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Interview   

Last Temptation ne manque pas de carburant


Peter Scheithauer semble avoir trouvé son graal, lui qui avait jusque-là butiné de projet en projet, se faisant pendant des années une solide expérience et des contacts aux Etats-Unis, mais en ayant « toujours eu envie d’avoir un groupe qui marche avec un chanteur français ». Last Temptation est le résultat de toutes ces années à se construire en tant qu’artiste, à se chercher aussi, à se faire plaisir surtout. C’est sa rencontre avec Butcho Vukovic, fan de hard rock des années 80 qui a fait carrière dans le néo-metal pendant quatorze ans avec Watcha, qui a créé le déclic, comme nous en parlions fin 2019 à l’occasion de la sortie de leur premier album.

Deux ans et demi et une pandémie plus tard, Last Temptation est devenu un véritable groupe à cent pour cent français et sort son second album, Fuel For My Soul. Un album qui reprend les choses là où la formation les avait laissées sur le premier, mais avec une approche plus live et plus de relief. Peter et Butcho nous racontent sa conception et nous parlent de la musique, ce « carburant de nos âmes », autant que de leur vision du business, fustigeant l’ « hypocrisie » de l’esprit soi-disant underground…

« Les musiciens de Watcha se foutaient de ma gueule parce que j’écoutais tous les groupes de hard rock, ils étaient là : « Putain, le ringard qui écoute que de la musique de ringard ! » Ils me charriaient sans arrêt, mais bon enfant. »

Radio Metal : Peter, la dernière fois que nous t’avons parlé, tu disais que Steve Unger et Stet Howland avaient vocation à devenir le corps du groupe avec Butcho et toi, mais vous êtes revenus en juillet 2020 avec un nouveau line-up constitué du bassiste Julien Rimaire et du batteur Vince Brisach. Last Temptation devient donc cent pour cent français. Ce n’était pas tenable un groupe séparé en deux entre les Etats-Unis et la France ?

Peter Scheithauer (guitare) : Ça aurait pu être tenable mais difficilement. Déjà, l’agent allemand nous avait dit que ce n’était pas pratique, puis les Français la même chose, le label la même chose… Après réflexion, nous nous sommes dit que c’était vrai : si on nous appelle au dernier moment pour faire une tournée parce que quelqu’un s’est désisté ou parce que nous avons des offres assez rapides, nous ne pouvions pas le faire. C’est une question de logistique. Ça n’a rien à voir avec l’humain, car nous sommes toujours potes et ils le regrettent. Ce n’était pas possible au niveau technique. Par exemple, pour le nouvel album, nous ne l’avons pas fait de la même façon. Là, nous avons pu répéter ensemble et nous voir tout le temps, donc il y a un autre groove et un autre système qui se met en place, et le Covid-19 était le clou sur le cercueil : si quelqu’un est bloqué dans un pays où il y a un problème, la moitié de ton groupe est bloqué et on ne peut rien faire. C’est donc une décision qui vient de là, et aussi du coût, parce que c’est plus cher de faire à chaque fois venir la section rythmique pour répéter. C’était une décision sage, plutôt qu’humaine.

Julien a officié pendant quinze ans dans Los Disidentes Del Sucio Motel, un groupe de stoner, donc ça paraissait naturel de le retrouver chez Last Temptation. Concernant Vincent, en revanche, votre histoire est plutôt étonnante… (Vincent a depuis cette interview été remplacé par Farid Medjane, NDLR)

Oui, il avait auditionné avant que je parte aux Etats-Unis dans un groupe que j’étais en train de monter. Ça s’est très bien passé, mais le lendemain, j’ai dû lui dire : « Ecoute, je veux partir aux Etats-Unis », donc ça ne s’est pas fait. Et quand nous nous sommes retrouvés une trentaine d’années après, quelques semaines avant la pandémie, je n’ai pas du tout reconnu Vincent, je ne savais pas du tout que c’était lui, et au bout de quelques répétitions, nous nous sommes rendu compte que nous nous connaissions depuis très longtemps, et que c’était ce Vincent que j’avais auditionné avant de partir ! Et maintenant, il est sur l’album. Le monde est petit !

Dans l’annonce présentant Vincent, vous faisiez remarquer que son influence majeure était Peter Criss et vous parliez de son amour du hard rock 80’s comme d’un argument pour l’intégrer à Last Temptation. Qu’est-ce que le hard 80’s représente pour vous ?

Butcho Vukovic (chant) : Pour ma part, c’était mon influence principale. J’ai découvert le hard rock très tardivement. Avant, je n’écoutais que du funk, de la soul et le début du rap, jusqu’en 85 où j’ai découvert le hard rock. Même à l’époque où j’étais dans Watcha, dans mes MP3, il n’y avait que du Dokken, Lynch Mob, Ratt, Danger Danger, que des trucs de hard rock des années 80. C’est mon influence depuis que je suis ado jusqu’à maintenant, et c’est toujours resté. Et j’ai découvert tardivement tout ce qui était seventies ; je suis revenu un peu en arrière, j’ai fait un flashback, et j’ai redécouvert il n’y a pas si longtemps que ça tout ce qui vient des années 70 et j’ai totalement adhéré.

Peter : Moi, c’est l’inverse : c’est plus des groupes seventies qui m’ont ouvert les portes des eighties, du metal et du hard rock comme Mötley Crüe. C’est grâce à Kiss, Van Halen, etc., je viens plus de ce côté-là.

Une fois Watcha terminé, Butcho, tu as fait beaucoup de choses rock n’ roll – Hellectrokuters, Yann Armellino et maintenant Last Temptation. C’était un retour aux sources pour toi ?

Butcho : Oui, c’était direct retour aux sources, à ce que j’écoutais. C’est pour ça que ça a surpris beaucoup de gens : « Le chanteur de Watcha chante du hard rock ! » Alors qu’en fait, j’ai toujours aimé chanter du hard rock, sauf que je n’ai pas eu l’occasion à l’époque de Watcha. C’était un autre style.

Pendant toutes ces années dans Watcha, il n’y avait pas un conflit en toi entre ce que tu faisais et ce que tu avais envie de faire profondément ?

J’ai découvert au fur et à mesure. Au début, dans Watcha – groupe que j’ai fondé – je voulais faire un style dans la veine d’Extreme, c’est-à-dire funk metal, car nous aimions bien le côté funky, le mélange et la fusion. Puis au fur et à mesure des influences, il y a eu Pantera qui est arrivé, Meshuggah, etc. donc ça a changé le style. J’ai appris à connaître ce style néo-metal au fil des années. Les musiciens de Watcha se foutaient de ma gueule parce que j’écoutais tous les groupes de hard rock, ils étaient là : « Putain, le ringard qui écoute que de la musique de ringard ! » Ils me charriaient sans arrêt, mais bon enfant. Après, tout ce qui est mélodie du chant que tu entends dans Watcha, ça vient de mes influences et rien d’autre. Tout ce qui est growlé et rap, non, mais tout ce qui est mélodie, c’est l’influence du hard rock.

« La musique est le carburant de nos âmes. Sans ça, nous ne pouvons pas avancer. […] Si l’humain dort, mange et se reproduit, c’est un animal. La seule différence, c’est la création artistique, donc si nous n’avons pas ça, nous sommes des animaux. »

Le premier album de Last Temptation était bourré d’invités. C’était important cette fois de faire l’album d’un groupe, qu’il soit vraiment centré sur vous quatre, ou bien c’étaient aussi les circonstances – avec la pandémie, les confinements, les restrictions sur les voyages – qui ont voulu ça ?

Peter : Un peu des deux. Au départ nous pensions aussi avoir des guests, mais ayant un groupe, nous allons quand même dans la direction du groupe, et plus nous allions dans la direction du groupe, plus nous nous sommes demandé pourquoi nous aurions besoin de guests. Plein de gens nous ont fait la même réflexion, mais ce n’est pas qu’avec Butcho nous ne voulions pas avoir de guests, car il y en avait deux ou trois qui étaient prévus – plus guitare ou chant, cette fois-ci, que batterie ou basse. Finalement, nous avons décidé de faire un album de groupe. Je pense que c’était le moment, car nous étions en confinement, nous étions obligés de ne pas bouger, de ne rien faire. Donc nous avons d’abord répété, puis nous sommes allés en studio une semaine et nous avons enregistré l’album en groupe. Je pense que c’est aussi pour ça que ça sonne un peu différemment.

C’est un album qui a donc été fait de manière très différente du premier…

Butcho : Oui, y compris du point de vue production. Nous avons décidé de faire comme dans les années 80, c’est-à-dire faire entre trente et quarante morceaux en démo pour n’en choisir que onze. Une fois que nous avons choisi, nous sommes partis en répétition ensemble pour bosser les morceaux que nous avions choisis et pourvoir enregistrer en live en studio tous ensemble. Contrairement au premier qui a été fait par fichiers interposés que nous nous envoyions pour bosser, là c’était un vrai studio comme dans le temps.

Quarante titres, ça paraît énorme. Pourquoi une telle quantité pour n’en retenir que onze ?

C’est à cause de moi. Je lisais des Hard Rock Magazine, des Enfer Magazine, et tous les groupes de ces années-là disaient : « Ouais, nous avons fait trente, quarante titres, nous n’en avons choisi que dix ou onze. » Donc j’ai dit : « Putain, Peter, j’ai envie de faire la même chose. »

Peter : Donc nous avons fait la même chose ! Je lui ai envoyé quarante morceaux en tout. Il y a même des fois où il a fait des doublons. J’envoyais, il récupérait le dossier et il me dit : « J’ai fait deux morceaux aujourd’hui. » Il m’envoie deux morceaux et c’est deux fois le même, mais deux fois complètement différent. Nous pourrions faire un album avec les mêmes morceaux, mais dix versions différentes. Ce serait drôle !

Butcho : Nous n’avons vraiment pas eu de difficulté à composer. Nous avons eu cette chance. Tout a été fluide, riffs trouvés facilement, lignes de chant trouvées du premier coup…

Est-ce que cette méthode a été concluante ? C’est-à-dire que faire de la quantité a-t-il permis d’obtenir plus de qualité que si vous aviez fait directement onze morceaux ?

Ce n’est pas nous qui décidons. Nous trouvons que l’album est bien mais c’est à vous de dire si c’est bien ou pas !

Peter : Bien sûr pour nous, il est bien. C’est comme un nouveau-né. Combien de fois tu as des parents qui viennent avec un nouveau-né qui est ultra moche, mais qu’est-ce que tu vas dire ? Nous, nous dirons qu’il est beau [rires].

Butcho : En même temps, je ne comprends pas les groupes qui font des albums et après, ils ne peuvent plus s’écouter. Si tu fais de la musique, c’est que tu aimes ton groupe, donc ne sois pas hypocrite à dire que tu n’écoutes pas. Il faut écouter ton groupe que tu aimes. Nous, nous aimons bien notre groupe, mais ce n’est pas nous qui décidons si c’est bien. C’est vous. Après, si nous avions fait onze morceaux, nous aurions peut-être des regrets, en nous disant que tel morceau est moins bien. Là, nous savons que ce sont les onze que nous préférons.

Peter : A ce moment-là. Dans dix ans, nous dirons peut-être autre chose, mais nous dirons toujours que cet album, à cet instant, était celui que nous préférions.

Butcho : Nous avons déjà commencé à bosser sur les compositions du troisième album et nous ne reprenons pas des trucs de l’ancien. C’est-à-dire que tout est jeté et nous reprenons à zéro, trente ou quarante morceaux. Nous ne sommes pas des radins de la composition.

« Je pense que tous les musiciens de tous les styles sont comme des messagers. Nous arrivons à entendre des choses et nous les restituons. Nous sommes là juste pour les restituer à un maximum de personnes pour qu’elles puissent profiter de ce que nous entendons. »

Peter : J’avais commencé en décembre à faire une dizaine de morceaux que j’avais aussi jetés, parce que ce n’était pas la direction dans laquelle je voulais aller avec Butcho. Ça restait un peu trop dans la même direction. Ça reste du Last Temptation mais nous voulons quand même rajouter ou amener des trucs un peu différents à chaque fois, selon le goût du moment – le nôtre, pas celui du business.

Butcho : Mais j’avoue que sur le deuxième album, nous aurions pu en faire facilement trois.

Ça ne fait quand même pas mal au cœur d’abandonner tous ces morceaux sur lesquels vous avez travaillé ?

Non. Je vais te dire pourquoi : j’ai déjà oublié les autres ! Je suis en mode poisson rouge : j’enregistre ma ligne de chant, j’écris mes paroles, et déjà au bout de cinq minutes, je ne connais plus du tout mes paroles, je ne sais pas de quoi j’ai parlé… C’est pour ça qu’il y a souvent un peu les mêmes thématiques sombres qui reviennent, parce que je ne me souviens pas de ce que j’ai écrit sur les autres albums [rires]. C’est comme les films : je peux les regarder à volonté. Je regarde un film et au bout d’un mois, je ne m’en souviens déjà plus. Par contre, je sais si c’était bien ou pas.

Peter, tu avais déclaré que vous sentiez que vous aviez fait un grand pas en avant « grâce aux concerts ». Justement comment l’expérience live a impacté ce second album ?

Butcho : C’est justement le côté live que nous avons voulu restituer dans cet album. Nous ne voulions pas faire une surproduction avec dix mille couches de guitares. Nous voulions que pratiquement tout soit en live, à part évidemment les re-re, le chant à refaire et puis les solos. Nous voulions avoir l’esprit live : ce que tu vas entendre en live, tu l’as aussi sur album.

Peter : Ça veut dire répéter plus et c’est plus sympa, dans la mesure où quand tu répètes, le batteur ou le bassiste peut dire : « Ah tiens, là je vais plutôt faire quelque chose comme ça. » Alors que si tu es mis devant le fait accompli en studio, c’est là que tu peux regretter. Quand nous sommes rentrés en studio, nous avions déjà très bien répété et décortiqué les morceaux, ce qui fait que quand nous les avons joués en studio, nous savions très bien où nous allions. Il n’y avait plus d’hésitation, à part Butcho qui a changé des lignes de chant en studio, mais je pense qu’en écoutant avec un son plus précis – et nos parties étaient plus précises aussi – il a été plus inspiré de changer certaines choses. Mais c’est vrai que nous avons vraiment voulu restituer l’esprit live.

Avoir plus de relief, musicalement parlant, était déjà un des objectifs dont tu nous avais parlé, Peter, pour ce second album. Et en effet, on retrouve des titres très lourds, d’autres rapides… Avec le recul, diriez-vous que le manque de relief était le défaut principal du premier album ?

Butcho : Un premier album, c’est un premier album. Nous l’avons voulu comme ça. Nous avons voulu un côté un petit peu, pas désorganisé, mais chacun s’envoyait des fichiers à droite à gauche, c’était un petit peu plus sauvage, on va dire. On apprend à se connaître, on voit la direction qu’on va prendre, le premier album est comme une sorte d’essai. Ça nous a permis de rectifier sur le deuxième et de dire que nous n’allons plus refaire ci ou ça, que nous allions faire une production un peu plus live, comme on l’a dit précédemment…

Peter : Quand j’ai réécouté le premier album, à part « Faster And Faster » dont nous ne sommes plus fans, il n’y a aucun morceau plus ou moins rapide. Il y a beaucoup de morceaux lourds. Alors cette fois, nous avons essayé de varier un peu les plaisirs. Par contre, nous n’avons toujours pas fait de ballade. Enfin, pour moi, nous en avons fait une : « In The Mirror » est une ballade mais à notre sauce. Nous voulions avoir des trucs plus groove, plus rapides, etc. et quand tu répètes avec le groupe et que tu fais des tonnes de démos – ce que nous n’avions pas fait sur le premier album –, tu vois mieux la direction. C’est aussi ce qui nous a aidés à décider à prendre tous ces morceaux, car si ça se trouve, nous aurions pu finir avec dix morceaux très lents ou très rapides.

Butcho : Les tempos sont entrés en ligne de compte dans nos choix musicaux du deuxième album. Nous n’avons pas choisi uniquement les morceaux que nous trouvions bien, parce que sinon, nous nous serions effectivement peut-être retrouvés avec dix ou onze morceaux lents et pratiquement rien de rapide. Nous avons vraiment fait des choix un peu stratégiques sur le rythme de l’album.

Peter : Nous pensions aussi au live. C’est-à-dire qu’à un moment donné si nous avons des morceaux trop proches les uns des autres, qui se ressemblent, ce sera dur pour le public.

Butcho : Ils vont dire : « Ah mais c’est la même ! » « Ah mais c’est encore la même ! » Nous voulions éviter ça.

Tu parlais de ballade et effectivement, tu nous disais aussi qu’il y aurait une ballade…

Peter : Nous l’avons ! Il s’agit de « It’s Over », elle est sur une des démos. Il faudra attendre quand nous ferons une reissue [rires].

« Ceux qui se disent underground : ne sortez pas d’albums, restez dans votre cave et faites de la musique pour vous, c’est tout, mais chut, silence, ne dites pas que vous existez. Ça, c’est underground. Après, du moment où tu sors un album, tu n’es plus underground, tu es là pour le partager, et nous, nous sommes là pour partager la musique. »

Ce n’est pas votre truc les ballades ?

Butcho : Non, je n’aime pas les ballades. J’ai toujours détesté ça.

Peter : Moi non plus ! Pour moi, « In The Mirror », c’est la ballade de Last Temptation, même si ça n’en est pas une [rires].

Butcho : Par exemple, nous ne ferons pas une ballade où ça siffle [siffle « Wind Of Change » de Scorpions]. Ça c’est bien pour Bon Jovi et ce genre de groupe.

Pourtant, on parlait de hard 80’s, typiquement les ballades étaient incontournables…

Oui, je sais ! Mais je ne sais pas, j’ai toujours trouvé ça chiant et niais. C’est une question de goût. Et quand tu as deux mecs qui n’aiment pas les ballades, il n’y a pas de ballade dans le groupe. En plus, nous n’avons pas le public de Bon Jovi, ni d’Europe, nous avons plutôt un public veste à patch.

Peter : Je n’assimile pas non plus notre groupe aux années 80. Nous avons bien sûr ces influences, mais nous avons aussi des influences grunge et seventies. Déjà, nous n’allons pas passer sur MTV avec une ballade, c’est fini. Je ne vois pas l’intérêt des ballades pour nous. J’adore Black Label Society, mais personnellement, je ne vois pas l’utilité des ballades dans ce groupe.

La composition de l’album a donc commencé fin 2019 et vous avez enregistré l’album en janvier et février 2021, et le mix était terminé en avril. Ça veut dire qu’il y a eu un important laps de temps entre le début de la composition et l’enregistrement. Est-ce que la pandémie a été l’occasion de prendre un peu plus votre temps et de travailler plus les morceaux ?

Aussi. Ça nous a permis de composer énormément, bien que nous composions très vite, parce qu’il y en a bien une quarantaine qui sont passés à la poubelle avant que je lui envoie quoi que ce soit. Mais oui, ça nous a donné beaucoup de temps de réflexion sur la direction que nous voulions prendre avec les morceaux, sur le groupe et sur comment nous voyions l’avenir. Nous préparions l’avenir. Nous n’étions pas dans le côté dépressif : « Merde, on ne peut pas jouer. » Bien sûr que ça nous a emmerdés, ça a emmerdé tout le monde, mais nous n’étions pas là à pleurer sur notre sort. Nous nous sommes dit que nous allions faire un album et que quand ça allait revenir – bon, nous pensions que ça allait durer cinq mois, nous nous sommes un peu trompés de ce côté-là [rires] – nous pourrions le défendre. Et nous sommes déjà en train de travailler le troisième parce que nous n’avons plus envie d’attendre. Je pense que ça a rechargé un peu les batteries et l’esprit du groupe dans une certaine direction. Quelque part, je pense que ça a été bénéfique pour nous. Enfin, disons que ça n’a pas été que négatif. C’était la merde, mais avec ça nous avons pu faire quelque chose.

Ça permet peut-être aussi d’évacuer les frustrations dues à la période…

Butcho : Nous n’avons pas eu le temps de voir ça. Nous étions tellement pris dans la composition des titres que nous n’avons rien vu passer. Du coup, c’est bien tombé.

Peter : Quand j’enregistre, je suis toute la journée chez moi en train d’enregistrer, donc qu’on me dise que je n’ai pas le droit de sortir ou pas, je ne sors pas [rires]. Ça ne m’a pas vraiment dérangé plus que ça. Sauf que tu ne pouvais pas aller à plus d’un kilomètre de ta maison ou voyager – parce que j’aime voyager –, mais sinon, en plein milieu de l’écriture d’un album, du travail avec Butcho, des allers-retours avec les démos et de quelques sorties pour aller répéter pour voir comment ça se passe, ça n’a pas trop changé. Si tu veux, ça a été une séance un peu plus longue que d’habitude, c’est tout. Il faut le prendre positivement.

Butcho : Nous voulions que tout soit prêt pour la sortie de l’album, que ce soit au niveau de l’artwork, du mixage, de la préparation scénique, etc. Il fallait que nous soyons prêts à n’importe quel moment. On nous dit : « Concert », on y va. Tout ça nous a permis de nous préparer.

L’album d’intitule Fuel For My Soul : est-ce que ça décrit ce que la musique est pour vous ?

Absolument et c’est vraiment ce que nous pensons. C’est le carburant de nos âmes. Sans ça, nous ne pouvons pas avancer. Ça correspond totalement à ce que nous pensons. C’est le morceau un peu positif du groupe au niveau du texte, c’est la touche d’espoir. Tout ce qui est création artistique, que ce soit musique ou autre, c’est ce qui fait tenir. Sinon, tu es un animal. Qu’est-ce que fait un animal ? Il dort, il mange, il se reproduit. Donc si l’humain dort, mange et se reproduit, c’est un animal. La seule différence, c’est la création artistique, donc si nous n’avons pas ça, nous sommes des animaux. J’adore les animaux, mais nous sommes différents.

« [Certains groupes] se disent antisystème mais leur album est quand même à la FNAC, donc ils sont déjà dans le système, quelque part. Qu’est-ce qu’ils vont ramener de plus pour que je comprenne que même s’ils sont dans le système, ils sont quand même antisystème ? Il faut qu’ils m’expliquent leur démarche. »

Si on met ça en parallèle avec ce qui s’est passé pendant la pandémie, l’art a été relégué au second plan. Tu penses que pendant ces deux années, on a été réduits à des animaux ?

Franchement, oui. Tu survis. Tu manges, tu dors, tu te reproduis, tu travailles, c’est-à-dire que tu chasses, comme un animal. C’est la raison pour laquelle ça a perturbé beaucoup de personnes. C’est la raison pour laquelle il s’est créé des trucs live sur le web, parce qu’il y a eu un manque, les gens étaient en demande. Ils ont compris que sans art, la vie était morne et terne. En tout cas, c’est ce que j’ai ressenti.

Peter : Le fait d’être enfermé et de ne pas sortir à certaines heures, c’est un peu comme un poulailler. Tu sors les poules quand il y a le soleil, tu les rentres avant que le soleil tombe. C’était un peu ça. Avec le symbole du masque aussi, si on veut aller au-delà de l’aspect sanitaire : on n’a pas le droit de parler ou de s’exprimer. Il y a des choses qui auraient peut-être pu être faites autrement, même si je n’en sais rien, je ne suis pas politique.

En termes de thématique, vous jouez un peu sur une connotation religieuse, entre le nom du groupe, celui de l’album qui renvoie à l’âme, et puis évidemment le premier single « I Don’t Wanna Be Your God »…

Butcho : C’est vrai ! Tu n’es pas la première personne à nous en parler, mais nous n’y avons pas du tout pensé.

Peter : Bien sûr, il y a cette ambiguïté sur laquelle nous jouons, mais oui, Last Temptation peut être pris bibliquement. En fait, ça vient d’une conversation avec un ami à moi qui maintenant n’est plus là. Nous discutions en sortant d’un restaurant. Il me disait : « Je me demande à quoi on pense quand c’est notre dernier souffle et qu’on sait que ce n’est notre dernier souffle. » J’ai repris un peu cette idée et Last Temptation, c’est qu’au moment de son dernier souffle, Dieu, le diable ou n’importe quoi – tu l’appelles comme tu veux – vient et dit : « Soit c’est ton dernier souffle et ça s’arrête là, soit tu recommences tout à zéro, mais tout ce que tu as connu ou tout ce qui s’est passé, tu ne le sais pas. Si tu étais heureux avec des personnes, tu ne les connais plus et elles ne te connaissent plus. Es-tu prêt à le faire ? Tu as le choix. Qu’est-ce qui est important pour toi ? Est-ce de mourir heureux et avec la certitude d’avoir vécu ta vie comme tu voulais ? Ou es-tu prêt à mourir avec des regrets ? Ou alors es-tu prêt à refaire quelque chose en essayant de ne pas avoir de regret ? »

Butcho : Mais nous n’avons nullement un côté religieux ou une volonté de jouer la carte de la provocation religieuse. Nous ne sommes pas du tout dans ce délire. Nous savons très bien que c’est un sujet qui divise vraiment les gens. Nous avons nos avis mais nous les gardons pour nous. Quand je parle de « I Don’t Wanna Be Your God », c’était juste un truc un peu ironique. Je me suis dit que j’allais inventer un texte où Dieu en a marre d’être Dieu et il délègue son pouvoir : « Qui veut prendre ma place ? J’en ai marre de cette humanité de merde. » C’est du second degré.

Peter : Ça peut être aussi un président. Mais nous ne sommes ni politiques ni religieux, ce n’est pas notre place. Là, c’est juste quelque chose d’un peu philosophique ou une critique de ce qui est en train de se passer. On est presque plus dans l’écologie.

Cet usage du lexique religieux est quelque chose qu’on retrouve dans de nombreux groupes et en particulier Black Sabbath, une de vos grandes influences. Donc malgré le fait que vous ne soyez pas religieux, voyez-vous une dimension spirituelle dans cette musique ?

Butcho : Oui. La preuve : Fuel For My Soul, le carburant pour nos âmes, et dès qu’on parle d’âme, c’est qu’il y a un côté spirituel. Nous n’aimons pas qu’il y ait un côté dogmatique. Je crois qu’il y a un truc après, que la vie ne s’éteint pas. Ce n’est pas on/off. En tout cas, c’est ce que je pense, mais je ne crois pas à une religion qu’on m’impose. Je sais juste qu’il y a un truc spirituel qui est bien plus fort que ce qu’on peut imaginer. Je vais même pousser plus loin, et n’oubliez pas que c’est juste mon avis : je pense que tous les musiciens de tous les styles sont comme des messagers. Nous arrivons à entendre des choses et nous les restituons. Nous sommes là juste pour les restituer à un maximum de personnes pour qu’elles puissent profiter de ce que nous entendons. C’est vraiment ce que je pense de la musique : nous sommes juste des messagers, et c’est tout. C’est pour ça que les groupes qui se la racontent rock star, ça me dépasse. J’ai envie de leur dire : « Vous n’êtes que des messagers ! » C’est pour ça que la musique est un partage. Il faut la partager avec un maximum de personnes. Je ne veux pas faire de musique underground, c’est hors de question. Dans ces cas-là, ceux qui se disent underground : ne sortez pas d’albums, restez dans votre cave et faites de la musique pour vous, c’est tout, mais chut, silence, ne dites pas que vous existez. Ça, c’est underground. Après, du moment où tu sors un album, tu n’es plus underground, tu es là pour le partager, et nous, nous sommes là pour partager la musique.

« Les Américains sont beaucoup plus business et pas business à la fois. Ils ont un côté détendu, alors que chez nous, le mec joue dans un club, ça y est, il a l’impression d’avoir fait le Stade De France. C’est un peu un problème. »

Tu penses qu’il y a une hypocrisie ?

Bien sûr ! Et pas que dans le metal. Ça peut aussi être dans le jazz, par exemple.

Peter : Regarde Slayer, c’est autant commercial que Bon Jovi – les puristes vont me sauter dessus. Ce n’est pas une question de volonté de la part de Slayer ; Kerry King n’a pas dit qu’il voulait faire Slayer pour faire de l’argent, mais à partir du moment où il y a des contrats, où il génère une certaine quantité d’argent, où il signe sur une major, où il a un gros management et tout, ça devient une machine à fric à plus ou moins grande échelle. Ce n’est pas parce qu’ils ne vendent pas comme Bon Jovi qu’ils ne sont pas dans la même machine. Après, il y en a qui ont décidé ou essayé d’être commerciaux, mais Bon Jovi est surement tout aussi sincère qu’un groupe de thrash, je pense que c’est vraiment ce qu’il aime. A partir du moment où c’est ce qu’il aime et où ça marche, forcément il a un plus grand public parce que c’est plus mainstream, ça passe partout, mais Slayer veut aussi toucher un maximum de metalleux, pas pour faire du fric à la base, mais parce qu’ils veulent jouer sur des grandes scènes et tout. C’est quand même ce qu’un musicien aime faire et il faut le savoir. C’est pour ça que plein de groupes sont morts durant le Covid-19. C’est quand même le nerf de la guerre : si tu n’as pas des gens qui viennent te voir, si tu ne fais pas un album pour essayer d’en vendre, à un moment donné, on ne te verra plus. Nous ne disons pas qu’il faut être commercial, nous disons juste qu’il faut rentrer dans cette machine où tu peux toucher plus de public, tout en étant toi-même et en étant sincère. Qu’est-ce que faisaient les mecs des années 70 ? Ils tournaient trois cents dates par an. Des mecs comme Ted Nugent, Kiss ou n’importe, ils étaient tous sincères dans ce qu’ils faisaient, mais ils ont quand même dû rentrer dans un [système] pour qu’il y ait de la promo. Tu peux avoir un super album, mais si tu ne fais pas de promo parce que tu veux être underground, qui va savoir que tu as un album dehors ?

Butcho : C’est ce que je dis : si les gens se prétendent underground, restez vraiment underground, pas à moitié. Il n’y a que vous qui saurez que vous faites de la musique underground. Il ne faut la sortir sur aucune plateforme, rien. Restez chez vous. Vous vous enregistrez et vous écoutez votre musique, égoïstement. Mais c’est mon avis.

Le côté underground est d’ailleurs parfois presque utilisé comme une étiquette marketing…

Peter : Bien sûr. Ils se disent antisystème mais leur album est quand même à la FNAC, donc ils sont déjà dans le système, quelque part. Qu’est-ce qu’ils vont ramener de plus pour que je comprenne que même s’ils sont dans le système, ils sont quand même antisystème ? Il faut qu’ils m’expliquent leur démarche. On va prendre un groupe comme Pearl Jam : ils ont essayé de ne plus être avec Ticketmaster et tout. C’est tout à leur honneur ne serait-ce que de prendre ce risque. Les gens vont dire : « Oui, mais ils avaient de l’argent. » Oui, mais ils se sont quand même plantés. Au moins, ils ont essayé de faire avancer les choses et ils ont essayé de faire quelque chose qui est tout à leur honneur, mais ils n’ont pas pu se battre contre ça. Et je ne dis pas qu’il ne faut pas se battre, mais il y a une certaine façon de le faire. Et si tu veux que ton album touche des gens, il y a un moment donné où tu es quand même dans le système.

Tu as étudié au GIT de Los Angeles, tu as été dans la scène américaine où tu t’es fait beaucoup de contacts. Aujourd’hui, comment tires-tu parti de cette longue expérience américaine avec Last Temptation, désormais un groupe français ?

Avec la discipline de travail et les contacts. Il y a le fait de pousser tout le monde, même si Butcho n’en a pas besoin, il est comme ça aussi. C’est une certaine discipline, sur l’approche des morceaux notamment, et surtout le fait de ne pas se prendre la tête. Les gens peuvent voir les Etats-Unis comme ils veulent, mais l’expérience que j’ai eue avec des gens connus – à part certains, car il y a des cons partout [petits rires] –, la plupart de ces mecs ne se prennent pas la tête. Ça doit être fun. Avec Last Temptation, nous avons envie que ce soit fun tout le temps. Nous n’avons pas envie que ce soit juste un groupe où on se rencontre, chacun est dans son tour bus ou sa chambre d’hôtel et avant d’arriver sur scène – comme j’ai déjà vu certains groupes faire – on se sert la main comme si on allait au boulot. Nous ne voulons pas de ça. Les Américains sont beaucoup plus business et pas business à la fois. Ils ont un côté détendu, alors que chez nous, le mec joue dans un club, ça y est, il a l’impression d’avoir fait le Stade De France. C’est un peu un problème.

D’ailleurs, pourquoi as-tu décidé après tout ce temps passé aux Etats-Unis de revenir en France poursuivre ta carrière ? En général, c’est plutôt l’inverse qui se passe : les musiciens français commencent en France et, face au manque d’opportunités de développement, ils s’expatrient à l’étranger, et notamment aux Etats-Unis…

Parce que je suis français et j’ai toujours eu envie d’avoir un groupe qui marche avec un chanteur français, ce qui est très dur, car il faut trouver le chanteur français. Maintenant j’en ai un, mais il dort à la cave ! Je le sors pour les interviews, mais il ne sort plus ailleurs [rires]. Non, mais c’est très dur. J’ai toujours voulu avoir une formation française : pourquoi on ne pourrait pas ? Les Allemands le peuvent bien, ils ont Helloween, Scorptions, U.D.O., Rammstein… Pourquoi il n’y a pas un groupe français comme ça ? A part maintenant Gojira, mais c’est encore un autre domaine, c’est du death metal ; il n’y a pas de problème d’accent dans le death metal. Après, je ne dis pas que je ne vivrais plus là-bas. Avant je faisais six mois ici, six mois là-bas, maintenant avec le Covid-19, j’ai fait deux ans ici [rires]. J’aime la façon dont ils travaillent, mais maintenant, avec le groupe, nous avons un côté très américain à ce niveau-là, c’est-à-dire que personne ne se prend la tête, mais chacun sait qu’il doit faire son boulot. Il n’y a pas ce côté : « Je vais voir ma maman », « Ma femme a accouché du dix-septième gosse… ». Il faut comprendre qu’une fois que tu es dans la musique, si vraiment tu veux faire ça, c’est un métier, c’est un sacerdoce. Dans la musique, t’es comme un curé : tu es marié à ta musique d’abord. Butcho et moi, nous n’avons pas d’enfant, c’est pour une bonne raison.

« Il faut comprendre qu’une fois que tu es dans la musique, si vraiment tu veux faire ça, c’est un métier, c’est un sacerdoce. Dans la musique, t’es comme un curé : tu es marié à ta musique d’abord. »

Votre style musical est très américain justement, même si les racines c’est Black Sabbath, le résultat peut beaucoup faire penser à une version américanisée, à la Black Label Society. Est-ce que les goûts des Français et des Américains en matière de musique se rapprochent ou bien tu vois des différences ?

Ce n’est pas du tout la même chose. La génération à Butcho et moi, nous avons été élevés à Annie Cordy ou Claude François, alors que les Américains, à ce moment-là, avaient Kiss, Foreigner, etc. Forcément, leurs oreilles sont complètement différentes. Nous avons aussi toute une autre approche au niveau du business. En France, dès que tu dis que tu es musicien, on va te demander : « Mais c’est quoi ton boulot ? » Aux Etats-Unis, si tu es musicien, tu es musicien. Pour les Américains, c’est fun, mais c’est un business. Les Français approchent ça avec beaucoup de fun, mais dès que c’est du business, des tensions arrivent car les gens ne comprennent pas cette approche très dure – car c’est une approche dure, c’est marche ou crève, sans faire de jeux de mots avec autre chose. Comme je disais, c’est un sacerdoce. En France, on comprend très mal ça.

Tu as une longue carrière qui a débuté dans les années 80, mais durant cette carrière, tu as fait beaucoup de projets qui, finalement, ont vécu seulement le temps d’un ou deux albums : Temple Of Brutality, Belladonna, Killing Machine… Comment expliquer que tu n’aies jamais vraiment développé de groupe sur le long terme auparavant ?

Butcho : Parce qu’il ne m’avait pas trouvé !

Peter : C’était mon égo. Non, je plaisante [rires]. Si tu regardes bien les projets que j’ai faits, ils sont très différents les uns des autres. J’aime le metal au sens large. Il m’a fallu beaucoup de temps pour vraiment trouver où je me sens vraiment à l’aise, c’est-à-dire Last Temptation et ça fait quelques temps maintenant. Mais j’adore Pantera, tout comme j’adore Poison – les mecs vont devenir fous [rires]. J’ai fait Stream qui était beaucoup plus mainstream et j’ai fait Temple Of Brutality avec [David] Ellefson et Stet où c’était beaucoup plus thrash. C’est parce que j’aime autant Slayer que Bon Jovi. Le problème quand tu as un groupe, c’est très dur après de faire une carrière à côté. Donc j’ai fait d’autres groupes qui sont d’autres périodes de ma vie, mais j’ai fait ce que j’aime comme style de musique. Je ne suis pas basé sur un seul truc. Maintenant, en étant un peu plus mature, je me sens bien dans un groupe et ça va très bien, mais c’est vrai qu’à une époque, il fallait que je touche un peu à tout. D’où le côté Killing Machine qui est plus Judas Priest, Temple Of Brutality qui serait plus thrash et Scream qui serait plus mainstream, ou Belladonna qui aurait pu être bien si j’avais eu un bon chanteur [rires].

Ça n’a pas joué en ta défaveur, parce que les gens n’ont jamais pu s’attacher à l’un de tes projets, ou penses-tu que tu avais besoin de ça pour en arriver là où tu en es aujourd’hui ?

C’est purement égocentrique, c’était pour moi. J’étais heureux dans ce que j’ai fait. Je ne cherchais pas à vouloir m’imposer. Maintenant, oui [rires]. Avant, je m’en foutais complètement, c’était pour moi. Tant que j’étais heureux… Et encore maintenant, c’est le cas, si je ne suis pas heureux, je ne fais pas. J’ai eu dans la vie beaucoup de musiciens que j’ai adorés et, quand je les ai rencontrés, je les ai trouvés très malheureux, justement parce qu’ils ne se sont peut-être pas permis – ce qu’on peut très bien comprendre, c’est un but en soi dans leur vie, mais je n’avais pas envie de m’enchaîner à quelque chose qui pourrait me rendre malheureux. J’avais envie de faire des choses qui, à ce moment-là, me rendaient heureux, donc c’était assez chaotique. J’ai mon partner in crime qui était comme moi, Stet. Il était dans W.A.S.P., nous avons fait Belladonna, nous avons fait Temple Of Brutality, etc. Lui continue un peu mais il regrette peut-être certaines périodes, alors que moi, pas du tout. Je suis super content. Ça m’a donné des expériences et si je devais recommençer, je referais la même chose. Je suis tout à fait différent des gens, je pars du principe qu’on ne meurt qu’une fois. Tu ne peux pas me promettre un paradis après la mort, on n’en sait rien. Je vis maintenant. Donc j’avais envie d’être heureux. Déjà, j’étais là-bas, j’ai fait ce que j’avais envie avec les gens avec qui j’avais envie de jouer.

Il y a une dizaine d’années, tu t’es entouré de David Ellefson, Jimmy DeGrasso et Tim « The Ripper » Owen pour mettre en boîte un album qui, malheureusement, n’a jamais vu le jour. Peux-tu nous parler de cet épisode ?

Nous avions des contrats avec Sony – je les ai encore sur mon ordi ! Le 23 décembre, nous avions tous les contrats, donc j’ai encore parlé à David à ce moment-là, tout allait bien. Et le 4 janvier, David m’appelle et me dit : « Ecoute, quelqu’un ne va pas me laisser faire l’album – tu peux imaginer qui [rires] – parce que nous serons sur une major et tout. » Voilà ce qui s’est passé. C’est la vie. Ce n’est pas la première fois, donc je ne vais pas pleurer pour ça. Ça m’embête juste un peu, mais ça embêtait plus une ou deux personnes dans le groupe que moi.

Ce n’est plus possible maintenant que les choses ont changé ?

Je n’ai plus envie !

Interview réalisée par téléphone le 20 avril 2022 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Nicolas Gricourt.

Facebook officiel de Last Temptation : www.facebook.com/LastTemptationOfficial

Acheter l’album Fuel For My Soul.



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  • Aaaah Watcha !

    Le groupe qui me manque le plus aujourd’hui, et la folie de son frontman à la belle époque !

    Heureux d’avoir retrouvé sa trace au grand Butcho ^^

    Merci RM 😉

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