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Interview   

L’avenir d’AqMe


« AQME EST BIEN VIVANT ! » était la conclusion du communiqué publié par AqMe à la suite du départ, aussi inattendu pour les fans que pour le groupe lui-même, du chanteur Thomas. Un départ qui s’est fait sans animosité de la part des deux parties, juste après l’enregistrement du nouvel album du groupe Épithète, Dominion, Épitaphe sorti le 10 avril. Les fans n’entendront donc pas Thomas interpréter ces nouveaux titres en live. Bien que sa passion pour le tatouage l’emporte pour le moment sur la musique, Thomas insiste : « Je suis extrêmement fier de notre nouvel album ‘Épithète, Dominion, Épitaphe’ dans lequel j’ai tout donné, aussi bien d’un point de vue créatif que physique. Je sais, sans aucune hésitation, que c’est ce que nous avons fait de mieux ensemble ».

Mais, avec des majuscules et des points d’exclamation, AqME tape du poing et crie son enthousiasme sur les toits. S’il partage avec Thomas l’enthousiasme à propos de ce nouveau disque, le groupe ressent néanmoins de la rancune à son égard. Etienne, batteur du groupe et Vincent, le nouveau chanteur, étaient invités de l’émission Anarchy X du 10 avril pour un entretien complet, franc et décontracté. La notion d’humanité et de créativité (par opposition à l’aseptisation et la course à la perfection à laquelle on assiste depuis quelques années) était notamment au centre de cette interview.

Réécouter l’interview :

[audio:interviews/Interview Aqme.mp3|titles=Interview AqME]

« Nous avons enregistré le disque avec Thomas et nous ne pouvons pas imaginer ne pas défendre cet album sur scène, donc, finalement, le seul choix qui s’offre à nous, c’est de recruter un chanteur qui n’aura pas participé à l’album. Tu imagines la situation délicate et compliquée dans laquelle se trouve Vincent ? « 

Radio Metal : Avant de parler du futur d’Aqme, nous aimerions revenir sur l’événement qui a surpris tout le monde il y a quelques semaines : le départ de Thomas, votre ancien chanteur. Ce départ a semblé aussi inattendu pour les fans que pour vous. N’avez-vous vraiment rien vu venir ?

Etienne Sarthou (Batterie) : Honnêtement, rien ! Avec le recul, aujourd’hui, on se dit qu’il y avait quand même des signes avant-coureurs. On communiquait sans doute un peu moins bien. Par moments, quand on se voyait en dehors des répétitions avec le groupe, il ne venait pas et cela nous faisait un peu bizarre. Cependant, sur le moment, on ne se doutait de rien car son implication dans le groupe a été totale, que ce soit dans l’écriture ou dans la volonté de faire un bon disque. Nous n’avons vraiment pas senti de faille dans sa motivation. Alors, c’est vrai que lorsque nous sommes revenus de Suède avec l’album mixé et que, à la première répétition, Thomas nous a annoncé qu’il avait envie d’arrêter nous avons trouvé ça bizarre et pas correct.

Pourquoi « pas correct » ?

Lorsque l’on travaille sur un disque ensemble pendant un an et demi, ce n’est pas correct de planter les autres juste après l’avoir enregistré.

La tournée était-elle déjà prévue ?

Non. Cependant quand tu fais un disque tu sais que c’est pour le défendre ensuite sur du long terme. C’est un véritable engagement. Ce n’est pas un contrat physique mais c’est un contrat moral vis-à-vis des autres membres du groupe. Par la suite, il nous a également confié que cela faisait un moment qu’il pensait à s’en aller, or il n’a pas osé nous le dire avant d’enregistrer l’album, donc nous nous sommes retrouvés un peu devant le fait accompli.

Vous auriez préféré qu’il vous le dise avant d’enregistrer l’album ?

Absolument, parce que cela nous aurait laissé le choix. S’il nous avait fait part de ses doutes, on aurait pu s’interroger tous ensemble sur ce qu’on allait faire, à savoir aller jusqu’au bout et enregistrer l’album avec lui quitte à éventuellement arrêter AqME ensuite ou bien décider de ne pas faire le disque avec lui et de travailler avec une nouvelle personne afin de garder le contrôle de ce que l’on voulait faire avec AqME. Or nous avons enregistré le disque avec Thomas et nous ne pouvons pas imaginer ne pas défendre cet album sur scène donc, finalement, le seul choix qui s’offre à nous, c’est de recruter un chanteur qui n’aura pas participé à l’album. Tu imagines la situation délicate et compliquée dans laquelle se trouve Vincent [Peignart-Mancini] ? On aurait préféré qu’il fasse le disque. Pour être honnête, ça n’enlève rien à la qualité de l’album ni à la qualité de la performance de Thomas mais, pour nous, c’est un coup terrible de se dire que le chanteur s’en soit allé juste après l’enregistrement.

Comment vis-tu ça Vincent ?

Vincent Peignart-Mancini (chant) : Je vis ça très bien. Au début, tout le monde me demandait comment j’allais faire pour m’approprier les textes et l’ambiance de l’album mais le fait est que je gravite un peu dans le même univers que Thomas. Il faut également reconnaître que, à la base, je suis fan d’AqME. En outre, le courant est très bien passé avec le groupe, nous avons énormément travaillé et nous faisons notre première date samedi [ndlr : c’était le 14 avril à Montbéliard]. Nous sommes maintenant ultra-opérationnels et ça va réellement le faire.

N’es-tu pas un peu déçu que ta voix ne soit pas sur l’album que tu vas défendre ?

Non, je ne suis pas déçu. Je trouve que c’est un super album. Quand je l’ai écouté pour la première fois, j’ai vraiment pris une claque. Il y a un fossé avec Jupiter dans le sens où le groupe a encore repoussé les limites d’AqME que ce soit dans la violence ou l’ambiance c’est vraiment bien.

N’as-tu pas ressenti une pression supplémentaire à l’idée de rejoindre un groupe au moment où l’album est fini et qu’ils s’apprêtent à monter sur scène ? Combien de temps s’est écoulé entre ton entrée dans le groupe et votre premier concert ensemble ?

Vincent : Trois mois.

Étienne : Nous avons vraiment confiance en lui parce qu’il a un super niveau. Dès la première répétition, il passait huit morceaux vraiment tranquillement et comme il connaît le groupe et notre univers, il n’a aucune difficulté à comprendre ce qu’il faut faire pour être un bon chanteur d’AqME. De plus, nous ne lui demandons aucunement d’être un clone de Thomas. Il fait réellement tout ce que l’on peut rêver lorsque l’on intègre un nouveau chanteur. Il respecte ce qui a été fait avant mais, en même temps, il arrive avec sa propre personnalité et il l’affirme au fur et à mesure. J’imagine qu’il l’affirmera davantage au fil des concerts donc on ne peut pas rêver mieux.

Vincent : Je ne fais pas non plus des choses totalement différentes de Thomas. Je reste dans ce qu’il fait. D’ailleurs, sur certains passages, j’ai presque la même voix, ce sont des amis qui me l’ont dit après m’avoir entendu. Ainsi, une fois sur scène, ce sera fidèle à l’album.

Étienne : Tu es un peu plus petit que Thomas, c’est dommage !

Vincent : Oui, c’est vrai… [Rires]

D’un point de vue créatif, n’aurais-tu pas aimé avoir 100% de liberté dans ta voix et ne pas avoir à essayer de t’adapter à ce qu’a pu faire un ancien chanteur ?

Vincent : Quand je suis arrivé dans le groupe, on m’a dit que l’album était là et je ne voulais pas être importun. J’estime le travail qui a été fait même s’il a été suivi par une décision qui ne fait pas vraiment partie des normes du respect. Maintenant nous allons donc nous concentrer sur la tournée et, s’il y a une prochaine fois, alors à ce moment-là je pourrai laisser aller ma créativité.

Ce départ très tardif de Thomas vous a-t-il handicapé par rapport à la préparation des futurs concerts ? Vous êtes vous-dit qu’en ayant un nouveau chanteur vous n’auriez pas le temps de vous préparer comme il faudrait et que, par conséquent, il faudrait, par exemple, réduire la durée des sets ?

Étienne : Non, pour les concerts, il n’y a vraiment aucun souci. Vincent a appris beaucoup de morceaux très rapidement, donc nous pourrons faire chaque soir des concerts d’une heure trente sans le moindre problème sauf quand on nous demandera de moins jouer [rires]. Quant à la préparation globale de la tournée, ça a peut-être une influence, on verra bien sur le long terme si cela crée auprès des fans et du public une certaine curiosité. Dans tout changement il y a toujours quelque chose de bon, donc j’espère que ça suscitera l’intérêt car on ne l’aurait pas fait si on n’avait pas senti que l’on avait un pur chanteur. Quand on a rencontré Vincent, on s’est dit qu’il fallait que lui et nous soyons super forts sur scène, qu’il fallait qu’on soit meilleur que lorsque nous étions avec Thomas parce que, de toute manière, on ne nous pardonnera pas grand chose et surtout pas à Vincent ! [Rires] Partant de ce principe-là, les bases sont claires et on sait où on veut aller.

Le communiqué annonçant le départ est assez émouvant parce qu’il parle du côté inattendu de cette séparation tout en conservant une fin très enthousiaste. Cependant, à sa lecture on pourrait se demander si cet enthousiasme n’est pas un peu forcé et ne viendrait pas plutôt de la colère liée à cette situation le tout ayant pour but de sauver la face auprès des gens.

C’est une bonne question. Il est évident que pour nous aussi c’est émouvant. A chaque fois que l’on en parle, on se rend compte que nous ne sommes pas encore passés au-delà. Nous le vivons encore au jour le jour. Nous nous trouvons dans une période de transition et sommes en train de construire quelque chose de nouveau avec Vincent mais nous n’en sommes encore qu’au début. C’est très fragile mais nous croyons en nous et en ce disque. Nous savons que nous avons toujours réussi à atteindre les objectifs que l’on s’était fixés. Quand on dit : « On continue, on est bien vivant » ça n’est pas qu’une figure de style. On sait que l’on a cette force en nous, même si cela ne nous empêche pas d’être déprimés et de ne pas toujours bien le vivre. Le choix de Vincent est vraiment un bon choix car il nous apporte une force supplémentaire et nous avons besoin d’un fonceur comme lui dans ce genre de période.

Il me semble que Vincent travaille dans deux groupes, comment s’en sort-il ?

Il en chie parce qu’il faut qu’il répète tous les soirs de la semaine. C’est un vrai challenge pour lui et pour l’instant il tient mais peut-être que dans six mois il sera sous respiration artificielle, on verra bien. [Rires]

Au vu du contexte un peu difficile dans lequel s’est produit votre séparation avec Thomas, est-il malgré tout envisageable de programmer un passage sur scène avec lui pour cette tournée ?

Sincèrement, nous aurions préféré mais non car vu les circonstances dans lesquelles il nous a laissé, nous n’en avons pas l’envie. Cela serait également impoli et incorrect vis-à-vis de Vincent qui se crève comme un fou pour donner le meilleur de lui-même et pour être un digne successeur de Thomas. Il faut donc aussi savoir accepter de tourner la page. En outre, nous ne sommes pas du genre à regarder en arrière ni à nous dire que c’était mieux avant. C’est le présent et l’avenir qui comptent. Ce qui a été fait a été fait et on ne peut pas revenir dessus.

Est-ce-que ce changement de chanteur fait que le prochain album sera enregistré plus rapidement dans le temps ?

Nous avons beaucoup de difficultés à nous projeter pour l’instant. Nous sommes encore dans une période de transition à essayer d’encaisser le coup. Nous sommes vraiment au début de notre histoire avec Vincent. De plus, nous sommes tellement contents de notre nouvel album qu’il va falloir que l’on vive avec pour ensuite nous dire qu’il faut passer à autre chose et en composer un nouveau. Aujourd’hui, il nous est impossible de savoir ce que l’on va faire sur un prochain disque. En outre, il faut que l’on prenne du temps car si l’on doit effectivement continuer AqME et continuer avec Vincent, les gens ne nous pardonneront rien. Nous devrons faire quelque chose de béton ! Par conséquent, il vaut mieux que cela nous prenne trois ou quatre ans pour faire un album mortel avec un nouveau chanteur plutôt que de se dépêcher et sortir quelque chose de mauvais. Nous verrons, ça sera la surprise.

« Le public actuel est un peu moins tolérant. Aujourd’hui, les gamins de quinze à vingt ans qui montent leur premier groupe sont techniquement des tueurs ! Je reçois tous les jours des vidéos sur Facebook de jeunes qui jouent et qui jouent mieux que moi aujourd’hui alors que j’ai trente-trois ans et que j’ai bossé vingt ans la batterie ! Tu imagines la honte ? »

Une internaute écrit que le groupe a évolué dans le bon sens car elle trouve notamment que le premier album était assez maladroit dans les compositions. Partagez-vous cet avis ?

Oui, nous avons toujours voulu sur chaque album repousser nos limites. Nous n’étions pas forcément des musiciens très aguerris à nos débuts, on a vraiment beaucoup bossé. Nous sommes des acharnés. Nous avons toujours essayé de développer aussi bien notre technique que notre univers artistique. Faire tout le temps la même chose, ça n’est pas trop notre tasse de thé. Alors, si l’on nous dit que l’on a évolué en bien, c’est un beau compliment. En ce qui concerne le premier album, c’est vrai qu’il y a plein de maladresses. Cependant, à mes yeux, il reste magique parce que c’était le premier et que cela demeure un accomplissement formidable. Plein de gens rêvent de pouvoir faire un disque en Suède. Le premier album ainsi que le dernier restent mes préférés car je trouve qu’ils correspondent à une période particulière de nos vies, dans les deux il y a de la magie.

Quelles ont été vos envies pour ce nouvel album ? Avant de commencer à travailler dessus, aviez-vous une direction particulière que vous souhaitiez suivre ?

Oui, au cours de la tournée pour l’album précédent, on avait le sentiment que certains morceaux étaient super puissants en live alors nous voulions encore exacerber cette émotion sur beaucoup de titres de l’album Epithete, Dominion, Epitaphe. Cela nous procure ce frisson dans le dos et cette grosse claque sur scène. Nous souhaitions également mélanger cela en allant beaucoup plus loin dans les ambiances et dans les contrastes. C’est vraiment ce mélange-là qui, aujourd’hui, caractérise le groupe. Telle était un peu notre feuille de route.

Ce que tu dis concernant la magie du premier album est une réflexion très intéressante. Quand on repense aux morceaux ou aux films qui nous ont marqués quand on était adolescent, on réalise que ce ne sont pas forcément les plus grandes œuvres en termes de qualité mais qu’elles continuent à nous marquer et ce bien plus que ce qu’on pourrait écouter ou regarder aujourd’hui. Même si, qualitativement parlant, les créations que l’on découvre en étant plus âgé sont peut-être meilleures, elles ne procurent pas le même effet que celles du passé. J’ai l’impression que c’est aussi ce que vous ressentez lorsque vous parlez de ce premier album.

Absolument. Quand tu es un jeune groupe et que tu as une vingtaine d’années, tu fais plein de choses de manière spontanée, tu ne calcules pas. On a eu la chance de faire un album abouti parce qu’on a pu partir en Suède pour l’enregistrer avec Daniel Bertrand qui nous a énormément apporté pour rendre le projet encore plus cohérent et vraiment arriver à gommer ces imperfections que l’on avait, ces maladresses… Tu sais ce qu’on dit, on aime les gens pas seulement pour leurs qualités mais aussi pour leurs défauts et c’est pareil avec un disque. Je pense que les défauts de nos premiers albums les rendent aussi attachants car il y a certains sentiments qui passent et une ambiance qui ne passeraient pas forcément avec une exécution parfaite. C’est un univers différent, chacun a sa sensibilité et nous essayons toujours de garder quelque chose de sensible, de sentimental dans notre musique même quand aujourd’hui on se permet de bourriner comme des cochons !

Pourtant, quand on regarde l’évolution du metal et de la musique, en règle générale, on réalise que l’on se trouve aujourd’hui dans une sorte de course à la perfection que cela soit en terme de production, d’enregistrement, etc. où il faut que tout soit parfait. Te sens-tu à l’aise dans cet univers ?

Non, ça nous gave, on n’en a rien à foutre ! Ça nous plaît d’aller plus loin techniquement et de proposer parfois des choses compliquées mais il faut toujours que cela se fasse au service de la musique. On n’est jamais dans l’état d’esprit de caler un plan compliqué pour le principe. Il faut vraiment que ça se fasse pour accentuer un sentiment d’urgence ou de violence. Il est vrai que la musique d’aujourd’hui avec les batteries qui sonnent comme des boîtes à rythmes complètement recalées, ce n’est pas du tout notre truc. Je pense que ça s’entend à l’écoute de notre album, il est hyper vivant et organique et donne l’impression d’avoir un groupe en face de soi qui joue et qui joue avec ses tripes. Nous sommes beaucoup plus sensibles aux productions des années 1980-90 qui étaient encore très vivantes par rapport aux productions d’aujourd’hui qui sont à nos yeux beaucoup trop aseptisées.

Patrick Roy disait que les musiciens d’aujourd’hui sont meilleurs mais qu’en revanche il trouvait la qualité de la créativité musicale des années 1970 mille fois supérieure.

Je suis d’accord avec cette analyse mais je pense également que le public actuel est un peu moins tolérant. Aujourd’hui, les gamins de quinze à vingt ans qui montent leur premier groupe sont techniquement des tueurs ! Je reçois tous les jours des vidéos sur Facebook de jeunes qui jouent et qui jouent mieux que moi aujourd’hui alors que j’ai trente-trois ans et que j’ai bossé vingt ans la batterie ! Tu imagines la honte ? Cependant, le temps que tu passes à travailler ton instrument comme un fou est autant de temps perdu pour bosser ta créativité. Or le mélange des deux est quand même l’idéal. Le metal aujourd’hui est à nos yeux un peu trop porté sur la technique et pas assez sur la créativité mais ça va revenir, c’est cyclique. Il s’est passé plein de très bonnes choses dans les années 2000, c’est juste en ce moment que je trouve qu’il y a un petit essoufflement mais la roue tourne.

Bumblefoot, le guitariste actuel des Guns’n’Roses, déconseillait aux jeunes qui apprenaient un instrument de passer trop de temps à travailler mais au contraire de sortir et de vivre car plus tu passes de temps à bosser dans ta chambre moins tu passes de temps à vivre et donc à avoir des choses à raconter. Le fait est que Bumblefoot donne aussi des cours de guitare et qu’il dit à ses propres élèves de ne pas trop bosser, de vivre leur vie pour ne pas devenir des musiciens chiants.

C’est le bon équilibre des deux qui est important. Si tu ne bosses pas ton instrument, tu n’auras pas une palette de jeu assez large dans ton langage musical pour pouvoir proposer des choses mais, en même temps, si tu ne fais que bosser la technique pour, par exemple, aller très vite et faire des choses compliquées, ce n’est pas forcément ça qui te permettra de développer ta propre créativité. C’est cela qui se retrouve dans beaucoup de groupes aujourd’hui…

« Le temps que tu passes à travailler ton instrument comme un fou est autant de temps perdu pour bosser ta créativité. […] Le metal aujourd’hui est à nos yeux un peu trop porté sur la technique et pas assez sur la créativité mais ça va revenir, c’est cyclique. »

Tu parlais tout à l’heure d’énergie, est-ce-que ça ne vous a jamais intéressé d’enregistrer votre album en live ?

Si, on s’est déjà posé la question. Avec cet album, on est dans un esprit assez light parce que Magnus Lindberg est quelqu’un qui édite relativement peu, qui recale peu les choses et les garde assez vivantes. Il conserve la magie de la prise dans l’instant. Il maintient un côté très vivant et très organique, presque live même si nous n’avons pas enregistré tous en même temps dans la même pièce. De plus, cela nous facilite les choses car avec un accord aussi grave que le nôtre, c’est parfois assez compliqué d’être vraiment bien accordé et que cela sonne juste sur le disque. Au-delà du fait de bien jouer ensemble, l’accordage est parfois difficile quand tu joues en live mais c’est clairement une idée sur laquelle on réfléchit de temps en temps. C’est un projet qui nous tente alors quand on aura l’argent nécessaire, on en profitera pour faire des disques comme ça. [Rires]

Tu parlais de Magnus Lindberg, pourquoi avoir choisi un producteur suédois ? N’y en a-t-il pas d’assez bons en France ? Stéphane Buriez est par exemple présent sur un de vos titres alors pourquoi ne pas avoir fait appel à lui ?

Stéphane est quelqu’un que l’on apprécie énormément mais nous avons envie d’aller vers des producteurs qui ont vraiment une patte. A mes yeux, Stéphane Buriez est un plus grand musicien que producteur. Il est extrêmement talentueux mais je ne trouve pas qu’il ait une vraie personnalité. C’est quelqu’un de très compétent mais nous préférons aller vers des gens particuliers, qui possèdent un je-ne-sais-quoi un peu bizarre et qui nous apporteront quelque chose d’étrange. C’est pour cette raison que nous aimons aller voir ce qui se passe ailleurs. Nous avons toujours choisi des gens avec qui on rêvait de bosser. En l’occurrence, les seules personnes avec qui nous avons travaillé sont Daniel Bertrand sur quatre disques et Magnus Lindberg sur le dernier. Ce n’est pas un hasard. Ce sont des gens dont on adore les productions, qui ont toujours fait quelque chose d’assez particulier et nous cherchons constamment un cachet un peu bizarre. Nous ne choisissons pas les gens uniquement pour leurs compétences mais surtout pour leur personnalité. Il est vrai qu’il y a plein de bons ingénieurs du son en France, Stéphane Buriez en fait partie, Antony, le guitariste du groupe Headcharger, est également un super réalisateur. Le fait est que l’on ne se sent pas de bosser avec ces gens-là, on a envie de faire les choses un peu différemment, on aime bien prendre les trucs à rebrousse-poil.

Magnus Lindberg est également le batteur de Cult Of Luna. A-t-il pu t’apporter quelque chose ?

J’ai apprécié ses conseils. C’est la première fois qu’un réalisateur me disait : « Tiens, si tu jouais tel break à la place de ça ». Globalement, il ne m’a pas fait changer grand chose mais quand il me suggérait de modifier quelques éléments, il avait plutôt raison, ça allait dans le bon sens. C’est toujours intéressant. Il n’était pas non plus casse-pieds. De plus, il avait eu tous les morceaux bien avant que l’on enregistre l’album et il savait parfaitement quel disque on allait faire.

Il faut admettre que les producteurs ont assez la main mise sur la musique des groupes et Cult Of Luna est loin d’être dans le même trip qu’AqME. Ainsi, n’avez-vous pas peur de perdre un peu votre identité ? A moins que l’avantage de Magnus soit de vous laisser la liberté des compositions ?

Nous n’avons jamais travaillé avec des producteurs qui étaient là pour écrire les morceaux à notre place. Nous arrivons toujours avec l’album fini et, après, c’est au producteur de se dépatouiller avec ça, de nous faire jouer le mieux possible et de nous donner le meilleur son possible. Le deal est clair à chaque fois et ça se passe très bien. Il n’y a donc pas de dictature du producteur chez nous.

Le titre « Quel Que Soit Le Prométhéen (Ou Le Nihiliste) » est un titre que je qualifierais de prétentieux car il y a beaucoup de termes que l’on ne comprend pas [rires]. Que peux-tu nous dire de ce morceau ?

Je me suis toujours penché avec Thomas sur les textes qu’il écrivait pour essayer de les comprendre et qu’il me les explique mais malheureusement en ce qui concerne « Quel Que Soit Le Prométhéen (Ou Le Nihiliste) », je ne crois pas en connaître vraiment le sens.

En fait, il vous a vraiment foutu dans la merde, il a écrit ses textes et il s’est barré [rires].

Tu es tombé peut-être sur le seul morceau dont j’ignore le sens ! [Rires]

Vincent : Vous pensez qu’il parle de quoi ?

Il ne faut pas trop nous en demander ! Nous sommes des metalleux, on ne réfléchit pas beaucoup.

Étienne : C’est pareil pour nous ! Je suis batteur alors, tu sais… [Rires] Cependant ce morceau envoie le pâté et parle de morts et de destructions. Des questions ? Non ? Tout va bien ? [Rires]

« Il y a dix ans lorsque nous avons démarré et que l’on proposait nos maquettes à plusieurs maisons de disques et éditeurs, ils nous demandaient avant même d’avoir écouté l’album si nous chantions bien en français et non en anglais. A l’époque c’était une obligation de chanter en français. » (source photo : desinvolt.fr)

Aurais-tu un mot à dire sur le titre « Idiologie » ?

C’est l’un des rares titres positifs sur le disque. Il parle de surmonter les difficultés et de se rappeler qu’il y a des choses agréables dans la vie qui méritent d’être vécues. Ce n’est pas parce que l’on passe notre temps à remuer la merde qu’il n’y a pas des trucs positifs à vivre. Ce titre parle également de la découverte de soi par les aspects positifs qu’on peut y trouver.

Ce n’est donc pas une contraction entre « idéologie » et « idiot » ?

Non. Je ne connaissais pas ce terme mais j’imagine que c’est une sorte de barbarisme qui aujourd’hui s’est transformé en véritable mot. La définition existe dans certains dictionnaires sur le Net. C’est assez étonnant. Il signifie la découverte de soi-même et de ses particularités par l’expérience.

Pour en revenir à l’album, pourquoi avoir choisi d’intituler un morceau « My English Is Pretty Bad » ? Est-ce pour expliquer pourquoi la plupart de vos morceaux sont en français ? (rires)

Je pense que chez Thomas il y avait un peu cet objectif-là. On est très content de chanter en français, on en est fiers. Ce n’est pas le choix de la facilité mais nous ne sommes pas non plus militants, on s’en fout, chacun fait ce qu’il veut. On ne dit pas aux autres de faire comme nous. Il se trouve que c’est un choix qui à l’époque s’est imposé à nous. Aujourd’hui, c’est une décision plus courageuse de chanter en français que de chanter en anglais. Au même titre qu’il y a plein de groupes suédois qui chantent en suédois. Je trouve ça génial, ça apporte un truc en plus et une touche différente de la touche anglo-saxonne. C’est comme la mondialisation, la langue anglaise est partout donc tout le monde peut chanter comme ça, c’est un peu dommage. Cependant en ce qui concerne le texte de cette chanson, c’est surtout pour exprimer la peur de la page blanche.

Aujourd’hui beaucoup de maisons de disques poussent les groupes français à écrire un ou deux morceaux en anglais voire à ré-enregistrer certains de leurs morceaux en anglais.

Ça en dit long sur l’état du metal français. Il y a dix ans, lorsque nous avons démarré et que l’on proposait nos maquettes à plusieurs maisons de disques et éditeurs, ils nous demandaient avant même d’avoir écouté l’album si nous chantions bien en français et non en anglais. A l’époque, c’était une obligation de chanter en français. Or nous avions fait ce choix-là parce que nous avions envie de chanter en français, on se foutait de ce que les gens allaient en dire ou en penser. Ça s’est imposé à nous. Aujourd’hui, on a l’impression que c’est exactement l’inverse, il faut chanter en anglais et non en français. On est l’un des seuls pays où ça se pose comme ça. En Scandinavie, dans les pays anglo-saxons, ou en Allemagne, il y a autant de groupes qui chantent dans leur langue maternelle que de groupes qui chantent en anglais et tout le monde cohabite dans un même univers sans aucun souci. En France, on est toujours tributaire d’une espèce de tendance au lieu d’avoir un mouvement rock et metal pérenne.

J’imagine que le problème de l’exportation se pose pour les maisons de disques et notamment françaises qui rencontrent des difficultés à exporter leurs artistes français chantant en français. Cela donne l’impression qu’ils essaient par tous les moyens de faire sortir leurs artistes de France et que si ces derniers ne chantent pas en anglais ils n’y arriveront pas.

Oui, c’est possible. Maintenant, je ne suis pas sûr que le business français ait les bonnes connections pour vendre les groupes français à l’étranger. A part les labels maison comme Season of Mist ou Listenable Records qui sont quand même les deux seuls labels de metal français ayant des connections internationales. Pour les autres, si on arrive déjà à survivre en France et dans la francophonie c’est déjà très bien. Nous n’avons jamais eu pour objectif de devenir les nouveaux Metallica et de tourner dans le monde entier. Si un jour on tourne dans d’autres pays nous serons très contents mais, pour l’instant, nous faisons notre musique et on verra bien où ça nous mènera.

Cela peut faire penser à Gojira dans le sens où il s’agît d’un groupe français qui a réussi à percer à l’international et qui adresse un message très fort en sortant son premier album chez Roadrunner Records en lui donnant un titre en français.

Oui, j’ai remarqué qu’il s’appelait L’Enfant Sauvage. Je me dis que c’est une bonne chose. Maintenant, est-ce une manière de se rendre différent des autres ? Je n’en sais rien, je ne me suis pas tellement posé la question. Je ne sais pas si cela aura un impact sur la francophonie dans la musique car il faut reconnaître qu’ils n’ont pas eu besoin de ça pour réussir.

C’est peut être bien qu’un groupe profite de sa notoriété pour mettre en avant la langue française. Comme les Allemands ou les Suédois mettent en avant leur propre langue, d’ailleurs ils y arrivent peut-être plus facilement que les Français…

Tu remarqueras qu’à part dans le black metal il n y a aucun groupe suédois ou scandinave qui arrive à s’exporter en chantant dans sa langue d’origine.

Le groupe Sabaton, par exemple, est un groupe suédois qui commence à avoir une petite notoriété et qui vient de sortir un album intégralement en suédois. Certes, ils ont également produit une version en anglais mais maintenant qu’ils sont connus, ils tentent d’exporter un peu leur langue.

Cela fait très démarche réfléchie or, pour moi, l’art doit être à la fois réfléchi mais aussi spontané et pas forcément toujours calculé, donc on verra. Je suis curieux d’écouter.

Un autre exemple serait le groupe norvégien Kvelertak qui vient de sortir son premier album intégralement en norvégien. Malgré leur nom difficile ils ont déjà commencé à se faire une réputation.

Je trouve que c’est un exemple intéressant. Ça paraît spontané et non réfléchi. Cela signifie que c’est ce qu’ils voulaient vraiment faire.

Le groupe féminin Indica chante intégralement en finnois. Sur leur dernier album, elles ont fait la démarche de traduire leurs textes en anglais mais on se rend compte que les fans accrochent et que leur musique s’exporte principalement quand le groupe chante dans sa langue d’origine.

Les nombreuses fois où nous sommes allés en Suède et où les potes de Daniel Bertrand ou de Magnus Lindberg écoutaient notre musique, ils n’étaient absolument pas choqués par notre chant en français. Ils trouvaient ça très intéressant et très frais notamment parce que cela leur enlevait leurs repères habituels. A l’inverse, j’ai fait découvrir à mes amis et aux membres du groupe des groupes suédois qui chantent en suédois comme LOK, un groupe de rap-metal datant du début des années 1990, qui est un peu le Rage Against The Machine suédois et dont la musique est superbe. Un de mes groupes fétiche qui est un groupe un peu dans le style de Tragedy et qui vient du nord de la Suède chante tout en suédois, c’est absolument génial. De toute manière, le qui chante en suédois ou en turc ou en flamand, ça ne changera rien car l’essentiel reste l’énergie.

Dire que chanter dans sa propre langue est un suicide commercial n’est peut-être finalement qu’une idée reçue. Dans un exemple récent Virginie, la chanteuse du groupe Kells, nous disait que le fait d’avoir fait des morceaux en anglais sur leur dernier album n’avait pas si bien fonctionné et que leurs fans étrangers avaient tendance à préférer leurs chansons en français.

Ça ne m’étonne pas. Il faut savoir se montrer humble et se dire que si l’on fait quelque chose de qualité, peut-être qu’un jour il y aura des gens à l’étranger pour le remarquer. Personnellement dans AqME on n’a pas pour objectif de plaire au monde entier ni de se dire que ce que l’on fait est tellement génial, qu’à l’étranger ils devraient aimer aussi. On fait notre truc, si ça plaît tant mieux, si ça ne plaît pas on ne peut pas y faire grand chose. On continue tout simplement notre petit bonhomme de chemin. Se donner comme objectif de chanter en anglais pour s’exporter, c’est un peu gavant. Il faut chanter en anglais parce qu’on a envie de chanter en anglais ou chanter en français parce qu’on sent que c’est ce que l’on a envie de faire. C’est quand même d’abord ça la musique : c’est une projection de sa propre âme et pas seulement un produit commercial que l’on va essayer de vendre à tout prix.

Vincent, tu préfères chanter en anglais ou en français ?

Vincent : J’aime bien le côté français d’AqME ; comme disait Étienne, c’est frais, c’est plus parlant pour nous francophones. Tu parlais de Kvelertak, je les ai vu en concert il y a deux semaines. C’est un groupe qui a un sacré historique, il est poussé par son pays notamment au niveau des subventions et c’est pour ça qu’ils sortent. Je pense que si en France il y avait des gens un peu passionnés qui voulaient vraiment travailler avec les groupes français en rock, ça cartonnerait aussi. J’ai toujours dit que le chant français faisait la différence mais c’est très dur à vendre.

Tu penses que pour les productions futures tu chanteras en français ?

Complètement. Pour rien au monde je ne gâcherai AqME à travers de l’anglais. Thomas a eu sur six albums une plume de génie alors j’espère pouvoir transcrire ça sur un éventuel prochain album.

Étienne, si Vincent s’était senti plus inspiré par le fait d’écrire en anglais, cela t’aurait-il gêné ?

Étienne : Oui. Nous sommes un groupe à multiples facettes parfois difficile à cerner. Cependant, certains éléments font partie de notre personnalité et si l’on change ça, on perd réellement ce qui est l’essence même d’AqME et, pour moi, le français en fait partie. Je suis vraiment ouvert à tout mais si AqME avait commencé à chanter en anglais, ça aurait été une autre affaire. Aujourd’hui, nous en sommes à six albums en français alors Vincent ou pas Vincent, si l’on sent que d’un seul coup il n’a plus qu’une seule envie, celle de chanter en anglais, on se posera de grosses questions, c’est normal. C’est comme si tu disais à Rammstein : « Alors les gars, vous allez maintenant vous mettre à chanter en anglais !» Loin de moi l’envie de nous comparer à Rammstein mais je voulais en parler car si la France n’a pas encore réussi à s’imposer à l’étranger avec le français, c’est sans doute parce que l’on n’a pas encore trouvé le groupe en français qui arrive à imposer notre langue à l’étranger. Rammstein est réellement arrivé à imposer une langue avec tout ce qu’elle comprend aussi d’un peu cliché mais cela leur a permis de rendre leur travail encore plus extraordinaire. A l’heure actuelle, la France n’a pas son Rammstein mais nous ne sommes pas les seuls.

Penses-tu qu’AqME peut être ce groupe là ?

En toute modestie, non, mais Vincent trouve que si ! [Rires]

Qu’est-ce qu’il vous manquerait ?

En toute honnêteté, je ne pense pas que l’on ait une personnalité aussi forte et aussi claire que celle de Rammstein. En revanche ça ne veut pas dire que je trouve que l’on soit un mauvais groupe, je suis très fier de ce que l’on fait. Nous avons une vraie personnalité, une vraie manière de faire. Cependant un groupe avec une personnalité aussi forte que celle de Rammstein reste assez exceptionnel.

Rammstein, dans le contexte où ils ont émergé, n’avaient pas une personnalité aussi forte qu’aujourd’hui dans la mesure où il y avait d’autres groupes tels que Oomph! qui avaient déjà ce caractère. Rammstein était alors juste un groupe qui s’était imprégné de la personnalité d’une scène.

Je suis partiellement d’accord. J’ai suivi Rammstein depuis leur début, je les ai vu pour leur premier passage à la Loco en 1997. Il est vrai qu’ils sont dans la lignée de Die Krupps et des Oomph!. La différence est qu’ils ont fait le choix de chanter uniquement en allemand sur une vraie thématique martiale, qui nous ramène à nos histoires, à des choses très fortes. Il s’agit de quelque chose de très typé, donc ils ont fait ce que Oomph! et Die Krupps n’ont pas réussi à faire. Même si ce sont eux qui ont crée ce style de musique, c’est Rammstein qui l’a rendu exceptionnel et c’est pour cette raison qu’ils en sont là aujourd’hui ; mais ça se discute, ce n’est que mon avis.

L’apparition de Rammstein dans la bande originale de Lost Highway a été plus ou moins le point de départ de leur explosion. Dans un style différent, ce fut également le cas d’Evanescence avec la bande originale de Daredevil. Souvent les groupes n’explosent pas par leur personnalité – même si la personnalité de Rammstein est incontestable – mais souvent grâce à une surexposition.

Rammstein a presque aujourd’hui le statut de légende au même titre qu’un Metallica ou un Iron Maiden. Ils ont vraiment marqué l’histoire du metal. Ils pourraient s’arrêter et revenir dans vingt ans, ils continueraient à remplir des stades de foot. Je pense qu’il n’y a pas de hasard. Si ces groupes-là (Rammstein, AC/DC, Scorpions, Metallica…) sont au niveau auquel ils sont, c’est qu’ils arrivent à toucher un très vaste public. Surexposition ou non, ces groupes-là étaient faits pour devenir énormes. Ils ne dureraient pas aussi longtemps dans le temps s’il n’y avait pas quelque chose qui touchait profondément et fondamentalement les gens.

Rammstein a su effectivement exploiter ce point de départ et atteindre peut-être plus facilement son public. Il est évident que s’ils perdurent, c’est qu’ils ont le talent qui va avec. En revanche, pour des groupes comme Evanescence, ce n’est peut-être pas aussi évident dans le sens où ils donnent l’impression de patauger malgré le fait qu’ils remplissent de grandes salles de concerts.

Cela me paraît assez clair qu’Evanescence n’est pas dans la même cour que Rammstein et tous les autres grands groupes cités précédemment. Evanescence me semble être un produit très marketing.

Pourtant le point de départ de Rammstein était aussi un produit marketing aux yeux de sa maison de disques.

Je crois à la force de leur musique. Rammstein a une musique beaucoup plus forte et qui marque beaucoup plus les gens que celle d’Evanescence qui, à mes yeux, est beaucoup plus banal et sort vraiment moins du lot ; mais c’est un long débat.

« Nous nous sommes carrément enfermés dans un studio de répétitions six jours par semaine pendant un an pour composer notre premier album. Nous nous sommes également endettés auprès de nos familles et amis à hauteur de quatre-vingt mille francs à l’époque pour enregistrer notre premier disque. Il faut provoquer soi-même la chose. »

Dans ce monde où Internet a pris une place majeure avec tous les soucis que l’on a connu ces derniers mois avec notamment la fermeture de Megaupload, comment vois-tu, de ton point de vue de musicien professionnel, ce commerce musical ? Aujourd’hui, vous venez de sortir votre nouvel album mais comment vois-tu l’avenir pour le groupe dans sa manière de produire et de diffuser sa musique ?

C’est une question que je me pose souvent et malheureusement je n’ai pas la réponse. Lorsque j’étais étudiant, j’ai travaillé pendant un an dans une maison de disques et le monde dans lequel j’évoluais à l’époque et celui dans lequel on évolue aujourd’hui sont vraiment très différents. Les gens sont toujours passionnés de musique mais la manière de la consommer a vraiment changé. En réalité, la plupart des gens ne consomme plus la musique puisqu’ils l’ont gratuitement sur le Net et c’est un phénomène que l’on ne peut pas vraiment enrayer. Je n’ai aucune idée de ce à quoi va ressembler le nouveau modèle économique de la musique à l’avenir. J’ai vraiment beaucoup de difficultés à me projeter. J’ai encore des potes qui bossent dans le milieu et eux-mêmes ne savent pas à quoi s’attendre. Pour l’instant, on essaie de mettre des rustines mais on ignore complètement ce qu’est la solution à long terme.

[Questions d’un auditeur: ] Comment avez-vous commencé votre carrière ?

Comme la plupart des autres groupes. Tu répètes comme un fou, tu essaies d’écrire des morceaux, de les enregistrer. Nous nous sommes carrément enfermés dans un studio de répétitions six jours par semaine pendant un an pour composer notre premier album. Nous nous sommes également endettés auprès de nos familles et amis à hauteur de quatre-vingt mille francs à l’époque pour enregistrer notre premier disque. Il faut provoquer soi-même la chose. Nous étions dans une cave pourrie, on avait des instruments pourris mais ça ne nous empêchait pas de travailler. Le mauvais matériel et les endroits dégueulasses n’ont jamais empêché les musiciens de devenir bons sinon les trois quarts des groupes de la terre n’existeraient pas. Tout le monde est passé par là. La rencontre avec le public, en revanche, reste un peu un hasard. L’appréciation des gens concernant ton travail n’est pas quelque chose qui se calcule. J’ai toujours considéré que le succès était une sorte d’accident. Il est vrai que, comme on le disait plus tôt, le marketing peut aider mais si ton travail ne plaît pas, tu ne peux pas y faire grand chose. En revanche, si ça plaît et que derrière il y a une maison de production prête à s’investir, c’est un véritable atout mais ça ne s’explique pas. A l’époque où l’on répétait dans des conditions dégueulasses, nous avions l’impression de n’intéresser personne. C’est pour cette raison que nous avons nous-mêmes financé notre disque et on se disait : « Il faut que ça marche. Il faut qu’une maison de disques nous rachète ça car on a des dettes. Sinon, on va tous travailler et puis on remboursera nos amis qui nous ont fait confiance et nos familles parce qu’on n’a pas le choix. » Ce sont des choix de vie qui ne sont pas faciles à décider mais nous l’avons fait.

[Question d’auditeur] : Combien de temps avez-vous mis pour trouver votre nom de groupe ?

C’est Thomas qui avait envie d’appeler le groupe comme ça. A l’époque, avec notre premier guitariste nous avions un nom complètement différent. On était dans un groupe qui s’appelait Neurosyndrom et quand on a intégré Thomas, ce dernier ne voulait pas garder ce nom car, pour lui, nous démarrions un nouveau groupe alors il nous fallait un nouveau nom. Il avait cette idée en tête, on s’est rapidement retrouvé chez moi autour d’une bière avec des potes et en une heure s’était terminé. Quelqu’un a éternué et puis c’était bon, on avait notre nouveau nom. [Rires] C’est d’abord ce que le groupe va faire qui va donner une saveur spéciale à son nom. Il y a tellement de groupes qui ont des noms débiles mais quand tu sais à qui cela fait référence, ça t’évoque quelque chose de fort. Pantera qui est un de mes groupes favoris et que j’idolâtre plus que tout a selon moi un nom de groupe de merde. Quand tu arrives en France et que tu dis « Je m’appelle ‘Panthère' », tu as quand même l’air d’un con. Cependant le groupe fait quelque chose de tellement fort que, peu importe leur nom, ça reste génial.

« Il y a tellement de groupes qui ont des noms débiles […]. Pantera qui est un de mes groupes favoris […] a selon moi un nom de groupe de merde. Quand tu arrives en France et que tu dis ‘je m’appelle ‘Panthère » tu as quand même l’air d’un con. »

Auditeur : le groupe ne devient pas connu par son nom mais plutôt par sa musique. Tu peux avoir le nom le plus pourri du monde, si tu fais de la bonne musique tu peux très bien marcher.

Je suis tout à fait d’accord avec ça.

Radio Metal : Quand tu y réfléchis bien « Metallica », c’est aussi un nom pourri.

Je n’ai pas osé le sortir. J’ai cité Pantera mais j’ai d’abord pensé à Metallica. Je me suis dit que j’irais trop loin en parlant de Metallica. [Rires] Il y a Slayer aussi et Megadeth !

Ça peut être très drôle de traduire des noms de groupe en français.

Encore plus drôle de traduire les paroles. Je m’amuse souvent à traduire notamment les paroles de Slayer comme celles de « Raining Blood », etc. « Un boucher infâme, ange de la mort », il faut quand même le faire. [Rires]

Je pense que tu viens de te faire plein d’ennemis, alors est-ce-que vous avez des dates de concerts de prévues pour que l’on puisse venir vous jeter des tomates à la gueule ?

Oui, c’est ça, exactement ! Et nous, on vous lancera des œufs ! [Rires] La tournée a démarré le 14 avril. Pour l’instant, nous n’avons pas encore beaucoup de dates de concerts mais on espère que dans les semaines à venir ça va se décanter. Nous travaillons pour qu’une nouvelle tournée se monte. Je pense que le départ de Thomas n’a pas forcément aidé notre tourneur à programmer plus de dates. Pendant un moment, nous étions en pleine incertitude à savoir si Thomas allait ou non tourner avec nous mais nous avons bien l’intention de faire un maximum de concerts.

Auditeur : Est-ce-que pour la prochaine tournée vous allez passer par Caen car je serais bien venu vous voir avec deux ou trois amis…

Nous y allons à chaque tournée et à chaque fois ça se passe très bien. Nous sommes notamment passés de nombreuses fois au Big Band Café. Ainsi nous espérons bien pouvoir revenir. En plus les Headcharger qui sont de bons copains habitent là-bas.

Radio Metal : C’est bien, vous aurez au moins trois personnes à votre concert !

Comme quoi le metal n’est pas mort !

Interview réalisée le 10 avril 2012 en direct, au cours de l’émission Anarchy X, par Spaceman, Metal’O Phil et Alastor

Retranscription : Isa

Site Internet : www.aqme.com

Album : Épithète, Dominion, Épitaphe, disponible dans les bacs



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  • King Asator dit :

    je me souviens les avoir justement en premier de Rammstein il y a de ça quelques années et le chanteur a eu la super mauvaise idée de dire que Rammstein avait annulé (c’était une blague…). là, tout le public l’a hué et j’ai même vu des gobelets voler dans sa direction ^^ je faisais parti de ces lanceurs et je dois avouer que c’était bien marrant lol

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  • AQME c’est la branche musicale d’AQMI ?

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  • Article édité avec l’audio de l’interview. Bonne (ré)écoute !

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