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Interview   

Laura Cox pense collectif


Laura Cox fait partie de ces artistes qui ont été mis en avant grâce à Internet et plus particulièrement YouTube. En effet, c’est en 2008 que la guitariste a commencé à partager face caméra des reprises de chansons qu’elle appréciait. Très vite la mayonnaise a pris et la fanbase de Laura s’est développée pour atteindre à ce jour 233 000 abonnés sur sa chaîne YouTube et plus de 152 000 fans sur sa page Facebook. Pleine de spontanéité, Laura revient dans cet entretien sur son rapport à la musique et explique que, contrairement à la majorité des artistes, elle n’a pas toujours rêvé d’avoir un groupe.

Néanmoins la musicienne est aujourd’hui pleinement épanouie au sein du Laura Cox Band, qui a sorti en mars dernier son premier album intitulé Hard Blues Shot, et n’hésite d’ailleurs pas à rappeler combien le line-up actuel, qui fut bien compliqué à trouver, mérite d’être valorisé à sa juste valeur. Bref Laura Cox, malgré son niveau guitaristique très élevé, est aux antipodes de certains artistes qui ont le « je » facile comme vous allez pouvoir le constater dans les lignes suivantes. Ainsi, il n’est pas étonnant que le magazine Guitar Part l’ait repérée il y a quelques années pour qu’elle partage sa passion à leurs lecteurs/spectateurs.

« J’aurais dû passer au statut de groupe avant mais je n’en avais pas l’envie, je n’ai jamais voulu me presser. Si c’était à refaire, j’aurais fais les choses plus tôt. »

Radio Metal : Au-delà de tes capacités musicales, tu es réputée pour avoir une grande fanbase sur Internet. Quel a été le processus pour en arriver là ?

Laura Cox (chant/guitare) : En fait tout a démarré avec mes vidéos sur YouTube puisque j’ai passé très longtemps à ne faire que ça. Ce fut progressif car j’ai commencé à en faire en 2008, or là on est quand même neuf ans après donc ça fait longtemps [rires] ! En fait, ça a pris assez vite et petit à petit les millions de vues se sont accumulées et c’est parti de là. C’est à partir de ce moment que je me suis dit « il faut que je monte un groupe » mais c’est vrai que j’ai mis longtemps à me le dire. Oui j’ai mis très longtemps à ne faire que du YouTube, trop longtemps même. J’aurais dû passer au statut de groupe avant mais je n’en avais pas l’envie, je n’ai jamais voulu me presser. Si c’était à refaire, j’aurais fais les choses plus tôt mais bon ce n’est pas grave. En fait j’ai utilisé le prisme YouTube sans arrières pensées. C’est juste que je passais du temps à regarder des vidéos de gars qui m’inspiraient beaucoup sur YouTube, des gars qui se débrouillaient très bien avec leurs reprises etc. Du coup, j’ai voulu faire la même chose et je me suis dit que peut-être qu’à mon tour j’aiderais des gens à prendre la guitare et c’est allé plus loin que ce que je ne le pensais. Et c’est cool car à cette époque, à part Mattrach, je ne connaissais pas trop les histoires de buzz à travers la guitare. Je ne m’étais pas posée la question, j’ai juste voulu faire des vidéos pour le plaisir.

Donc en ce qui concerne l’historique de ton développement sur YouTube, est-ce qu’au final c’est allé plus vite que tu ne l’espérais au départ ?

Ca a quand même démarré bien et après ça a pris de l’ampleur. Mais globalement à la base ça avait bien démarré car au bout de quelques mois j’avais déjà 200.000 vues. Ca paraissait surréaliste à l’époque alors qu’aujourd’hui ça ne représente plus grand-chose. Globalement, on peut dire qu’au départ c’est allé assez vite mais au bout de neuf ans c’est un peu normal que les choses aient pris de l’ampleur. En fait j’ai aussi profité de l’essor de YouTube car j’ai toujours été un peu contre, je ne dirais pas « contre les réseaux sociaux », mais disons que je n’ai jamais vraiment été très impliquée là-dedans. Je n’étais que sur YouTube et là encore j’ai mis énormément de temps à m’inscrire sur Facebook car si j’ai démarré mes vidéos en 2008, j’ai créé ma page Facebook en 2013 donc j’aurais pu créer ma page avant mais, écoute, c’est fait maintenant !

Tu as aujourd’hui plus de 233 000 abonnés sur YouTube, cherches-tu encore à interagir avec ta communauté ? Est-ce que c’est toi qui continue à gérer ton compte ?

J’essaye de faire au mieux que je peux. C’est vrai qu’avec la sortie de l’album, j’ai eu un peu moins de temps de poster des choses sur YouTube. Evidemment sur YouTube c’est moi qui poste les vidéos mais je t’avoue que j’ai un peu laissé de coté les commentaires et les messages parce qu’il y en a trop. Par contre, sur Facebook j’essaye vraiment de répondre à tout. Sur Facebook, on gère la page avec Mathieu le guitariste du groupe mais globalement j’essaye de répondre à tout et de poster régulièrement.

« J’ai profité de l’essor de YouTube car j’ai toujours été un peu contre, je ne dirais pas « contre les réseaux sociaux », mais disons que je n’ai jamais vraiment été très impliquée là-dedans. »

Tu disais que tu regrettais un peu de ne pas avoir cherché un groupe plus tôt. Quelle en est la raison ?

Hmmm parce que je commence à vieillir [rires] ! Non parce qu’au départ j’ai passé énormément de temps dans ma chambre juste avec ma guitare et je n’avais pas vraiment envie de sortir en fait. J’étais de nature assez timide et le fait de juste faire des covers et des solos dans ma chambre me convenait bien. Mais en fait maintenant, vu que le groupe est en train de démarrer, eh bien, c’est dommage de ne pas avoir fait ça cinq ans plus tôt. Et c’est Mathieu qui m’a dit « allez viens Laura sors de ta chambre on va faire un groupe ! » Donc au final ça s’est fait mais je note que la plupart des guitaristes ont souvent plus ou moins eu l’envie de créer un groupe, d’improviser, de composer, etc. Mais moi je n’ai pas du tout eu ce déclic-là. C’est arrivé tard pour ma part et grâce à quelqu’un. A la base, je pense être d’une nature assez réservée mais avec les concerts, etc. tu ne peux pas vraiment être leadeuse d’un groupe en étant d’une nature assez réservée…

Pour autant il y a un côté schizophrénique à tout ça et on peut être de nature assez réservée et en live tout lâcher…

Oui c’est ça. Maintenant j’ai plus l’habitude de discuter avec les gens avant ou après les concerts. Je suis ouverte. Après je reste réservée mais je ne me prends pas la tête. Je ne suis pas quelqu’un de très exubérant.

Concernant Mathieu, tu disais qu’il avait été également très important dans le fait de créer le groupe…

Tout à fait. C’est lui qui m’a donné envie et c’est lui qui a été le déclic. Après je ne dis pas que s’il n’avait pas été là il n’y aurait jamais eu le groupe car je pense que j’y serai venue à un moment. Mais c’est lui qui a déclenché le truc. C’est juste que cela aurait sûrement pris trois ou quatre ans de plus s’il n’avait pas été là ! On était vraiment très amis, très proches. On jouait beaucoup ensemble et ça lui paraissait naturel, et du coup à moi aussi ensuite, de monter un groupe ensemble. On a commencé à y penser autour de 2011/2012 et en 2013 le groupe a commencé à voir le jour. On a changé de line-up plusieurs fois et là le line-up actuel a finalement été établi il y a un an et demi environ.

Pourquoi cela a été compliqué de trouver le bon line-up ?

La difficulté était aussi bien sur le plan humain que musical. Il y avait vraiment des profils différents. En fait, il faut savoir qu’on n’avait pas de contacts dans le milieu, à l’époque, pour nous, il n’y avait qu’Internet. Du coup passer du temps à éplucher les annonces sur Internet, ce n’est pas super ! Mais on n’avait pas vraiment le choix. Soit on tombait sur des musiciens extrêmement techniques qui avaient vraiment envie de mettre en avant cet aspect. Or dans un style classic rock comme le nôtre… Enfin, chez un AC/DC tu n’as pas besoin de double pédale partout quoi ! Je n’avais pas envie de les frustrer, de les restreindre dans leur aspect technique donc ça n’a pas collé là-dessus plusieurs fois. On a aussi eu des musiciens pas assez investis. Mais au final, depuis un an et demi, on a vraiment trouvé ce qu’il nous fallait donc je suis contente. Ils sont pile dans l’esprit, ils souhaitent la même chose que nous.

« Sans Mathieu cela aurait sûrement pris trois ou quatre ans de plus pour créer le groupe ! »

Parce qu’en termes de compositions, comment cela fonctionne-t-il de votre côté ? C’est avant tout Mathieu et toi qui composez ?

C’est ça. Généralement je compose le gros de la chanson avec Mathieu : un couplet, un refrain. Sans parler du basse/batterie car ça je les laisse faire. Après je leur présente ça en salle de répétition et on peaufine le tout tous ensemble. Disons que Mathieu et moi gérons le corps de la chanson et l’arrangement est effectué à quatre.

Concernant l’album, sa production est réussie mais très sobre. Comprends-tu que pour certains fans tu sois avant tout une artiste de scène ?

Oui, je comprends. Car si tu fais le comparatif entre le live et l’album, il faut savoir que ce disque était pour Mathieu et moi notre première expérience en studio et je suppose que ça se sent. Alors on est très fiers mais tu avais évidemment une part de stress, d’inconnu, de fatigue : ce qui rend le tout plus lisse que ce qu’il peut se passer en concerts. On n’a pas enregistré tous les quatre sur l’album donc ça se sent aussi. On a fait du basse/batterie ensemble avec nos guitares et voix en témoins qu’on a supprimé après. On a enregistré la voix et la guitare par-dessus. Cela a été éprouvant et je ne pensais pas que ce serait si dur d’enregistrer un album.

Qu’est-ce qui t’a paru le plus dur ?

Gérer les aléas dans le studio. Par exemple, on s’est retrouvé plusieurs fois avec des bugs techniques où on entendait pendant des heures un bruit dans la prise de son. Et là, pendant quatre heures, tu es assise avec ta guitare et tu attends jusqu’à ce qu’on vienne vers toi pour te dire « c’est bon, problème résolu tu peux jouer ton solo ! »… sauf qu’à ce moment-là du coup t’es plus du tout dans le truc ! On jouait tellement fort dans le studio que tu avais des visses qui tombaient des murs. Tout ça te fait stresser car dans un studio le temps c’est de l’argent donc tu ne peux pas perdre quatre heures à savoir d’où vient un bruit.

Quand vous êtes allés en studio, toutes les compositions étaient prêtes ?

Oui. Je ne sais pas si ce sera également le cas pour le prochain, on fera peut-être les choses différemment. Mais comme c’était notre premier album on a accumulé pas mal de chansons en trois ans.

Au moment de l’enregistrement, vous ne saviez pas que le disque sortirait sur le label Verycords (Mass Hysteria, No One Is Innocent, etc.) ?

Non on ne savait pas que notre premier album sortirait chez Verycords. En fait, on a appris la signature chez Verycords peut-être un mois avant la sortie de l’album. Tout était déjà calé en termes de studio, etc. au moment de la signature avec le label. Donc la signature n’a pas joué sur la date de l’enregistrement par exemple car tout avait été planifié au préalable. Une partie des Fatals Picards ont produit le disque et c’est justement leur batteur, Jean-Marc, qui nous avait découvert via notre tourneur. Il a accroché et nous a aidés à trouver une maison de disques. Moi je connaissais Verycords mais c’est vrai qu’à la base je ne savais pas chez qui en France on aurait pu signer. En France, c’était la seule maison de disques rock que je connaissais et qui correspondait à ce qu’on faisait. Je suis super contente en tout cas.

Tu as évoqué dans différentes interviews le fait qu’en France le public est parfois moins réceptif en live comparé à la Belgique par exemple. Comment peux-tu l’expliquer ?

Je n’ai pas les réponses à tout ça mais oui en termes de culture rock, la France est, je ne dirais pas « arriérée » [rires], mais disons derrière sur ce volet. J’ai l’impression qu’on n’a pas cette culture rock ici. Il y a des choses qui marchent en France, je ne dis pas que c’est moins bien, je dis que ça me plaît moins. Et oui, je pense qu’en Belgique, ils sont plus ancrés dans cette culture rock. Mais tous les pays autour de la France d’ailleurs : l’Allemagne, les Pays-Bas, etc. Je ne saurais pas te dire pourquoi mais je pense qu’ici on n’est pas aidés quand on fait ce genre de musique. Du coup, ça ne peut que mieux se passer si on sort ailleurs.

« Dans un studio, le temps c’est de l’argent donc tu ne peux pas perdre quatre heures à savoir d’où vient un bruit. »

Avec ton activité sur Internet tu peux voir où se situe ton public. Quels sont les retours par rapport à ça ?

Au début il y avait très peu de Français. Là ça s’est un peu accentué depuis trois ans car je travaille à Guitar Part Magazine, donc cela a contribué à m’amener un peu plus de public et de visibilité en France. La signature avec Verycords nous a permis également d’être plus visibles en France. Mais sinon, avant cela, c’est vrai que c’était plus les Etats-Unis, l’Angleterre et bizarrement l’Amérique du sud (Mexique, Brésil) et puis aussi la Belgique et l’Allemagne. Mais là ça commence un peu plus à s’équilibrer.

Peux-tu nous expliquer ton rôle au sein de Guitar Part ?

Depuis trois ans j’étais dans le DVD chaque mois. J’ai changé de thèmes selon les années mais la première année, je donnais des leçons de country. Je donnais des astuces, des techniques, quelques petits exemples chaque mois. Là maintenant, je suis en duo avec Mathieu sur des thèmes comme l’impro à deux, la stéréo, bref des petits thèmes qu’on peut aborder à deux guitares. Donc je n’interviens pas dans le magazine, même si j’écris des tablatures pour nos rubriques et des textes d’explications, mais moi c’est avant tout de la vidéo. D’ailleurs, j’avais été repérée par Guitar Part grâce à mes vidéos sur YouTube, ils m’avaient contacté directement par message.

Concernant l’album, quels sont les retours que tu as aujourd’hui ?

Eh bien, écoute, ça fait vraiment plaisir car, sur un plan personnel, je n’ai pas assez de recul pour écouter cet album. Tu sais, on a tellement eu la tête dedans que je ne peux plus l’écouter actuellement. Je l’écouterai plus tard. Les gens, j’ai l’impression qu’on leur a sauvé leur vie [avec cet album] ! Que c’est l’album du siècle ! [Rires] Evidemment il ne peut pas faire l’unanimité, mais 95% des commentaires sont très positifs. Après, je ne sais pas si nos fans sont très objectifs mais concernant l’accueil des médias, c’est positif. Les petits points négatifs, qui sont d’ailleurs justifiés, c’était plutôt du style « c’est un premier album donc on ne sent pas vraiment l’empreinte du groupe. » Et il y a certaines personnes que ça peut perdre alors que certaines personnes sont, elles, pas du tout dérangées par cela et disent même « nan nan on sent la patte du groupe. » Tout cela je le comprends. Il était aussi mentionné le mix de l’album mais sinon c’était très positif.

Le mélange des genres présent sur le disque était un choix de ta part ?

Oui, tout à fait, cela correspond à mon identité. J’aime beaucoup tout ce qui est bluegrass, hard rock, rock sudiste et classic rock donc c’est ce que je voulais. Après, évidemment, concernant le prochain album on réfléchit à tout cela et c’est vrai que j’ai du mal à le définir. J’aimerais bien qu’on soit sur un style plus précis mais qui parvienne malgré tout à garder toutes ces petites influences qui me plaisent. Parce qu’évidemment on ne peut pas avoir des gros rythmes hard rock sur du banjo. Là réside tout le boulot sur le prochain album : parvenir à définir le style du Laura Cox Band. J’espère que Hard Blues Shot sera le début de quelque chose surtout. Ce fut ma première grosse expérience. Une expérience qui nous aura servi et qui nous aidera pour le prochain album, ça c’est certain. Il fallait passer par là, je suis contente de ce qu’on a fait, et j’ai maintenant hâte d’avancer.

Le clip de « Good Ol’ Days » est également une jolie métaphore de votre trajectoire, à savoir toi qui es rejointe par les autres membres de ton groupe…

Oui c’est un peu ce qu’on voulait montrer. Sachant qu’on a un peu transformé le script du clip car le réalisateur voulait qu’on commence le clip avec moi seule qui suis devant une webcam et ensuite je sors du cadre avec ma guitare ! Mais je trouvais ça un peu trop gros. Mais si ça avait été moi, j’aurais encore plus mis en avant le groupe car je veux vraiment qu’on me distingue de tout ce que j’ai fait sur YouTube. J’ai vraiment envie de nous voir comme un groupe parce qu’ils sont là, ils en font autant que moi. En plus, j’écoute avant tout des groupes et peu d’artistes solos donc j’ai envie qu’on nous voit comme un groupe.

Interview réalisée en face à face le 29 mars 2017 par Amaury Blanc.
Retranscription : Amaury Blanc.
Photos : Eric Martin (photo d’illustration) et Thierry Loustauneau.

Site officiel de Laura Cox Band : LauraCoxBand.com



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  • Juste … J’adore , j’te souhaite une longue carrière

    [Reply]

  • Je trouve ça super plat, au contraire.

    Je parle de la musique.

    [Reply]

  • Cette musicienne de talent mérite d’être soutenue.Elle a la fougue avec en bonus une attitude honnête.J’aime son discours.Bravo à elle et son groupe.
    … En plus du bon son, on a aussi une -très belle- image! Que demande le peuple ?

    [Reply]

    lolo

    entierement daccord..

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