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Interview   

Le coup de foudre selon Diamond Head


Diamond Head est l’un des groupes « confidentiels » les plus influents de l’histoire du metal. Ce grâce à un album, originellement conçu pour être une démo : Lightning To The Nations. Pourquoi influent ? Parce qu’il a notamment laissé son empreinte sur le plus grand groupe de metal de tous les temps, un certain Metallica. On y reconnaît en effet le goût du riff incisif et des structures épiques, presque progressives, qui ont participé à la marque de fabrique du quatuor de San Francisco. Lars Ulrich, fan de la première heure, et ses collègues le lui ont bien rendu avec leurs célèbres reprises, dont le classique « Am I Evil? ».

Quarante ans après, force est de constater qu’à part le son, les compositions de Lightning To The Nations n’ont pas pris une ride. Alors, pendant que le monde du spectacle vivant est à l’arrêt, pour fêter comme il se doit l’anniversaire, Diamond Head a décidé de le réenregistrer et de donner un coup de jeune à son classique, mettant à profit l’expérience de ses membres et notamment de son talentueux chanteur-producteur, agrémenté de quatre reprises pour, à leur tour, rendre hommage aux groupes qui ont marqué, chacun à leur manière, la musique et la carrière de Diamond Head.

Nous avons échangé avec le guitariste Brian Tatler, leader du groupe et dernier rescapé du line-up de 1980, afin qu’il nous parle de ce Lightning To The Nations 2020, de la magie et de l’impact de l’album original, de Metallica, etc.

« Un fan de metal de dix-neuf ans pourrait ne pas avoir envie d’écouter l’album original, mais avec un peu de chance, il se peut qu’il trouve cette nouvelle version à son goût. »

Radio Metal : Diamond Head célèbre cette année le quarantième anniversaire de son premier album, l’influent Light To The Nations, avec une version fraîchement réenregistrée. Au-delà de la célébration, qu’est-ce qui a motivé cette décision ?

Brian Tatler (guitare) : C’est notre batteur Karl [Wilcox] qui l’a suggéré l’an dernier en disant : « Le quarantième anniversaire arrive en 2020, alors qu’est-ce que vous diriez de réenregistrer tout l’album ? » J’ai trouvé que c’était une idée intéressante et que nous pourrions aussi faire quelques reprises en bonus parce que ça me paraissait amusant. Nous avons la chance d’avoir Ras [Rasmus Bom Adersen] dans le groupe, pour deux raisons : il a le genre de voix qui lui permet de faire des chansons comme « Immigrant Song » et « Sinner », donc je me suis dit que peu importe la reprise que nous choisirions, ça lui conviendrait, mais en plus de ça, c’est un producteur et ingénieur qui possède son propre home studio. Il n’est pas assez gros pour enregistrer une batterie mais on peut y faire les guitares. Nous avons enregistré une grande partie des guitares simplement en passant par une DI et en faisant plus tard du re-amping. Nous pensions que ce ne serait pas un album qui coûterait très cher à faire, que nous ne serions pas obligés de louer un studio et nous y retrouver tous ensemble. Ce sont deux des raisons pour lesquelles nous avons décidé de faire ça. Mais comme je l’ai dit, nous trouvions aussi que c’était une super manière de marquer le coup pour les quarante ans de Lightning To The Nations et que ça ferait plaisir aux fans de sortir ça cette année, et qu’avec un peu de chance, nous pourrions attirer de nouveaux fans qui n’écouteraient pas forcément un vieil album datant de 1980.

N’est-ce pas risqué ou dangereux de toucher à un album historique qui est considéré comme étant sacré par les fans de Diamond Head ?

Je vois bien ce que tu veux dire ! « Toucher » est le bon mot. Ça m’a effectivement traversé l’esprit mais je me suis dit que le groupe actuel est tellement bon ! Ca fait six ans que Rasmus est dans le groupe maintenant et évidemment, nous avons joué toutes les chansons en concert, donc nous savions qu’elles sonnaient super bien. Les chansons ont encore de la vie en elles. Même si elles ont quarante ans, elles passent toujours très bien en live. Nous trouvions que ce serait une belle manière de donner une nouvelle vie à cet album et de le ramener dans le XXIe siècle. Je me suis bien dit que des gens pourraient ne pas l’aimer, mais si c’est le cas, très bien, ils ne sont pas obligés de l’acheter. J’ai pensé : « Faisons-le, pour les fans et pour célébrer les quarante ans, et on voit ce qui se passe. Soyons courageux et tentons le coup ! »

Quelle a été votre approche avec cette revisite de l’album ? Qu’avez-vous eu envie d’ajouter ou de changer par rapport à l’original ?

Simplement le fait d’avoir un son plus moderne, je suppose, en commençant par une grosse piste de batterie bien puissante pour construire le reste par-dessus. Tout le monde dans le groupe a beaucoup d’expérience, donc nous savions que nous pourrions obtenir un plus gros son, plus épais et plus puissant, avec plus de couches. Ras a doublé et triplé son chant et fait des chœurs. Nous savions que nous pourrions le rendre plus moderne et faire qu’il sonne plus puissant. Ce n’est pas comme si nous nous étions sous-accordés en Ré ou en Do dièse et avions fait que tout soit [il grogne]. Il n’y aurait aucun intérêt à faire ça parce que ce n’est pas Diamond Head et les chansons ne s’y prêteraient pas, mais nous avons quand même pensé que nous pourrions lui donner plus de muscles et d’adrénaline. C’est Diamond Head sous stéroïdes.

Le changement évident sur cette nouvelle version, c’est bien sûr le chant de Rasmus. Vu qu’il n’était pas né quand l’album original est sorti, comment a-t-il abordé l’exercice ?

Je pense que comme il avait déjà fait toutes les chansons en live, il avait déjà trouvé une manière de les chanter. Il est très respectueux des versions originales mais il a plus de puissance dans sa voix qu’en avait Sean [Harris] et il a une plus grande tessiture. Je pense qu’il apporte tout simplement aux morceaux un style de chant rock plus moderne qui, espérons-le, peut aider à accrocher de nouveaux fans. Je peux imaginer qu’un fan de metal de dix-neuf ans pourrait ne pas avoir envie d’écouter l’album original, mais avec un peu de chance, il se peut qu’il trouve cette nouvelle version à son goût.

Il a ajouté sur l’intro de la chanson éponyme des vocalises qui n’étaient pas là à l’origine…

C’est quelque chose qui a évolué en concert. Il y a quelques trucs comme ça provenant de ce que Ras faisait en live en ajoutant une partie lead. C’est resté dans sa tête et il l’a fait sur l’album. Tu as raison, je crois que Sean faisait son entrée sur les longues notes qui enchaînent sur le riff de refrain.

« Nous ne nous doutions pas qu’on parlerait encore de cet album quarante ans après. »

Comment c’était de te reconnecter à ton toi de vingt ans ?

Je trouve que ces chansons sonnent toujours bien maintenant, après quarante ans, et j’aime toujours les jouer en concert, donc il n’y a eu aucun problème à enregistrer de nouvelles versions. C’est agréable, ces chansons me procurent beaucoup de plaisir et elles fonctionnent toujours très bien en live. C’était juste une question de faire les choses, d’aller au studio de Ras et d’enregistrer les guitares. Nous avons fait la batterie en deux jours, j’ai fait mes guitares en deux jours et ensuite Abbz [Andy Abberley] a fait ses guitares le weekend suivant. Nous l’avons donc fait assez rapidement, sans nous stresser sur la moindre note. D’un autre côté, j’ai beaucoup plus d’expérience après ces quarante années que j’en avais à dix-neuf ans quand j’ai fait ce premier album. Il y a une sorte d’excitation naïve, un enthousiasme dans cet album qu’on ne peut pas vraiment recapturer, mais ce que j’ai pu apporter maintenant, c’est de la technique et de l’expérience.

Tu as mentionné les quatre reprises de Metallica, Led Zeppelin, Judas Priest et Deep Purple que vous avez faites pour cette nouvelle version. Quelle a été l’importance de ces quatre groupes pour toi et Diamond Head ?

La chanson de Metallica est un peu un merci adressé à Metallica pour avoir repris des chansons de Diamond Head. Ca paraissait parfaitement logique de boucler la boucle et que ce soit maintenant Diamond Head qui reprenne Metallica. J’ai choisi cette chanson tirée de leur premier album, je voulais faire quelque chose de Kill ‘Em All, parce qu’ils ont repris des chansons de notre premier album. « No Remorse » n’est pas une chanson très connue mais je l’ai toujours trouvée bonne et elle avait un côté à la Diamond Head dans la composition. C’était mon idée principale : « A, faisons quelque chose tiré de Kill ‘Em All. B, ne prenons pas une chanson vraiment évidente et faisons quelque chose qui fonctionne pour Diamond Head et qui sonne un peu comme Diamond Head. » J’ai donc suggéré aux gars que nous tentions le coup avec celle-ci, donc tout le monde a commencé à l’apprendre, nous sommes allés en répétition et ça sonnait extraordinairement bien. Ça sonnait comme Diamond Head, donc il n’a pas fallu longtemps pour que la chanson se mette en place lors des répétitions. Nous avons tous trouvé ça super et ça nous convenait bien en tant que musiciens, donc voilà, c’était notre choix. Nous n’avons pas eu à chercher plus loin que ça.

Ensuite, Led Zeppelin a été une énorme influence pour Diamond Head. Ça reste mon groupe préféré et Physical Graffiti est mon album préféré. « Immigrant Song » est un classique absolu. Concernant Deep Purple, Ritchie Blackmore m’a énormément influencé en tant que musicien en particulier. L’une des raisons pour lesquelles j’ai commencé la guitare était que je voulais arriver à jouer comme Ritchie Blackmore. Le tout premier album que j’ai acheté était Led Zeppelin II et le second était Machine Head. Je suis sûr que ça a un peu déteint sur moi. Je ne voulais rien reprendre de Machine Head parce que c’est un album trop énorme, influent et important. Je me suis dit : « Essayons quelque chose qui ne se repose pas trop sur les claviers, car le son d’Hammond de Jon Lord est vraiment vital pour Deep Purple. Faisons une chanson que nous pourrions faire avec ce line-up, c’est-à-dire avec deux guitares. » Je trouvais que « Rat Bat Blue » était parfait pour ça parce que c’est très riffus et je pensais que ça fonctionnerait avec un line-up à deux guitares plutôt qu’une guitare et un clavier. J’ai toujours beaucoup aimé ce morceau et Who Do We Think We Are est un bon album, peut-être un peu négligé. « Sinner » est une chanson que je joue souvent lors des balances et répétitions. J’ai toujours trouvé que le riff de couplet en particulier est excellent, tellement groovy. J’ai toujours essayé de composer quelque chose comme « Sinner », ça a été l’une de mes chansons modèles, pour essayer de faire quelque chose un peu dans cette veine, de même qu’« Immigrant Song ». « Sinner » est une grosse chanson, donc je me suis dit : « Si on peut s’attaquer à ça… » Encore une fois, heureusement, nous avons la chance d’avoir un chanteur qui a une voix incroyable et une grande tessiture. Il n’a pas sourcillé quand j’ai suggéré de faire une chanson de Rob Halford ou de Robert Plant. Il faut savoir jouer avec les forces de notre chanteur et heureusement, il est capable de s’attaquer même aux chansons les plus difficiles.

L’album a été enregistré sur plusieurs sessions à divers endroits, que ce soit en France ou dans les home studios des membres du groupe, et évidemment, il y a eu la crise du Covid-19. Comment avez-vous vécu la conception de cet album dans une période aussi particulière ?

Quand nous avons commencé, il n’y avait pas de confinement. Nous avons donc répété les reprises lors de deux ou trois répétitions en décembre et janvier. Puis Karl a enregistré sa batterie en France, comme tu l’as dit, en février. Une fois que la batterie a été traitée, je suis allé chez Ras avant le confinement et j’ai enregistré toutes mes guitares en un weekend. Puis Abbz y est allé le weekend suivant et ensuite nous sommes entrés en confinement. Nous avons donc fait les guitares en mars et je crois que le confinement a démarré le 23 mars. Notre bassiste Dean a enregistré sa basse chez lui et il a ensuite envoyé les fichiers à Ras par WeTransfer. Puis Ras a eu les mois suivants pour traiter tout ça, faire le re-amping des guitares, faire tout le chant et mixer l’album. Il avait une date butoir, car tout devait être terminé à la fin juillet si nous voulions sortir l’album cette année. C’était important. J’étais juste tellement content que nous ayons pu terminer l’album et qu’il sonnait super bien. De temps en temps, il m’envoyait une partie de chant sur une boîte mail et je trouvais que c’était génial d’avoir l’occasion de faire cet album, de le terminer et de le sortir cette année pendant que nous ne pouvions faire aucun concert. Toutes nos dates ont été annulées ou reportées, donc je me suis dit que, au moins, nous pouvions sortir cette nouvelle version de Lightning To The Nations et faire quelque chose de positif durant cette période sombre que l’on vit actuellement, avec ce terrible virus et confinement.

« Il est clair qu’il y avait une naïveté et nous pensions pouvoir faire tout ce qui nous plaisait […]. Nous avons juste enregistré ces chansons que nous avions composées dans notre chambre ou dans cette usine où nous répétions, et nous avons fait exactement ce que nous voulions faire. »

Lightning To The Nations est votre premier album et, même si vous en avez fait de nombreux autres ensuite, ça reste votre grand classique, celui que les gens associent automatiquement à Diamond Head. Comment expliques-tu la magie qui s’est produite sur ce premier album ?

Je ne sais pas ! C’est une bonne remarque. La seule chose qui me vient en tête, c’est que nous avons capturé une certaine qualité dans les chansons. Le groupe s’est formé en 76 et nous avons enregistré l’album en 1980, donc au cours de ces quatre années, nous avons appris à écrire des chansons et nous en avions écrit une centaine au moment où nous avons fait cet album. Nous avions joué ces sept chansons en concert et nous nous sommes dit que c’étaient les meilleures chansons que nous avions. La composition de cet album a bénéficié de beaucoup d’attention et d’élaboration. Je pense que l’album se démarque sur le plan de la composition des chansons. Même si nous étions plus jeunes, n’avions pas fait beaucoup d’enregistrements et étions inexpérimentés en studio, au moins les chansons possédaient une qualité intrinsèque et nous les avons jouées avec la même passion et vigueur que nous avions quand nous les jouions en live. Ça s’est retrouvé sur la bande et ça a été capturé dans l’album. Il n’y a pas de production, pas de gros producteur, tout a été enregistré par l’ingénieur du studio ; tout a été enregistré et mixé en une semaine. Nous ne nous doutions pas qu’on parlerait encore de cet album quarante ans après ou que ça deviendrait le principal album de Diamond Head dont les gens parleraient et qu’il serait notre classique. Nous supposions toujours que nous ferions un meilleur album avec le suivant, et que ça n’irait qu’en s’améliorant. C’est la vie ! On ne peut pas toujours prédire l’avenir.

C’est un album très progressif, avec quelques parties surprenantes. On retrouve par exemple une section funky dans « The Prince ». Penses-tu que votre naïveté ou innocence vous a permis de prendre des risques, d’approcher cet album avec beaucoup d’instinct ou d’authenticité qui lui donne son charme ?

C’est bien possible. Il est clair qu’il y avait une naïveté et nous pensions pouvoir faire tout ce qui nous plaisait et enregistrer ces chansons. Nous n’avions pas de contrat avec une maison de disques, donc nous n’avions jamais parlé à un mec A&R, par exemple, ou été conseillé par un producteur ou fait de préproduction. Nous avons juste enregistré ces chansons que nous avions composées dans notre chambre ou dans cette usine où nous répétions, et nous avons fait exactement ce que nous voulions faire. Si ça faisait neuf minutes et demie, comme « Sucking My Love », alors qu’il en soit ainsi. Personne n’a jamais dit : « C’est un peu long, il faudrait couper ce solo ! » Nous avions totalement carte blanche pour nous faire plaisir et faire ce qui nous paraissait instinctivement bien. Il y a plein d’idées pour lesquelles je ne sais pas d’où elles sont venues. Le riff de « The Prince » est très inhabituel. Je n’ai jamais rien trouvé d’aussi bizarre depuis, mais la partie funky, nous avons dû simplement nous dire : « Faisons une partie funky ! Je peux la jouer, alors faisons là. » Il semblait ne pas y avoir tellement de filtre, du genre : « Je n’aime pas ce passage ou ce passage est peu stupide. » Nous n’arrêtions jamais et trouvions riff après riff, et nous les mettions tous dans les chansons. Cette chanson contient six riffs différents, qu’il en soit ainsi, ça paraissait bien à l’époque. Nous voulions être super, nous voulions faire ce que les grands groupes des années 70 avaient fait, les grosses chansons, les morceaux épiques, mais nous aimions aussi l’énergie du punk rock qui avait déferlé massivement au Royaume-Uni. Je pense qu’une part de cette énergie a déteint sur notre style et notre son.

Avez-vous délibérément atténué le côté funky de cette partie dans cette nouvelle version ?

Pas délibérément. C’est probablement parce qu’en dehors de moi, ce sont tous des musiciens différents, un batteur différent, un bassiste différent, un autre guitariste différent. Ca a probablement évolué à cause de ça. Je n’y ai même pas pensé, je me disais que c’était la partie. Pour ma part, je joue d’ailleurs la même partie que celle enregistrée en 1980.

Curieusement, Lightning To The Nations était originellement seulement supposée être une démo…

Je suis légèrement embrouillé par la succession d’événements, mais fut un temps où nous l’avons effectivement appelé l’album démo. En fait, ce qui s’est passé, je pense, c’est que le manageur Reg est allé voir le propriétaire du studio [Muff Murfin] et a dit : « Nous voulons enregistrer un album dans votre studio » et il nous a donné une semaine de studio en échange d’un accord avec sa maison d’édition. Nous avons donc cédé la moitié de nos droits d’édition par une décision stupide. Mais je crois que nous avions l’intention d’enregistrer les chansons pour cet album, puis Reg, le manageur, devait aller voir des labels, vendre l’album et avec un peu de chance nous trouver un contrat avec un label, et ensuite l’idée était de l’enregistrer avec un producteur, lui consacrer plus de temps, aller à Londres pour passer trois semaines en studio, etc. Je ne suis pas sûr si quelqu’un a explicitement dit ça mais c’était plus ou moins ce que nous avions en tête à l’époque. Il n’a été chroniqué que par un seul magazine, Sounds, c’est la seule et unique chronique que j’ai vue, donc évidemment, il n’y avait pas de mec pour gérer les relations publiques ou la presse. Il n’y avait personne pour envoyer des exemplaires aux journalistes pour le chroniquer. Donc j’ai l’impression que le plan était soit de faire l’album, essayer d’avoir un contrat avec une maison de disques et le réenregistrer, ou bien d’obtenir un contrat avec l’album et que quelqu’un le sorte sur un label. Mais on l’a appelé l’album démo pendant un moment et parce qu’il est sorti avec une pochette blanche, il s’est aussi fait connaître comme étant le White Album, mais Lightning To The Nations était vraiment le nom qu’il devait avoir, c’était prévu que ce soit le morceau éponyme et le premier titre de la première face.

« Metallica est le plus gros groupe de metal de tous les temps ! Donc j’essaye de ne pas me comparer à eux parce que c’est un coup à devenir fou. J’essaye d’être un peu plus réaliste et j’ai conscience que pour chaque Metallica, il y a des centaines voire des milliers de groupes qui essayent d’avoir autant de succès que Metallica. »

Diamond Head a été une grosse influence pour beaucoup de groupes apparus dans les années 80, surtout Metallica évidemment, mais vous n’avez jamais connu l’énorme succès que eux ont connu. D’après toi, qu’est-ce qui a manqué à Diamond Head ?

Il y a un paquet de raisons ! Metallica est le plus gros groupe de metal de tous les temps ! Donc j’essaye de ne pas me comparer à eux parce que c’est un coup à devenir fou. J’essaye d’être un peu plus réaliste et j’ai conscience que pour chaque Metallica, il y a des centaines voire des milliers de groupes qui essayent d’avoir autant de succès que Metallica. C’est très rare qu’un groupe de metal vende des centaines de millions d’albums et conquière le monde. Diamond Head était à des années-lumière derrière Metallica en 1986, alors je ne parle même pas d’aujourd’hui. Il y a plusieurs raisons : nous n’avions pas de bon management. Il s’avère que Metallica avait l’un des meilleurs managements au monde avec Cliff Burnstein et Peter Mensch, et ils étaient avec eux depuis 1984, donc je suis sûr qu’ils ont aidé Metallica à aller dans la bonne direction. De même, ils ont Lars [Ulrich] qui est très intelligent non seulement en tant que musicien mais aussi en tant que businessman qui gère Metallica et qui est incroyablement déterminé. Je ne pense pas que Diamond Head avait un Lars dans le groupe qui s’occupait de tout le business et des coulisses, qui gérait les questions financières, les organisateurs, etc. Nous avons laissé une grande partie du sale boulot à la charge de notre manageur qui n’avait jamais fait ça avant. Nous voulions juste nous concentrer sur la composition des chansons, les concerts, et probablement faire les idiots, nous marrer et nous saouler. Il n’y avait personne dans Diamond Head qui avait ce genre de cerveau. Puis, bien sûr, le groupe s’est séparé en 1983 pendant la réalisation de notre troisième album Canterbury et nous nous sommes désagrégés en 1985. Evidemment, nous n’aurions pas dû faire ça, nous aurions dû continuer. Metallica ne s’est jamais séparé et désagrégé. Ils n’ont cessé d’être actifs depuis 1981, alors que nous avons eu des hauts et des bas. Donc j’essaye de ne pas me comparer à Metallica. Ce serait un jeu de dupes.

Metallica a repris « Am I Evil? » dès 1984 sur le single de « Creeping Death ». Qu’as-tu pensé de ce groupe qui montait à l’époque ?

J’avais déjà rencontré Lars en 1981, quand il est venu voir Diamond Head au Woolwich Odeon à Londres. Il est resté avec moi un petit moment et ensuite nous avons gardé contact par courrier. Il a envoyé une démo à eux – je crois qu’ils avaient enregistré « It’s Electric » et il a dit : « J’ai une cassette avec ça dessus. » Il m’a ensuite dit : « J’ai ce groupe qui s’appelle Metallica et nous répétons six soirs par semaine » et ce genre de chose. Je n’ai pas écouté le premier album avant deux ou trois ans, mais j’ai entendu le single de « Creeping Death » avec « Am I Evil? » sur la face B. Il m’avait contacté pour me dire qu’ils allaient la reprendre et qu’ils avaient besoin des paroles. Je lui ai donc envoyé les paroles, par fax je crois. C’était très flatteur que Metallica reprenne une chanson de Diamond Head, c’était le tout premier groupe à le faire. J’étais loin de me douter qu’ils allaient avoir du succès. A l’époque, ils étaient chez Music For Nations, donc ça restait un petit label. Ils n’avaient pas beaucoup tourné au Royaume-Uni – je crois qu’ils avaient fait deux dates au Marquee ou qu’ils allaient en faire, mais je ne les avais pas encore vus à ce moment-là. Pour moi, c’était encore le groupe de Lars qui avait repris une chanson de Diamond Head, donc c’était super, c’était flatteur, mais je ne me doutais pas du tout que ça allait être l’avenir du metal et qu’un jour on irait tous voir Metallica en tête d’affiche du Sonisphere, du Download, au stade de Wembley, etc.

Ils t’ont invité à jouer « Am I Evil? » sur scène avec eux sur la tournée de Master Of Puppets…

Oui, en effet, c’était le 20 septembre 1986. C’était la première fois qu’ils jouaient à Brimingham, au Birmingham Odeon, sur la tournée Master Of Puppets, et j’ai été invité. J’ai rencontré tout le monde, j’ai rencontré James [Hetfield], Kirk [Hammett] et Cliff [Burton] et ils ont dit : « Viens nous rejoindre après cette chanson pour faire ‘Am I Evil ?’ ! » J’ai joué sur l’une des Flying V de James et j’ai fait le morceau avec eux. Puis ils ont enchaîné sur « Damage Inc. » et j’ai déguerpi de scène parce que je n’avais pas la moindre idée comment celle-ci se jouait. C’était une expérience fantastique. J’ai remarqué à quel point ils étaient extraordinaires en concert, tellement puissants et rapides. Je crois qu’ils ont ouvert avec « Battery », ça m’a scotché au mur. J’étais très impressionné parce que c’était la première fois qu’ils jouaient à Birmingham et ils avaient déjà un plus gros public que Diamond Head la dernière fois que nous avons joué à Birmingham et alors que ça faisait probablement sept ans que nous jouions à Birmingham. Il y avait vraiment un truc qui était en train de se passer, mais là encore je ne me doutais toujours pas de ce que ça allait devenir.

Tu as évidemment influencé Metallica, mais est-ce que Metallica t’a influencé ?

Je ne sais pas parce qu’au moment où Metallica était lancé, au milieu des années 80, mes goûts avaient déjà été formés. J’allais voir des groupes depuis mes douze ans ; mon frère avait pour habitude de m’emmener et ensemble nous avons vu Black Sabbath, Gentle Giant et toutes sortes de grands groupes. J’ai grandi en écoutant tous les classiques des années 70 et je pense que mes goûts étaient totalement formés au moment où nous avons fait notre premier album en 1980. La seule chose que j’ai prise à Metallica, c’est peut-être une partie du son, les guitares qui devenaient de plus en plus puissantes au fil des années 80. Je suis aussi très impressionné par la main droite de James en down-picking. Je ne peux pas le faire aussi vite que lui mais j’y aspire. De tous les guitaristes que j’ai vus, je pense que c’est le plus précis et le plus puissant en down-picking. J’ai fait quelques chansons sur lesquelles j’essaye de faire du down-picking plutôt que de l’alternate-picking, en haut et en bas, et c’est en partie grâce à James Hetfield.

« Pour moi, [Metallica], c’était encore le groupe de Lars qui avait repris une chanson de Diamond Head, donc c’était super, c’était flatteur, mais je ne me doutais pas du tout que ça allait être l’avenir du metal. »

Plus généralement, quel était ton sentiment sur la manière dont les groupes de thrash que Diamond Head a directement ou indirectement influencés poussaient les limites du heavy metal vers de nouveaux extrêmes ?

Ça a été fascinant d’assister à la montée en puissance d’un groupe comme Metallica, mais je ne suis pas un énorme fan de certaines musiques et c’est parfois trop extrême pour moi. Je suis toujours fan de groupes qui ont un chanteur et des mélodies. Occasionnellement, on entend un riff incroyable ou la production de certains groupes qui est incroyable. Certains groupes de metal sonnent hyper puissants et massifs et il y a pas mal de choses que j’aime, mais parfois ça va trop loin pour moi. Je peux le comprendre parce que quand j’avais quinze ans, par exemple, je pense justement que je recherchais les groupes les plus heavy, les plus rapides et les plus sombres du monde, et j’avais des groupes comme Black Sabbath et Judas Priest pour m’influencer, et je pense que les groupes plus récents font encore la même chose, ils recherchent ce qui est le plus heavy, le plus rapide et le plus sombre, donc ça devient de plus en plus extrême d’année en année. Si on grandit maintenant et qu’on s’intéresse au metal, on ne va pas écouter Led Zeppelin I, on va directement vers ce qui est en une de Kerrang cette semaine, c’est-à-dire les derniers groupes les plus heavy.

A un moment donné, tu avais un projet avec Dave Mustaine qui, finalement, n’a jamais abouti. Peux-tu nous en parler ?

J’ai rencontré Dave Mustaine quand nous sommes allés voir Megadeth au Cambridge Corn Exchange et nous avons été en coulisse. C’est évidemment un grand fan du groupe, donc nous avons discuté et j’ai trouvé que c’était un mec très sympa, très intelligent et qui s’y connaît. Il a probablement dû suggérer que nous fassions quelque chose. Puis il a joué sur l’album Death And Progress, nous lui avons envoyé la chanson « Truckin’ » en multipistes. Il a joué de la guitare dessus, a fait quelques modifications et nous l’a renvoyée mixée. C’était fantastique, donc nous l’avons mise directement sur l’album. Puis vers 1999, parce qu’il avait fait le projet MD45, qui avait probablement bien marché, il a décidé d’en refaire un mais coécrit avec Brian Tatler de Diamond Head. Nous avons donc pris contact et j’ai pensé : « Super, on fait ça ! » Il a dit qu’il fallait que ce soit dans une veine entre Lighting To The Nations et Peace Sells… But Who’s Buying?. Je me suis ressaisi et j’ai commencé à écrire des chansons. J’ai acheté un petit enregistreur digital huit-pistes et je lui envoyais des démos. Il disait : « J’aime bien celle-ci, j’aime bien celle-là. » Puis il a eu ce problème au bras, il a dit qu’il avait dormi sur son bras et il ne pouvait plus jouer de la guitare, donc il a décidé d’annuler le projet. Il s’est excusé et a dit qu’il n’allait pas pouvoir le faire. C’était peut-être en 2001. Ça a été abandonné. Mais j’avais toutes ces chansons sur lesquelles j’avais travaillé dans cette optique et que je n’aurais probablement pas faites sans ce coup de boost pour travailler avec Dave, donc j’ai pu utiliser ces idées pour des albums de Diamond Head sortis après. Elles sont apparues dans les deux ou trois albums suivants. Par exemple, il y a une chanson sur All Will Be Revealed qui s’appelle « Broken Pieces », elle a commencé sa vie en tant que démo pour ce projet – il n’y avait pas de chant, mais j’avais toute la musique. Je plongeais la main dans ce pot quand j’avais besoin d’idées au fil du temps ; tout n’a pas été utilisé, mais peut-être une demi-douzaine.

Quel est ton sentiment par rapport à Borrowed Time, le successeur de Lightning To The Nations, qui est sorti en 1982 et est beaucoup moins connu ? On y retrouve d‘ailleurs de nouvelles versions de « Am I Evil? » et « Lightning To The Nations »…

Je vais te dire pourquoi. Nous avons signé chez MCA parce que nous avions fait ce que nous appelions l’album démo, et le mec A&R, Charlie Eyre, a dit : « Il y a de super chansons sur cet album. Vous devriez les réenregistrer pour cet album, le vrai album que les gens pourront acheter en boutique. » Il y a eu seulement deux mille exemplaires de Lightning To The Nations qui ont été pressés et on pouvait seulement se le procurer aux concerts ou pendant une période de six semaines en vente par correspondance par le biais de Sounds. Il s’est dit : « Réenregistrons-les avec de nouvelles chansons que vous avez et ça pourrait faire office de premier album de Diamond Head, ça ferait un excellent album. » Nous avons tous trouvé que c’était une bonne idée. Je ne pensais pas qu’on en parlerait toujours quarante ans plus tard, mais ça semblait être une bonne idée à l’époque. Mais j’aime bien Borrowed Time. J’aime tous les albums de Diamond Head. Je les vois toujours comme des bébés, donc il faut les protéger et veiller sur eux. C’est le premier album que nous avons fait chez MCA et il a été classé, il était dans les classements nationaux en vingt-quatrième position, donc il avait assez bien marché et nous avons fait une grosse tournée pour le promouvoir. Au fil des années, en partie à cause de Metallica, il semble que Lightning To The Nations est devenu l’album sur lequel tout le monde s’extasie et se concentre. C’est devenu le classique très influent, il a été de loin plus influent que Borrowed Time. Je pense que les fans ont aimé Borrowed Time mais il n’a jamais touché le public comme l’a fait Lightning To The Nations. Je ne sais pas exactement pourquoi.

Es-tu prêt pour quarante ans de plus ?

Qui sait combien de temps il nous reste ? Ce serait sympa d’aller un peu plus loin. J’ai hâte de repartir faire des concerts et faire un autre album, on verra. Mais il n’y a aucune chance que quarante ans soit réaliste [rires].

As-tu des plans déjà pour le successeur de votre dernier album, The Coffin Train ?

Oui. Je compose depuis le confinement, donc j’ai eu sept mois pour écrire. J’ai trouvé plein de bonnes idées. Je suis sûr que le prochain album sera très bon. Je me suis dit que composer pour le prochain album était la chose la plus constructive que je pouvais faire, donc c’est exactement ce que j’ai fait.

Interview réalisée par téléphone les 17 novembre 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Floriane Wittner.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Nic Gaunt (2), Lorenzo Guerrieri (1 & 3) & Mick Payton (5).

Site officiel de Diamond Head : www.diamondheadofficial.com

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