyènes. Qu’est-ce que tu en penses ?

Oui, forcément un petit peu, parce que, à la base, ce projet n’avait rien de sérieux. Après, je sais très bien que certaines personnes voulaient voir ce que cela pouvait donner sur scène parce qu’ils faisaient un rapprochement avec Noir Désir et les événements qui ont concernés le groupe à l’époque. Mais ça n’avait rien à voir du tout, à l’époque même Bertrand Cantat était encore en prison. J’étais parti, au départ, dans le côté « hygiénique » de la chose, comme un genre de footing pour se « décrasser » un peu. J’avais envie de remonter sur scène parce que ça me tenait à cœur. J’ai été le premier surpris du succès que cela a eu, nous nous sommes vus programmés sur des festivals comme Les Vieilles Charrues, Guitares En Scène, nous avons faits de belles rencontres, etc. Mais toujours sans pression, j’ai coutume de dire que nous étions le groupe qui répétait le moins de la planète. Quand un journaliste me demandait ce que je pouvais dire sur le groupe, je répondais : « Je compte jusqu’à quatre et il y en a toujours un qui part à trois ! »

Mais, justement, avec la séparation de Noir Désir, n’as-tu pas ressenti une impression de vide, étant donné que, à l’époque, tu n’avais plus aucun projet musical pour la suite ? N’est-ce pas cela qui t’a donné envie de rendre le projet The Hyènes plus concret et plus sérieux ?

Si, bien sûr. Comme je le disais tout à l’heure, mon premier réflexe a été de tout arrêter. J’ai un égo à géométrie variable et je me suis dis : Noir Désir, c’est fini, donc je passe à autre chose et je vais m’en aller planter des carottes, par exemple. Au final, je ne pense pas que les carottes me bottent tant que ça, en revanche, je sais m’asseoir derrière une batterie, il y avait des concerts en route, des morceaux en préparations, en gros, il y avait matière à pouvoir faire une deuxième album. Et au bout de trois semaines environ, je me suis décidé à y retourner car, au final, ce que je sais faire, c’est du rock’n’roll, et ce que j’ai envie de faire. Après, avec Jean-Paul, nous ne sommes pas dupes et nous savions très bien que nous allions avoir des comparaisons du genre « C’est pas du Noir Désir », mais c’est une évidence pour nous ! Seul Noir Désir est capable de faire du Noir Désir ! Après toutes les péripéties qui sont arrivées ces dernières années, le fait de me retrouver dans ce groupe à jouer avec mes amis, dans une formation qui marche à l’énergie, qui ne prétend pas changer le monde mais qui ne se gêne pas pour dire ce qu’elle a à dire, j’ai trouvé ça plutôt libérateur.

Peut-être avais-tu aussi besoin de te retrouver au sein d’un groupe à l’histoire moins polémique et un peu plus saine, que celle de Noir Désir avec tout le passif qu’on lui connaît ?

L’histoire musicale de Noir Désir fait et fera toujours partie intégrante de ma vie. J’ai vécu plus longtemps avec Noir Désir que sans, si tu vois ce que je veux dire. Les sept années qui ont suivies ont été, c’est vrai, beaucoup plus difficiles. Il y avait matière avec Noir Désir pour faire quelque chose, mais les relations humaines et les égos démesurés de certains ont fait que ça n’a abouti à rien. Quoi qu’il en soit, je ne me serais jamais réinvesti dans un groupe qui ait les mêmes relations, les mêmes enjeux, et la même portée ! J’avais besoin de quelque chose de physique et de léger en même temps.

« Il y avait matière avec Noir Désir pour faire quelque chose, mais les relations humaines et les égos démesurés de certains ont fait que ça n’a abouti à rien. »

Tu es en train de dire que, au moment de la séparation de Noir Désir, tu avais pensé arrêter la musique. Mais ce n’était pas la première fois que Noir Désir s’arrêtait. Quand Bertrand Cantat a été en prison, inexorablement, Noir Désir n’a plus rien fait par la suite. Du coup, toi, pendant cette période, qu’as-tu fait, professionnellement parlant ?

Pendant les premières années je n’ai pas eu le temps de faire grand chose. Les problèmes arrivaient de tous les côtés et nous passions plus de temps à essayer de tous les régler qu’à faire autre chose. Je me suis remis par la suite tout doucement au travail, mais pas sur scène. J’ai notamment produit l’album Fragile des Têtes Raides et un album hommage à Arno, plus quelques petits groupes. Mais, principalement, mon activité gravitait autour du travail en studio.

Tout à l’heure, tu parlais « d’égos démesurés », et j’ai l’impression, au son de ta voix, que tu as des regrets par rapport à ça ? Est-ce que je me trompe ?

Non, pas du tout, je n’ai pas de regrets, je suis vite passé à autre chose. Noir Désir, c’était une aventure entre amis. Il s’est avéré que ça c’est mal fini mais c’est comme ça, je ne suis pas nostalgique par rapport à cela. Je suis tourné vers autre chose, tout en ne sachant pas de quoi l’avenir sera fait. Présentement, je me concentre sur The Hyènes. Après, c’est vrai que ça me fait d’abord rire, puis ça m’énerve vraiment quand des gens nous disent que ce que nous faisons, ça n’est pas du Noir Désir, mais c’est encore une fois une évidence, CE N’EST PAS NOIR DÉSIR, C’EST THE HYENES !

Était-ce vraiment une histoire d’égo ? D’après ce qu’on a pu lire ici et là, il semblerait que ce soit plus une histoire de malaise entre Serge et Bertrand par rapport à son passé récent.

C’est une histoire passée et je n’ai pas forcément envie de revenir dessus. Disons que si l’attitude de certains change, on verra ce qu’on peut faire ; mais si rien ne change, eh bien, on ne fera rien et on en restera là.

Cette histoire d’égo, l’as-tu ressentie avant les problèmes judiciaires de Bertrand ?

Je te ferai la même réponse que précédemment. C’est une histoire passée et je n’ai pas envie de revenir dessus. On est passé à autre chose.

« Nous avons une ambition qui est très simple : c’est celle d’envahir le monde, tout simplement. »

Plus concrètement, par rapport à The Hyènes, que peut-on en attendre ? Ou, au contraire, essaies-tu de ne pas trop te projeter, fonctionnes-tu au ressenti ?

Nous avons une ambition qui est très simple : c’est celle d’envahir le monde, tout simplement. Si nous nous sommes donnés la peine de faire une deuxième album, de trouver une maison de disque, un tourneur et de faire des concerts, ça n’est pas pour faire un demi album et juste trois concerts. L’album qui vient sera du rock’n’roll pur et on est parti ensuite pour faire le plus de concerts possibles et le plus de scènes qu’on pourra.

« Ces électeurs-là avaient le choix entre voter Le Pen ou blanc. Je ne suis pas en train de dire qu’il fallait voter Mélenchon ou Arthaud. Ils avaient le choix entre l’abstention ou voter pour un parti inacceptable. Ils ont choisi, ils assument. »

Tu parles d’un album rock’n’roll et nous avons déjà pu écouter le morceau « Nazillon De Nuit », est-ce que ce titre est représentatif de votre musique ?

Non, pas du tout, c’est un peu notre mouton noir. Vincent avait ce texte-là et avait fait une maquette, et en studio nous nous sommes amusés à la retravailler. Même si au final il ne figurera pas sur l’album, le texte nous amusait beaucoup. En plus, quand nous avons vu que le Front National frôlait les 19% au premier tour de l’élection [présidentielle], nous nous sommes dits que nous allions gentiment offrir ce titre à Marine Le Pen. Nous sommes conscients que cela ne vaut pas « Le Port d’Amsterdam », mais nous avons pensé que c’était le moment idéal pour le sortir sur le Net, au moment de l’entre-deux tours, pour exprimer notre désaccord avec ce qui se passait et qui tendrait à faire croire que le Front National devient un parti respectable.

Dans ce morceau, vous vous en prenez plutôt directement aux électeurs qui ont votés pour elle, non ?

Si tu réécoutes le morceau, tu te rendras compte – et c’est assez drôle – qu’à aucun moment n’est cité le nom de Marine Le Pen ou celui du Front National, et ils se sont reconnus directement.

Ce morceau est une réaction à chaud, une expression de votre colère face aux évènements tout à fait compréhensible, mais ne penses-tu pas que cela aurait mérité d’être un peu plus mûri ?

Non, pas du tout, nous n’avions que les quinze jours de l’entre-deux-tours pour le faire. Si nous l’avions sorti maintenant, cela aurait perdu tout son sens. Là, nous étions à quinze jours du second tour, personnellement, je pensais que Marine Le Pen serait comme d’habitude aux alentours de 14 ou 15 %, ce qui me paraît déjà beaucoup, et quand je me suis aperçu que certaines personnes, par désespoir ou bravade, ou pour je ne sais quelle raison, étaient capables de voter pour un parti qui n’a aucune valeur républicaine, antisémite, raciste, qui porte la xénophobie en exergue et qui prône un retour en arrière souverainiste, qui est ce que la droite a de plus irrespectueux… Et donc, de voir que 18 % de la population s‘était tournée franchement vers ces gens-là, j’ai trouvé ça insupportable. Marine Le Pen a clairement affiché sa volonté pour devenir le parti de droite, le parti d’opposition, avec des doctrines proches de certains dictateurs et on sait ce que tout cela a pu donner, aussi bien à droite qu’à gauche.

Le titre reste assez insultant envers les électeurs. Penses-tu, avec du recul, que prendre le parti de l’insulte plutôt que celui de la pédagogie soit vraiment une bonne idée ?

Est-ce que tu penses qu’il faut être pédagogue avec l’extrême-droite ?

Tu t’attaques entre guillemets à 19 % de votants. Penses-tu que les provoquer est une bonne stratégie finalement ?

Ce sont 19 % de votants qui ont choisi une façon de faire. Si des personnes ont le choix de prendre les armes ou pas et choisissent de le faire, est-ce que tu vas être pédagogue ?

Parmi ces gens, tous n’ont probablement pas voté pour les thèses sur l’immigration, par exemple. Certains viennent même d’extrême gauche, certains adhèrent à certaines idées seulement, d’autres ont voté par ras-le-bol ou désespoir. Ce vote revêt une complexité certaine – comme tous ceux de cette élection plus généralement – et, du coup, n’est-ce pas un peu réducteur de partir sur le côté insultant ? Au final ça n’aboutit pas forcément sur quelque chose de constructif…

Personnellement, je ne vois pas vraiment d’insulte dans le morceau. Mais, à mon sens, ces électeurs-là avaient le choix entre voter Le Pen ou blanc. Je ne suis pas entrain de dire qu’il fallait voter Mélenchon ou Arthaud. Ils avaient le choix entre l’abstention ou voter pour un parti inacceptable. Ils ont choisi, ils assument.

Certes, mais d’après ce qui transparaissait de la campagne de Marine Le Pen, sans bien sûr savoir ce qu’il y avait réellement derrière, on a bien vu qu’elle a fait beaucoup d’efforts pour arrondir les angles. Du coup, il est possible que des gens aient pu tout simplement se faire berner par ce discours, se faire charmer par ce côté beaucoup plus doux et raisonné.

Bien, alors il faut rouvrir les livres d’histoire en 1930…

Tu fais clairement référence maintenant aux Nazis, tu es donc en train de nous dire que, pour toi, le parti de Marine Le Pen et les Nazis sont une seule et même chose ?

Quand tu as un parti qui nie l’Holocauste, quand Le Pen-père dit que les chambres à gaz sont un détail de l’histoire, qui affiche clairement son racisme… Pas plus tard qu’aujourd’hui j’entendais encore Marine Le Pen exprimer son désaccord à la nomination de Madame Taubira comme Garde des Sceaux. Si elle n’avait pas été noire, je pense qu’elle ne se serait pas attirée les foudres de Marine Le Pen. Quand son père insulte l’équipe de France de football en disant qu’elle est trop colorée, je pense que c’est assez clair. La différence entre Le Pen père et fille se résume à un œil.

Tu parles beaucoup du père, mais Marine Le Pen fait beaucoup d’effort pour se différencier.

La fille a simplement repris le parti pour assouvir des ambitions personnelles. Typiquement, aujourd’hui par exemple, avec sa déclaration sur Mme Taubira, elle montre son vrai visage. A peine est-elle nommée, sans avoir encore pu prendre aucune décision, la voilà déjà critiquée parce qu’elle serait une indépendantiste. Mais d’un autre côté, avec sa volonté d’être indépendante de l’Europe, Marine Le Pen est elle aussi, quelque part, une indépendantiste. Tu remarqueras qu’elle n’a attaqué aucun autre membre du gouvernement, juste celui qui est noir de peau.

Donc, tu ne laisses aucun doute sur les électeurs de Marine Le Pen ?

Je leur laisse le doute de s’être trompé, mais se doute-là est-il acceptable ? Encore une fois, ils pouvaient s’abstenir ou voter blanc. Ils on manifesté leur volonté de voter pour un parti extrémiste.

Il y a quelque chose de très marquant dans la politique française, c’est cette incroyable adhésion à laquelle on assiste lors de meetings de partis extrêmes à gauche comme à droite, une adhésion plus grande que pour les partis classiques.

Pour ce qui est du Front de Gauche, on va me dire que cela n’est pas plus respectable à cause des millions de morts en URSS, etc. et je suis entièrement d’accord. La chute du communisme est une très bonne chose, le système avait fait son temps et en était à devoir trahir ses propres principes fondateurs. La différence entre le Front de Gauche et l’extrême-droite, hormis tout ce qui est politique et économique, le Front de Gauche n’est pas raciste, il n’est pas xénophobe, il ne prône pas l’expulsion de certaines personnes de France, il n’est pas haineux, pour moi, c’est quelque chose de tout à fait respectable, alors que le parti de Marine Le Pen ne l’est pas. Pour ce qui est de l’adhésion, ça n’est pas très surprenant. Il y a cinq ans, Nicolas Sarkozy a été élu avec un discours clair : il allait changer la France, son comportement allait être respectable, il y a eu son fameux « Travailler plus pour gagner plus », la rupture avec l’ancien système prôné par la droite. Au final, les Français ont vécu exactement l’inverse. Ils ont travaillé plus pour gagner moins, ils ont vu que les passe-droits et autres arrangements illicites fonctionnaient au plus haut sommet de l’Etat. En face, la gauche paraissait molle. Ils se sont retrouvés dans un discours innovant qui avait l’air vrai ; et il faut reconnaître à Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon que ce sont les deux meilleurs tribuns de la classe politique. Je trouve objectivement que Marine Le Pen est très douée, toujours le mot juste, etc. Sa volonté de vouloir changer le nom du parti montre encore un peu plus son savoir-faire. Mélenchon, lui, est capable de tenir une scène sans aucun papier, en passant d’un sujet à un autre facilement. Ces personnes sont, à mon sens, les deux plus grands orateurs de la classe politique, c’est vrai.

Cela peut donc expliquer le score de ces deux partis ?

Cela explique le score mais pas le reste. Le parti de Mélenchon qui pense ce qui pense et qui est très respectable, qui ne prône pas la haine, qui ne prône pas l’exclusion, ni la xénophobie.

Les cibles ne sont-elles pas simplement différentes ? Les riches, la classe aisées, etc.

Oui, si tu veux, mais la différence, c’est qu’il ne propose pas de s’en débarrasser. Si jamais pour une raison X ou Y Marine Le Pen arrivait au pouvoir, je pense que les Français déchanteraient vite ; on a vu ce qui s’est passé dans les mairies qui sont devenues FN. A Orange, certains livres ont été retirés des bibliothèques et détruits. Le parallèle avec le Nazisme est évident. On les retire pour que les gens ne pensent pas qu’il puisse y avoir une autre manière de penser justement. Je pense sincèrement que si Marine Le Pen a un jour un tant soit peu de pouvoir, après les Noirs et les Arabes, elle s’en prendrait à une certaine catégorie de Français qui ne lui conviendrait pas. Tout ceux qui, aujourd’hui, se revendiquent du Front de Gauche pourraient commencer à se faire du souci, certaines personnes de l’UMP aussi. Les Noirs et les Arabes ne sont que le début pour arriver à une forme d’élite, en gros, la race blanche. Il ne faut pas se voiler la face.


« Je suis vraiment resté sur la citation de Dupontel : ‘Il vaut mieux être ami avec une hyène, que d’être ami avec un chien ‘. C’est aussi la seule qui vient ôter le pain de la bouche du lion et c’est la mâchoire la plus puissante du règne animal. »

Pour revenir sur un plan plus musical, la hyène, c’est un charognard qui se nourrit de charognes justement, donc quelle est votre charogne à vous finalement ?

On n’a pas envie de manger grand monde. A la différence de la hyène, je pense que la charogne n’a pas très bon goût. Non, moi, je suis vraiment resté sur la citation de Dupontel : « Il vaut mieux être ami avec une hyène, que d’être ami avec un chien ». C’est aussi la seule qui vient ôter le pain de la bouche du lion et c’est la mâchoire la plus puissante du règne animal.

Est-ce qu’à l’avenir vous pensez devenir un groupe politisé ou pas ?

Pas du tout ! On ne veut pas être un groupe engagé. Ce que l’on a à dire, on le dit sur scène ou dans nos morceaux. Il se trouve que « Nazillon De Nuit » traînait dans les tiroirs et que c’était le moment idéal pour le sortir ; il a eu une portée spécifique à ce moment-là, mais ça reste anecdotique. Cela fait des mois qu’il traînait et quand on a vu les 18%, nous nous somme dits : « Là, ils y ont droit ! »

A quoi devons-nous nous attendre de la part du groupe en termes de thématiques désormais ?

Comme un des morceaux de l’album le montre, nous sommes normaux. Nous aimons les filles, la bière et le rock’n’roll.

Donc, vous êtes en phase avec le Président actuel ?

Oui, voilà, tout à fait ! Nous sommes normaux !

Vous avez fait appel sur cet album au producteur Ted Niceley, qui avait également produit deux albums de Noir Désir, pourquoi ce choix de retravailler avec lui ?

Quand nous avons fait les maquettes, nous les envoyions un peu partout. Comme j’étais toujours en relation avec Niceley depuis l’époque de Noir Désir, j’ai pensé que ce serait une bonne idée de lui en envoyer une. Sa réponse par e-mail fut claire et concise : « Fucking great rock’n’roll band », et nous a dit vouloir produire cet album. Nous étions les premiers surpris. Il a proposé carrément de venir du Nouveau-Mexique, là où il vit, pour travailler avec nous.

Et quand sort ce fameux album ?

Il est prévu pour le 26 septembre et nous allons enchaîner ensuite avec une tournée à l’automne.

Une dernière chose à ajouter ?

Mis à part que nous allons envahir le monde, non.

Ecoutes tu du metal ?

Oui, j’ai toujours un petit pincement au cœur pour le metal. J’ai pas mal écouté Gojira, après je suis très classique avec Metallica, par exemple. Tout à l’heure, en rentrant j’ai écouté deux albums de Rammstein. Mais je ne suis pas du tout au courant de la nouvelle scène. Qu’est-ce que vous pourriez me conseiller ?

L’interview s’inverse… Qu’est-ce qui te plait dans les groupes de metal ?

J’aime bien les groupes mélodiques. Je ne suis pas trop fan de ceux qui privilégient la vitesse ou ceux qui veulent chanter le plus grave possible. Je me suis toujours demandé si les chanteurs de death metal, quand il sont chez eux, ils ont la même voix…

Est-ce que ça te gêne avec un groupe comme Gojira, par exemple ?

J’ai été très impressionné par leurs prestations scéniques. À l’époque où j’ai commencé à les écouter, ils s’appelaient encore Godzilla et, déjà, je trouvais ça impressionnant. Ensuite, la maturité aidant… Pour moi, c’est comme regarder un sport de haut niveau. Le batteur est hallucinant, c’est la guerre en permanence entre ses pieds et ses mains, et je trouve que ce groupe est vraiment un OVNI.

Pour répondre à ta question, on peut peut-être te conseiller un artiste comme Devin Townsend, qui est réputé pour son approche originale et très artistique, avec des productions musicales tout simplement hallucinantes. Il a sorti récemment une quadrilogie avec sur chaque album une direction musicale assez précise. Après si tu aimes les riffs à la Metallica, on peut te conseiller un groupe comme Karma to burn qui est très orienté rythmique et riffs, ça devrait te plaire. C’est instrumental mais tu ne ressens à aucun moment le besoin d’avoir un chanteur et s’est assez plaisant.

Pour moi, le plus grand groupe de rock’n roll du monde cela reste, quoi qu’il arrive, Motörhead ! Et j’aimerais bien voir ce que donnera Metallica quand ils auront 63 ans.

J’ai lu dans la biographie de Noir Désir que quand tu avais rejoint le groupe, tu n’avais jamais touché une batterie de ta vie, que tu as menti et qu’ils t’ont cru, est-ce vrai?

Nous nous sommes rencontrés dans une soirée très arrosée et, quand ils m’ont dit qu’ils cherchaient un batteur, je leur ai répondu que j’en étais un. Et deux mois plus tard, dans un état un peu plus sobre, Serge m’a téléphoné pour faire un essai avec moi. J’ai trouvé un local de répétition parce qu’ils n’en avait pas, j’ai emprunté de l’argent à ma famille, j’ai acheté une batterie d’occasion de piètre qualité et, pendant quinze jours, j’ai tapé dessus en écoutant des disques. Le jour J comme ils jouaient aussi mal que moi à l’époque, ça s’est super bien passé. On trouve ça marrant maintenant mais, à l’heure actuelle, pour les jeunes groupes, c’est très difficile de trouver une signature. L’époque on l’on pouvait présenter une maquette approximative est finie. Maintenant, si tu n’as pas de maison de disques, tu n’as pas de tourneur, si tu n’as pas de tourneur, tu n’as pas de maison de disques.

Les maisons de disques sont-elles vraiment utiles aujourd’hui et le seront-elles encore demain ?

Elles le sont encore parce qu’Internet reste encore tout et n’importe quoi. C’est très pratique pour des groupes qui n’auraient pas eu de visibilité en dehors de ça, mais c’est à l’image des forums, un genre de gigantesque fourre-tout. Pour moi, rien ne vaut pouvoir aller dans un magasin de disque, prendre son temps pour écouter, regarder la pochette, etc. Tout ça ne se remplace pas pour moi.

Interview réalisée le 17 mai 2012 par téléphone pendant l’émission Anarchy X.
Questions : Spaceman, Metal’O Phil et Alastor
Retranscription : Grégory

Page Facebook de The Hyènes



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  • D’accord avec Catherine .

    Une interview très politisée qui n’a rien à faire sur Radio Metal , libre à chacun de voter ce qu’il veut que ce soit à l’extrême droite ou autre . Un amateur de metal a parfaitement le droit de voter FN , extrême gauche , PS(…) et n’a pas à être insulté de nazi ou je ne sais quoi alors qu’il est venu ici tout simplement pour s’informer de l’actualité musicale , que ce soit par le musicien que par le « journaliste » (qui véritablement a profiter de son interview pour se « lâcher » quant à ses opinions personnelles et hors-sujet) . Un travail vraiment petit , digne d’une rédaction d’un journal de lycéens .

    [Reply]

  • Je n’avais pas lue cette interview à l’époque, je n’avais rien manqué… Je n’ai même pas écouté la chanson en question et je n’en ai aucune envie. Le discours de Denis Barthe est le même que le discours que répète en boucle tous les adversaires politiques du Front National. Aucun intérêt, aucune réflexion. Des clichés à tout va et des jugements de valeur sur les citoyens ayant voté pour Marine Le Pen, on peut en lire et en entendre partout, ce n’est pas très original. Pour qui se prend cet homme exactement pour émettre de tels jugements de valeur sur les citoyens français n’ayant pas les mêmes opinions politiques que lui? Il n’a sûrement jamais parlé à un seul d’entre eux. Est-ce que quelqu’un est venu lui dire pour qui il devrait ou ne devrait pas voter? La démocratie cher Denis Barthe, c’est aussi cela.

    Quant aux questions, elles sont bien trop orientées. Radio Metal à le droit d’avoir ses convictions politiques personnelles, mais de là à faire passer dans ses questions les électeurs du Front National pour des « personnes qui en ont marre/qui se sont fait avoir/qui sont manipulées », bref, pour des imbéciles que Monsieur Barthe ne devrait donc pas juger aussi sévèrement… Les questions axées sur la politique sont trop nombreuses et de moins en moins neutres au fur et à mesure de l’interview.

    [Reply]

  • Tout à fait d’accord avec Lemmy.

    Tout ceci manque de maitrise dans l’interview
    Et puis ça s’enflamme bien vitre sur les comment’.

    Allez,je retourne m’écouter Yannick Noah qui reprend Bob Marley et entrendre ce que ça donne…

    [Reply]

  • « Attendez les mecs, ça fait cinq ans que l’on ne respire pas »

    L’avantage, c’est que pendant ce temps il disait pas de conneries…

    [Reply]

  • Apparemment, la politique est un toujours un sujet très sensible dans les conversations en France ^^, même sur une radio métal

    [Reply]

  • @Seb
    Va fréquenter les Identitaires et autres racialistes, tu leur parleras de ton ouverture d’esprit…
    Avec ces gars là, arrêtes de rêver!

    [Reply]

  • @Seb
    T’es un marrant,toi, avec ta fausse naîveté…
    Evidemment que les électeurs du FN ne sont pas tous des haineux nauséabonds mais il y en a une partie qui a des références et des discours très clairs(il suffit de surfer pour ça sur leurs sites préférés…).
    Ton consensualisme, tu peux te le mettre…

    [Reply]

    Seb

    Je n’ai jamais joué le faux naïf à propos de certains électeurs du FN, j’ai juste critiqué le manque d’ouverture de l’interviewé et l’aspect contradictoire de ses dires. Je t’invite à relire mon post.

    Selon lui, les méchants idiots d’extrême droite, totalement infréquentables ne méritent la pédagogie/l’éclairage d’une discussion, il ne mérite pas « le salut ».

    On obtient rien de bon en insultant les gens, c’est une remarque globale, pas seulement pour les gens votant pour MLP ou feu JMLP.
    C’est ainsi que je te demanderai de rester poli, car ce que je disais Denis B. s’applique à toi aussi. Les révolutionnaires de salon ayant l’insulte facile, ça va quand on est au lycée ou quand on chante dans Noir Désir mais il y a un moment où il est bon d’élever le niveau du débat.

  • Très choqué des questions politiques lourdes de l’intervieweur alignant péniblement les clichés des sous-médiacrates dominants. Le café du commerce. Celui qui aligne les clichés consensuels n’est pas tout seul ici. J’ai trouvé l’interviewé plus que correct. Cher radio metal, laisse tomber la politique, merci.

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  • Oue….. un gentil gars un peu limité avec sa morale bien pensante qui ne respecte pas que l’on pense différemment!
    le pire c’est: »ça fait cinq ans que l’on ne respire pas « …. mais quelle honte!
    jvois pas vraiment de musique dans cette interview….

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  • Sa dialectique n’est pas extraordinaire, un con-sensualisme très à propos avec notre époque bien pensante.

    L’électeur lepeniste ne doit pas être amené par la pédagogie vers d’autres chemins et on peut se permettre de l’insulter de « nazi ».

    Par contre ces mêmes personnes jouent les vierges effarouchés lorsque les délinquants récidivistes sont appelés « racailles » ou autres, et considèrent qu’il faut aider ses jeunes par l’éducation.

    Deux poids, deux mesures…

    « Pas du tout ! On ne veut pas être un groupe engagé […] ça reste anecdotique »
    Soit il ne s’écoute pas parler, soit il est très bête.

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  • Podcast de l’interview intégré à l’article. Bonne (ré)écoute !

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